L’Épée d’Eldritch

Salut à toi, lecteur. Aujourd’hui, je vais enfin mettre à profit la catégorie « écrits » de mon blog.

En effet, lorsque j’ai commencé Les Chroniques du Chroniqueur, j’avais en tête de parler d’œuvres appartenant aux genres de l’imaginaire, tout en postant les miennes, afin de récolter quelques avis honnêtes et des conseils éclairés. Et après un an, ce deuxième objectif n’est toujours pas atteint, par ma faute, puisque je n’ai toujours rien posté, alors que j’essaie d’écrire de la fiction dans ce qui me reste de temps libre.

Alors je vais remédier à cela, et essayer de poster des récits ici. Je ne peux pas vous dire à quelle fréquence cela aura lieu, mais cela n’impactera pas la fréquence de sortie des chroniques (qui est d’une par semaine, à présent).

Avant de poster le récit qui va suivre, j’aimerais donner quelques indications. Vous pouvez tout à fait me dire que ce que j’écris est nul, nauséabond, abominable et indigne (et c’est même votre devoir, si tel est bien le cas), mais vous devez absolument m’expliquer pourquoi (et faire de même si vous par miracle vous aimez mon texte), sinon je n’avancerai jamais. Je ne veux donc pas voir de « le texte est nul » dans les commentaires, mais plutôt « le texte est nul parce que… ». J’y tiens vraiment. Cela peut sembler idiot, mais ça ne l’est pas, et tout commentaire est bon à prendre, qu’il soit positif ou négatif, à partir du moment où il est constructif.

Sur ce lecteur, je te souhaite une bonne lecture, avec L’Épée d’Eldritch , un texte que j’ai rédigé dans la période de Février-Mars de cette année.

 

L’Épée d’Eldritch

 

Une aube écarlate se levait sur un champ de bataille dévasté. Les clameurs du combat s’étaient tues. Au milieu des corps démembrés et des flaques de sang séché, un homme seul se dressait, avançant d’un pas lent parmi les cadavres. Il était si maigre que ses os ressortaient sous sa peau blafarde maculée de taches rougeâtres. Ses longs cheveux blancs encadraient son visage fin et émacié, au menton pointu et aux joues creuses. Ses yeux, à la sclère jaune et aux pupilles violettes, semblaient éteints, sans vie, et ses lèvres purpurines étaient parsemées de crevasses. Son armure avait été fracassée lors des combats, sa cape déchirée. Il errait parmi les morts, vêtu d’un pantalon renforcé de plaques d’acier et chaussé de bottes de cuir, et portait un sac de toile sur l’épaule gauche.

Cette guerre n’aurait jamais de fin. Tant que le seigneur ennemi ne serait pas mort, les batailles continueraient à se succéder. Eldritch devait le tuer. Mais dans son état, c’était impossible. Même un nécromant tel que lui ne pouvait affronter le tyran Velkrieg sans avoir retrouvé ses forces, perdues suite aux trop nombreux combats qu’il avait dû mener. Et par dessus tout, il avait besoin de ce qui se trouvait dans son sac. Eldritch soupira. Il fallait reforger cette maudite Épée.

Et pour cela, il devait aller dans l’Outre-Monde.

L’Outre-Monde était un endroit bien particulier, accessible uniquement aux sorciers les plus dévolus aux arts sombres. Des Dieux et des créatures des temps anciens y vivaient, et prenaient un plaisir malsain à égarer, tromper et dévorer ceux qui s’aventuraient trop imprudemment sur leur territoire. Eldritch connaissait bien ce lieu qui se trouvait hors de toutes les frontières, mais détestait pourtant s’y rendre. Même les nécromants les plus puissants, ceux qui pouvaient faire trembler des armées, des royaumes et même des empires, se trouvaient pareils à des nouveaux-nés face aux créatures infâmes de l’Outre-Monde. Mais il n’avait pas le choix. Il devait arrêter cette guerre, et pour cela, il avait besoin d’une arme capable de défaire des légions entières de créatures soumises à des forces impies. Son Épée, que son dernier affrontement contre un suppôt de cette engeance maudite avait brisée.

Le nécromant leva son maigre bras droit, et proféra des incantations qui auraient pu faire basculer bien des mortels dans la folie. Un cercle vermeil se forma à ses pieds, et s’étendit progressivement à mesure qu’Eldritch déclamait ses formules impies, pour finalement entourer l’intégralité du champ de bataille. Les flaques de sang, les membres détachés et les cadavres émirent une lueur bleutée, éthérée. Leurs âmes seraient arrachées par le sorcier, en guise de droit de passage. Une étoile à sept branches, qui prenait pour centre le nécromant, se dessina à l’intérieur du cercle. Eldritch continuait de réciter les formules oubliées qui permettaient d’accéder à l’Outre-Monde. Chaque syllabe qu’il prononçait heurtait sa raison, choquait ses cordes vocales, écorchait ses lèvres, et donnait à sa voix des allures démoniaques. La réalité se tordait autour de lui. Des éclairs violacés fissuraient l’intérieur de son cercle. Les âmes des guerriers tombés au combat hurlaient, aspirées dans un tourbillon noirâtre tandis qu’Eldritch terminait ses déclamations.

Le nécromant eut l’impression d’être avalé par une créature gigantesque, et se retrouva projeté dans l’Outre-Monde.

Il ouvrit les yeux au milieu d’une gigantesque caverne, si haute qu’on ne pouvait pas en voir le plafond, aux murs de pierre sombre, parcourus de gemmes éclairantes. Des volutes de brume verdâtre parcouraient le lieu, lui conférant une allure fantomatique. Des grognements et des grondements puissants se faisaient entendre, secouant presque les parois de la caverne. Eldritch sentait les présences des créatures tapies dans ce monde. Leurs puissances respectives irradiaient l’Outre-Monde, pesant sur les visiteurs, prêtes à les écraser s’ils se montraient trop imprudents. Le nécromant se trouvait là pour en trouver une en particulier. Celui qui reforgerait son Épée. Böhlvêrkh, le Jotünn Corrompu, le géant des glaces millénaires, que des Puissances cosmiques, venues d’une époque encore plus lointaine que la sienne, avaient perverti, pour accroître ses pouvoirs et le mettre à leur service. Böhlvêrkh forgeait donc toutes les armes que les Puissances lui demandaient de fabriquer, mais servait également les visiteurs qui parvenaient jusqu’à lui, en échange d’un tribut. Eldritch avait bien évidemment pensé à se munir d’un tribut qui intéresserait le géant, qui ne s’intéressait ni aux offrandes spirituelles, ni aux sacrifices de sang. Ce que le géant cherchait, c’était des moyens de lutter contre l’influence pernicieuse des Puissances de l’Outre-Monde, ou des techniques qui lui permettraient de les occire. C’était donc sans contrainte que lui, Eldritch, pouvait passer des accords avec Böhlvêrkh.

Il se mit en route vers la forge du géant, qui se trouvait plus loin dans la caverne. Avec un peu de concentration, il pouvait entendre le martèlement ininterrompu du Jotünn Corrompu sur sa gigantesque enclume dans un fracas métallique, sourd et régulier. Le nécromant avançait dans les galeries d’un pas lourd et décidé. Des flammes bleu sombre pulsaient dans ses mains. Il s’éclairait grâce à elles et pourrait également les utiliser pour se défendre si une créature monstrueuse de cet endroit maudit décidait de l’attaquer. Il sentait plusieurs d’entre elles se rapprocher, mais n’était pas capable de les identifier. Il ne savait même pas s’il elles se décideraient à l’affronter. Il espérait toutefois ne pas faire face aux Anciens Dieux de l’Outre-Monde ou aux Puissances qui tenaient Böhlvêrkh en leur pouvoir. Il pouvait se battre contre des monstres et quelques créatures divines mineures, mais certainement pas des entités dont la simple présence pouvait altérer la réalité. Aux yeux de telles forces, il n’était qu’un insecte et ne tenait pas franchement et tenter quoi que ce soit qui put les provoquer.

Un grognement se fit entendre derrière lui alors qu’il tournait à droite dans le tunnel de pierre sombre. Il eut le temps d’apercevoir deux yeux jaune vif et plusieurs queues hérissées avant de dresser une barrière qui projetterait son ou ses ennemis au loin. Eldritch était dans la bonne direction, il le savait. Le martèlement de Böhlvêrkh était de plus en plus fort, et la puissance écrasante du puissant Jotünn menaçait de le submerger à chaque pas. La créature se trouvait toujours derrière lui, tapie dans les ombres, prête à surgir. Eldritch ne parvenait à l’entendre avancer. Le bruit de ses pas devait être couvert par le marteau de Böhlvêrkh.

Le nécromant parvint néanmoins à la sentir bouger, mais trop tard. Sa barrière vola en éclats bleutés. Il se retourna, et fit face à un loup bipède au poil gris hérissé, les pattes postérieures fléchies, les bras écartés. Les trois queues de la créature fouettaient l’air, et l’agressivité se lisait dans ses yeux jaunes. Ainsi, on trouvait des Lycans dans l’Outre-Monde. Eldritch n’en fut toutefois pas étonné outre mesure, et se prépara à combattre, priant secrètement pour que sa magie atteigne son ennemi. Le Lycan se jeta sur le nécromant, qui esquiva un coup de griffe d’un pas en arrière, en projetant un rayon enflammé sur la créature, qui glapit de douleur en sentant ses poils brûler. La bête recula, tandis qu’Eldritch prononçait des formules qui propagèrent les flammes partout sur le corps du Lycan, qui fut en réduit en cendres quelques secondes plus tard. Le nécromant sentit du sang couler de sa bouche. Il fallait vite que ce maudit Jotünn reforge son Épée. Il reprit sa route, laissant derrière lui le cadavre du Lycan noirci par les flammes.

Il avançait moins vite, à présent. Le passage dans l’Outre-Monde et l’utilisation de la magie l’avaient affaibli. Il s’essoufflait et tremblait. Si d’autres Lycans surgissaient, il ne réagirait sans doute pas assez vite pour en venir à bout. Eldritch se concentrait sur le battement régulier du marteau de Böhlvêrkh sur son enclume, qui se rapprochait encore. Le fracas métallique heurtait les oreilles du nécromant avec toujours plus de violence.

La configuration des tunnels changea peu à peu. Les galeries se firent plus larges. Du métal brillant et argenté tapissait les parois. Le martèlement du Jotünn prenait des allures de séisme, à présent. Eldritch continuait d’avancer. Il espérait que Böhlvêrkh accepte de traiter avec lui, en échange du tribut qu’il avait amené.

Il parvint jusqu’à une gigantesque porte de fer ouvragée à deux battants, dont les lourds anneaux dorés étaient pendus à deux cornes d’ivoire recourbées, qui s’illuminèrent devant lui. Une présence menaçante se fit sentir autour de lui. Il leva la main droite en prononçant un mot de passe qui lui permettrait de décliner la raison de sa présence avant que la magie défensive de Böhlvêrkh le détruise.

Je suis Eldritch, déclara le nécromant. Je souhaite traiter avec toi, Böhlvêrkh, Jotünn Corrompu. Je t’ai amené une offrande.

Un puissant râle se fit entendre. La voix du Jotünn retentit, sorte de grognement sourd qui évoquait la puissance et la froideur d’une avalanche.

Tu viens pour l’Épée, nécromant. Te rappelles-tu de ce que je t’ai dit lorsque je l’ai reforgée ?

Eldritch ne répondit pas tout de suite. Il se rappelait très bien des paroles de Böhlvêrkh, prononcées des années auparavant, lorsque l’Épée lui avait été remise.

Celui qui brise l’Épée, donne son sang pour l’Épée, ou meurt par l’Épée, récita Eldritch. Ne t’en fais pas, je suis prêt.

Les deux gigantesques battants s’ouvrirent dans un effroyable grincement métallique. Le nécromant s’avança, et fit face au Jotünn Corrompu. Böhlvêrkh était d’une taille presque six fois supérieure à celle d’Eldritch, et était bien plus large que lui. Le Jotünn avait la peau d’un gris aux reflets bleutés, et portait un tablier d’un vert émeraude, vraisemblablement en peau de dragon tannée, qui couvrait son torse musclé et descendait jusqu’à ses genoux. Il se tenait debout devant une gigantesque et lourde enclume de diamant noir, ancrée à même le sol. Eldritch ne pouvait réprimer des frissons en observant le Jotünn Corrompu, dont le corps et le visage étaient striés de cicatrices luisantes et violacées, d’où émanaient des sortes de tentacules fantomatiques, qui traversaient même l’épaisse barbe noire de Böhlvêrkh. Les marques de la Corruption orchestrée par les Puissances. Mais ces marques n’étaient pas la source primaire de la peur du nécromant. Ce qui terrifiait Eldritch, c’étaient les yeux de Böhlvêrkh. Deux crevasses, d’un noir d’encre qui semblaient sans fond, traversées par des chaînes d’argent rougeoyantes qui empêchaient l’âme du Jotünn de s’échapper de son corps.

Le nécromant fit de son mieux pour contenir ses frissons, et fit apparaître un vieux grimoire entre ses mains. Böhlvêrkh sembla le regarder quelques instants. Eldritch espérait que son offrande permettrait d’obtenir la réparation de l’Épée.

Où as tu trouvé cette chose ? demanda le géant corrompu de sa voix caverneuse. Tu es conscient qu’Ils ne me laisseront utiliser un tel objet ?

C’est à prendre ou à laisser, Böhlvêrkh, répondit Eldritch. Je n’ai rien d’autre à t’offrir, et nous savons tous deux que cette chose peut t’être utile pour lutter contre Eux.

Eldritch souhaitait de tout cœur que le Jotünn ne ferait pas durer les négociations. Plus il passait de temps en compagnie du géant, plus les Puissances qui le contrôlaient parfois risquaient de s’apercevoir de sa présence, ce qui entraînerait des conséquences bien plus graves que la mort du nécromant.

Le grimoire s’éleva dans les airs, jusqu’au visage du Jotünn, qui en fit magiquement défiler les pages.

J’accepte ton offrande, Eldritch. J’espère pour toi que les formules qu’il contient vont me permettre de Les repousser, gronda Böhlvêrkh. À présent, donne-moi l’Épée. Il est temps de la reforger.

Eldritch posa devant lui le sac de toile qu’il portait et l’ouvrit. Les deux moitiés de l’Épée s’y trouvaient, rouillées au point que nul ne pouvait reconnaître l’instrument de mort capable de décimer des bataillons entiers en transformant son porteur en bête assoiffée de sang. La magie contenue dans l’Épée était terrifiante, tant pour son porteur que pour ses victimes.

Böhlvêrkh entonna un chant guttural pour prononcer les formules qui permettraient de reforger l’Épée. Les parois de la caverne qui lui tenaient lieu d’atelier se mirent à trembler. Eldritch se mit à trembler de tout ses membres. Il sentait son sang suinter par les pores de sa peau. Il sentait son énergie vitale se diffuser dans l’Épée, dont les taches de rouille s’effaçaient. Une puissante magie pulsait à l’intérieur de la lame, alimentée par les quelques forces restantes du sorcier.

« Celui qui brise l’Épée, donne son sang pour l’Épée. »

Le nécromant s’évanouit dans un soupir, alors que le chant du Jotünn gagnait en intensité, accompagné par le lourd battement de son marteau sur sa gigantesque enclume.

Eldritch se réveilla au centre de la caverne dans laquelle il avait atterri à son entrée dans l’Outre-Monde. Le nécromant se sentait à bout de forces. Il tenait à peine debout.

Mais devant lui, se trouvait l’Épée, reforgée, brillante d’une lueur maléfique. Il la ramassa, et dut s’en saisir à deux mains pour ne pas la lâcher. Il l’observa longuement. Sa poignée était faite d’un métal d’un gris sombre et lisse, sans aucune impureté, inconnu du nécromant. La forme de la garde évoquait une aile de corbeau sur le côté droit et une aile de dragon sur le côté gauche, toutes deux forgées avec une minutie et un souci du détail inimaginables pour un forgeron humain. Au centre de la garde se trouvait une pierre d’un blanc immaculé qui laissait échapper la lueur pâle qui donnait à l’Épée son aspect inquiétant, et qui laissait à croire qu’elle était bel et bien vivante. La lame était longue, faite d’un métal qui semblait avoir été créé uniquement pour elle, garnie de gravures magiques qui donnaient à l’Épée toute sa puissance. Elle n’avait rien d’humain, tant dans sa conception que dans ce qu’elle dégageait.

Eldritch ceignit l’Épée à sa ceinture. L’avoir en main lui avait redonné quelques forces, et il se sentait prêt à retourner dans son monde pour occire le tyran Velkrieg. Il entendit des grognements derrière lui.

Il se retourna, et fit face à une dizaine de Lycans enragés qui s’apprêtaient à bondir. Le nécromant eut un petit rire, et, dans un lent geste menaçant, dégaina l’Épée. Un Lycan lui fonça dessus. L’Épée bougea toute seule, entraînant avec elle le corps d’Eldritch, et trancha le loup bipède en deux. Le sang de la bête fut absorbé par lame. Le sorcier sentit une force étrangère affluer dans son corps. Une force qui lui faisait le plus grand bien, mais qui lui commandait de massacrer tous ces Lycans sans plus tarder. Il pouvait tenir son arme avec une seule main, à présent. Il se jeta sur les bêtes, un rictus meurtrier aux lèvres. Il esquivait d’instinct des coups de griffe qui auraient pu le décapiter, parait des coups qu’il n’était pas censé voir arriver, et tranchait dans des chairs que le métal ne pouvait normalement pas atteindre si facilement. Quelques instants plus tard, il se trouva au beau milieu des cadavres ensanglantés des Lycans, dans une forme athlétique. Ses yeux jaunes et violets pétillaient d’excitation. Il tuerait Velkrieg, et son corps irait nourrir les chiens de son royaume.

Il recréa un passage entre l’Outre-Monde et le sien avec les corps des Lycans. Il prononçait les incantations impies avec une certaine délectation, puisqu’elles ne pouvaient plus l’atteindre maintenant qu’il était en pleine santé. Le cercle vermeil se déploya autour de lui. Il continuait de déclamer les formules qui permettaient de passer d’un monde à l’autre sans que sa raison soit heurtée. La réalité se tordit, et il passa sans encombre de l’Outre-Monde à sa propre réalité.

Il émergea avec fracas dans un palais aux riches colonnes de marbre, aux murs de pierre taillée, enjolivés par des tableaux et des fresques. Eldritch se trouvait dans l’antichambre d’une salle du trône. Il devina aisément, avec un sourire aux lèvres, où son rituel l’avait transporté lorsqu’il vit des soldats en armure crier et défourailler leurs épées.

Donnez moi Velkrieg, si vous tenez à vos misérables vies ! hurla Eldritch à la cantonade en dégainant l’Épée.

Les soldats prirent peur et reculèrent de quelques pas, sans que le nécromant comprenne immédiatement pourquoi.

Puis il sentit le pouvoir de l’Épée. L’énergie qui fluctuait dans la lame et qui pulsait dans la pierre blanche au centre de la garde se déversait en lui et remodelait son corps. Ses bras se couvraient d’écailles noires, son corps était parcouru par de nouvelles veines qui charriaient une magie démesurément puissante, et ses yeux jaunes semblaient animés d’un violent désir de massacre.

Les soldats pointaient leurs épées sur lui, mais ils étaient terrorisés.

Nous ne livrerons pas notre roi à un monstre tel que toi ! crièrent les soldats. Nous le défendrons, même si nous devons mourir !

Plusieurs d’entre eux se ruèrent sur le sorcier. Ils ne l’atteignirent jamais. Eldritch fit jaillir des éclairs de ses mains, les réduisant en cendres. Il s’avança alors, l’Épée en main. L’arme semblait se réjouir d’avance du combat. Les soldats paraissaient terrifiés, mais firent face au nécromant.

Le combat ne dura que quelques instants. L’Épée guidait la main de son porteur et le nourrissait en s’abreuvant du sang de ceux qu’elle tuait. Tous les soldats finirent mis en pièces sanguinolentes. Eldritch enfonça la porte de la salle du trône d’un coup de pied, et fit face à d’autres soldats qui l’avaient attendu de pied de ferme et qui prenaient maintenant peur. Ils comprenaient que le nécromant avait massacré leurs compagnons qui se trouvaient dans l’antichambre. Au fond de la pièce trouvait Velkrieg, qui se leva de son trône doré rehaussé de pierres précieuses pour observer Eldritch, qui le toisa en retour.

Je viens pour toi, Velkrieg, lança Eldritch avec arrogance. Ta mort signera la fin de la guerre.

Le tyran haussa les sourcils. Velkrieg portait une longue robe d’apparat verte sous laquelle Eldritch devinait la présence d’une armure lourde. Son visage était pâle, et portait les stigmates des pactes qu’il avait passés pour se lancer dans une guerre sans merci contre le peuple qu’Eldritch défendait. Des marques de Corruption, qui laissaient échapper des filaments tentaculaires.

Ainsi te voilà, chien ! cria Velkrieg. Soldats ! Tuez cet homme !

Les soldats s’avancèrent d’un pas hésitant, mais le nécromant ne leur laissa pas le temps d’agir. Il déclama une suite de formules complexes qui les paralysèrent tous. Puis, il les fit brûler vifs. Des flammes bleues apparurent soudain sur les corps des hommes d’épée, consumant le métal de leurs armures, le faisant fondre sur leurs vêtements et leur peau, leur arrachant des hurlements de douleur et d’effroi.

Une fois qu’ils furent tous consumés, Eldritch passa sa langue dans sa bouche, puis se lécha les lèvres. Il ne saignait pas. La magie ne le blessait plus. Il s’avança, l’Épée en main, vers Velkrieg.

Tu as fait reforger cette arme maudite, grogna le tyran en voyant l’arme dans la senestre du nécromant. Je vais donc pouvoir m’en emparer sitôt que je t’aurai tué.

Eldritch sourit à pleines dents.

L’Épée est née du désir de Böhlvêrkh, qui voulait détruire la Corruption des Puissances. Elle n’accepterait jamais de servir l’un de Leurs pions, car elle faite pour les occire, et c’est que je vais faire dès à présent.

Velkrieg leva sa dextre. Un torrent de flammes fondit sur Eldritch, qui roula sur le côté pour l’éviter. Le nécromant courut droit sur le tyran, qui déchira sa robe verte pour faire apparaître une lourde armure de guerrier. Il tira une épée bâtarde d’un fourreau de cuir accroché à sa ceinture, et para in extremis une attaque destinée à le décapiter.

Eldritch était incroyablement confiant. L’Épée semblait ricaner dans ses mains, déviant chacune des frappes de Velkrieg avec facilité. Elle donnait à son porteur la force d’encaisser chacun des sortilèges qu’il encaissait grâce à sa magie. Elle le soignait lorsque le tyran parvenait à le blesser. Eldritch allait gagner, c’était certain. Il jouait avec Velkrieg, qui s’épuisait de plus en plus, les lèvres écorchées et ensanglantées à force de prononcer des formules magiques. Les Puissances ne semblaient même pas vouloir l’aider, n’ayant sans doute que faire de ce serviteur.

Velkrieg se rapprocha dangereusement et tenta d’embrocher son adversaire sur son épée, qui fut bloquée par la main libre et nue d’Eldritch. La pointe de l’arme pénétra la chair du nécromant, mais il ne ressentit aucune douleur. Avec un odieux sourire, il referma sa main sur l’épée de Velkrieg, et la jeta au sol. Le tyran recula, désespéré.

Le nécromant s’approcha de lui, un rictus malfaisant aux lèvres. L’Épée le transperça de part en part. Eldritch retira l’arme du corps de son adversaire, qui s’écroula dans un souffle rauque.

Eldritch éclata d’un rire sinistre. Velkrieg était mort. Il l’avait vaincu. Grâce à l’Épée.

L’arme continuait d’émettre une lueur inquiétante. Eldritch voulut l’accrocher à sa ceinture, mais elle ne bougea pas. Son bras ne lui répondait plus. Il tomba à genoux, soudain essoufflé. Une sueur rosâtre et maladive coulait sur sa peau, et il sentit du sang affluer dans sa bouche. Il voulut hurler, mais n’y parvint pas. Aucun son ne sortait de sa bouche. Il tenait toujours l’Épée dans sa senestre. Sa dextre se referma sur sa gorge.

Pensais-tu que Nous ne verrions rien de ton petit jeu, Eldritch ? Pensais-tu que ton voyage dans l’Outre-Monde et ton petit marchandage avec le Jotünn passerait inaperçu de Nos yeux ?

Le nécromant ne pouvait répondre. Il ne pouvait même plus penser. Les Puissances de l’Outre-Monde s’imposaient à son corps et son esprit et les malmenaient avec violence.

Tu devrais le savoir, pourtant, en tant que sorcier expérimenté. Tu ne peux Nous duper. Et puisque tu as essayé de Nous atteindre en détruisant l’un de Nos jouets et que tu as marchandé avec le Jotünn, nous avons modifié les règles pour l’Épée.

Désormais, « Celui qui brise l’Épée, donne son sang pour l’Épée, et meurt par l’Épée. »

Eldritch sentit une lame traverser sa chair, et il perdit conscience.

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10 commentaires sur “L’Épée d’Eldritch

  1. C’est dans l’ensemble un bon texte d’Heroic fantasy lorgnant sur la dark fantasy même s’il y a quelques points qui m’ont un petit peu dérangé (mais rien de rédhibitoire non plus).
    D’abord, les points positifs :
    – L’univers est simple et assez flou mais présente de nombreuses possibilités (les nécromans, les Puissances et l’Outre-Monde avec un bon côté Lovecraft, les Jötunns…). Je pense qu’il y’a matière à le développer. Je ne sais pas si ce texte appelle une suite ou d’autres projets dans cet univers mais ce serait très possible !
    – L’ambiance de ce court texte est bien rendue et est, encore une fois, sombre et désespérée, ce qui colle bien avec l’univers.
    – Les personnages (mis à part le tyran) sont bien rendus. J’ai particulièrement aimé le Jötunn Corrompu cherchant à se libérer des puissances de l’Outre-Monde.

    Les négatifs maintenant :
    – J’ai trouvé plusieurs contrastes entre certaines phases d’écriture : plusieurs fois, l’écriture et le style passent d’assez fluide et élégant (les descriptions notamment) à parfois moins soigné (lors des scènes d’action en majorité). Ça peut donner du dynamisme à ces moments mais j’ai trouvé le contraste assez étrange.
    – La fin, même si possédant une bonne chute mettant encore une fois en lumière la noirceur et l’aspect sans concession de l’univers est, à mon avis, trop courte et des points (comme le tyran lui-même) auraient sans doute gagné à être développés.

    Voilà pour cet avis, dans l’ensemble, il s’agit vraiment d’un bon texte et ça ne me déplairait pas du tout d’en lire d’autres.

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    1. Merci beaucoup pour ton avis, ça fait vraiment plaisir d’en recevoir 🙂 !
      D’autres seront probablement postés à l’avenir (je travaille actuellement sur un roman, mais j’écris aussi des textes courts de temps en temps).
      En tout cas, je te remercie très chaleureusement pour ton commentaire !

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  2. Une lecture fort sympathique ! J’aime les récits old school de fantasy avec leur lot d’enjeux manichéens. Je trouve que le rendu est très correct notamment au niveau de l’ambiance. L’atmosphère est poisseuse ; le lecteur est immergé dans cet univers de noirceur où pointe l’héroïsme. Certains passages m’ont fait un peu penser à du Ron Howard. Un texte de bonne facture, qui fonctionne bien, donc, même si non exempt de défauts (mineurs cependant).

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      1. Les défauts sont mineurs et relèvent de mon appréciation personnelle 🙂 Je trouve qu’il y a de très/trop nombreux adjectifs qualificatifs, parfois redondants. C’est le souci des longues descriptions. Certains aiment ça, cependant. Le deuxième point est lié au premier : je trouve que tu expliques beaucoup les choses. Mais encore une fois, certains apprécient d’être pris par la main !
        Pour le reste, rien ne m’a choqué, le tout est bien écrit et assez fluide.

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  3. Wouaw wouaw wouaw.
    Quelle atmosphère ! quelle ambiance poisseuse ! Entre Elric et Berserk, c’était vraiment un plaisir de se plonger dans cet univers un peu old-school, avec ses puissances divines démoniaques, objets maudits, mondes parallèles… De plus le fait que le texte laisse dans l’ombre pas mal d’éléments (les Puissances, le but du Jotunn, l’Outre-Monde, les acteurs de la guerre contre le Tyran…) n’a fait qu’ajouter au charme de ton univers pour ma part. Ton écriture y est ici pour beaucoup. Je pense que tu as très bien réussi à donner à ton texte cette superbe ambiance, et ce par des descriptions du décor claires et marquantes mais qui n’ont pas trop impactés sur la fluidité du texte (je pense que cela est du au charme donné à l’univers et à l’envie que j’avais d’en savoir plus).
    Cependant j’ai trouvé deux défauts plutôt majeurs qui ont vraiment gêné ma lecture. Le premier c’est justement un excès d’exposition, le deuxième est un manque de dynamisme lors des affrontements.
    Je dissocie ici tes descriptions minutieuses du décor et de l’apparence physique des persos (qui sont géniales) et de l’exposition de l’univers que j’ai trouvé à quelque reprise souvent lourd. Tu expliques trop de choses directement sans laisser le lecteur (enfin surtout moi hein, je sais pas ce qu’en pense les autres…) à découvrir subtilement ton univers. Il y a des expositions nécessaires qu’on ne peut éviter (dès le début, indiquer que Eldritch combat contre le Tyran et doit reforger son Épée, c’est nécessaire je pense) mais d’autre qui ralentissent gravement ton rythme: juste après l’exposition Eldritch+Tyran+Épée, tu enchaînes sur une explication de ce qu’est l’Outremonde, alors que cela aurait été mille fois mieux de rien dire et nous laisser découvrir le monde uniquement par l’avancée d’Eldritch dans ce monde (on comprend tout de suite après qu’il y a des Puissances hostiles, que le monde est horrible, qu’il y a des créatures fantastiques). Un autre exemple c’est l’exposition Jotunn Corrompu= peut reforger l’Épée + veut combattre les Puissances. Alors c’est deux infos que tu nous donne cash dès le début, alors quand on le comprend par nous même tranquillement au cour du texte, ça fait un effet de répétition et on a l’impression que tu nous prend par la main…
    Enfin les combats sont sanglants à souhaits, les attaques dévastatrices d’Eldritch donnent un côté « wouaw » qui est ma foi succulent, mais j’ai l’impression que tu résumes tes combats en quelques phrases. C’est souvent « Eldritch est trop fort, ses ennemis pauvres mortels trop faibles, le combat dure un instant ». Si cela peut passer pour quelque combat (pas besoin de présenter un combat comme épique contre des soldats nuls) c’est très frustrant lors du combat final contre le Tyran. Il est plus faible certes, mais tout le récit semble mener à cet affrontement: il m’a paru tellement facile que je me suis dit « bah c’est tout ? »
    Voila c’est mon avis. Si j’ai plus écrit sur les défauts, c’est parce que j’ai réellement aimé ce récit et que je trouve que tu as beaucoup de potentiel. Bonne chance pour la suite !

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    1. Wouahou, merci beaucoup pour ce retour super détaillé, ça fait extrêmement plaisir ! ^^
      Les défauts que tu as relevés dans l’écriture et la mise en scène ont été relevés par d’autres personnes, donc ne t’en fais pas, c’est tout à fait pertinent et ça va m’aider à m’améliorer par la suite et pour d’autres récits 🙂 ! Merci beaucoup donc ^^ !
      Et si jamais tu es intéressé par ce que je fais, tu peux aussi lire les autres récits présents sur le blog 🙂 !
      Je le redis encore, mais c’est parce que ça fait plaisir et chaud au cœur de voir ce genre de retours détaillés et nuancés, merci beaucoup 🙂 !

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