Un monde magique, de Jack Vance

Salutations, lecteur. Je t’ai déjà parlé de Jack Vance, et je vais poursuivre mon tour d’horizon des œuvres de cet auteur avec l’un de ses cycles de Fantasy.

Un monde magique, de Jack Vance

jl0836-1978

Introduction

 

Jack Vance est un auteur américain de science-fiction, de fantasy et de polar, né en 1916 et mort en 2013. Son œuvre est incroyablement conséquente en termes de quantité (et certainement de qualité, mais je n’ai pas encore tout lu de cet auteur), et comporte plusieurs dizaines de nouvelles et une trentaine de romans, répartis en huit cycles et œuvres indépendantes. Pour vous donner une idée de l’influence de Jack Vance, il fait partie des auteurs qui ont reçu le prix Damon Knight Memorial Grand Master (un prix qui récompense un écrivain de SFF pour l’ensemble de son œuvre) en 1996, et a influencé un grand nombre d’auteurs des générations suivantes.

En France, la plupart de ses œuvres sont traduites depuis les années 1960-1970 et sont encore disponibles aujourd’hui chez divers éditeurs. Le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui, Un monde magique, est originellement paru en 1950, au début de la carrière de l’auteur. Il a été traduit pour la première fois en français en 1978 chez J’ai Lu, avec une couverture du dessinateur Philippe Druillet. Ce recueil est le premier ouvrage qui s’ancre dans le cycle de La Terre mourante, qui comprend également et dans l’ordre Cugel l’astucieux, Cugel Saga et Rhialto le merveilleux, qui sont parus des décennies plus tard : 15 ans séparent Un monde magique et Cugel l’astucieux, et Rhialto le merveilleux est paru 34 ans après le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui. Il faut donc avoir conscience qu’une partie de ce cycle peut être située dans les débuts littéraires de Jack Vance, tandis que l’autre s’ancre en plein dans sa carrière, alors qu’il a terminé La Geste des princes-démons et Tschaï. Soit dit en passant, le cycle de La Terre mourante est actuellement disponible chez J’ai Lu en deux intégrales comprenant chacune deux ouvrages du cycle, et dotées de traduction révisées.

Voici la quatrième de couverture du recueil :

«La Terre n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Eclairée par un soleil mourant, ses habitants ont oublié la science des anciens temps. Désormais, magie et sorcellerie sont leurs seules armes face aux démons. Pour survivre dans ce monde impitoyable, des héros de tous horizons vont chacun entamer une quête désespérée : Turjan de Mir, le magicien qui veut créer la vie à partir de ses cuves de synthèse ; Liane le ménestrel, toujours en quête d’un nouvel amour ; Ulan Dhor, à la poursuite de tablettes magiques au cœur d’une ville déchirée par la guerre civile ; ou encore Guyal de Sfere, jeune homme curieux de tout cherchant le détenteur de tous les savoirs. »

Mon analyse portera sur le fait que les récits d’Un monde magique s’ancrent dans le topos de la Terre mourante, puis je vous parlerai plus brièvement des personnages et de la structure. Je ne vais donc pas faire une analyse de chaque récit, mais plutôt vous donner une idée d’ensemble du recueil.

 

L’Analyse

 

La Terre mourante, cycle et topos

 

Un monde magique met en scène le topos de la Terre mourante. Tous les récits du recueil décrivent un soleil devenu rouge et possédant un éclat plus faible, et s’ancrent dans une atmosphère de fin des temps, alors que des dizaines de civilisations se sont succédées et que l’Homme ne connaît plus (ou très mal) la science et qu’il retourne vers la magie et l’ésotérisme que l’on retrouve fréquemment dans les récits. Ainsi, les nouvelles mettent en scène un univers qu’on pourrait qualifier de néo-médiéval, mais dans lequel on peut trouver des vestiges de technologie encore active, dans « Guyal de Sfere », le personnage principal découvre des ordinateurs, « Ulam Dhor » montre des trottoirs roulants, des ascenseurs à gravité et des véhicules volants dans la ville d’Ampridatvir, et les trois premiers récits, « Turjan de Mir », « Mazirian le magicien » et « T’Saïs » mettent en scène des mages qui créent la vie dans des « cuves ». Un monde magique appartient donc plus au genre de la Science-Fantasy qu’à la Fantasy tout court, et met en scène des hommes qui vivent sur une Terre dans ses derniers instants.

À ce titre, on peut rapprocher le recueil de Jack Vance du Zothique de Clark Ashton Smith (dont je vous ai déjà parlé), puisque le monde de Zothique se situe également plusieurs millénaires dans le futur et se trouve être le dernier continent de la Terre, ce qui fait de ce monde une Terre mourante. Les récits de Jack Vance peuvent être rapprochés de ceux de Zothique parce qu’ils possèdent une tonalité assez tragique et douce-amère pour certains d’entre eux (« Mazyrian le magicien », « Liane le Voyageur », « Ulam Dhor », et « Guyal de Sfere »), ainsi que le fait que certains personnages sont confrontés à des puissances monstrueuses ou divines qui les dépassent totalement (le dieu rencontré par les personnages dans « T’Saïs », Chun l’Inévitable dans « Liane le voyageur », et Rogol Domendonfors dans « Ulam Dhor »). Cependant, les deux auteurs se distinguent l’un de l’autre, parce que les personnages de Jack Vance sont plus truculents, roublards, et donc sujets au comique que ceux de Clark Ashton Smith, et les récits d’Un monde magique mènent à des fins moins macabres ou tragiques que ceux de Zothique Les deux auteurs nous offrent ainsi deux visions de la Terre mourante, celle de Clark Ashton Smith étant propice au tragique et à la mort, tandis que Jack Vance montre cette Terre comme un monde ouvert à l’aventure et à l’exploration, avec tous les dangers et péripéties que cela comporte.

La Terre mourante de Jack Vance est également marquée par son exotisme. En effet, l’auteur nous montre des peuples et des créatures qui nous sont complètement étrangers et dresse des tableaux très pittoresques de villes et de villages plus ou moins modernes et en plus ou moins bon état, avec les coutumes de leurs peuples et leur manière de vivre. Les descriptions fourmillent de détails et sont dépaysantes. La Terre dépeinte dans Un monde magique est totalement différente de celle que l’on connaît, avec des peuples aux coutumes « autres » et familières à la fois. Ainsi, Jack Vance décrit un peuple humain anthropophage et chevauchant d’autres hommes dans « Guyal de Sfere », une ville soumise à une guerre de religion depuis plus de 5000 ans dans « Ulam Dhor », des plantes étranges poussent dans le jardin de « Mazyrian le magicien »… chaque récit du recueil possède sa part d’exotisme, et c’est assez impressionnant quand on sait qu’il date du début de la carrière de l’auteur.

Des récits truculents

 

Les récits du recueil mettent tous des personnages qui sont en quête d’une personne ou d’un objet. Le motif de la quête est donc central, et donne une impulsion aux personnages qui partent explorer des lieux inconnus et lointains pour y accomplir leurs objectifs, et vivent des aventures et se confrontent à des dangers. Les personnages du recueil sont souvent hauts en couleur, ils connaissent la magie et doivent être suffisamment astucieux pour se tirer hors de danger lorsqu’ils rencontrent des personnages ou des créatures plus puissants qu’eux ou des péripéties innatendues, mais je ne vous en dirai pas plus. Toutefois, on peut voir que l’auteur met l’accent sur eux, puisque les récits sont titrés selon le nom du personnage qu’ils mettent en scène.

En termes de structure, Un monde magique n’est pas un fix-up au sens strict du terme, puisqu’un fix-up est un recueil de nouvelles qui créent une continuité narrative similaire à celle d’un roman, à l’image de Fondation d’Isaac Asimov ou des Ferrailleurs du cosmos d’Eric Brown. Cependant, les récits ont en commun certains personnages, tels que le mage Pandelume qui possède des connaissances immenses, Liane le Voyageur, ou encore le prince Kandive, et partagent également un monde et des lieux qui donnent son ambiance au recueil.

 

Le mot de la fin

 

Un monde magique constitue une introduction très solide au cycle de La Terre mourante. Jack Vance y dépeint un monde en perdition, qui n’est toutefois pas dénué d’intérêt et porteur d’aventures et d’exotisme ! Je me pencherai sans doute sur les autres récits de ce cycle.

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2 commentaires sur “Un monde magique, de Jack Vance

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