Même pas Mort, de Jean-Philippe Jaworski

Salut à tous !

Ce mois-ci, je vais vous parler d’un roman de poids. D’un premier tome qui est le commencement d’une grande saga de Fantasy (et oui, ça fait deux mois de suite que je parle de premiers tomes). Un roman qui émerveille.

Même pas Mort, Premier tome de la saga des Rois du Monde, de Jean-Philippe Jaworski

 

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Introduction :

Jean-Philippe Jaworski est un auteur français, né en 1969. Ses deux premiers romans, Gagner la Guerre et Même pas Mort, ont remporté le prix des Imaginales en 2009 et 2014.

Même pas Mort est paru en 2013 chez les Moutons Électriques, dans la collection Bibliothèque Voltaïque et est sorti en format poche dans la collection Folio SF de Gallimard en 2015.

Le roman se déroule à l’époque de la Gaule antique et des guerres entre les diverses tribus celtes. Bellovèse, devenu un grand roi et un grand guerrier, raconte son histoire en retraçant tout son parcours. Dans ce tome, Bellovèse raconte donc sa jeunesse, sa formation de guerrier et évoque le fait qu’il ne soit « pas mort » à la guerre alors que cela aurait dû se produire, et en quoi cela l’a propulsé dans une quête aux accents mythiques, magiques, épiques, lors de laquelle il va découvrir nombre de choses sur le passé trouble de sa famille et la mort de son père Sacrovèse, roi des Turons assassiné par son oncle Ambigat.

C’est donc un récit d’initiation, mais avec quelques subtilités très intéressantes que je vais tenter de vous montrer.

Je profite également de cette introduction pour vous dire que cet article ne comportera pas de partie Avis, pour la simple et bonne raison que mon avis sur Même pas Mort se résume à la phrase suivante : J’ai pris une énorme claque parce que ce roman m’a énormément surpris, tant par son écriture que sa narration, points essentiels de mon analyse.

Je vais donc faire attention aux spoilers dans cet article, mais sachez que le risque de dévoilement de l’intrigue sera néanmoins présent.

Maintenant que vous êtes prévenus, passons aux points d’analyse !

L’Analyse :

Dans cette analyse, je vais vous parler des deux choses qui font que, selon moi, Même pas Mort est un très bon roman et, comme je l’ai déjà dit, une très grosse claque.

Ces deux choses, ce sont la narration et le style de l’auteur.

Une parole conteuse qui nous enchante :

« Alors, puisque je ne peux adopter ni la voix de l’homme commun, ni celle du guerrier, ni celle du poète, je créerai ma propre manière. Ainsi, mon récit sera mien non seulement par l’histoire, mais aussi par la forme. »

Bellovèse, dans la première partie du roman, intitulée l’île des Vieilles.

Jean-Philippe Jaworski met en scène dans son roman le personnage de Bellovèse qui raconte son histoire, alors qu’il est très âgé et qu’il prend du recul sur sa vie de guerrier, ce qu’on peut voir dans le prologue, La Première Nuit. Le roman est donc raconté par Bellovèse, à la première personne, qui se met en scène lui-même dans ce qu’on peut appeler une parole conteuse, c’est-à-dire une sorte de mise en abîme de l’histoire.

Ce type de narration permet plusieurs points de vue, plusieurs ressentis pour un même personnage. On a le point de vue du « vieux » Bellovèse qui raconte l’histoire, mais aussi celui du Bellovèse du passé, celui qui a vécu l’histoire racontée. Le Bellovèse du futur permet d’apporter le recul sur son propre ressenti, alors brut à l’époque.

Cependant, la narration s’avère rapidement plus compliquée qu’un simple flashback (ou analepse). Bellovèse déroule son récit à partir du moment où il a dû se rendre sur « L’île des Vieilles », accompagné du guerrier Sumarios et du barde Albios, pour que les « Gallicènes » lui en apprennent plus sur la raison pour laquelle il n’est « pas mort » alors qu’il aurait dû mourir, transpercé par une lance lors d’une bataille. Les Gallicènes lui demandent alors de « raconter » pour « délivrer » sa parole. Bellovèse se lance alors dans un récit de ses souvenirs d’enfance et du début de sa formation de guerrier.

Le lecteur se retrouve alors plongé dans une sorte de deuxième mise en abîme du récit, que j’ai trouvé extrêmement bien construite. Le cadre premier du récit refait même parfois irruption, lorsque le vieux Bellovèse s’adresse au « Ionien » qui écoute son histoire. Parfois, certains points du récits se font écho d’une façon incroyable, notamment ceux qui font se croiser le jeune Bellovèse et Epona, ou le guerrier Oico, ou encore les mystères planant autour des Gallicènes. Je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas vous spoiler, vous verrez à quel point ces passages sont incroyables.

L’auteur arrive à mêler le passé, le présent et le futur de son personnage avec brio, et le lecteur n’en est que mieux transporté par l’histoire de Bellovèse.

Le roman de Jean-Philippe Jaworski fait également référence à des mythes et légendes celtiques, qui apportent sa magie au récit et qui donnent à l’histoire de Bellovèse une dimension épique, au sens où Bellovèse est guidé par des dieux et se confronte à certains d’entre eux pour accomplir des exploits.

L’auteur convoque donc des figures mythiques telles que la cavalière Épona, les Gallicènes ou encore le monstre Taruos. Ces figures mythiques permettent d’ancrer le roman dans une atmosphère mythique et légendaire qui façonne Bellovèse comme le héros qu’il va devenir.

Certains éléments magiques, comme la rencontre avec le maître du Garrissal, restent très étranges et place certaines des aventures du jeune Bellovèse entre le rêve et la réalité. La magie et son usage dans le roman est assez floue et nous fait douter.

La magie est-elle réellement présente dans le roman, ou relève-t-elle simplement des superstitions d’un peuple ?

Le lecteur ne peut parvenir à trancher tant certains éléments restent flous et d’autres parfaitement tangibles, une des grandes forces de Même pas Mort selon moi. L’univers du roman possède une réelle cohérence grâce à cette mélange entre superstition et « réelle » magie, puisque cet univers est bâti sur les croyances d’un peuple, les Celtes, en leur donnant une certaine réalité qui prend son sens dans les aventures de Bellovèse.

De plus, de nombreux événements et situations découlent de ces éléments légendaires et permettent à l’histoire de devenir imprévisible sur de nombreux points que je ne détaillerai pas ici, mais une fois encore, la rencontre avec Épona et même le face à face entre Bellovèse et son oncle Ambigat sont complètement imprévisibles et surprennent le lecteur à de multiples reprises.

Ainsi, le lecteur est véritablement enchanté par l’histoire de Même pas Mort, en raison des éléments mythiques et de cette mise en abîme.

Mais on peut donner une autre grande force à ce roman. Une force qui, elle aussi, donne une cohérence à Même pas Mort.

Il s’agit du style de l’auteur, Jean-Philippe Jaworski.

Une écriture qui bâtit une légende

Même pas Mort est porté par une écriture incroyable, qui enveloppe à merveille le récit qu’il transmet.

Le style de l’auteur possède un côté très brut. En effet, aucun détail ne nous est épargné, qu’ils soient dans la violence des combats ou les scènes de sexe. Je me sens ici obligé de décerner une mention spéciale à la scène ou Bellovèse enfant attaque Sumarios alors qu’il est… Occupé (lisez le roman et vous verrez de quoi je veux parler). Ce côté brut permet de dégager le côté épique des combats, tout en montrant leur grande violence.

Les descriptions sont donc très visuelles et nous donnent tout à voir des paysages et des villes vus par Bellovèse et ses compagnons, ou les héros de guerre qu’ils croisent sur leur route. Tous les héros se distinguent les uns des autres par leur physique et leur caractère et parviennent à marquer notre esprit de lecteur. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié Troxo, le héros Arverne, pour son côté jovial et la dose de comique qu’il apporte dans son combat contre Bouos ou d’une certaine façon, quand il affronte Comargos, mais également Sumarios, qui se conduit avec une grande noblesse en acceptant de prendre Bellovèse et son frère sous son frère, quitte à braver les interdits et prêt à tout pour les protéger.

Le parler des personnages et même le langage du narrateur, Bellovèse, est adapté pour créer une ambiance qui dépayse le lecteur. Une ambiance qui nous donne à voir la Gaule celtique, avec ses paysages et ses tribus qui s’allient, ou se font la guerre.

Les noms des villes que l’on trouve dans le roman, tels que Uxellodunon ou Ambatia, ou encore les noms des régions et des peuples , avec les Arevernes, les Séquanes, les Bituriges ou les Turons ont tous une existence avérée dans la Gaule Celtique. Cette utilisation de la toponymie et des noms de peuples permet de créer un réel dépaysement pour le lecteur, qui connaît la France contemporaine, mais pas la Gaule de l’époque celtique, avec tous ces peuples qui s’affrontaient dans des guerres tribales. Elle permet de créer une « couleur locale » qui aide le lecteur à s’immerger et à rendre l’univers peint par l’auteur très tangible.

La « couleur locale » était un terme utilisé dans le mouvement Romantique au 19ème siècle pour créer un dépaysement dans leurs écrits.

L’aspect « couleur locale » du roman est renforcé par le lexique qu’utilise l’auteur. En effet, Jean-Philippe Jaworski fait appel à beaucoup de termes désuets (un terme désuet désigne un mot qui n’est plus utilisé dans le vocabulaire courant) que je ne listerai pas ici, de termes d’argot et de formulations à la fois nobles et brutales qui traduisent le statut des personnages que l’on suit, c’est-à-dire des guerriers bourrus, mais ayant reçu une éducation aristocratique. On constate aussi une différence assez grande dans le langage des différentes versions de Bellovèse, ce qui permet de marquer l’évolution du personnage.

Le Mot de la fin :

Jean-Philippe Jaworski transporte son lecteur de bien des manières dans Même pas Mort, grâce à une narration extrêmement bien ficelée et à une écriture qui est complètement dépaysante, pour nous conter les aventures et la légende d’un personnage incroyable !

Ce roman a été pour moi une énorme claque à la lecture et j’espère avoir réussi à vous transmettre cet effet par le biais de cet article ! Alors si vous aimez l’heroïc fantasy assez sombre, assez crade parfois, que vous n’avez pas peur des récits à la première personne et de l’absence partielle de magie, foncez lire Même pas Mort !

J’attends avec impatience de pouvoir lire Chasse Royale, qui est la suite de ce roman, mais aussi Gagner la Guerre, un autre roman de Jean-Philippe Jaworski qui a l’air très intéressant et captivant.

Pour finir, je tiens à m’excuser du retard de cet article, mais période d’examens oblige, je n’ai pas pu m’en occuper tout de suite. Bon, pour me faire pardonner, je peux vous dire que Même pas Mort reviendra peut-être dans mes colonnes pour de futurs articles !

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