Tschaï, de Jack Vance

Je t’ai parlé de Jack Vance il y a peu, lecteur, avec le cycle de la Planète Géante. Aujourd’hui, je vais te parler d’un cycle du même auteur qui est considéré comme l’un des grands classiques de la science-fiction.

Tschaï, de Jack Vance

 

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Introduction

 

Jack Vance est un auteur américain de science-fiction, de fantasy et de polar, né en 1916 et mort en 2013. Son œuvre est incroyablement conséquente en termes de quantité (et certainement de qualité, mais je n’ai pas encore tout lu de cet auteur), et comporte plusieurs dizaines de nouvelles et une trentaine de romans, répartis sur huit cycles. Pour vous donner une idée de l’influence de Jack Vance, il fait partie des auteurs qui ont reçu le prix Damon Knight Memorial Grand Master (un prix qui récompense un écrivain de SFF pour l’ensemble de son œuvre) en 1996, et a influencé un grand nombre d’auteurs des générations suivantes.

En France, les œuvres de Jack Vance sont en grande partie traduites et disponibles (mais vous pouvez toujours me corriger dans les commentaires si je me trompe) depuis les années 1960-1970, avec la première traduction du cycle de Tschaï dans le Club du Livre d’Anticipation des éditions OPTA en 1971, par exemple. Aujourd’hui, des éditions intégrales et revues de ses œuvres sont publiées, avec notamment La Geste des Princes-Démons sortie en 2016 au Livre de Poche, ou encore le cycle de Tschaï en 2016 chez J’ai Lu, dans le collection Nouveaux Millénaires, dont je vais vous parler aujourd’hui.

Voici donc la quatrième de couverture de cette intégrale de Tschaï :

« En découvrant la planète Tschaï, le vaisseau terrien Explorator IV est aussitôt détruit par un missile. Unique survivant de la catastrophe, Adam Reith découvre un monde baroque, violent et d’une beauté envoûtante. Un monde peuplé de quatre races extraterrestres : les belliqueux Chasch, les impénétrables Wankh, les farouches Dirdirs et les mystérieux Pnume. Déjouer les traquenards, explorer les secrets des cités géantes, percer le mystère des hommes hybrides : autant d’étapes pour une extraordinaire odyssée, qui permettra peut-être à Reith de rentrer chez lui… »

Le lecteur va donc suivre Adam Reith dans sa quête pour regagner la Terre dans ce monde hostile et parfois étrange qu’est la planète Tschaï, accompagné de Traz, le jeune nomade, et Anacho, l’Homme-Dirdir, et dans ses confrontations avec les races extraterrestres que sont les Chasch, les Wankh, les Dirdir et les Pnume.

Avant de commencer mon analyse, je tiens à préciser que le but de cet article n’est pas de faire une review de chaque tome du cycle, mais de donner quelques éléments généraux à son propos, ainsi que quelques pistes de réflexion. Il est donc normal que je ne parle pas (ou peu) d’éléments précis de l’intrigue.

Je vais donc m’attarder sur la construction du monde de Tschaï (et oui, comme j’entre en Master de Littérature française à la rentrée prochaine, je vais éviter les anglicismes sur mon blog pour m’habituer à ne pas les utiliser dans mon mémoire), pour ensuite vous parler de l’intrigue et des personnages et de leur aspect pulp, et enfin questionner le genre et les pistes de réflexion du cycle.

 

L’Analyse

 

Les richesses de l’univers de Tschaï

 

Jack Vance dépeint dans son cycle une planète où grouillent les espèces extraterrestres (Pnume, Phung, Dirdir, Wankh, Chasch bleus, Vieux Chasch, Chasch Verts…), mais aussi des communautés humaines très différentes des Terriens (Hommes-Chasch/Wankh/Dirdir/Pnumekin, Yao, les Hommes-Emblèmes ou Kruthes, les Lokhars, les Khors, ou encore les Thang). Les peuples de Tschaï sont ainsi très divers, et chaque race extraterrestre (ainsi que les Hommes qui leur ressemblent à cause de manipulations génétiques ou de déguisements) aura un rôle important à jouer dans les aventures d’Adam Reith, parce que c’est en confrontant chacune d’entre elles qu’il va pouvoir rentrer chez lui au terme de ses aventures.

La plupart des peuples et des races dépeints par l’auteur, même ceux qui sont peu mentionnés ou présents dans les récits, comme les Khors par exemple, possèdent une histoire qui leur est propre, ainsi que des mythes et des coutumes inventés par l’auteur, avec parfois un lexique inventé, comme en témoigne les termes associés aux langages des Dirdir, des Pnume, ou même aux Yao, qui sont donnés en italique (comme on le fait en typographie avec le vocabulaire étranger) et dont une traduction ou la signification sont donnés en note de bas de page ou dans les dialogues, avec par exemple le « zs’hanh » Dirdir, qui signifie « indifférence dédaigneuse envers les activités d’autrui ». Chaque peuple a ses propres spécificités qui le rendent unique et intéressant, mais également dangereux et parfois terrifiant, parce qu’Adam Reith et ses compagnons doivent s’informer et prendre en compte les coutumes de ceux qu’ils rencontrent s’ils ne veulent pas mourir. Par exemple, ils doivent prendre garde aux penchants des Yao pour « l’awaïle », qui consiste à tuer le plus grand nombre de personnes possible lorsqu’ils éprouvent une grande honte, ou au fait que les Dirdir sont des chasseurs qui traquent et mangent des hommes. Cette diversité des peuples et de leurs coutumes donne une grande richesse à l’univers de Tschaï, qui est complètement dépaysant pour Adam Reith et le lecteur. On peut également noter que le moderne côtoie l’ancien sur la planète, puisqu’on trouve sur Tschaï des populations qui se battent avec des haches et des épées, tandis que d’autres utilisent des armes énergétiques et possèdent des vaisseaux spatiaux, ce qui ajoute encore à la richesse de l’univers de Jack Vance.

Les environnements et villes ( Siviche, Smarghash, Zsafathra, Pera, Dadiche, Settra), dont les noms possèdent des sonorités assez orientales ou exotiques, ont leurs propres structures architecturales, avec les dômes et les jardins des Chasch à Dadiche, les « Maisons » des Yao à Settra, ou même la « Boîte de Verre » des Dirdir. Chaque cité rencontrée par Adam Reith possède également son propre mode de gouvernement et semble posséder sa propre individualité, au même titre que ses citadins qui réservent bien des surprises au terrien et à ses compagnons de route.

Une intrigue et un style d’écriture pulp

Dans le cycle de Tschaï, Jack Vance construit une intrigue où les péripéties et les rebondissements s’enchaînent assez rapidement pour Adam Reith, Traz et Anacho, tout en laissant une bonne part au développement du lore de la planète, ainsi que ses secrets et son histoire. Ces informations nous sont révélées au lecteur au fur et à mesure de l’avancement de la quête d’Adam Reith, arrivé malgré lui sur Tschaï sans rien en connaître et qui doit en apprendre plus son environnement. Le point de vue interne est donc utile pour peu à peu dévoiler les informations au lecteur par le biais des dialogues avec les deux autres personnages principaux, Anacho et Traz.

La plupart des personnages du cycle sont assez fantasques et hauts en couleur, avec d’abord Adam Reith, qui est un étranger sur une planète qu’il considère étrange, et qui est le seul personnage à avoir une morale positive et humaniste (bien que Traz et Anacho deviennent plus moraux au cours du récit) dans un monde où il est normal de doubler ou de tuer son prochain pour son propre profit. Ainsi, Adam Reith va conserver ses valeurs et sa morale jusqu’à la fin, en ne cédant à la violence que pour aider ses amis Traz, de la tribu des Hommes-Emblèmes, doué pour la survie et Anacho l’Homme-Dirdir renégat et théâtral qui connaît très bien Tschaï. Ce trio de personnages est au début assez disparate, mais gagne en unité au fil de ses aventures pour finalement rester soudé même dans l’adversité, lorsque ses membres sont séparés, puisque Traz et Anacho ne se séparent pas quand Reith s’absente, et ils lui viennent en aide plus d’une fois. L’unité de ce trio peut aussi être perçue à travers certaines séquences émotions que je ne spoilerai pas, notamment dans les troisième et quatrième tomes. Tschaï compte également de nombreux personnages secondaires, qui sont également assez développés, à l’image de la « Fleur de Cath », par exemple.

Ces personnages, mais surtout la narration et l’environnement (mélange d’éléments anciens et modernes, civilisations extraterrestres…) de Tschaï, qui est propice à l’aventure, peuvent rappeler les univers et les récits des pulps (je ne sais d’ailleurs pas si ce cycle être considéré comme un pulp ou non, à vous de me le dire). Cet aspect pulp se constate également dans l’écriture de Jack Vance, qui va droit au but, sans être dépourvue d’un certain style ou de subtilité lorsqu’il s’agit de décrire des environnements ou des peuples, par exemple. Pour rappel, les pulps sont des magazines de littérature dite populaire du 20ème siècle, qui ont perduré jusqu’aux années 1960 et qui ont permis à des auteurs de SFF, tels que H.P Lovecraft, Clark Ashton Smith ou encore Isaac Asimov de se faire connaître.

Genre et pistes de réflexions

 

Tschaï est présenté comme un grand classique de la SF (et il l’est, je peux vous le garantir) de par le monde vaste et divers qu’il présente, mais il présente quelques caractéristiques du genre de la fantasy. Ne voyez pas dans cette phrase un blasphème ou une tentative de recatégorisation, mais simplement une piste de réflexion. Je m’explique. Le cycle met en scène la quête d’un personnage, Adam Reith, qui devient ensuite la quête d’un groupe de personnages aventuriers (Reith, Traz, Anacho) qui doivent se confronter à des créatures parfois monstrueuses qui peuvent s’apparenter à un bestiaire de fantasy plutôt que de science-fiction, et certains environnements, comme la tribu des Hommes-Emblèmes par exemple, peuvent rappeler des décors de fantasy. Cependant, Tschaï appartient tout de même majoritairement au genre de la science-fiction, puisque le cadre du récit est futuriste (vaisseaux spatiaux), et évoque des manipulations génétiques et des évolutions du genre humain qui peuvent faire ressembler l’Homme à des créatures extraterrestres. Tschaï interroge également les croyances et les mythes relatifs aux origines géographiques de l’humanité, et il faut avouer que ce genre de thème est traité davantage dans la science-fiction que dans la fantasy.

On peut en revanche voir dans le cycle de Tschaï la trace du romantisme et du sens dramatique, puisqu’il est répété dans les romans que sur Tschaï, les émotions sont plus vives et les passions plus exacerbées. Cela peut expliquer le fait que beaucoup de personnages aient des comportements excessifs ou très théâtraux (les Dirdir, les Yao, les Phung, ou même le scélérat Woudiver, que je vous laisse découvrir par vous-mêmes), et que certaines situations dégénèrent donc très vite.

La religion et les traditions semblent être très vivement critiquées par l’auteur dans le cycle, puisqu’elles sont souvent dépeintes comme violentes. Les prêtresses du Mystère Féminin tuent des femmes dans des sortes de sabbats, les Dirdir chassent des hommes pour les tuer et les manger, et les religions des Hommes-Chasch et des Hommes-Dirdir les maintiennent dans l’erreur en ce qui concerne leur véritable nature, puisqu’ils sont des Hommes, et pas des créatures extraterrestres en devenir.

N’allez tout de même pas croire que Tschaï est un cycle sombre et sanglant (ou qu’il n’est que cela), parce que le lecteur peut savoir dès le début que tout se terminera bien pour Adam Reith et que ce qui compte le plus sur Tschaï, c’est les voyages que l’on y fait, et pas ce qui se passe une fois que l’on en est reparti. De plus, certaines traces d’humour de la part du narrateur sont trouvables dans le récit, qui se moque parfois un peu d’Adam Reith.

Le mot de la fin

 

Tschaï mérite son statut de classique de la SF, et Jack Vance son statut de maître en construction de mondes et de sociétés. Les romans qui constituent le cycle m’ont complètement dépaysé, et m’ont fait voyager avec Adam Reith et ses compagnons.

Je continuerai donc sans doute à vous parler des romans de Jack Vance !

2 commentaires sur “Tschaï, de Jack Vance

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