Les Vandales du vide, de Jack Vance

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de l’âge d’or de la science-fiction écrit par un auteur que j’affectionne particulièrement.

Les Vandales du vide, de Jack Vance

Les Vandales

Introduction

 

Jack Vance est un auteur américain de science-fiction, de fantasy et de polar, né en 1916 et mort en 2013. Son œuvre est incroyablement conséquente en termes de quantité (et certainement de qualité, mais je n’ai pas encore tout lu de cet auteur), et comporte plusieurs dizaines de nouvelles et une trentaine de romans, répartis en huit cycles et œuvres indépendantes. Pour vous donner une idée de l’influence de Jack Vance, il fait partie des auteurs qui ont reçu le prix Damon Knight Memorial Grand Master (un prix qui récompense un écrivain de SFF pour l’ensemble de son œuvre) en 1996, et a influencé un grand nombre d’auteurs des générations suivantes.

En France, la plupart de ses œuvres sont traduites depuis les années 1960-1970 et sont encore disponibles aujourd’hui chez divers éditeurs. Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Les Vandales du vide, était le dernier roman de Jack Vance à être encore inédit en France. Les éditions du Bélial’ l’ont donc fait traduire par Pierre-Paul Durastanti en 2016. Le roman inaugure la collection « Pulps » du Bélial’, qui a pour but de rendre disponibles des œuvres de l’époque de l’âge d’or de la SF, ou rendant hommage à cet époque, à l’image des Ferrailleurs du cosmos d’Eric Brown. Pour rappel, l’âge d’or de la SF désigne l’époque des années 1940-1960, durant laquelle le genre est marqué par un souffle aventureux, mais également par l’émergence de thématiques sérieuses et contemporaines. C’est l’époque durant laquelle s’illustrent des auteurs tels que Isaac Asimov, Robert Heilein, Jack Vance et bien d’autres.

Les Vandales du vide est un roman datant du début de la carrière de son auteur, puisqu’il a été publié en 1953, en même temps que La Planète des Damnés et Les Cinq rubans d’or, mais bien avant les cycles majeurs (pas de jugement de valeur de ma part ici) que sont Tschai, Lyonesse ou La Geste des Princes-Démons, par exemple. Il s’agit donc d’une œuvre de jeunesse de Jack Vance, et doit par conséquent être traitée en tant que telle, même si on peut voir dans le roman certains éléments qui se retrouveront plus tard dans les publications ultérieures de l’auteur.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« L’homme est en passe de conquérir l’ensemble du Système solaire. Mais en ces temps aventureux où l’horizon humain s’élargit aux proportions du cosmos, alors que les pionniers ouvrent de nouvelles voies à force de courage et d’abnégation, il en est certains pour profiter des mannes de l’espace, et de la pire des manières. L’âge de la piraterie spatiale pourrait bien s’annoncer… Face au mystérieux Basilic et sa flotte de forbans, Dick Murdock, jeune Vénusien ayant rejoint son père astronome dans un observatoire lunaire, semble bien démuni. Il lui faudra pourtant faire preuve de la plus grande inventivité et de ressources inattendues pour espérer sauver ses proches, mais aussi, surtout, préserver la route des étoiles… »

Dans mon analyse, je vous parlerai du mélange entre roman policier et space-opera dans le roman, mais également de ses personnages, qui peuvent se révéler surprenants.

L’Analyse

 

Roman policier et space-opera

 

La narration des Les Vandales du vide emprunte aux codes du roman policier. Jack Vance décrit une situation de mystère, de crime, avec le « Basilic », pirate de l’espace qui attaque des vaisseaux spatiaux et qui aurait des acolytes à l’observatoire lunaire, au sein duquel des meurtres ont lieu. Le jeune Dick Murdock va tenter de découvrir la vérité à propos des attaques de vaisseaux et des meurtres à l’observatoire, ainsi que la véritable identité du Basilic.

Un jeu de pistes plus ou moins sérieuses et de recherches d’indices se dessine donc. Le lecteur suit ainsi l’enquête menée par Dick et ses aventures dans des chapitres très rythmés, où les actions, les coups de théâtre et les révélations s’enchaînent sans temps morts ou presque. L’auteur donne donc un aspect policier et roman d’aventures très prononcé à son roman (il est important de rappeler que Jack Vance était aussi auteur de polar), de par les enquêtes et la nature aventureuse de Dick, le personnage principal, dont les penchants curieux vont souvent l’entraîner dans des situations périlleuses.

Cette intrigue policière est ancrée dans un cadre de space-opera, ou propice au space-opera. En effet, Jack Vance décrit un futur où l’Humanité commence à coloniser le système solaire jusqu’à Mars, mais les voyages entre les différentes planètes sont assez complexes et nécessitent une grande quantité de carburant, ce qui fait que les produits d’exportation sont chers, ce qui créé un contexte propice à la piraterie spatiale. Les voyages en vaisseau et la technologie qu’ils utilisent est très bien décrite par l’auteur, avec la nécessité d’utilisation du nucléaire, les accélérations, les décélérations, la gravité qui augmente ou diminue dans les cabines des passagers… L’auteur utilise les théories scientifiques de son époque, c’est-à-dire celle de l’avant conquête spatiale, puisque le roman date de 1950, sept ans avant que Spoutnik 1 soit le premier objet satellisé par l’Homme, pour rendre des voyages spatiaux crédibles.  D’ailleurs, vous noterez que les vaisseaux spatiaux ne ressemblent pas à des avions et font bien plus dans le fonctionnel que dans l’esthétique en termes d’apparence.

L’auteur décrit également des paysages lunaires fantasmés, puisque la Lune n’avait pas encore pu être observée précisément, mais qui paraissent étrangement précis à certains égards, notamment vis à vis des cratères et des couleurs ternes qu’on y trouve, ainsi que de la faible gravité. Même si certains éléments ont pu se révéler faux ou inexacts par la suite (la Lune ne contient pas de minerais précieux à ma connaissance, vous pouvez me le confirmer ou non dans les commentaires?), les paysages et les environnements lunaires sont décrits de manière précise, ce qui dépayse le lecteur.

Des personnages assez surprenants

 

Jack Vance joue énormément sur les apparences pour faire peser les soupçons de son personnage principal et du lecteur sur tel ou tel personnage, mais les choses ne sont jamais réellement ce qu’elles semblent être, avec un Basilic et un peuple indigène à la Lune qui ne seraient pas si inhumains que ça.

Le personnage du Basilic (sans spoil de ma part), ou d’autres, comme Sende, sont parfois assez ambigus et très théâtraux, ce que souligne l’auteur lorsqu’il décrit leurs costumes ou leurs visages, en disant qu’ils pourraient se retrouver dans un théâtre ou un « mélodrame victorien », ou qu’ils « exsudent la méchanceté ». Cette théâtralité et ces stéréotypes assumés dans les apparences sont des motifs que l’on retrouvera dans les romans ultérieurs de Jack Vance, tels que La Planète Géante ou encore Tschaï.

Le personnage de Dick Murdock représente aussi beaucoup les personnages futurs de l’auteur. Il est en effet doté d’une roublardise qui le rend dur à cuire, parce qu’il a toujours plus d’un tour dans son sac, ce qu’on peut voir lorsqu’il se confronte au Basilic et aux pirates.

Le mot de la fin

 

Les Vandales du vide est un roman divertissant, qui nous donne à voir les débuts de la carrière d’écrivain de Jack Vance pendant l’Age d’Or de la SF, avec des voyages spatiaux et des paysages décrits avant que ne débute l’exploration de l’espace par l’Homme, et une intrigue policière efficace !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Lutin

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14 commentaires sur “Les Vandales du vide, de Jack Vance

  1. J’avoue que j’ai déjà commencé Tschaï et pourtant Vance me fait un peu peur comme auteur, je ne sais jamais quoi lire d’autre de lui.
    Du coup si j’arrive à le trouver celui ci pourrait totalement faire l’affaire, d’autant plus que je suis fan d’intrigues policières quelque soit leur contexte donc il peut vraiment me plaire.

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo pour cette analyse judicieuse (et magnanime) que je partage en grande partie. Malgré mon statut d’adorateur de Vance il faut reconnaître que c’est le seul récit de Vance qu’on ne lit pas plus d’une fois, contrairement à un « Mémoire des étoiles » ou « Un Tour en Thaérie » et autres « Emphyrio » ! En ce qui concerne « auteur de l’âge d’or » il faut nuancer: n’oublions pas que le dernier roman de Vance [Lurulu] est paru en 2004 !

    Aimé par 1 personne

      1. Bonne Idée – et je n’ai pas cité la trilogie de Lyonesse pur chef d’oeuvre de fantasy très au dessus de la production actuelle…

        ps: si vous ne trouvez pas ces bouquins je peux vous envoyer des epub ( bien que moins agréable à lire)

        Aimé par 1 personne

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