Le Royaume Brisé, d’Adrien Tomas

Salutations, lecteur. Je t’avais déjà parlé du Royaume Rêvé, le premier tome du Chant des épines, la nouvelle trilogie d’Adrien Tomas qui précède La Geste du Sixième Royaume, lecteur. Je t’ai ensuite parlé du Royaume Éveillé l’été dernier. Il est désormais donc temps de conclure avec

Le Royaume Brisé, troisième tome 3 du Chant des Épines

 

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Introduction

 

Avant de commencer, je tiens à chaleureusement remercier Adrien Tomas pour avoir dédicacé l’intégralité de mes exemplaires du Chant des Épines ! Ensuite, je tiens à rappeler que cette chronique va parler du tome 3 d’une série. Je vous conseille donc vivement de lire les deux premiers tomes du Chant des Épines avant de consulter cet article. Enfin, j’ai très récemment lu La Geste du Sixième Royaume, ainsi que La Maison des mages, dont je vous parlerai sans doute prochainement sur le blog.

Adrien Tomas est un auteur français né en 1986. Il écrit principalement de la Fantasy, et a fait des études d’écologie. Ses romans sont publiés aux éditions Mnémos en grand format et sont également disponibles au format poche dans la collection Hélios, dans le cas de Notre Dame des loups, La Maison des mages et La Geste du Sixième Royaume. Ce dernier a d’ailleurs reçu le prix Imaginales en 2012.

La trilogie du Chant des Épines s’inscrit dans l’univers du Sixième Royaume, mais se déroule quelques siècles avant La Geste du Sixième Royaume et raconte la formation du royaume de Sveldia, ainsi que sa lutte contre les envahisseurs de l’Empire de Seï.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Au lendemain de la victoire de l’empire de Seï sur le royaume du Nord, les Épines et Ithaen pansent leurs blessures, bien cachés ou engagés dans la guérilla contre l’envahisseur. Mais, partagé entre l’accueil des troupes de l’empereur pour mettre fin aux horreurs de la guerre et résister, le Nord est divisé.Toutefois, cette guerre implique bien plus d’acteurs qui œuvrent dans l’ombre. À l’aube de grands bouleversements qui vont ébranler les fondations de l’Histoire même, les alliances se dénouent et les accords les plus inattendus se créent. Des sacrifices démesurés seront exigés alors que s’enchaîneront les révélations et les choix impossibles, pour précipiter les Épines et Ithaen vers une fin magistrale et terrible qui scellera leurs destins. »

Là où le premier tome racontait la naissance de Sveldia et le deuxième sa chute, Le Royaume brisé peut être vu comme le tome qui voit ce royaume renaître, mais de manière tragique. Mon analyse portera donc sur le fait que le développement de l’univers et la narration permettent un final dantesque, puis je vous parlerai de la construction des personnages, pour terminer sur la question du genre auquel appartient la saga du Chant des épines.

L’Analyse

 

Développement de l’univers et fin

 

Sans rentrer dans les détails de la conclusion de la saga du Chant des épines, je peux tout de même vous dire que la narration du Royaume Brisé fait la part belle aux ascenseurs émotionnels, aux rebondissements et aux cliffhangers de fin de chapitre. En effet, l’auteur place ses personnages dans des situations toujours plus critiques et toujours plus ambiguës qui font que le lecteur se pose beaucoup de questions quant à leurs sentiments, ou même leur allégeances, ce qui fait que vous ne pourrez tout simplement pas lâcher le roman (ça a d’ailleurs été mon cas) avant d’avoir obtenu certaines informations. De plus, Adrien Tomas utilise habilement les flashbacks, qui permettent de ralentir le rythme de la narration afin d’expliquer des situations présentes par des situations passées, qui avaient été passées sous ellipses, ce qui permet au lecteur d’avoir toutes les clés en main lorsque le roman se termine.

La multiplicité des points de vue, avec les regards des différents personnages qui se succèdent, qui est une des marques de fabrique de l’auteur, permet de faire avancer certaines des scènes du roman avec beaucoup de polyphonie, pour donner au lecteur tous les tenants et aboutissants d’une situation à travers une multitude de points de vue, et cela fonctionne particulièrement bien pour les scènes d’action ou les intrigues politiques (je pense notamment à la bataille finale, où l’on peut observer les stratégies des deux forces en présences, mais pas seulement). Cette polyphonie permet également de cerner les divergences politiques et les ambitions des personnages, ce qui nous montre que certains personnages du roman possèdent des ambitions qui vont très loin, avec notamment Ithaen et Isandre, qui jouent un rôle aussi important que controversé lors de la bataille finale.

On constate également avec ce tome que l’auteur développe son univers et nous fait découvrir les dragons, avec les « oiseaux-dragons », les « dragons verts », et même « L’Écailleux », qui est une tortue dragon. Ces dragons sont donc très différents de ceux que les lecteurs d’Adrien Tomas auront pu apercevoir dans La Geste du Sixième Royaume. Les sylphides et leur organisation en différents « Essaims » est détaillée, on en apprend plus sur les « Immortels » et leurs origines (j’y reviendrai plus bas), on fait la rencontre de la Dryade Lilthyn, et on peut même observer la mystérieuse cité des Chroniqueur, Sithylboréa. Tous ces développements de l’univers, ou du lore, si vous préférez, est permis par la multiplicité des points de vue des personnages et par le fait qu’ils soient dispersés géographiquement. Les personnages observent tous des événements différents parce que de facto, aucun d’entre eux ne se trouve au même endroit.

La narration, grâce à la focalisation interne, met énormément l’accent sur les sentiments des différents personnages (j’y reviendrai plus bas), en nous laissant entendre leurs pensées et leurs tourments, ce qui nous permet de suivre leur évolution, et surtout, de comprendre pourquoi ils agissent ainsi, à défaut de pouvoir s’identifier à eux (Ithaen adopte certes une conduite qui peut paraître détestable, mais ses actes son pleinement justifiés). On note également la présence d’un certain nombre de séquences émotion, que j’ai personnellement appréciées.

Les Personnages et leur complexité

 

Comme je l’avais déjà dit dans ma chronique du tome 2 du Chant des épines, les personnages acquièrent une grande complexité au fil de la saga. Dans ce tome final, cette complexité s’accentue encore de par la situation de crise sans précédent à laquelle les personnages sont confrontés (un Empire dont l’armée se nomme « Les légions infinies », ce n’est quand même pas rien), ce qui les plonge toujours plus dans un genre de dilemme, pour certains d’entre eux. Par exemple, Merisia est partagée entre son goût de l’assassinat et son amour pour Solheim, Vermine aime Ithaen mais voudrait retrouver la liberté, Ysemir aime une Ithaen qui lui semble toujours plus inaccessible, et la liste pourrait s’allonger pour les personnages principaux.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et sont tous confrontés à des problèmes de taille : Grimnur l’ancien brigand devenu paladin va avoir un enfant, Une la sylphide doit subir les intrigues de Lilthyn, la Fille de la Sylve, mais également celles d’Ithaen… On découvre également les problèmes territoriaux des dragons de la Grande Forêt, et même les antagonistes de Sveldia, tels que l’assassin Zaere ou le général Qeshaal, sont dépeints avec une certaine complexité, mais je n’en dirai pas plus.

Cette complexité des personnages, ainsi que leurs agissements et décisions politiques font que le roman d’Adrien Tomas n’est plus manichéen du tout. Cette démarche avait déjà été entamée dans les deux premiers tomes, mais dans Le Royaume Brisé, l’absence de manichéisme est très remarquable, puisque le royaume de Sveldia est capable de prendre les mêmes décisions et de commettre les mêmes exactions inhumaines que son ennemi, l’Empire de Seï. On peut en effet voir qu’Ithaen, la reine de Sveldia, et Qeshaal, le général Séide, prennent le même de décisions pour arriver à leurs fins, ce que l’on peut voir à travers certaines déclarations des deux personnages, qui se toujours des révélations violentes et dures à encaisser pour le lecteur (il est tout de même question de deux génocides) et pour les personnages du roman, qui sont en proie à la haine ou au désespoir à la fin du roman. Fin qui est, selon moi, magistrale, parce qu’elle ne constitue en rien une bonne ou une mauvaise fin, et qu’elle est très nuancée.

Le personnage d’Ithaen acquiert une densité et une complexité assez grandes dans ce tome 3 de par ses décisions et ses agissements politiques (que je ne vous dévoilerai pas parce qu’ils constituent tous des spoilers majeurs), mais on se rend assez vite compte qu’elle est l’un de ces personnages qui sont capables de calculer la plupart de leurs fait et gestes pour obtenir ce qu’ils veulent, à l’image d’un certain Jorg Ancrath, par exemple.

Je reviens maintenant aux Immortels, tels que La Locuste et Belunith, dont les origines sont dévoilées dans ce tome, et tend à faire d’eux des personnages assez profonds et dotés d’un background très intéressant, même si l’auteur avait déjà divulgué certaines informations à propos de Belunith dans La Geste du Sixième Royaume. En tout cas, je pense que certains d’entre vous seront surpris d’apprendre ce qu’est (ou était?) La Locuste, à l’origine.

Le Genre ?

 

J’aborderai brièvement ici la question du genre auquel appartient la saga du Chant des épines. Ou plutôt, la question du sous-genre de la Fantasy auquel appartient cette saga, parce qu’il apparaît clair que les romans d’Adrien Tomas peuvent être classés en Fantasy.

Je pense que l’on peut classer Le Chant des épines (et par extension, La Geste du Sixième Royaume et La Maison des mages) dans la Dark Fantasy, puisque les personnages commettent des exactions violentes de manière explicite (viol, meurtre, manipulations, et même génocide), et surtout, de manière pleinement consciente, et c’est ce qui les rend tous assez ambigus. Ils agissent de manière horrible, mais très souvent, c’est parce qu’ils cherchent à faire le Bien, mais le Bien qui est en adéquation avec leurs idéaux politiques, et pas une vision générale et moralisatrice du Bien. Selon moi, c’est cette part d’ambiguïté entre les idéaux et les actes des personnages qui fait le sel de cette saga, mais aussi des deux romans qui se déroulent dans le même univers.

Je clôturerai cette chronique en soulignant le fait que certains aspects de la saga peuvent également faire penser à de la Science-Fantasy (le genre hybride de la SF et de la Fantasy), puisque le discours scientifique est présent dans toute la saga, où il est question de robots, de clonage, de manipulations génétiques pour créer des aewr (des « merveilles », dans le langage des nains), de par les recherches de Nashgar le faiseur, mais aussi parce qu’on entend parler des « laboratoires » des Sœurs Grises.

Le mot de la fin

 

Le Royaume Brisé clôt Le Chant des épines d’une très belle manière, en étoffant l’univers du Sixième Royaume, mais aussi en reniant complètement le manichéisme en montrant les exactions que peuvent commettre deux opposants dans une guerre qui détruit la vie, mais qui détruit aussi des vies, celles des personnages qui y prennent part. La fin du roman donne également des clés pour mieux comprendre les romans d’Adrien Tomas qui se déroulent dans le même univers, ce qui est très intéressant, puisque cela va me permettre d’écrire des chroniques plus précises de La Geste du Sixième Royaume et de La Maison des mages !

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2 réflexions au sujet de « Le Royaume Brisé, d’Adrien Tomas »

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