Enfant du Chaos, de Eva Simonin

Salut à vous, lecteurs ! Aimez-vous les univers disposant de plusieurs Mondes à explorer ? Appréciez-vous les intrigues politiques et les complots ? Et bien avec l’œuvre dont je vais vous parler aujourd’hui, vous allez être servis.

 

Enfant du Chaos, de Eva Simonin

enfant-chaos

 

Introduction :

Eva Simonin est une auteure française de science-fiction et de fantasy née en 1981. Enfant du Chaos est son deuxième roman. Il est paru en février 2017, dans la collection Naos des Moutons Électriques (collection qu’ils partagent avec les éditions ActuSF et Mnémos). 

Le roman se déroule dans la Sphère d’Okkia, qui est relié à d’autres mondes par le Seuil. Mais suite à la mort de Wa, le dieu de l’équilibre, le Seuil se ferme, laissant Okkia et les autres Sphères en proie au Chaos, qui se manifeste parfois sous forme de spectres qui tuent la population. Anielle, une jeune femme au passé troublé par les spectres, décide de s’engager dans une caserne de pompiers, qui luttent tant bien que mal contre les menaces du Chaos. Cependant, sa véritable nature va lui jouer bien des tours et lui causer bien des ennuis et l’impliquer dans des événements qui la dépassent grandement.

Enfant du Chaos retrace donc les aventures d’Anielle, mais elle n’est pas le seul personnage que l’on suit. Le lecteur va découvrir Okkia et sa situation à travers le regard de plusieurs autres personnages, comme Eryann, un Veilleur qui protège le Seuil et tente de le rouvrir ou encore Yone, un membre des Forces Spéciales du Chancelier d’Okkia.

Mon analyse portera sur l’univers du roman, que j’ai trouvé très original et cohérent, ainsi que sur les personnages et leur traitement. Mais prenez garde, lecteurs, quelques spoilers vont se trouver dans la partie qui concerne les personnages, donc si vous ne voulez pas que l’intrigue se dévoile à vous, ne la lisez pas ! Je vous préviendrai tout de même des endroits où se trouvent les spoilers.

L’Analyse :

 

Un univers mystérieux, cohérent et original :

 

Le roman de Eva Simonin nous présente un univers très original. Le système de Sphères reliées entre elles par le Seuil peut faire penser aux système de plans employé par Michel Robert dans sa série L’Agent des Ombres, ou à la Maison dans l’Ailleurs de la série L’Autre de Pierre Bottero. Ce système de Sphères permet à l’auteure de donner à voir un univers vaste et stable, puisque les Sphères ont des relations pacifiques, ce qui leur permet de faire du commerce et de s’enrichir, créant ainsi une sorte d’harmonie qui doit être préservée. Cette harmonie est représentée par les Veilleurs, qui surveillent les flux de magie.

Mais dans le récit, cet univers rencontre un problème. L’harmonie des Sphères a été brisée par la fermeture du Seuil suite à la mort de Wa, le dieu de l’équilibre. Cette mort entraîne une recrudescence des phénomènes liés au Chaos et le dérèglement des flux de magie, avec le flux noir (« L’Esperim ») qui déclenche les apparitions de spectres et « l’Opalim », qui est lié aux « tempêtes arcaniques ». Ce dérèglement des flux et la fermeture du Seuil est à l’origine des problèmes économiques et politiques dans le roman. En effet, la fermeture du Seuil empêche les échanges de ressources entre les différentes Sphères, ce qui fait qu’Okkia risque des pénuries de ressources. Cette fermeture est également responsable des émeutes de la population et des conflits politiques entre les royalistes, dirigés par la princesse Maranée Chelsi-Wa et le Chancelier d’Okkia. Le lecteur peut facilement observer les conséquences de la fermeture du Seuil grâce à la multiplicité des points de vue des personnages. Il est assez intéressant de constater que dans Enfant du Chaos, ce sont les événements mystiques ou magiques qui engendrent les problèmes politiques et économique. Ce constat est d’ailleurs renforcé lorsqu’on observe que les dieux sont omniprésents dans la vie de la Sphère d’Okkia. Le Dieu « Po » permet de meilleures récoltes, la déesse « Ti » épaule les Veilleurs dans leurs combats et « Sé », peut manipuler le destin. Les dieux semblent donc bien réels dans l’univers d’Eva Simonin, même si leur influence diminue.

Et c’est précisément cette baisse d’influence qui provoque les troubles politiques que déclenchent la royalistes, qui croient que le retour d’une reine de droit divin au pouvoir provoquera la réouverture du Seuil, alors que le problème se révèle bien plus complexe et qui rend l’intrigue plus dense, mais je ne vous en dirai pas plus.

Malgré le fait que l’on ne puisse pas directement observer les autres Sphères, le monde d’Okkia, où se déroule Enfant du Chaos, est assez vaste et détaillé grâce aux descriptions de l’auteure. Les édifices les plus atypiques sont les mystérieuses « ruines primales », qui, avec les « bordures » des Sphères et le Seuil, ajoutent de l’originalité à l’univers.

Le système de magie est également bien pensé, et chaque flux semble relié à une divinité. Chaque flux possède un nom (Opalim, Esperim, Fulrim…) et peut être manié par différentes factions. Les « arcanistes » contrôlent par exemple le flux bleu, le « Fulrim » grâce à leur « cristaux de mana » implantés dans la main, tandis que les Veilleurs peuvent manipuler le flux rouge, par exemple. Ce système de magie, qui emploie une terminologie (un vocabulaire technique) pour les sorts et les flux permet de produire un effet de réel qui le rend cohérent et assez visuel lorsqu’il est utilisé lors des scènes d’action.

L’univers que présente Enfant du Chaos est donc très attrayant et possède une part d’originalité, ce qui donne envie de s’y attarder ! À présent, je vais passer en revue quelques personnages du roman pour vous parler du manichéisme dans le roman.

Des personnages peu manichéens :

Avant de parler du manichéisme dans Enfant du Chaos, il convient de définir cette notion, puis je vais la mettre en rapport avec ce que j’appellerais la Fantasy Classique.

Le manichéisme, c’est le fait d’avoir une vision tranchée entre Bien et Mal, et de ne pas voir les nuances entre les deux. Certains personnages d’œuvres de l’imaginaire sont manichéens, et parfois cela peut être nuisible pour le lecteur de voir des personnages qui ne sont que « gentils » ou « méchants », sans aucune nuance ou ambiguïté dans leur comportement ou dans leurs actes. Par exemple, si la saga Harry Potter ne possédait pas des personnages extrêmement nuancés comme Severus Rogue, Albus Dumbledore ou Regulus Black, elle perdrait de sa puissance.

Le manichéisme est extrêmement présent dans les œuvres de l’imaginaire, et notamment dans la Fantasy Classique. Mais qu’est-ce que la Fantasy Classique ? J’en profite pour ajouter que je n’ai rien contre ce genre, et que j’utilise simplement cette appellation pour que vous puissiez comprendre mon idée.

La Fantasy Classique renvoie à ce scénario que l’on connaît tous, pour l’avoir déjà vu dans au moins un récit :

L’ordre du monde a été renversé par un Mal absolu, et seul un Élu ou un représentant du Bon absolu pourra le vaincre.

Normalement, vous vous êtes rendus compte que le scénario d’Enfant du Chaos ne correspond absolument pas à ce schéma. Cependant, il peut être utile de l’avoir en tête lorsque l’on réfléchit sur les personnages du roman d’Eva Simonin, à commencer par le personnage principal, Anielle.

Attention, lecteur. Tu entres ici dans une zone de spoilers. Fais attention si tu veux préserver ta future lecture.

Malgré sa condition de liche (une créature se situant entre le spectre et l’humain) envoyée par Sé, la déesse du destin elle-même, Anielle ne ressemble pas une « Élue » classique. Premièrement parce qu’elle est issue du Chaos, puisqu’elle est née grâce aux meurtres qu’elle a commis en tant que Spectre. Ensuite, parce que cette condition la tourmente véritablement, elle se reproche d’être un « monstre » et une grande part de la narration est centrée sur le fait qu’elle essaie d’accepter sa part sombre et ce qui en découle (ses pouvoirs et le fait de devoir tuer pour se nourrir, notamment). Elle est également confrontée à l’adversité et à des personnages qui ne la voient pas comme une sauveuse, mais qui la considèrent comme un outil ou une horrible créature. On peut notamment l’observer dans les passages où le lecteur observe des personnages qui voient la forme de liche d’Anielle et réagissent avec dégoût. Enfin, Anielle semble rejeter ce statut, ou du moins être en opposition avec ce qu’il représente, parce qu’il fait d’elle un objet. Le fait qu’elle ne ressemble pas une Élue classique et qu’elle s’oppose à son statut lui confère une grande part de tragique (elle tue et a peur de prendre goût au meurtre, elle ne veut pas libérer le « monstre » en elle) et la rend très attachante aux yeux du lecteur, parce qu’elle est à la base un personnage négatif qui tente de faire le Bien, malgré sa condition. Anielle est donc un personnage très intéressant et j’ai adoré la suivre !

La zone de spoilers s’arrête ici. Tu peux reprendre ta lecture, cher lecteur.

Vient ensuite le tour de Yone, le membre des « Forces Spéciales ». Au premier abord, Yone est un personnage antipathique, violent et obsédé sexuel, ce que confirme son idiolecte, c’est-à-dire la manière dont l’auteure le fait parler, qui regorge d’insultes et de langage brutal et familier, mais aussi ses actes. Pourtant, même s’il est détestable, Yone est un personnage qui regorge de surprises et de bons sentiments, mais je ne vous en dirai pas plus, si ce n’est qu’il n’est pas complètement le mercenaire froid qui déteste tout et tout le monde, ce qui le rend à la fois complexe et quelque peu attachant.

Le roman regorge de personnages intéressants et attachants, mais je n’ai malheureusement pas le temps de m’attarder sur chacun d’entre eux, et je vais donc clore cette partie, même si j’aurais voulu vous parler plus longuement de Ménos, de Maranée ou d’Eryann, que j’ai beaucoup apprécié.

Le mot de la fin :

 

Enfant du Chaos possède de très bons atouts. Un univers qui paraît gigantesque et mystérieux, un système de magie bien pensé et lié à un panthéon divin ancré dans la société, et surtout des personnages très intéressants, qui sortent un peu du cadre des romans de Fantasy. J’attends la suite avec impatience !

Si vous êtes intéressés par les romans présentant des mondes reliés entre eux, vous pouvez lire le cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny (que je n’ai pas encore lu), l’excellent cycle de L’Agent des ombres de Michel Robert.

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Elenya

Un commentaire sur “Enfant du Chaos, de Eva Simonin

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s