Les Crépusculaires, de Mathieu Gaborit

Salutations, cher lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un cycle et d’un auteur importants dans la fantasy française, avec

Les Chroniques des Crépusculaires, de Mathieu Gaborit

 

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Introduction

 

Mathieu Gaborit est un auteur de fantasy français né en 1972. Il travaille également sur des jeux de rôle, dont certains, comme Agone, sont inspirés de ses romans.

Il est notamment connu pour son univers des Crépusculaires, dans lesquels se déroulent les aventures d’Agone de Rochonde (dans les romans Souffre-Jour, Les Danseurs de Lorgol, Agone), et de Maspalio le farfadet dans la ville d’Abyme, ainsi que pour d’autres cycles comme Bohème ou Les Chroniques des Féals.

Les Chroniques des Crépusculaires (les romans qui concernent Agone de Rochonde, donc) ont été rééditées et révisées de nombreuses fois au cours du temps, puisqu’une intégrale est d’abord parue en, 1999 (il y a presque vingt ans) après la publication originale des romans, entre 1995 et 1996 chez Mnémos, qui débutait alors tout juste ses activités. Cette intégrale a ensuite été reprise en poche chez J’ai Lu en 2003, avant d’être rééditée chez Mnémos en 2007, puis en 2012 dans un coffret collector, puis dans la collection de poche Hélios en 2014, puis dans une édition spéciale en 2016 pour les 20 ans de Mnémos, et enfin, en 2018, dans une édition définitive (toujours chez Mnémos) qui regroupe les romans qui concernent Agone de Rochonde et les aventures de Maspalio. C’est cette dernière que je me suis procuré pour me plonger dans l’univers des Crépusculaires.

Mais pourquoi faire de l’histoire éditoriale ? me demanderez vous.

Et bien, parce que le nombre de rééditions de ce cycle montre à quel point il est important pour son éditeur, mais également pour le lectorat. Ma chronique aura quelque peu pour but de vous expliquer pourquoi. Je tiens d’ailleurs à préciser que je ne parlerai aujourd’hui que des romans qui concernent le personnage d’Agone (je lirai et chroniquerai Abyme plus tard, sans aucun doute!)

Mais d’abord, voici la quatrième de couverture des Crépusculaires (j’ai choisi celle de l’édition poche) :

« Le puissant et impitoyable baron de Rochronde vient de mourir, son fils Agone, en froid avec son père, a déjà choisi une autre destinée.

Mais le testament laissé par le baron lui réserve un avenir tout autre…Agone doit se rendre une semaine au collège de Souffre-jour pour y suivre un enseignement bien particulier et en apprendre plus sur son père.

Cependant, la découverte de la vérité sera douloureuse et parsemée d’embûches…

Autour de lui, les complots s’organisent.

Armé de sa fidèle rapière Pénombre et rompu aux plus redoutables arts magiques, saura-t-il trouver son salut et délivrer les Royaumes Crépusculaires qui sombrent dans la tourmente ? »

Le lecteur va donc suivre les aventures d’Agone de Rochonde, qui doit sauver son pays de nombreux complots, alors qu’il est à peine formé.

Mon analyse portera d’abord sur la richesse de l’univers bâti par Mathieu Gaborit, puis sur le personnage d’Agone en lui-même.

L’Analyse

Un univers merveilleux, mais sombre

 

L’univers des Crépusculaires utilise le bestiaire du merveilleux, avec des fées, des lutins, des farfadets, des ogres et des nains dans un cadre médiéval. Ce cadre médiéval s’observe par l’absence de technologie poussée, ainsi que la présence de chevaliers qui servent des seigneurs (des « barons » ou des « rois ») et de mages qui cherchent à être le plus indépendants possibles. On pourrait de prime abord croire que l’univers des Crépusculaire relève de l’heroic fantasy dite classique (ou même simple), avec un tel cadre et un personnage principal qui apparaît comme une sorte d’élu qui doit sauver son pays, mais il n’en est rien. Ou plutôt, disons que l’univers dépeint par Mathieu Gaborit est plus touffu que de la simple heroic fantasy (je tiens tout de même à préciser que je ne méprise ou rabaisse pas le genre).

En effet, l’univers créé par Mathieu Gaborit possède un certain nombre d’originalités, avec premièrement les différents systèmes de magie présents au sein de ses romans.

On trouve d’abord la magie pratiquée par des mages, c’est-à-dire la magie à laquelle n’importe quel lecteur peut s’attendre, avec des sortilèges de destruction, de soin, ou d’illusion. Cette magie peut sembler classique, mais elle repose en réalité sur les « Danseurs », qui sont des créatures vivantes, décrites comme étant « asexuées », avec un « corps humanoïde d’une blancheur éclatante » et une « androgynie troublante », avec lesquelles les mages doivent se lier afin de pouvoir lancer des sorts. Ainsi, chaque école de magie de l’univers des Crépusculaires entretient un lien particulier avec les Danseurs : les Jornistes lient avec eux une relation d’amitié et de confiance, les Éclipsistes sont leurs complices mais les trompent parfois, tandis que les Obscurantistes les torturent, les font souffrir, et vont même jusqu’à les tuer. Oui, vous avez bien entendu. Dans cet univers, la magie exploite des êtres vivants et peut aller jusqu’à les tuer pour produire des sorts puissants. Le thème de l’exploitation d’êtres vivants est donc traité dans les romans des Crépusculaires, puisque les Danseurs sont chassés pour être vendus à des mages qui peuvent les utiliser comme bon leur semble, ce que certains personnages condamnent fermement, à l’image des lutins, qui chassent les Danseurs, mais qui ne supportent pas qu’ils soient torturés. Le traitement de la magie est donc lié à des préoccupations qui sont écologiques dans les romans, d’une certaine façon, et l’auteur montre parfois de manière assez cruelle que la magie a un prix, notamment lorsque certains mages torturent leurs Danseurs.

Vient ensuite « l’Accord », une magie qui repose sur la musique et qui permet d’agir sur les âmes et les esprits. Les « Accordés » sont répartis entre différentes familles en fonction de leur instrument (Agone appartient par exemple à la famille du cistre) qui semblent coexister pacifiquement, mais une famille d’Accordés, celle du clavecin, cherche à détruire et supplanter toutes les autres. Elle est ainsi appelée le « faux-accord ». Cette approche musicale de la magie est assez originale et est complémentaire de la magie des Danseurs, qui agit sur le corps, là où l’Accord agit sur l’esprit, puisqu’il permet par exemple d’exorciser des souvenirs douloureux.

On trouve aussi des magies qui sont liées à des espèces particulières, avec par exemple la « magie élémentaire » des nains, et la « magie des saisons » des lutins, dont on ne connaît pas précisément mais qui auront un rôle important à jouer dans Agone, le troisième tome de la saga. On peut toutefois remarquer que ce sont des magies qui se rattachent et qui commandent aux forces de la nature. Cela montre encore une fois que le thème de la nature est présent au sein des Crépusculaires, mais également que souvent, chez Mathieu Gaborit, le surnaturel commande au naturel. La magie des fées noires, quant à elle, s’intéresse à « l’accouchement des âmes », et leur permet de donner vie à des objets inanimées. C’est grâce à cette magie qu’Agone se lie à Pénombre, une rapière dotée d’une âme qu’il a lui-même imaginée ! C’est un peu comme si Elric avait pu façonner Stormbringer selon ses désirs, et personnellement, je trouve incroyable ! À noter que Pénombre est capable de prendre possession de corps physiques, ce qui lui permet de sauver son maître ou certains de ses compagnons dans de certaines occasions.

De manière générale, la magie de l’univers des Crépusculaires peut autant préserver la vie, avec par exemple la mystérieuse magie des Souffre-jour, des arbres capables d’absorber la lumière du jour et de sauver des personnes atteintes de maladies mortelles, ou la magie des Jornistes, que la détruire et la condamner, puisqu’elle nécessite parfois des sacrifices vivants.

Les pays imaginés par Mathieu Gaborit sont chacun de manières différentes. La Janrénie est un royaume aux visées expansionnistes, le peuple Kher est un peuple de commerçants dotés de caravanes itinérantes, les Provinces Liturgiques sont gouvernées par des fanatiques religieux qui torturent et brûlent leurs adversaires sur des bûchers, tandis que l’Urguemand est découpé en « baronnies » qui se battent entre elles et qui sont donc vulnérables aux attaques de grande envergure. L’auteur nous dépeint différents modes de gouvernance, mais aucun n’est exempt de défauts, puisque tous ces pays usent de stratagèmes plus ou moins retors pour faire ployer ses ennemis. Ainsi, l’opportunisme d’un pays tend à s’imposer face aux valeurs brandies par son adversaire (notamment dans le troisième tome, que je ne peux pas vous spoiler), mais cela fonctionne aussi avec les personnages des Crépusculaires en tant qu’individus, avec Agone, le personnage principal, qui construit ses propres convictions en se heurtant à celles de Diurne, le principal du Souffre-jour, de Lerschwin, le farfadet qui veut rendre la magie accessible au peuple, ou des mages Obscurantistes qui ne souhaitent vivre que par la magie, en exploitant un grand nombre de Danseurs.

Agone, héros malgré lui ?

 

Agone est le personnage principal de la saga, et c’est à travers son regard que le lecteur découvre l’univers des Crépusculaires. Regard que l’on peut de prime abord penser naïf et fleur bleue, mais qui révèle un passé sanglant et lourd à porter pour le jeune héritier des Rochonde, qui n’est pas si innocent qu’on pourrait le croire. Sans trop vous spoiler, vous verrez qu’Agone est un personnage faussement pur qui possède un côté sombre, représenté par son passé, qu’il d’abord accepter, puis dépasser, pour se construire. Cette construction du personnage est un enjeu, puisqu’Agone confronte son passé dans la première moitié de la trilogie, avant de forger son propre destin dans la deuxième moitié.

Le personnage principal des Crépusculaires n’est donc pas maître de son destin dans un premier temps, puisqu’il est manipulé par d’autres personnages, notamment son père, qui, même par-delà la mort, veut le modeler à son image comme par le passé, et le farfadet Lerschwin, qui compte l’utiliser pour le bon déroulement de ses plans. Cette non-maîtrise de son destin est perceptible au point que les personnages soulignent qu’Agone ne désire rien par lui-même, et qu’il n’a pas de réelle conviction. Cependant, il va finir par se prendre en main en assumant son passé, puis en maîtrisant la magie et l’Accord, pour finir par se surpasser, malgré toutes la souffrance qu’il doit endurer qui finit même par le transformer physiquement (il doit tuer, fuir, combattre des ennemis bien plus forts que lui, survivre à la torture…).

Au fil des récits, Agone acquiert également des idéaux, puisqu’il va défendre les Danseurs maltraités par les mages, tenter de sauver son pays contre des envahisseurs qui massacrent ses habitants… Il acquiert ses idéaux à travers son vécu et ses aventures, mais également grâce aux personnages qu’il rencontre (ses professeurs du Souffre-Jour, la fée noire Amertine, sa rapière Pénombre, sa sœur Ewelf, le lutin Malicène, le nain Araknir, le censeur Arbassin, la chorégraphe Eyhidiaze…) qui vont lui permettre d’avancer et de s’affirmer. Pénombre va par exemple inciter son maître à se battre et à ne pas hésiter à tuer, tandis que le lutin Malicène va montrer à Agone que les Danseurs sont des créatures libres. Ainsi, Agone va gagner en maturité et en complexité au fil de l’avancement de l’intrigue, pour finalement devenir un héros.

Le mot de la fin

 

Mathieu Gaborit dépeint dans Les Crépusculaires un monde à la fois merveilleux et cruel, avec des systèmes de magie originaux et liés à la Nature et au vivant, qui peuvent autant la préserver que la détruire. Le personnage d’Agone de Rochonde, quant à lui, est très intéressant de par son parcours qui le transforme peu à peu en héros.

Cet article fut quelque peu ardu à écrire, mais j’espère qu’il vous plaira, parce que je tenais vraiment à partager mon enthousiasme sur cette saga ! Nul doute que je lirai prochainement les romans qui concernent Maspalio !

3 commentaires sur “Les Crépusculaires, de Mathieu Gaborit

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