Animamea de Richard Canal

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais faire un peu d’archéologie avec toi. Qu’est-ce qu’on cherche ? Un texte de science-fiction pas si vieux que ça, mais qui est devenu très difficile à trouver, parce qu’il n’est plus édité à l’heure actuelle. Le but de cet article est donc de vous parler de cette œuvre, afin qu’elle ne soit pas complètement oubliée.

Avant de commencer, je tiens à remercie la libraire Scylla, sans qui je n’aurais jamais entendu parler de ce roman, mais aussi parce qu’elle détient un trésor faramineux de textes introuvables aujourd’hui.

J’ajoute également que cette chronique sera placée dans la catégorie « Exhumation » du blog, qui aura pour but de vous faire découvrir des textes que je considère comme trop oubliés de nos jours.

Allez. Il est l’heure de vous dire de quoi nous allons parler. Aujourd’hui, je vous présente…

Animamea, de Richard Canal

Animamea

Introduction :

 

Richard Canal est un auteur de science-fiction français né en 1953. Il est enseignant-chercheur en informatique et est passionné par l’Afrique. Il est publié les années 80, et a été notamment édité dans la revue Fiction, mais également au Fleuve Noir, dans leur collection Anticipation, que les plus âgés d’entre vous doivent connaître. Il a reçu deux prix Rosny-Aîné (qui est un prix des lecteurs récompensant une œuvre de SF) en 1994 et en 1995, pour Ombre Blanche et Aube Noire.

Le roman, ou plutôt la série dont je vais vous parler aujourd’hui a d’abord été publiée en trois tomes en 1986 et 1987 dans la collection Anticipation du Fleuve Noir sous les titres Les Ambulances du Rêve, La Légende des étoiles et Les Voix grises du monde gris, puis rééditée en 2003 sous forme d’intégrale, avec pour titre Animaméa, dans la collection Imaginaire sans frontières du même éditeur, qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui. C’est de cette intégrale, que j’ai pu trouver chez Scylla, dont je vais vous parler aujourd’hui.

Pour une fois, je vais vous donner la quatrième de couverture du roman et un résumé établi par mes soins, parce que le résumé fait par l’éditeur est un peu vague et éclipse une bonne partie du début du récit.

Voici donc la quatrième de couverture :

«  A sa naissance, chacun a reçu un corps et un montant de vie. Certains se contentent d’essayer de la prolonger de manière naturelle. Mais il existe d’autres choix : souscrire une assurance auprès du Centre de Clonage, par exemple… Rocker au sommet de la gloire, Chris avait justement souscrit la meilleure assurance pour son fils Andy. Mais si parfait que soit le clone… Quand la mort vous rattrape, où trouver l’espoir ? En se rendant sur Animamea, planète légendaire où dit-on chantent et pleurent les âmes mortes ? Combien d’angoisses et de plaintes faut-il pour prendre son envol vers ce paradis ? Quel rôle joue le Grand-Maître des Templiers du Renouveau Charismatique ? Qu’importe le prix à payer si c’est là que Chris pourra revoir Andy ! Après tout, les légendes ne contiennent-elles pas leur part de vérité ? »

Cette quatrième de couverture nous parle donc de Chris, rockstar qui a perdu son fils, brûlé vif sur scène et qui ne supporte pas le clone qu’on lui a donné. Il se lance donc dans une quête pour le retrouver sur Animamea, planète où se trouvent tous les morts, en compagnie des mystérieux membres du Renouveau Charismatique.

Mais le point de vue de Chris ne représente qu’environ un tiers de la narration. Les deux autres tiers sont assurés par le point de vue de Fabrice, un dirigeant d’entreprise qui voulait se suicider, jusqu’à ce qu’il rencontre un Ange, qui lui parle d’Animamea avant de mourir. Fabrice se lance alors à la poursuite de cette planète légendaire, accompagné par Rudy, le fils de l’Ange qu’il a adopté. Fabrice et Rudy partagent beaucoup, puisque ce sont deux infirmes dans un monde futuriste où le handicap n’existe plus (il est très facilement guérissable) : Fabrice a perdu une jambe et Rudy s’exprime difficilement et utilise donc un « textophone ». Ensemble, ils vont devoir affronter bien des épreuves et traverser l’espace pour trouver ce qu’ils recherchent, dans un space-opera poétique et mouvementé.

Mon analyse portera d’abord sur la narration du roman, puis je passerai à l’univers qu’il pose, pour enfin aborder les questions qu’il soulève.

L’Analyse :

 

La narration :

 

Lorsqu’il lit Animamea, le lecteur va d’abord alterner entre les points de vue de Chris (le rocker) et ceux de Fabrice et Rudy pendant les 300 premières pages. La dernière centaine de pages ne nous donne que le point de vue de Fabrice et Rudy (je ne vous dirai bien évidemment pas pourquoi).

Ces personnages narrateurs ont pour but de trouver Animamea, et parcourent donc l’univers pour trouver des indices qui permettent d’obtenir ses coordonnées. Ils vont donc rencontrer un certain nombre de personnages qui vont les aider ou leur mettre des bâtons dans les roues. Ils vont également voyager sur différentes planètes ou villes (« Varaden», « Offworld », « Cygne Quatre », « Christalhambra »), au sein desquelles ils en apprendront plus sur Animamea, parfois au péril de leur vie. Fabrice et Rudy sont en effet poursuivis par la secte du Renouveau Charismatique (à laquelle ils seront confrontés directement sur Varadenet Offworld), ainsi que par la Société des Clonages Réunis, qui veulent les empêcher de trouver la planète légendaire.

Chris, quant à lui, se fait endoctriner par le Renouveau Charismatique et doit supporter un certain nombre d’épreuves éprouvantes pour apprendre à surmonter la mort de son fils, Andy. Ces épreuves sont assez horribles, tant sur le plan physique que psychologique et peuvent choquer le lecteur, mais je ne vous en dirai pas plus. Ces épreuves sont là pour ajouter de la profondeur au personnage de Chris, mais également et surtout pour montrer le danger que représente le Renouveau Charismatique.

Les personnages que vont rencontrer Fabrice et Rudy au cours de leurs pérégrinations sont assez uniques en leur genre, et bien que secondaires, l’auteur tend à leur donner une certaine profondeur même si les personnages principaux ne restent pas longtemps en leur compagnie. On peut par exemple citer « Astor », le nain qu’ils rencontrent sur Offworld, ou encore Kalem, qu’ils croisent sur Varaden. Ces personnages permettent de découvrir la planète sur laquelle ils se trouvent, mais également d’ajouter de l’ampleur et du tragique à l’intrigue, car leurs rencontres avec Fabrice et Rudy se terminent souvent très mal.

Les dangers que rencontrent Fabrice et Rudy sont également d’ordre naturel, avec la faune de certaines planètes qui peut se révéler dangereuse, notamment celle de la planète où se trouve la « ville-vertige » Cristalhambra, qui possède des « loups-cerviers » d’un « mètre au garrot » qui peuvent devenir des « formidables bêtes à tuer », ainsi que les « renégats », qui sont des « oiseaux nyctalopes » qui peuvent décimer des troupeaux entiers.

Cette faune et cette flore font partie intégrante du worldbuilding (c’est-à-dire la manière dont l’auteur construit et donne à voir le monde qu’il construit) de l’auteur, ce qui m’amène à la deuxième partie de mon analyse, dans laquelle je vais vous parler de l’univers que décrit Richard Canal.

Un univers vaste et poétique :

 

Avant d’aller plus loin, je vais vous donner une définition du mot « poétique » afin que vous compreniez bien de quoi je veux parler. Voilà donc la définition que j’ai trouvée sur le Larousse en ligne « qui est capable d’émouvoir la sensibilité, l’imagination par ses caractères originaux, son charme ».

Cette définition correspond très bien à certaines descriptions que l’auteur fait dans le roman. Je m’explique.

Tout d’abord, Richard Canal décrit l’univers d’Animamea par touches, c’est-à-dire qu’il donne toujours les bons détails au bon moment sans pour autant inonder le lecteur d’informations qui ne lui seront pas forcément utiles. Les descriptions ne sont pas pour autant dépouillées, elles sont travaillées et permettent non seulement de s’imaginer parfaitement les lieux qu’elles dépeignent, mais également de suivre les personnages pas à pas, au fur et à mesure de l’avancement de leur quête. Les descriptions sont également chargées d’une certaine dose d’émotion, ce qui les rend assez poétiques.

Les lieux que décrit Richard Canal sont très différents des uns des autres et présentent tous un environnement, ainsi qu’une faune et une flore qui leur sont spécifiques. Par exemple, sur Varaden, on trouve des « brumes oxydantes qui attaquent les métaux », sur Offworld, on trouve des souterrains creusés par des « deertmers des montagnes » lors de leurs accouplements, ce qui fait que des bandits et des trafiquants s’en servent comme cachettes… Enfin, les « wartowns » ou « villes-vertiges » comme Cristalhambra sont des sortes de forteresses volantes conçues pour abriter des hommes pendant qu’elles livrent bataille. Je ne vous parlerai volontairement pas d’Animamea, qui mérite à elle seule l’achat du livre, d’après moi !

La question de cette fameuse planète où reposent les âmes des morts soulève d’ailleurs plusieurs réflexions dans le roman, auxquelles je vais m’intéresser maintenant.

Une réflexion sur la mort et sur la maturité :

 

Animamea propose d’abord une réflexion sur la mort et la manière dont elle est perçue, ou dont elle serait perçue dans un futur dans un futur où des sociétés s’attelleraient à la combattre, comme Air Freeze avec son « zynargon » qui congèle des individus pour les faire renaître plus tard, ou la Société des Clonages Réunis qui propose de transcender la mort par le biais de clones disposant de tous les souvenirs de l’original. La religion occupe également une place extrêmement importante dans l’univers que décrit Richard Canal, avec le Renouveau Charismatique qui propose le Paradis à ses adeptes, mais le néant à ceux qui ne croient pas.

Le problème est que les points de vue des entreprises luttant contre la mort et celui du Renouveau Charismatique sont remis en question par l’existence de la planète Animamea. En effet, si l’on sait que l’âme humaine, qu’elle soit adepte ou non d’une religion, atteint forcément une planète, dont l’existence est avérée, après sa mort, alors l’être humain n’a plus de raison de se soucier de ce qu’il y a après la mort, puisqu’il sait précisément ce qui l’attend.

L’existence d’Animamea ruine alors l’intérêt des religions (puisque l’homme n’a plus besoin de croire pour accéder à l’immortalité, donc adieu le pari de Pascal), mais aussi des entreprises qui souhaitent lutter contre la mort, puisque l’homme sait où va sa « véritable » conscience après sa mort. Il n’a donc plus besoin d’être cloné.

La question de la maturité est également abordée, à travers les personnages de Fabrice et Rudy. Les deux personnages ont beaucoup de points communs, ils sont tous les deux handicapés dans un monde où les thérapies sont devenues bon marché. L’un a perdu une jambe et l’autre parle par le biais d’un textophone, une machine composée d’un clavier sur lequel Rudy écrit ce qu’il a à dire et d’une voix de synthèse qui prononce les phrases à la place de l’enfant (j’en profite pour noter au passage que l’utilisation du textophone est marquée dans la typographie du livre par l’usage du gras, ce qui est plutôt bien vu et permet de différencier la voix de Rudy de celle du textophone). Ils sont donc en quelque sorte vus comme des parias. Ils ont également tous les deux perdu leurs parents de manière tragique (mais je ne vous révélerai rien à ce sujet) et entretiennent donc une relation père-fils, qui, sans tomber dans le pathos complet, aborde la question de la maturité, puisque Rudy gagne très vite en maturité au contact de Fabrice, tandis que l’adulte conserve ses rêves d’enfant, au point que le « fils » dépasse parfois le père, de manière quelque peu tragique, notamment après qu’ils aient tous les deux croisé la route de Chris.

Le mot de la fin :

 

Animamea est un roman magnifique, poétique et parsemé de questions plus qu’intéressantes à propos de la mort, ou même de la religion. Je regrette sincèrement qu’il ne soit quasiment plus trouvable aujourd’hui, alors qu’il était LE space-opera, le « must de la fin 2003 et d’une bonne partie de 2004 » d’après ActuSF à l’époque (ils le disaient ici).

Je tiens donc d’abord à remercier Richard Canal de m’avoir fait vivre un moment de lecture incroyable, et également la librairie Scylla de garder en son sein des textes oubliés qui ne devraient jamais l’être, surtout lorsqu’ils sont de cette qualité !

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