Le Chant du Barde, de Poul Anderson

Aujourd’hui, lecteur, je termine le mois Poul Anderson des Chroniques du Chroniqueur, avec

Le Chant du barde

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Introduction

Poul Anderson est un auteur de science-fiction et de fantasy américain né en 1926 et mort en 2001. Il disposait d’une formation de physicien et ses parents venaient du Danemark. Ces deux informations sont importantes, parce que nous verrons que son métier de physicien comme ses origines nordiques ont eu une certaine influence sur ses écrits. Poul Anderson fut un auteur très prolifique, avec des dizaines de romans et de nouvelles, dont la plupart ne sont pas encore traduits en français. À noter que c’est un auteur très primé, avec plusieurs prix Hugo, Nebula et Locus, qui sont les trois prix les plus importants dans le domaine de la science-fiction et de la fantasy aux Etats-Unis. Il obtint également le prix Grand Master en 1997 pour l’ensemble de son œuvre.

Les éditions du Bélial’ s’efforcent toutefois de proposer des traductions de ses œuvres, que les éditeurs dotent de préfaces d’auteur (Michael Moorcock, l’auteur du cycle d’Elric, a par exemple préfacé L’épée Brisée) ou de traducteur (Jean-Daniel Brèque a préfacé Tau Zéro, Trois Cœurs, trois lions et Le Chant du barde) et de notes lorsqu’elles sont nécessaires. Ces éditions se veulent donc assez savantes et nous permettent de découvrir cet immense auteur qu’est Poul Anderson.

Le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui, Le Chant du Barde, est paru en 2010 aux éditions du Bélial’ et est disponible au format poche depuis 2012 au Livre de Poche. Ce recueil regroupe, d’après son éditeur, les meilleurs récits de Poul Anderson, ce qui est vrai d’un point de vue critique, puisque les neuf récits du recueil totalisent pas moins d’1 prix Locus, 3 prix Nebula et 6 prix Hugo, qui sont tous trois des prix importants de science-fiction et de Fantasy. Les récits du recueil sont des novellas, c’est-à-dire des nouvelles longues, dont la longueur va, au sein du recueil, d’environ 40 à 80 pages. Ces novellas appartiennent au genre de la science-fiction.

Je vous donne la quatrième de couverture du recueil :

« Une révolution conduite par un personnage de chanson dans une Amérique totalitaire… Des naufragés cosmiques attendant le salut en provenance d’une Terre mère dont le souvenir même est hypothétique… Jupiter, monde hostile entre tous, conquis par l’avatar d’un paralytique… Les héritiers d’un empire déchu qui se réapproprient le plus horrible des crimes…

Explorateurs, guerriers mais aussi poètes, détectives et joueurs, les héros de Poul Anderson redécouvrent les mythes fondateurs de l’humanité à mesure qu’ils peuplent le cosmos de leurs enfants et de leurs rêves : de l’archétype de Sherlock Holmes à un centaure de synthèse, de la réincarnation d’Orphée à un nouvel Ubik, c’est toute une fresque de merveilles et de cauchemars qui attend ici le lecteur. »

Je commencerai mon analyse par une remarque générale, puis j’aborderai les récits se déroulant sur Terre (« Sam Hall », « Pas de trêve avec les rois », « Destins en chaîne », « Le Chant du Barde »), et enfin, ceux qui se déroulent hors de la Terre, c’est-à-dire dans l’espace (« Long Cours » ; « Les Centaures de Jupiter » ; « Le Partage de la chair » ; « La Reine de l’air et des ténèbres » ; « Le Jeu de Saturne »). Cette analyse aura pour but de montrer quelles thématiques aborde le recueil dans son ensemble en faisant des parallèles entre les différentes novellas, mais je vous parlerai aussi de certains récits tels qu’ils sont individuellement, le tout en évitant certains spoils qui pourraient vous gâcher leur découverte. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette manière de procéder en commentaire.

L’Analyse :

 

J’avancerai, pour commencer, que même si les récits réunis dans Le Chant du Barde sont des récits appartenant au genre la science-fiction, on y retrouve tout de même des éléments du registre de la Fantasy, ou du moins, des éléments que l’on retrouve dans les romans de Fantasy de Poul Anderson. Par exemple, on peut trouver des chants, dans « Le Chant du Barde », « La Reine de l’air et des ténèbres », dans « Sam Hall », ou encore dans « Pas de trêve avec les rois ». Dans le cas des deux premiers récits, les chansons que l’on peut voir s’apparentent à celles que l’on peut observer dans L’Épée brisée, de par leur forme, car ce sont des chants de barde qui sont accompagnés d’une harpe, ou des sortes de chants folkloriques qui évoquent un peuple aux pouvoirs surnaturels, ce qui permet notamment d’ancrer « La Reine de l’air et des ténèbres » dans un setting où de science-fiction, où on trouve des créatures surnaturelles.

Certaines des novellas du recueil, dont « La Reine de l’air et des ténèbres », mettent également en scène des créatures tirées du bestiaire de la Fantasy, avec par exemple des centaures dans « Les Centaures de Jupiter », même si ceux-ci ne sont pas de véritables centaures, comme vous pourrez le voir. Enfin, le « psychodrame » joué par les personnages du « Jeu de Saturne » permet à l’auteur d’introduire des « elfes » dans le récit, même si là encore, vous comprendrez qu’ils ne sont pas véritables, et le setting de « Long Cours », un équipage d’aventuriers parcourant leur monde sur leur navire pour découvrir découvrir de nouvelles terres, peut également faire penser au genre de la Fantasy.

Le Chant du barde, sur Terre

 

Cette parte de l’analyse concerne les récits suivants : « Sam Hall », « Pas de trêve avec les rois », « Destins en chaîne » et « Le Chant du barde ».

Les récits du Chant du Barde se déroulant sur Terre se situent toujours dans un futur assez lointain, dans lequel la civilisation subit ou a subi par le passé une forme de crise qui l’a profondément transformée. En effet, la surveillance informatique centralisée s’est généralisée grâce au superordinateur Matilda dans « Sam Hall », les cas de maladies mentales augmentent dans « Destins en chaîne », une sorte de nouvelle guerre de Sécession se déclenche dans « Pas de trêve avec les rois », et un superordinateur, SUM, gère le monde dans « Le Chant du Barde ».

On peut remarquer que « Sam Hall » et « Pas de trêve avec les rois » se déroulent sur une Terre où des guerres nucléaires ont eu lieu, mais qui n’ont pas eu le même impact sur la civilisation humaine, puisque le narrateur de « Sam Hall », Thornberg, évoque une « Troisième » et une « Quatrième guerre mondiale », ce qui montre que ces guerres ne sont pas si éloignées de lui, tout en évoquant le fait que la conquête spatiale a eu lieu, puisque « Vénus » a été colonisée. La civilisation du monde de « Sam Hall » semble donc avoir beaucoup progressé technologiquement après ces guerres, contrairement à celle qui est dépeinte dans « Pas de trêve avec les rois », qui évoque des « superbombes », ainsi des « anciens » dont ils possèdent la technologie, sans savoir l’utiliser. Dans ces deux récits, Poul Anderson dépeint donc deux évolutions différentes de la civilisation à partir d’une guerre nucléaire.

Ensuite, deux des quatre récits (« Le Chant du barde » et « Sam Hall ») se déroulant sur Terre se placent dans des futurs très technologiques, puisque les deux superordinateurs SUM et Matilda sont chargés de superviser la population, Matilda par le biais de la surveillance généralisée, et SUM via une forme de religion scientifique, puisqu’il prouve l’existence de l’âme grâce à des bracelets qui recueillent les souvenirs sous une forme chimique. Ces deux ordinateurs peuvent être perçus comme des divinités, puisqu’ils possèdent des noms propres, du personnel qui leur est entièrement dédié, la population croit en leur toute puissance (les militaires et le gouvernement américains dans le cas de Matilda, et une grande partie de la population dans celui de SUM), et SUM possède même un messager en la personne de « La Reine noire ». On peut supposer que Poul Anderson met la technologie en avant dans ces deux récits afin de montrer les dérives qu’elle peut engendrer. À noter que ces deux textes sont vraiment très visionnaires, puisque « Sam Hall » date de 1953 et « Le Chant du Barde » de 1972, c’est-à-dire quelques décennies avant la démocratisation des ordinateurs personnels et d’Internet.

Dans « Destins en chaîne », l’auteur imagine différents moyens de traiter les maladies mentales à travers le personnage de Douglas Bailey, qui confronte une méthode de traitement à chaque chapitre du récit, avec successivement l’euthanasie banalisée puis le traitement médical, puis le traitement psychologique, puis la déresponsabilisation complète, pour enfin aboutir à un récit de chute de la civilisation. L’auteur pousse toutes les méthodes et scénarios à l’extrême pour montrer les problèmes qu’elles peuvent poser, ce qu’on peut voir à travers le fait que chaque chapitre débouche sur la mort du personnage principal, qui est extrêmement malmené au cours du récit.

Enfin, « Pas de trêve avec les rois » peut faire écho à Fondation de Isaac Asimov (dont j’ai parlé ici), d’une certaine façon. En effet, le récit montre, à travers le conflit qu’il narre (mais aussi la mention des mystérieux « Espers » et du « rayon psi ») que la planification de l’Histoire peut avoir des défauts et ne permet pas aux peuples de s’autodéterminer. Ce récit, comme « Le Chant du barde », proclame la liberté de l’Homme, d’une certaine façon.

Le Chant du barde, dans l’espace

 

Cette partie de l’article concerne les récits suivants : « Long Cours », « Les Centaures de Jupiter », « Le Partage de la chair », « La Reine de l’air et des ténèbres » et « Le Jeu de Saturne ».

Parmi les récits du Chant du barde se déroulant dans l’espace, quatre d’entre eux (tous sauf « Long cours », en fait) abordent le thème de l’exploration spatiale à l’âge de la colonisation planétaire. Deux d’entre eux, « Les Centaures de Jupiter » et « Le Jeu de Saturne » nous donnent à voir l’exploration et la colonisation de notre système solaire, avec les difficultés techniques que cela entraîne et qui sont soulignées par les explications scientifiques apportées par l’auteur. Les deux autres récits, « Le Partage de la chair » et « La Reine de l’air et des ténèbres » nous donnent à voir l’exploration de planètes lointaines, où la civilisation humaine a évolué (dans « Le Partage de la chair »), et se confronte parfois à une autre espèce, avec les « Audelants » de « La Reine de l’air et des ténèbres ».

Dans le cas des novellas qui explorent le système solaire, l’auteur met en scène une confrontation entre l’Homme et ses propres faiblesses, qui sont physiques dans le cas des « Centaures de Jupiter », car les hommes ne peuvent pas survivre sur le sol de la planète, et cette faiblesse est symbolisée dans le récit par le personnage d’Anglesey, qui est handicapé physique. « Le Jeu de Saturne » montre quant à lui la faiblesse mentale (ou morale) des Hommes, qui sont déconnectés du réel à cause du « psychodrame » dans le récit. Dans les deux autres récits, qui se déroulent hors du système solaire, l’Homme est confronté à des espèces très différentes de lui. En effet, dans « Le Partage de chair », les hommes rencontrés par Evalyth et l’équipage du Nouvelle Aurore considèrent l’anthropophagie comme une nécessité, et « La Reine de l’air et des ténèbres » met en lumière un conflit civilisationnel symbolisé et cristallisé dans l’enlèvement du fils de la scientifique Babro par les « Audelants ». L’exploration spatiale permet donc à Poul Anderson de soulever des problématiques qui restent assez actuelles aujourd’hui, avec notamment la réinsertion des personnes handicapées, la déconnexion au réel, ou encore les différences culturelles avec une certaine originalité, tout en proposant au lecteur des descriptions magnifiques des environnements explorés par les personnages, avec une mention spéciale pour la glace de Japet dans « Le Jeu de Saturne ».

Je terminerai sur la nouvelle « Long Cours », qui possède une place assez particulière, parce qu’elle met en contact une civilisation non spatiale (qui ne peut pas encore aller à la conquête de l’espace), avec notamment l’équipage du capitaine Rovic, et une civilisation spatiale en la personne du « Messager ». Le récit est abordé du point de vue des non-spatiaux, et prend leur parti, d’une certaine façon, ce qui lui donne une certaine originalité, en plus de lui conférer un message très fort. On peut mettre le récit en relation avec « Le Partage de la chair », où on possède le point de vue d’une civilisation spatiale par rapport à une civilisation non spatiale.

Le mot de la fin

 

Le Chant du barde est un recueil magnifique, constitué de récits qui possèdent une puissance évocatrice gigantesque. Si vous voulez découvrir le style de Poul Anderson, ou ses écrits de science-fiction sans attaquer par Tau Zéro ou le cycle de La Patrouille du temps, je ne peux que vous recommander très chaudement Le Chant du Barde.

C’est donc avec cet article que se termine ce mois Poul Anderson des Chroniques du Chroniqueur, j’espère que toutes les chroniques (vous pourrez les retrouver grâce aux tags) vous auront plu, et j’espère avoir rendu justice à l’un de mes auteurs préférés !

2 commentaires sur “Le Chant du Barde, de Poul Anderson

  1. Oui, un recueil tout à fait magnifique.
    N’as-tu pas été surpris par la ressemblance entre Le Centaure et Avatar de Cameron, (le film)?
    Pour Le partage de la Chair est une nouvelle qui fait partie du long cycle de la ligue psychotechnique avec Van Rijn (la hanse galactique) et Flandry.

    Aimé par 1 personne

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