L’Instinct de l’Équarrisseur de Thomas Day

Salut à vous, lecteurs !

Le titre dont je vais parler aujourd’hui va me permettre de tester un format d’article qui va me permettre de vous donner mon avis sur une œuvre, tout en vous donnant quelques clés de lecture et d’analyse de celle-ci.

Aujourd’hui, je m’attaque à…

L’Instinct de l’Équarrisseur, Vie et Mort de Sherlock Holmes, de Thomas Day

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Introduction :

Thomas Day est un auteur français, né en 1971 à Paris. Il œuvre principalement dans les genres de la fantasy et de la science-fiction. L’un de ses romans, Du Sel sous les paupières, a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2013, mais si vous avez lu le titre de cet article, ce n’est pas de ce roman dont nous allons parler.

Le sujet du jour, L’instinct de l’équarrisseur, est un roman paru chez Mnémos en 2002, puis chez Gallimard dans la collection Folio SF en 2004.

Le roman raconte l’histoire d’Arthur Conan Doyle, l’auteur de Sherlock Holmes, habitant de Londres à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Conan Doyle a appris l’existence, sur une Terre parallèle, du véritable Sherlock Holmes, bien plus violent et torturé que son homologue littéraire, et de Watson, scientifique de génie ayant trouvé le moyen de voyager entre les deux Terres parallèles. L’auteur est donc chargé d’accompagner Sherlock et Watson dans Londen, le Londres parallèle, dans leurs enquêtes qui tournent parfois aux combats spectaculaires contre des créatures surnaturelles, pour raconter leurs aventures dans son propre monde. Aventures qu’il édulcore beaucoup pour ne pas choquer son public. Un beau jour, Watson débarque chez Conan Doyle pour lui demander son aide. Ensemble, ils vont tenter de déterminer l’identité du tueur de Whitechapel, Jack l’éventreur, mais aussi faire en sorte que Sherlock remporte sa partie d’échecs contre son ennemi mortel, Moriarty, qui dure depuis plus de trente ans, et dont les enjeux sont rien de moins que le sort du monde, la relique d’un peuple extraterrestre, mais aussi un sombre secret d’immortalité…

Bienvenue dans un récit bourré d’action, d’humour, et de références aux 19 et 20ème siècles.

Je vais vous donner quelques éléments d’analyse de cette œuvre, sans être exhaustif, puis je vous donnerai mon avis détaillé.

Je préfère toutefois vous prévenir de deux choses avant d’aller plus loin.

Premièrement, le risque de spoil dans la partie analyse est non négligeable, aussi je conseille à ceux qui n’ont pas lu le roman de passer directement à la partie avis, et de revenir à l’analyse après lecture.

Deuxièmement, mon analyse n’a pas pour but d’être exhaustive, et ne sera pas forcément très précise. Je vais simplement tenter de mettre en évidence les points intéressants et originaux du roman, en les commentant un peu. Je tiens à préciser toutefois que je ne détiens surtout pas la vérité absolue, et que votre point de vue peut largement différer du mien, et par conséquent, vous pouvez me faire part de vos commentaires sur l’œuvre…. En commentaire.

L’Analyse :

L’instinct de l’équarrisseur est un roman très intéressant, et ce, pour diverses raisons.

Je vais commencer d’abord par la plus évidente, celle qui vous fera lire ce livre, les personnages, avec en tête de liste, Sherlock Holmes, qui n’a rien à voir avec l’idée que vous pouvez avoir de lui. Mais alors, vraiment pas. Vous verrez aussi que les autres personnages, issus du réel 19ème siècle, comme Conan Doyle, ou fictifs, comme Watson, n’ont parfois rien à lui envier.

Des personnages fantasques…

Adepte de la torture et du meurtre expéditifs, toxicomane notoire, et doté d’un sens de l’humour et de la justice terriblement aiguisés, le Sherlock Holmes de Londen est fascinant, tout comme les autres personnages qui gravitent autour de lui.

Le Sherlock Holmes de L’instinct de l’équarrisseur est « l’assassin royal » de la « reine Épiphany 1ère  de la Monarchie Libertaire Britannique». Cette profession particulière l’autorise donc à tuer sans sommation, et sans qu’il aie de compte à rendre à qui que ce soit. Il le fait donc assez souvent, et de façon souvent violente et spectaculaire. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire le premier chapitre du roman, qui comporte des notes que Conan Doyle utilise pour caractériser le personnage de Holmes, mais aussi des notes des enquêtes que l’auteur à suivies à Londen, où l’assassin royal crucifie un prêtre meurtrier dans une zone de marées pour qu’il se noie (et ce n’est que le moindre des « meurtres légaux » qu’il commet, croyez-moi).

Mais bien que Sherlock tue avec violence, et souvent pour le plaisir, il déclare agir pour protéger la couronne de cette « Angleterre différente », mais aussi sa femme et son fils.

Le Sherlock Holmes de Thomas Day est, pour moi, un genre de justicier tragique. Il se jette à corps perdu dans les combats et les enquêtes en risquant sa vie, en se sachant condamné (dans la partie II, et non je ne vous en dirai pas plus), pour défendre sa vision de la justice et protéger l’Angleterre. Même si pour cela, il doit tuer un certain nombre de personnes, et détourner des « aérostats » pour foncer droit sur ses ennemis (et pour aussi en vider les réserves d’alcool).

En plus de son sens de la justice, Sherlock possède un fort sens de l’honneur, notamment lorsqu’il est question du « jeu » auquel il se livre depuis trente ans avec Moriarty. Alors même que Sherlock sait que Moriarty hante « la cité interdite de York », et que ce dernier est au courant que le célèbre enquêteur réside au « 2021 Bis Baker Street », ni l’un ni l’autre ne va, au cours du récit, aller attaquer son adversaire, parce qu’ils se plient tous deux aux règles qu’ils se sont fixées. Même aux portes de la mort (ce qui est presque littéralement vrai, vous verrez), alors que Moriarty annonce quelles horreurs il fera subir à la famille de Sherlock, l’enquêteur somme à ses amis, Sherlock fait jurer à ses amis de « le laisser partir », parce que le jeu est ainsi fait.

Enfin, Sherlock semble se repentir, ou au moins regretter ses crimes tout au long du récit (notamment dans la deuxième partie du récit, au chapitre 30 par exemple), ce qui montre qu’il n’est pas un personnage purement mauvais, et qu’il est capable de se racheter, ce que prouve la fin du roman, et également le fait qu’il regrette que « l’instinct de l’équarrisseur », cette sensation qui fait rajeunir le corps en usant de la violence et du meurtre (ce qui est expliqué au chapitre 20), aie fait effet sur lui pendant aussi longtemps.

Sherlock possède donc un certain sens de l’honneur et de la justice, ce qui lui donne une grandeur tragique. Cette grandeur tragique est mise en valeur par deux autres éléments importants du récit.

Le duo de choc que forme Sherlock avec Watson permet à l’enquêteur de dépasser son statut de justicier, et au professeur d’être bien plus qu’un simple faire-valoir. En effet, le personnage de Watson, en plus d’être un adjuvant, et le confident de Sherlock (confident qui ne garde pas toujours ses secrets, lisez le chapitre 3), possède son propre caractère, ses propres problèmes. Certes, beaucoup sont liés à son grand ami Sherlock, pour lequel il s’inquiète énormément, et de façon extrêmement poignante au cours du récit (les chapitres 29 et 30 le prouvent, je ne vous en dirai pas plus), mais Watson n’a pas « que Holmes ». Il a la science, et est inventeur de génie, car il a trouvé le moyen de voyager entres le monde de Londen et celui de Londres. C’est grâce à Watson que Sherlock a pu dépêcher Arthur Conan Doyle pour qu’il relate leurs aventures. Le Watson de Thomas Day dépasse donc le statut de narrateur des aventures de Sherlock Holmes comme il le fait souvent dans l’œuvre originale de Conan Doyle, et il dépasse également le statut de confident de l’assassin royal de Londen, puisqu’il est un éminent scientifique qui est à l’origine de l’arrivée de Conan Doyle dans son monde.

De plus, Watson et Sherlock forment un duo de comiques incroyable, qui rappelle très fortement les buddy movies, ces fameux films policiers comiques où les deux personnages principaux passent plus de temps à se moquer l’un de l’autre qu’à réellement enquêter (avec notamment des films comme Men In Black ou L’arme Fatale). Entre des enquêtes et des fusillades, le scientifique et l’assassin partagent le même appartement, où Watson se livre à diverses expériences qui occupent son « budget loisirs », souvent coupé par Holmes (chapitre 4). Leurs disputes et les réactions de Watson devant les actes de Sherlock (au chapitre 33, et surtout pendant la deuxième partie), ainsi que toutes les piques que leurs disputes avec Conan Doyle, donnent au récit une teinte d’humour qui permet au lecteur de se détendre entre les moments sérieux et tragiques de l’intrigue. Ainsi le duo que forment les deux personnages permet de leur donner une grande complémentarité, et renforce leurs valeurs individuelles.

Mais un autre personnage du récit donne toute sa grandeur à Sherlock Holmes. James Prétorius Moriarty, son « ennemi mortel ». Moriarty est l’antagoniste du récit, mais avant tout, il est celui de Holmes. Comme l’enquêteur le dit, « Moriarty et moi sommes les deux faces de la même pièce.
Souvenez-vous de ce que je vous ai dit à de nombreuses reprises : je suis
la face claire des ténèbres, il est la face sombre de la lumière, du génie. ». Le « Napoléon du crime » et « l’assassin royal de la Monarchie Libertaire Britannique » s’opposent dans une partie d’échecs, puis dans un duel à mort, pour pouvoir prouver lequel d’entre eux est supérieur à l’autre. En effet, le plan de Moriarty, consistant à exploiter une source d’énergie extraterrestre (je ne vous en dirai pas plus) avec l’aide de diverses personnalités scientifiques tels que Edison ou Einstein est l’ultime défi qu’il lance à Holmes, parce qu’il sait que l’un deux ne sortira vivant de leur dernière confrontation.

On peut également ajouter que Moriarty constitue un excellent ennemi pour Holmes dans le roman, parce que ses exactions sont bien pires et bien plus horribles que celles du détective.

Sherlock tue un démon à coups de revolver, et continue de tirer sur son cadavre ? Moriarty tue des enfants, les dépèce, et écrit sur leurs peaux.

Sherlock fait de la peine à Watson lors de leurs disputes ? Moriarty piège ses futurs acolytes, et les pousse au meurtre.

Sherlock regrette de rester jeune à cause d’une mystérieuse sensation qui le pousse à la violence ? Moriarty l’étudie, en use et en abuse au point de pouvoir se régénérer presque à l’infini, même après des blessures mortelles.

Je pourrais rallonger la liste, mais ce serait vous gâcher la lecture. Sherlock, comparé à Moriarty et malgré les crimes qu’il commet sous couvert de la justice, est un moindre mal par rapport au « Napoléon du crime ». En se confrontant à lui, Sherlock affronte sa part sombre, cette partie de lui qui pourrait faire de lui un être similaire à son ennemi mortel, et c’est ce qui fait que leur dualité est extrêmement bien construite, selon moi.

Mais d’autres personnages donnent une saveur particulière au roman de Thomas Day. Il s’agit des personnages réels, principalement des auteurs du 19ème, que l’auteur a placé sur le chemin de ses personnages principaux, parfois seulement par allusion, mais jamais sans intérêt.

Ainsi, Arthur Conan Doyle va faire équipe, à Londres, avec Oscar Wilde (l’auteur du Portrait de Dorian Gray) pour trouver la véritable identité de Jack l’éventreur, non sans mal, et avec un immense décalage dans les modes de pensées respectifs des deux auteurs (Conan Doyle est un catholique très à cheval sur les mœurs, Wilde est un libertin qui ne se gêne pas pour l’affirmer), ce qui créé beaucoup de dialogues hilarants.

Sherlock Holmes va croiser Sigmund Freud (le fondateur de la psychanalyse) dans « un aérostat », et je ne vous en dirai pas plus, mais sachez que c’est surprenant.

On peut également citer l’écrivain Jack London, qui est un personnage secondaire du récit, qui va épauler Holmes et sa bande dans la seconde partie du récit.

Les personnages de L’instinct de l’équarrisseur sont donc très intéressants à suivre, et apportent tous quelque chose au récit. À présent, je vais m’attarder un peu sur l’univers dans lequel évoluent les personnages, univers imaginaire teinté de touches d’uchronie.

… Pour un univers qui l’est tout autant

L’univers que Thomas Day décrit dans L’instinct de l’équarrisseur est fascinant. Je vais vous expliquer pourquoi, sans trop m’attarder sur les détails.

Le récit se situe à la fin du 19ème, puis au début du 20ème siècle que nous connaissons tous. Mais seulement dans le monde d’Arthur Conan Doyle, le monde de « Londres ». Le monde de Sherlock Holmes et Watson, le monde de « Londen », est quand à lui très différent du 19ème historique.

En effet, la ville de Londen, et de manière générale, l’univers dans lequel elle se trouve, possède un fort avancement technologique, avec des « aérostats » permettant de se déplacer d’un continent à l’autre par voie des airs, des voitures volantes comme le fameux « side-car » de Sherlock et Watson, là où le monde de Conan Doyle en est encore aux voitures dirigées par des chevaux. On constate aussi les avancées médicales du monde de Sherlock par rapport à celui de Conan Doyle, puisque l’écrivain va ramener des « antibiotiques » qui n’existent pas encore pour soigner sa femme, Touie.

Ces avancés technologiques du monde de « Londen » seraient dues à l’existence des Worsh, créatures supposées extraterrestres cohabitant avec les humains, de petite taille et dotés d’une ferrure évoquant des « peluches ». Les Worsh auraient donc aidé les humains à progresser en échange de leur acceptation par eux, faisant ainsi que le monde où ils existent (parce qu’on apprend qu’ils auraient pu exister dans d’autres mondes, mais vous le verrez pas vous-mêmes) est très avancé en matière de technologie.

De plus, la Race des Worsh, son passé, sa culture, et les mystères qui l’entourent, par la façon dont l’auteur les lie à l’avancée du récit en dévoilant petit à petit les informations sur eux, à mesure qu’ils y prennent de l’importance sont extrêmement bien amenés.

Et enfin, L’instinct de l’équarrisseur est un roman qui est teinté d’uchronie, non seulement parce qu’on constate l’avancement teechnologique d’un monde dû à la présence des Worsh, mais aussi parce que certains pays sont assez différents de ce qu’on connaît, avec la Monarchie Libertraire Britannique, ou encore l’Union of Socialist States of America, qui sont l’équivalent des Etats-Unis d’Amérique dans le monde de Holmes, mais dans une version marxiste (chapitre 33), et la définition qu’en fait Watson est plus qu’hilarante. Il dit notamment que « les armes sont en vente libre », et qu’il est « impossible de mourir de vieillesse dans ce pays ».

Ces éléments uchroniques font du monde de Londen un univers complètement original et assez barré, qu’il est plaisant de découvrir à travers les yeux de Conan Doyle, constamment choqué ou curieux vis à vis de ce qu’il observe, en plus du caractère fantasque de la plupart des personnages qui l’entourent, Sherlock en tête.

Voilà donc pour les quelques éléments d’analyse de L’instinct de l’équarrisseur. J’ai essayé d’être objectif avec ces différents éléments et de vous montrer en quoi le roman de Thomas Day peut être intéressant à lire.

Mais qu’en est-il de mon avis personnel ? Je vais vous le donner dès à présent.

Mon Avis :

Autant être franc tout de suite, puisque cette partie de l’article est placée sous le signe de ma subjectivité.

J’ai adoré L’instinct de l’équarrisseur. Ce roman a été extrêmement plaisant à lire pour moi, son humour et son univers m’ont totalement atteint et j’ai été transporté, rien que ça.

Pour détailler un peu plus, j’ai trouvé les personnages touchants, notamment Watson, qui n’a rien à voir avec un simple faire-valoir et qui devient le compagnon de toutes les infortunes de Sherlock, ce qui donne lieu a des scènes tragiques parfois, surtout quand on comprend ce que ressent réellement Watson pour l’enquêteur. Watson apporte aussi une grosse dose d’humour à l’ouvrage, parce qu’il est majoritairement auteur ou sujet de la plupart des gags et plaisanteries tout au long du récit, avec des répliques très bien senties lorsqu’il parle de Sherlock ou de son monde à Conan Doyle, ou lorsqu’il débarque chez lui à l’aide de ses inventions (aux chapitres 1 et 28). Le personnage de Watson m’a fait rire et m’a touché, presque autant que le personnage de Sherlock Holmes m’a impressioné par son comportement… Extrême parfois. Surtout avec les aérostats et leurs passagers.

Les scènes d’action de ce roman m’ont également beaucoup plu, elles sont très visuelles, presque cinématographiques parfois, et surtout, elles relèvent souvent d’une violence souvent sanglante, ce qui tend à les rendre très vivantes et époustouflantes.

L’humour du récit, souvent assez ironique se révèle très effiace si vous aimez l’humour noir et les bons mots placés aux bons moments. J’ai énormément ri pendant ma lecture, tellement certaines situations sont grotesques et invraisemblables (notamment la technique employée par Wilde et Conan Doyle pour débusquer Jack l’éventreur, ou la « rencontre » de Holmes avec Freud).

Pour conclure, je dirais que L’instinct de l’équarrisseur est un roman incroyable, pleins de rebondissements, drôle, touchant, bourré d’action et d’humour, qui vous plaira si vous aimez Sherlock Holmes, si vous aimez les uchronies et les mondes parallèles, ou simplement si vous voulez lire un roman de SF bien écrit, bien ficelé et bien mené.

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