Lance, de Jeanne A Débats

Bon, il me semble avoir annoncé que désormais, je parlerai également de nouvelles sur ce blog.

Et c’est ce que je vais faire tout de suite.

Lance, de Jeanne A Debats

Bon, je préfère vous le dire tout de suite, quand je vais parler de nouvelles, je serai plus concis que dans mes articles portant sur des romans. Le format risque donc d’être un peu plus ramassé, mais ne vous inquiétez pas, vous ne manquerez pas d’informations !

Jeanne A Debats est une autrice française, née en 1965. Elle a déjà reçu plusieurs prix pour certaines de ses œuvres , notamment le Grand Prix de l’Imaginaire pour sa nouvelle La Vieille Anglaise et le Continent en 2009.

La nouvelle dont je vais parler aujourd’hui, Lance, a été intégrée dans l’anthologie Lancelot parue chez ActuSF en 2014 et dans le recueil Métaphysique du Vampire, parue dans la collection Hélios des Indés de l’Imaginaire en 2015. Actuellement, Lance est aussi disponible gratuitement jusqu’au 1er Mai 2017.

Cette nouvelle met en scène le personnage de Navarre, que l’on peut retrouver dans plusieurs autres œuvres de Jeanne A Debats, regroupées dans Métaphysique du Vampire si je me suis correctement renseigné (dans le cas contraire, je vous invite à m’informer dans les commentaires).

Lance raconte donc l’histoire de Navarre, vampire provocateur et bisexuel à la solde du Vatican, qui doit réveiller le chevalier Lancelot sur l’île d’Avalon pour qu’il se serve de la Lance du Destin pour sauver des enfants juifs d’un dragon invoqué par les nazis en 1936.

Alors comme ça, on dirait un scénario d’un film de série B, mais je vous assure que ça fonctionne. Lance est une nouvelle qui m’a surpris et qui m’a beaucoup plu, et je vais donc tenter de vous expliquer pourquoi.

Je vais commencer par les deux personnages principaux de cette nouvelle, Navarre et Lancelot, qui pour moi forment un duo très intéressant.

Navarre est donc un vampire. Mais pas un vampire terrifiant comme celui de Bram Stoker ou un vampire qui brille au soleil comme celui de Stéphanie Meyer (attention, je n’émets pas de jugement de valeur sur aucun de ces deux auteurs). Navarre est un vampire qui se caractérise par son humour assez décapant, ce qu’on peut voir dans ses répliques mais également dans sa façon de penser, puisque le texte le prend comme focalisateur. Il n’hésite jamais à critiquer ses employeurs (« Sa voix a suinté d’insinuations haineuses. J’ai cillé. Sur ce coup, j’ai été assez d’accord avec lui et j’avoue que je ne comprenais guère non plus : c’est bien la première fois depuis des siècles qu’on m’envoie secourir les descendants du Roi David depuis le trône de Saint Pierre. ») et en se détachant du point de l’église par des périphrases ou des traits d’esprit qui montrent qu’il sait faire preuve de recul par rapport à sa situation. Mais si Navarre est en désaccord avec l’Église, c’est aussi parce que c’est un libertin qui affiche clairement son statut et ses mœurs au lecteur. Ainsi, malgré plusieurs siècles de vie, Navarre garde un côté « ado provocateur » et très ouvert sexuellement, ce qu’il revendique assez souvent au cours de la nouvelle, notamment lorsqu’il dit parle de ses « partenaires sexuels de tous genres, orientations, bords et même espèces ». Navarre est donc un personnage haut en couleurs et dont les frasques s’élèvent à la hauteur de son efficacité en mission (il est tout de même capable de porter un chevalier sur son dos tout en escaladant des murs!).

Passons maintenant à ce fameux chevalier.

Lancelot fait à l’origine partie de la légende du roi Arthur. Il participe en effet à la quête du Graal avec Arthur, mais finit par le trahir parce qu’il est amoureux de la reine Guenièvre. Lancelot a depuis fait son apparition dans bien d’autres récits que celui de Chrétien de Troyes, mais je reviendrai sur ce point plus tard.

Dans la nouvelle de Jeanne A Debats, Lancelot repose dans un « cercueil de cristal » sur l’île d’Avalon, île sur laquelle se trouve également les sépultures de deux autres individus que l’on peut deviner être Arthur et Guenièvre. Il est réveillé d’un sommeil de plusieurs siècles par Navarre pour qu’il puisse tuer le dragon. Cependant, Lancelot s’avère être un chevalier extrêmement droit dans ses bottes, ce qui se transmet dans son langage, extrêmement imagé et courtois («  Un voile couvre mes pensées, m’explique-t-il. Elles volent comme des oiseaux par milliers et les images sont labiles, j’ai grand-peine à les arrêter ou les comprendre », par exemple), ce qui ne manque pas d’agacer Navarre. On peut également noter le fait que Lancelot devient le « Féal » du Vampire le temps de sa mission, ce qui renvoie à l’imaginaire médiéval dans lequel les chevaliers se soumettent à un seigneur pour accomplir des hauts faits. Ce côté féodal est d’une efficacité remarquable dans son traitement, je trouve.

Lancelot devient donc le vassal de Navarre, mais leur collaboration s’avère assez comique en raison du profond décalage entre les deux personnages. Le chevalier voit dans le vampire un « Noble Comte » qu’il doit servir par devoir et Navarre voit Lancelot comme un genre d’idéal de beauté masculine auquel il aimerait goûter, ce qu’on peut voir dans presque toutes les descriptions qu’il en fait, très sexuellement connotées et donc très grivoises. Les interactions entre les deux personnages sont donc souvent comiques, bien que dotées d’un côté solennel. Ces interactions sont donc extrêmement intéressantes et drôles à voir. Je ne vous en dirai pas plus, spoiler une nouvelle ça ne se fait pas.

Mis à part les personnages, le fait que l’auteure utilise deux mythes qui a priori n’ont rien à voir ensemble pour les combiner dans un même univers est assez osé (même en ayant déjà vu vu le roi Arthur devenir une femme et se battre contre Gilgamesh le roi d’Ourouk). Mais force est de constater que le tout est très cohérent et fonctionne parfaitement. Les deux personnages sortent tous deux des clichés qu’ils incarnent, surtout Navarre (Lancelot reste d’une certaine manière assez fidèle au mythe duquel il est tiré, mais chut, je ne vous ai rien dit) qui n’est décidément pas un vampire comme les autres, au moins pour nous autres lecteurs.

Enfin, je dirai que cette nouvelle montre une prise de conscience et de recul par rapport à une éducation et des préjugés, ceux de Navarre sur les Juifs à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. En voyant les réactions de ses employeurs, des nazis et même de Lancelot face aux Juifs, Navarre comprend qu’une prise de conscience et un recul sont nécessaires par rapport à ses propres pensées. Certes, Lance n’est pas qu’une nouvelle réflexive, mais il est intéressant de noter que placer un message de tolérance dans une nouvelle présentant un personnage extrêmement provocateur peut avoir plus d’impact que si ce personnage ne l’était pas.

Pour conclure, Lance est une nouvelle très intéressante, autant pour ses personnages que pour son humour et son écriture. C’est une nouvelle qui m’a bien donné envie de lire Métaphysique du Vampire, rien que pour pouvoir découvrir plus en avant le personnage de Navarre et l’univers dans lequel il vit ! Je conseille cette nouvelle aux fans de vampires, de chevaliers, et aux curieux ! Et pour ceux qui l’ont lue, je vous conseille de regarder l’anime Fate/Zero, qui présente un Lancelot… Particulier. Et un Roi Arthur féminin.

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