Julius Tragnard (Premier récit de l’univers de Rédemption)

Salutations, lecteur. Te voici face à la dernière publication de ce blog pour 2018. Je fais une pause pendant les fêtes et je reviendrai en janvier, avec de nouvelles chroniques à te proposer.

Pour l’heure, voici le premier récit se déroulant dans l’univers de Rédemption. J’ai mis quelques semaines pour l’écrire, le relire et le corriger avec l’aide d’une amie ainsi que celle de Joffrey, le co-créateur du projet. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, les retours de lecteurs sont très importants pour moi et me permettront de m’améliorer en tant qu’auteur, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Ensuite, je tiens à vous rappeler que, comme je le disais lorsque j’ai annoncé le projet, des récits de ce genre seront régulièrement publiés sur le blog, pour vous en apprendre un peu plus sur le projet et sur son ambiance. La notion de régularité est toutefois  à prendre avec des pincettes pour des raisons de mémoire universitaire, mais je suis tout de même confiant.

Maintenant que tout cela est dit, je vous laisse vous plonger dans Rédemption. Bonne lecture à vous. Prenez garde à ne pas vous perdre.

Mise à jour du 01/02/2019 : Le deuxième récit, intitulé Le Corbeau et l’enfant, a été publié !

Un mois plus tard, le troisième récit, Isidore Rodendrat, a été publié !

Julius Tragnard

 

Les portes de l’Extérieur se fermèrent derrière le Condamné Julius Tragnard dans un grondement sourd alors qu’il entrait dans la Ville. Il regarda pendant quelques secondes les immenses battants de bois, sur lesquels on avait cloué des planches garnies de clous et peint des symboles ésotériques censés contenir les abominations qui se trouvaient dans Rédemption, et se mit en marche. Il venait à peine d’entrer et déjà, il entendait des cris inhumains. Une odeur de chair putréfiée infestait ses narines.

« Pour le meurtre que tu as commis, Julius Tragnard, tu seras Condamné à Rédemption » lui avait-on dit.

Il n’avait pas voulu y croire jusqu’au moment où on l’avait emmené consigner son nom dans le Registre des Condamnés. Il s’était retrouvé dans une bibliothèque immense, aux étagères remplies d’innombrables volumes à la reliure de cuir, aux feuilles jaunies par le temps, devant un moine assis derrière un lourd bureau de bois sombre, sur lequel était posé un énorme in-folio. Une des fameuses Consignes pour le Registre des Condamnés, déjà à moitié remplie.

– Quel est votre nom ? avait poliment demandé le moine.

Julius Tragnard s’était ensuite présenté. Il avait même épelé son nom, « pour qu’il n’y ait pas d’erreur dans le Registre », avait dit le scribe, en inscrivant le nom du Condamné à la plume, comme si ces formalités revêtaient une quelconque importance. Un autre moine était ensuite venu le chercher pour le conduire aux portes de Rédemption et lui avait remis les objets que chaque personne de sa condition se voyait octroyer. Des souliers de cuir noir, des chausses de tissu gris et une chasuble sombre sur laquelle était cousue l’emblème de Rédemption, une croix inversée, rouge et cornue sur laquelle une autre croix argentée, auréolée d’or, prenait appui. Les moines donnaient également une arme aux Condamnés, un bourdon de pèlerin sur lequel Julius s’appuyait pour marcher, mais également un anneau blanchâtre orné d’une pierre rougeoyante, symbole du sang versé sur le chemin de la purification.

Une fois les portes franchies, aucun retour n’était possible. Personne ne revenait jamais de Rédemption. Les Condamnés, tout comme les Purificateurs, les Éprouvés ou les Pèlerins, entraient dans la Ville pour y mourir, ou subir des affres bien pires que le trépas lui-même.

Toutefois, des rumeurs circulaient, évoquant tour à tour des créatures monstrueuses aux formes vaguement humaines, agissant comme une meute pour traquer et abattre ceux qui venaient affronter la Ville.

Julius serrait son bâton tout en continuant d’avancer dans la grande artère de l’Accueil, qui tenait son nom de sa proximité immédiate avec la grande porte donnant sur l’Extérieur. À présent, elle constituait un point de départ majeur pour ceux qu’on envoyait à Rédemption. Julius avançait prudemment sur les pavés de pierre gris sale, attentif au moindre bruit qui aurait pu s’échapper de l’une des ruelles adjacentes ou des échoppes décrépies aux encarts souillés qui longeaient l’avenue. Une odeur abjecte régnait dans les environs et agressait ses narines.

Il décida de se rendre dans l’une des boutiques pour chercher de la nourriture, même s’il se doutait qu’il n’était pas le premier Condamné à avoir cette idée. Il ouvrit une porte de bois à moitié pourrie et entra dans le bâtiment avec une grande prudence, prêt à frapper de son bourdon la première créature qu’il rencontrerait. Il entra dans une pièce baignée dans l’obscurité. Une odeur de pourriture et de renfermé régnait, pareille à celle d’une tombe. Le plancher craquait bruyamment pendant que Julius fouillait les meubles poussiéreux à la recherche d’un repas. Il chercha partout dans le bâtiment, mais ne trouva rien. Déçu, il dut se résoudre à sortir de l’échoppe abandonnée pour tenter sa chance ailleurs.

Alors qu’il franchissait la porte de la boutique, il entendit un grognement, suivi d’une nuée de projectiles qui se fichèrent dans le bois vermoulu de la porte. Il parvint à les esquiver de justesse d’une roulade sur le côté. Il vit le monstre qui l’avait attaqué alors qu’il se levait. C’était une créature humanoïde au visage canin couvert de poils qui ne laissaient entrevoir que ses yeux noirs sans iris ni pupille. Des os pointus semblaient percer sa peau verdâtre et froissée au niveau de son abdomen. La créature rugit et les projeta sur le Condamné qui hurla de terreur en se jetant à terre. Le monstre s’approchait de lui à pas lents. Un liquide rose pâle coulait des plaies que ses projectiles avaient ouvertes en sortant de son corps, mais cela ne semblait pas l’affecter. Julius se releva, empoigna son bourdon de pèlerin et fonça vers le monstre. Il le frappa en pleine tête, de toutes ses forces. Le Condamné sentit et entendit les os du crâne de la créature se briser lors de l’impact. Elle resta immobile pendant quelques instants, puis son corps s’affaissa sur lui-même dans un craquement d’outre percée suivi d’un sifflement. Les os de la chose avaient quitté son corps, expulsés à la vitesse d’un carreau d’arbalète. Julius sentit plusieurs objets tranchants le transpercer et s’effondra, inconscient.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, la nuit était tombée sur la Ville. Il se releva prestement et ramassa son bourdon. La dépouille du monstre qu’il avait tué plus tôt gisait quelques pas plus loin. Une écœurante agitation et un hideux bruit de succion laissaient entendre que des vers ou des rongeurs avaient déjà commencé à dévorer le cadavre. Julius s’efforça de ne pas regarder dans la direction de ce monstrueux festin. Il se palpa le corps, cherchant des plaies ou des fragments d’os de la créature encore fichés dans sa peau. Il n’avait rien. Seul le tissu déchiré de sa chasuble témoignait de son passage au plus près des griffes de la mort. Peut-être l’avait-on sauvé ? Il ne pouvait pas y réfléchir plus longuement, car il devait chercher un abri pour s’y réfugier pendant la nuit. On racontait que c’était lorsque le soleil se couchait que Rédemption dévoilait tous ses maléfices, et Julius ne souhaitait pas les découvrir. Il se remit à marcher, remontant l’avenue de l’Accueil à pas lents, silencieux et mesurés. Une brume légère et diffuse semblait hanter la Ville, drapant ses toits et nimbant les rues d’une aura malsaine. Julius progressait en s’efforçant de ne pas poser son regard dans les rues mal éclairées qui s’ouvraient entre deux bâtiments délabrés. Des créatures similaires à celle qu’il avait rencontrée s’y terraient sûrement et il ne tenait pas à les affronter. Depuis qu’il s’était réveillé, il entendait une sorte de bruit blanc qui semblait provenir de la Ville entière.

Il se réfugia dans une ancienne auberge, Le Joyeux Pèlerin, dont la porte de bois ancien grinça lorsqu’il la poussa du plat de la main droite, son bourdon dans la senestre. La grande salle était éclairée par des petites bougies disposées dans des coupelles de céramique, posées sur des tables en piteux état. Un corbeau était perché sur le comptoir et l’observait attentivement.

– Tu es nouveau ici, toi. Je le sens. Elle ne t’a touché qu’une fois pour le moment. Mais fais attention.

Julius sursauta et regarda fixement le corbeau.

– Tu as… parlé ? balbutia le Condamné. Mais qu’es-tu donc ?

Le corbeau eut un clignement d’yeux amusé, semblable à celui d’un humain.

– Je suis un animal qu’Elle a touché, mais qui n’est pas devenu l’un de Ses petits pantins, croassa l’animal d’un air énigmatique. Et toi, que fais-tu ici ?

Le Condamné soupira gravement. Il ne comprenait pas de qui le volatile parlait, mais cela ne lui disait rien qui vaille. La Ville était un terreau d’hérésies en tous genres, et la créature avec laquelle il conversait semblait être l’une d’entre elles. Le corbeau gloussa.

– Une hérésie, moi ? Allons, Julius, ne sois pas si étroit d’esprit. Après tout, si on t’a fait entrer ici et qu’Elle t’a touché dès tes premiers pas dans notre belle cité, c’est que tu n’es pas d’une grande piété.

– Mais bon sang, de qui parles-tu ? s’impatienta le Condamné. Et comment diable peux-tu connaître mon nom ?

Il était effrayé, à présent. Il commençait à trembler. Le corbeau voleta du comptoir jusqu’à une table proche de lui, et le toisa. Une lueur étrange brillait dans ses yeux. Une lueur qui n’avait rien de naturel.

– Le Corbeau sait tout, Julius, asséna l’oiseau. Et crois-moi, il vaut mieux que tu ne saches rien sur Elle. Contente-toi de savoir que Rédemption est sous Sa coupe et qu’il ne vaut mieux pas que tu croises ceux qui se sont trop laissés toucher.

Dehors, les rugissements et les cris retentissaient toujours. Certains d’entre eux se rapprochaient, le Condamné en était presque certain. Inexplicablement, le bruit blanc qu’il avait entendu plus tôt semblait devenir plus fort dans son esprit. Le Corbeau gloussa encore.

– Je vois. Tu peux L’entendre, n’est-ce pas ? Ce qu’Elle diffuse, et ce que Ses pantins partagent. Dans ce cas, tu devrais savoir que certains d’entre eux approchent.

Le bruit occupait maintenant toute l’attention de Julius. Il suait à grosses gouttes et haletait en s’efforçant de garder son bourdon en main. Des hululements bestiaux se firent entendre non loin de l’auberge.

– Comment puis-je faire pour leur échapper ? cria Julius au Corbeau qui continuait de le fixer.

Les petits yeux de l’oiseau s’illuminèrent brièvement, tandis qu’il agitait doucement ses ailes. Le Condamné eut l’impression que le volatile se moquait de lui.

– Il est inutile de te cacher, croassa le Corbeau. Ils te retrouveront forcément. Leur flair est infaillible.

Julius tremblait de peur. Le Corbeau prit son envol et sortit de l’auberge en gloussant :

– Ne t’en fais pas ! Tu t’en sortiras s’ils te tuent. Elle ne laisse jamais personne mourir intact. Ce qui importe, c’est l’état dans lequel tu te retrouves après ta mort.

Les hurlements s’approchaient encore. Julius courut se cacher derrière le comptoir de l’auberge, espérant s’y trouver à l’abri. Quelques instants plus tard, il entendit des bruits de pas près de la porte du Joyeux Pèlerin, suivis de grognements bestiaux. Le Condamné tremblait comme une feuille, tétanisé à l’idée que les créatures, quelles qu’elles soient, pénètrent dans le bâtiment. Il retenait sa respiration et ne bougeait pas, s’accrochant fermement à son bâton de pèlerin et récitant mentalement des prières. La porte de l’auberge s’ouvrit lentement, avec un odieux grincement. Julius entendait la respiration sifflante et les grognements des monstres qui se rapprochaient, le bruit de leurs pas sur le bois usé. Elles avançaient inexorablement vers lui. Elles étaient presque devant le comptoir, à présent. Il ne voyait pas comment il pourrait leur échapper. Le comptoir fut secoué. L’une des bêtes venait de monter dessus en grondant. Julius, dans un élan de courage, sortit de sa cachette, bourdon en main, et fit face aux créatures, semblables à celle qu’il avait rencontrée plus tôt, aux visages canins animés par le même rictus carnassier. Mais avant qu’il ait pu esquisser le moindre mouvement, il sentit des dizaines de pointes se ficher dans sa chair. Il s’écroula en sentant le goût du sang dans sa bouche, laissant tomber son bourdon, qui heurta le sol avec un bruit mat.

L’une des créatures le souleva sans aucun effort. Ses yeux complètement noirs palpitaient tandis qu’elle salivait d’envie devant sa proie. Il ne pouvait pas se débattre. Ses forces le quittaient peu à peu. Il sentait le souffle froid de la créature contre sa nuque et entendait ses mâchoires claquer.

Il hurla. Il avait été mordu au cou. Le monstre au visage canin mastiquait la chair qu’il lui avait arrachée, tandis que ses deux congénères s’approchaient de lui. Des larmes de désespoir coulaient sur le visage de Julius. Il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas finir dévoré par ces immondes bêtes. Au milieu des grognements et du bruit blanc qui se faisait de plus en plus fort, il entendit un murmure aux sonorités insaisissables, un borborygme incompréhensible par le cerveau humain, dont il parvint néanmoins à saisir les intentions.

Julius Tragnard serait sauvé de la mort s’il se donnait. Un voile semblait s’être abattu sur sa douleur, alors que son corps était déchiqueté par les crocs des créatures canines. Il ne ressentait plus rien, enveloppé par le bruit blanc et les soupirs étranges de ce qui voulait le sauver. Il ne comprenait pas. Pourquoi essayait-on d’empêcher sa mort ? Il était Condamné à Rédemption, après tout. Sa disparition était attendue et même souhaitée par ceux qui l’avaient fait franchir les portes de la Ville. Pourtant, quelque chose souhaitait empêcher sa mort, murmurant continuellement dans une atmosphère vaporeuse et irréelle pour le convaincre de se donner, l’entourant et le protégeant comme un cocon pour le préserver des bêtes qui fouillaient sa chair de leurs griffes.

Il accepta. Le murmure et le bruit blanc se firent encore plus doucereux et plus forts, envahissant et embrumant son esprit.

 

Quelques instants plus tard, il revint à la conscience. Les créatures canines gisaient près des tables de l’auberge. Le plancher était gorgé de sang, et des fragments d’os et d’énormes lambeaux de peau tapissaient Le Joyeux Pèlerin. Une odeur atroce et putride régnait dans la salle et frappait Julius, qui frémit d’horreur en ouvrant les yeux. Ses entrailles se soulevèrent et se répandirent en une flaque nauséabonde sur le sol. Le Condamné s’efforça de reprendre ses esprits. Il était encore en vie, mais quelque chose semblait avoir changé. Il porta la main à sa jugulaire, qui avait été mordue par les monstres. Il fut aussitôt pris de tremblements incontrôlables. Il touchait une matière noirâtre, dure, nervurée et froide, qui ne ressemblait en rien à la texture de la peau humaine. La chose palpitait à un rythme précis, différent de celui du cœur du Condamné. Julius suait à grosses gouttes. Il se palpa frénétiquement tout le corps et manqua d’hurler lorsqu’il se rendit compte que toutes ses plaies avaient été comblées par cette nouvelle peau. Il eut de nouveau envie de vomir, mais parvint à se ressaisir. Le bruit blanc l’apaisait, le calmait. Il entendait mieux les hululements des créatures de la Ville, à présent. Il pourrait mieux les repérer, et donc plus facilement les éviter. Il se sentait rassuré. Il ramassa son bourdon de pèlerin et sortit de l’auberge d’un pas assuré. Sa sensation de nausée se dissipait peu à peu.

Julius marchait dans la rue, à présent, presque détendu. Il percevait les déplacements des créatures de la nuit à travers le bruit blanc. Leurs pensées carnassières dansaient dans son esprit sans toutefois l’atteindre ou lui faire peur.

Quelque chose siffla dans l’air et frôla sa joue. Il cria en entendant un cliquetis. Un homme s’approchait de lui à pas lents. Il portait une armure complète, avec un plastron de cuir bouilli par-dessus un haubert de mailles, un heaume ouvragé, de longs gantelets de métal, ainsi que des jambières du même matériau et des bottes renforcées. Il avançait vers Julius tout en rechargeant méthodiquement une arbalète. Une lourde épée bâtarde pendait à sa ceinture. Le Condamné avait peur.

– Qui êtes-vous ? cria Julius. Que me voulez-vous ?

Le guerrier continuait d’avancer, impassible. Le Condamné était à présent glacé d’effroi. Il avait entendu parler de ces chevaliers envoyés dans la Ville pour en exorciser le mal. On les appelait les Purificateurs. De tous ceux qui se retrouvaient à Rédemption, on disait que c’étaient eux les plus aptes à lutter contre les abominations impies qui s’y trouvaient. Julius pointa son bourdon sur lui.

– N’approchez pas ! balbutia-t-il. Si vous avancez plus, je –

Sans sommation aucune, le Purificateur tira un carreau, visant la tête du Condamné, qui ouvrit sa bouche pour hurler, croyant voir sa dernière heure arriver. Il ferma les yeux, paralysé par la peur.

Le carreau se planta dans sa gorge dans un bruit écœurant de chairs déchirées. Son corps entier était perclus de douleurs. Il ne pouvait pas crier, alors que des larmes coulaient sur ses joues et qu’une sensation atroce envahissait son esprit. Ses cordes vocales avaient été broyées par le projectile, il le sentait, tout comme le goût de son propre sang dans sa bouche. Pourtant, il était encore pleinement conscient et semblait pouvoir bouger normalement. Il comprit avec un léger malaise qu’il avait encore été sauvé. Sans dire un mot, le Purificateur abaissa son arbalète et la sangla dans son dos, avant de dégainer son épée d’un geste lent pour la pointer sur le Condamné. Julius était tétanisé. Jamais il ne pourrait affronter un chevalier et le vaincre. Il était bien trop faible.

Le guerrier s’avança, ce qui fit reculer le Condamné de quelques pas. Il commençait à trembler. Il était perdu. Sa seule chance de s’en sortir résidait dans la fuite, il le savait. Alors que le chevalier s’approchait, Julius se retourna et commença à courir le plus vite possible malgré sa blessure. Le Purificateur ne bougea pas, mais l’air sembla se troubler autour de lui. De la magie, qui tissait une atmosphère dense autour de ses mains et lustrait son épée d’un éclat blanchâtre. Ainsi, ce guerrier maîtrisait la sorcellerie en plus de la science des armes. Julius continuait de courir comme un dératé, les larmes aux yeux. Le carreau toujours planté dans sa gorge remuait dans sa plaie à chaque pas.

Il se heurta à un obstacle invisible. Des lames lacéraient sa peau de toutes parts tandis que son pas ralentissait considérablement, comme s’il avançait dans une tempête. Il grimaça de douleur. Son sang ruisselait sur le sol. Derrière lui, le chevalier s’approchait inexorablement. Le Condamné se retourna face à lui et entreprit de s’extirper de la barrière tranchante. Des plaies supplémentaires se creusèrent dans sa chair à chacun de ses mouvements. Une fois qu’il fut face au guerrier, l’obstacle se dissipa. Le Condamné s’agrippait désespérément à son bourdon, comme si l’objet avait pu lui sauver la vie. Le Purificateur chargea, la pointe de sa lourde épée bâtarde en avant, prêt à transpercer son ennemi. Julius ne pouvait pas fuir. La magie le blesserait encore et l’empêcherait de s’échapper. Il n’avait plus le choix, réalisa-t-il. Il lui fallait se battre pour sauver sa peau. Il fondit sur le guerrier en tenant fermement son bâton et le frappa à la tête. Le coup résonna contre le heaume sans faire de dégâts. Le Condamné était impuissant et ne disposait d’aucune protection face à la lame qui lui creva la panse en le transperçant de part en part.

Lorsque le Purificateur retira son épée d’un coup sec, Julius s’effondra. Il sentit la vie le quitter, le bruit blanc tenter de l’envelopper, mais cela n’arriva pas.

Le chevalier avait rengainé son épée bâtarde et dégainé une miséricorde bénie par l’Église, avec laquelle il poignarda méthodiquement le Condamné. Il pria ensuite à voix haute avant de ranger son arme et de reprendre son Chemin d’Exorcisme, laissant derrière lui le corps de Julius, encore agité de spasmes et secoué par des filaments de l’Impie.

Quelques heures plus tard, le Corbeau se posait près du cadavre en ricanant, alors que le Condamné se levait et le regardait avec des yeux vitreux, comme si la conscience l’avait quitté. Des dents avaient poussé sur les lèvres de l’immense plaie creusée par l’épée et claquaient régulièrement dans une parodie de rire qui n’avait plus rien d’humain.

– Je te l’avais dit, pourtant. Ce qui compte, c’est l’état dans lequel Elle te laisse après ta mort.

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15 commentaires sur “Julius Tragnard (Premier récit de l’univers de Rédemption)

  1. Un univers glauque à souhait ahah. Très bonne idée, cette ville qui pourrie tout ce qu’elle touche. Pauvre Julius, quand même… Ses malheurs m’ont un peu fait penser à ceux du copiste Calame dans la nouvelle Jour de Guigne de Jean-Philippe Jaworski (si tu connais).
    L’écriture est fluide mais j’ai repéré quelques coquilles (« Sa seule chance de s’en sortir face résidait dans la fuite »). C’est très intriguant, cet univers, j’ai hâte de lire les autres nouvelles 🙂

    Aimé par 1 personne

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