La Quête onirique de Kadath l’inconnue, de H. P. Lovecraft

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais aborder un auteur extrêmement influent, dont les tentacules, les visions oniriques, et les cités cauchemardesques continuent de nous inspirer, encore aujourd’hui. C’est parti pour

La Quête onirique de Kadath l’inconnue, de H.P. Lovecraft

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Introduction

Avant de rentrer dans le détail du sujet, il vous faut savoir que j’écris cet article pour deux raisons principales. La première, j’adore Lovecraft, sa plume, et son univers. Vous entendrez donc sûrement à nouveau parler de lui sur le blog. Ensuite, parce que beaucoup de « fictions lovecraftiennes » (des récits qui s’inspirent de Lovecraft ou qui reprennent son univers) voient le jour depuis quelques temps, et qu’il est intéressant non pas de comparer les récits entre eux (encore que), mais plutôt de voir quels éléments sont repris, et de quelle manière ils sont repris. Je vous parlerai donc très probablement, et prochainement, de certaines de ces œuvres, La Quête onirique de Vellit Boe de Kij Johnson en tête.

Mais revenons au sujet du jour.

Howard Phillips Lovecraft est un auteur américain né en 1890 et mort en 1937 dans la ville de Providence, à laquelle il doit deux de ses surnoms, « Le Maître de Providence », et « Le Reclus de Providence », le premier faisant référence à son talent qui a marqué des générations entières d’auteurs (dont China Miéville, Fritz Leiber, et Neil Gaiman, pour ne citer qu’eux) et de lecteurs, et le second, au fait qu’il travaillait d’arrache-pied au point d’être perçu comme asocial. Cette idée perdure encore beaucoup aujourd’hui, malgré sa correspondance abondante avec d’autres auteurs de son époque, comme Robert E. Howard (le créateur de Conan) ou Clark Ashton Smith (dont je vous ai déjà parlé ici). L’œuvre de Lovecraft est immense, elle comprend majoritairement des nouvelles plus ou moins longues et certaines peuvent même être qualifiées de novella, voire de romans, des poèmes, et même des essais. On lui doit notamment le Mythe de Cthulhu, et Le Cycle du rêve, qui englobent chacun un certain nombre de récits.

La Quête onirique de Kadath l’inconnue s’inscrit dans Le Cycle du rêve, un ensemble de récit qui mettent en scène les Contrées du rêve, un monde parallèle au « monde de l’éveil » (qui est le nôtre). Ce monde est régi par des règles spécifiques, et on y trouve toutes sortes de créatures plus ou moins dangereuses, allant des chats aux Shantaks, qui sont des gigantesques oiseaux à tête de cheval, par exemple.

Voici la quatrième de couverture du récit :

«   Par trois fois Randolph Carter rêva de la cité merveilleuse.

Jadis, elle avait eu pour lui une importance capitale. Il le savait sans pouvoir dire en quel cycle de temps il l’avait connue, ni si c’était en rêve ou l’état de veille « … Sortilège ! La prodigieuse cité du couchant ne cesse de se dérober comme si quelque dieu jaloux en interdisait l’accès. Comment retrouver cette fuyante merveille ? Carter en a l’intuition. Seuls les Grands Anciens peuvent l’aider dans sa quête.

Ceux qui hantent la forteresse d’onyx de Kadath l’inconnue… Dans le gouffre des rêves commence alors l’aventure… montagnes maudites, déserts glacés, cryptes diaboliques… L’Espace est périlleux mais, rêveur chevronné, Carter déjoue les pièges. Jusqu’au moment où la réalité le rattrape, plus fantastique que jamais… ».

Vous l’aurez compris, dans ce récit, le lecteur suit les pas de Randolph Carter dans sa quête de Kadath. Mon analyse portera à la fois sur la narration et sur le style de Lovecraft.

Accessoirement, j’ai cru comprendre que plusieurs traductions de ce texte existent. Je précise donc que j’ai lu la traduction établie par Arnaud Mousnier-Lompré, qui est disponible chez J’ai Lu. À noter qu’une autre traduction existe, celle de David Camus (qui va d’ailleurs retraduire l’intégralité de la fiction de Lovecraft, allez voir ça ici, le projet est absolument titanesque) dans une intégrale du Cycle du rêve, parue en 2010 chez Mnémos et disponible depuis 2012 chez J’ai Lu en format poche.

L’Analyse

 

Comme je l’ai dit plus haut, le récit conte l’aventure de Randolph Carter dans les Contrées du rêve dans lesquelles il compte bien trouver la mystérieuse ville de Kadath, et l’encore plus mystérieuse citadelle du couchant. Mais le problème, c’est que les personnes qu’il rencontre ont peu de renseignements sur Kadath, et ceux qui en ont ne pas forcément toujours bien disposés à son égard. Le voyage de Carter nous permet de découvrir les Contrées du Rêve, dans leur aspect merveilleux, onirique, et cauchemardesque.

La découverte des Contrées du Rêve passe premièrement par la vision des créatures plus ou moins exotiques et étranges qui y vivent, avec les Zoog (des rongeurs avec des tentacules faciaux), les goules (des humanoïdes mangeurs de chair à tête de chien), des Shantak (des oiseaux géants à tête de cheval), des extraterrestres d’une certaine façon, avec les « créatures lunaires », et même des chats, qui sont bien plus puissants dans les Contrées du rêve que dans le monde de l’éveil. Ces créatures sont souvent antagonistes les unes des autres dans le récit. Les Zoog détestent les chats, et les Shantak ont peur des « faméliques de la nuit » par exemple. Certaines d’entre elles vont donc aider Carter, et d’autres vont au contraire tenter de le tuer. Le rapport des différentes créatures à Carter est souvent déterminé selon leur appartenance à la faction des « Autres Dieux » ou non.

D’ailleurs, l’influence de ces « Autres Dieux » (qui sont différents des Grands Anciens du Mythe de Cthulhu) se fait beaucoup ressentir dans le récit. En effet, Carter semble souvent manipulé et dirigé à son insu par des forces extérieures, ce qui fait que c’est un personnage assez passif, qui n’est pas toujours à même de se sortir des situations périlleuses dans lesquelles il se retrouve.

Le récit est en effet constitué de péripéties qui se succèdent et dans lesquelles Randolph Carter est entraîné à cause de son obstination à vouloir trouver la cité de Kadath. À noter que toutes les péripéties et mésaventures vécues par Carter sont toutes reliées entre elles par des liens qui semblent relever de la causalité, et aussi souvent d’un hasard plus ou moins heureux, mais je ne vous en dirai pas plus. Retenez simplement que Carter est un personnage très ballotté par le hasard, hasard qui est souvent forcé par ses opposants.

La Quête onirique de Kadath l’inconnue nous montre également différentes villes des Contrées du rêve, avec Céléphaïs, Ulthar, ou Dylath-Leen, par exemple. Ces villes, et les environnements traversés par Carter d’une manière générale, sont décrits de manière absolument sublime, avec des archaïsmes (des mots qui sont devenus désuets dans la langue contemporaine), des adjectifs très forts que l’auteur combine avec des expansions du nom qui leur donnent un côté onirique et poétique en plus de donner énormément de détails, comme dans ce passage, que je trouve particulièrement incroyable, et qui se situe page 74 de mon édition :

« Enfin, à la tombée du deuxième jour, le pic enneigé d’Aran monta sur l’horizon, avec ses ginkgos qui se balançaient au vent sur ses basses pentes, et Carter sut qu’ils avaient atteint le pays d’Ooth Nargai et la merveilleuse cité de Céléphaïs. Les minarets scintillants de cette ville fabuleuse apparurent rapidement, puis les murailles de marbre immaculé avec leurs statues de bronze, et l’immense pont de pierre sous lequel le Naraxa se jette dans la mer. Les douces collines sur lesquelles s’appuie la ville montèrent ensuite, couvertes de bosquets et de jardins d’asphodèles, de petites chapelles et de chaumières. Enfin, loin à l’arrière-plan, la chaîne violette des monts tanariens, puissante et mystérieuse, au-delà de laquelle courent des routes interdites qui mènent dans le monde de l’éveil et vers d’autres régions du rêve. Le port était encombré de galères peintes ; certaines venues de Sérannian, la nébuleuse cité de marbre qui s’étend dans l’espace éthérique au delà du point où la mer rencontre le ciel, et d’autres qui provenaient de parties plus matérielles du pays du rêve. L’homme de barre se fraya un chemin parmi elles jusqu’aux quais aux fragrances épicées où le galion s’amarra au crépuscule, alors que, par millions, les lumières de la cité commençaient à scintiller sur l’eau. Toujours renouvelée telle semblait être cette immortelle cité de rêve ; car le temps n’y a pas le pouvoir de ternir ni de détruire les choses et les êtres. Le temple de turquoise de Nath-Orthath est tel qu’il a toujours été et les quatre-vingts prêtres aux couronnes d’orchidées sont ceux-là mêmes qui le bâtirent il y a dix mille ans. »

Cette foison de détails rend les environnements des Contrées du rêve tangibles, en plus de leur donner un côté très poétique. Le style de Lovecraft est également empreint d’un sens de l’épique dans Kadath. Ce style épique est marqué par la présence d’archaïsmes, mais aussi par l’emploi d’un vocabulaire très soutenu et très littéraire. On peut également constater que l’auteur utilise l’épithète homérique (un type de complément du nom particulièrement utilisé et remarqué dans les épopées homériques, L’Iliade et L’Odyssée) lorsque le narrateur évoque les ennemis de Carter, c’est-à-dire les Autres Dieux et leurs sbires, avec notament « Nyarlathotep, le chaos rampant » ou « le grand prêtre qu’on ne doit pas décrire ». Ce style épique sublime les environnements des Contrées du rêve et donnent une puissance évocatrice incroyable au récit, tandis que les épithètes homériques servent à accentuer le côté divin et tout puissant des Autres Dieux et de leurs serviteurs.

Et c’est sur ces fameux Autres Dieux que je vais terminer. Le récit fait plusieurs fois mention d’Azatoth et de Nyarlathotep et nous montre leur puissance et leur influence incroyable, à travers le nombre et la diversité de leurs serviteurs qui influent sur le cours du récit, mais également par la force qu’ils possèdent lorsqu’ils agissent directement. Nyarlathotep n’apparaît directement dans le récit qu’une seule fois, mais croyez-moi, cette apparition risque fort de vous marquer, tant par l’arrivée du messager des Autres Dieux que par son discours !

Le mot de la fin

 

La Quête onirique de Kadath l’inconnue possède une puissance évocatrice colossale de par le style de son auteur, H. P. Lovecraft, qui nous fait découvrir ses Contrées du rêve à travers la quête de Randolph Carter, semée d’embûches dans des environnements parfois oniriques, et parfois cauchemardesques.

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