Le Prince Marchand, de Poul Anderson

Je t’ai déjà parlé de Poul Anderson, lecteur. Hé bien, figure-toi que je n’en ai pas encore fini avec cet auteur, parce qu’aujourd’hui je m’attaque au premier tome du cycle de La Hanse galactique.

Le Prince marchand, de Poul Anderson

 

54954

Introduction

 

L’introduction de cette chronique sera sensiblement la même que celles que j’avais rédigées pour mon mois Poul Anderson, que j’avais consacré au début de l’année.

Poul Anderson est un auteur de science-fiction et de fantasy américain né en 1926 et mort en 2001. Il disposait d’une formation de physicien et ses parents venaient du Danemark. Ces deux informations sont importantes, parce que nous verrons que son métier de physicien comme ses origines nordiques ont eu une certaine influence sur ses écrits. Poul Anderson fut un auteur très prolifique, avec des dizaines de romans et de nouvelles, dont la plupart ne sont pas encore traduits en français. À noter que c’est un auteur très primé, avec plusieurs prix Hugo, Nebula et Locus, qui sont les trois prix les plus importants dans le domaine de la science-fiction et de la fantasy aux Etats-Unis. Il obtint également le prix Grand Master en 1997 pour l’ensemble de son œuvre.

En France, les éditions du Bélial’ s’efforcent de publier les œuvres de Poul Anderson de manière savante, avec des préfaces de traducteurs, des postfaces, une bibliographie complète et détaillée, et dans le cas de La Hanse Galactique, l’intégrale raisonnée et traduite en français d’un cycle assez gigantesque et épars de l’auteur, dont la chronologie est basée sur ses propos, ainsi que les travaux d’une spécialiste, Sandra Miesel.

La Hanse Galactique est un cycle de romans et de nouvelles de science-fiction, qui explorent un futur de l’humanité s’étalant sur plusieurs siècles, celui de la Civilisation Technique (qui elle s’étale sur plusieurs millénaires), qui développe un déroulement de l’histoire après que les Terriens aient découvert la propulsion supraluminique, rencontré des espèces extraterrestres, et formé le Commonwealth terrestre, une forme de gouvernement stellaire. Parallèlement à ce gouvernement, la Ligue polesotechnique, une association de princes-marchands se forme. Cette ligue n’obéit à aucun gouvernement en particulier et son but est de faire des affaires, si bien qu’on peut établir un lien entre elle et la Hanse teutonique formée par des villes marchandes au 12ème siècle (je vous laisse vous renseigner sur le sujet), d’où le nom de Hanse galactique.

Sans plus attendre, voici la quatrième de couverture du Prince Marchand, premier tome de cette intégrale :

« Au XXIIIe siècle, alors que l’humanité s’est implantée sur quantité de planètes, les négociants interstellaires forment une alliance afin de protéger leurs intérêts : la Ligue polesotechnique. Nicholas van Rijn, directeur de la Compagnie solaire des épices et liqueurs, est le plus flamboyant de ces princes-marchands : le présent volume réunit ses aventures initiales… »

Mon analyse de ce premier tome s’intéressera d’abord à l’univers de science-fiction développé par l’auteur, puis je vous parlerai un peu plus en détails du personnage de Van Rijn.

L’Analyse

 

Un univers de SF en phase avec son époque

L’univers de la Hanse Galactique est très vaste, puisque l’humanité s’est répandue à travers les mondes, et converse avec une multitude d’espèces non-humaines. Dans ce contexte d’essor politique et commercial, la Ligue polesotechnique et ses princes-marchands ont pour but de s’enrichir en faisant des affaires, indépendamment des gouvernements en place. Ce contexte de future humanité qui a colonisé l’espace et l’époque à laquelle les récits du présent volume sont parus peut évoquer d’autres grands cycles de science-fiction tels que Fondation de Isaac Asimov, ou encore L’Histoire du futur de Robert Heinlein, ou bien Les Seigneurs de l’instrumentalité de Cordwainer Smith. Mais les princes-marchands de la Ligue n’ont pas les mêmes et nobles buts que les personnages de Fondation, qui souhaitent avant tout éviter la barbarie. Chez Poul Anderson, les marchands cherchent avant tout le profit, et ce, parfois prioritairement à la morale, mais à l’instar des personnages d’Asimov, vont bien plus utiliser leurs méninges que la violence, tout comme l’illustre la nouvelle « Marge bénéficiaire » qui permet, je trouve, de tout à fait cerner la Ligue et le personnage de Van Rijn.

Le roman Un homme qui compte, deuxième œuvre fictionnelle de ce volume, met en scène la planète Diomède, sur laquelle on trouve des humanoïdes ailés à tête de phoque (je vous jure que c’est vrai), les Drak’ho et les Lannacha, qui se trouvent encore à des stades de technologie très primitifs et qui se font la guerre parce qu’ils ne se comprennent pas culturellement. En effet, les Drak’ho pensent que les Lannacha sont des animaux parce qu’ils doivent accomplir des migrations pour pouvoir nourrir et élever leurs petits, qui naissent lors de périodes bien définies, tandis que les Lannacha considèrent que les Drak’ho sont des dégénérés sexuels, parce qu’ils peuvent se reproduire quand ils le souhaitent. Le prince-marchand Nicholas Van Rijn, l’ingénieur Eric Wace et l’artistocrate Dame Sandra se retrouvent sur cette planète suite à un tentative d’assassinat, alors que la nourriture de Diomède est toxique pour eux et que l’enclave Terrienne est extrêmement éloignée. Les trois personnages doivent donc survivre sur Diomède, avec leur seule ingéniosité, au milieu de la guerre qui oppose les Drak’ho et les Lannacha. À cette intrigue s’ajoutent des explications scientifiques faites par le narrateur ou les personnages lors des dialogues pour que le lecteur comprenne pourquoi la vie sur Diomède est faite ainsi, puisque la planète est par exemple très pauvre en métaux, par exemple, ce qui explique le manque de développement technologie de ses civilisations. Ces explications vont même jusqu’à donner des indications sur les spécificités biologiques des Diomédiens ! Elles permettent d’observer la cohérence et l’inventivité du monde créé par Poul Anderson, alors que l’auteur déclarait en postface qu’il s’agissait de l’un de ses premiers essais en matière de worldbuilding (de construction de monde, il faut que je m’habitue à ne plus employer d’anglicisme), ce qui rend le roman d’autant plus impressionnant.

Le roman traite également de thématiques sérieuses intelligemment, avec notamment dénonciation et surtout la décrédibilisation du racisme entre les Drak’ho et les Lannacha qui se détestent, alors qu’ils sont extrêmement similaires biologiquement et que seules leurs cultures diffèrent. La religion et ses dogmes sont également un peu malmenés, puisque la pudeur des Lannacha (qui jugent impur le fait d’être attiré par un individu en dehors de la période de reproduction) est moquée par les personnages terriens, tandis que le charisme, l’intellect et le savoir faire sont valorisés. Ainsi, les personnages principaux du roman (Van Rijn, Erice Wace et dame Sandra) sont loin d’être les plus forts physiquement ou même socialement aux yeux des Diomédiens, mais ils s’en sortent grâce à leur intelligence (les capacités d’ingénieur de Wace permettent d’armer les Lannacha), mais également, et peut-être surtout grâce au charisme, au sens des affaires et à la roublardise de Van Rijn.

Van Rijn

 

Le personnage de Van Rijn apparaît assez atypique au moment où il apparaît dans la littérature de science-fiction, puisqu’il est ventripotent, vieux, assez mal au point, contrairement à des personnages principaux jeunes et en pleine forme d’autres cycles, tels que les personnages principaux de Fondation par exemple. Si on ajoute à cela le fait qu’il est bien plus intéressé par le profit et la bonne chair qu’encouragé par les valeurs morales, on obtient un personnage incroyablement truculent, doté d’un langage très fleuri, et dont les prises de paroles sont souvent mémorables et bardées d’injures assez drôles (vous lirez souvent « cornediable » dans le volume, croyez-moi).

Nicholas Van Rijn n’est pas seulement un personnage drôle et truculent. En dépit de son apparence physique, il possède beaucoup de charisme, c’est un leader ingénieux et roublard, et il parvient à se tirer de situations complexes grâce à son sens des affaires et son talent de calculateur, ce qui crée un contraste avec l’ingénieur Wace, qui accomplit des basses besognes et qui pourtant pourrait être le véritable « Homme qui compte » du roman, puisqu’il équipe en artillerie une civilisation qui dépasse à peine l’âge de pierre. Van Rijn apparaît donc comme une sorte d’anti-héros, qui sauve la situation non pas parce qu’il souhaite sauver une planète, mais parce qu’il a des affaires à mener, et c’est ce qui le rend très intéressant.

Le mot de la fin

 

Le Prince marchand et les récits qu’il comporte constituent une très bonne introduction au cycle de La Hanse Galactique. Poul Anderson y dépeint les premières aventures de Nicholas Van Rijn, anti-héros truculent et roublard, soutenues par des travaux documentaires et documentés de Jean-Daniel Brèque.

Très honnêtement, je pense que je lirai les volumes suivants de ce cycle !

Si vous voulez d’autres avis sur ce roman, n’hésitez pas à consulter celui d‘Apophis, de Lutin, de Lorkhan, et de Célindanaé et du Chien Critique.

11 commentaires sur “Le Prince Marchand, de Poul Anderson

      1. Dès sa sortie chez Le Bélial donc un an et demi, je crois. J’ai critiqué le tome 2 dès que possible, mais là maintenant difficile de refaire quelque chose de structuré à propos du 1 sans le relire.

        Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s