Isola (tome 1), de Brenden Fletcher et Karl Kerschl

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un comics qui m’a l’air prometteur.

Isola (tome 1), de Brenden Fletcher et Karl Kerschl

Introduction

Brenden Fletcher est  un scénariste américain qui a travaillé sur le comics Ghost in the shell : Global Neural Network et sur la série Gotham Academy de DC Comics avec Karl Kerschl, qui est un dessinateur canadien né en 1950 et auteur du webcomic L’Abominable Charles Christopher.

Brenden Fletcher et Karl Kerschl se connaissent depuis l’enfance et déclarent avoir toujours voulu travailler ensemble. Isola est leur premier projet personnel dans lequel ils se sont investis. Le comics est paru chez Image Comics aux États-Unis, à raison d’un chapitre par mois avant d’être repris en volume. En France, Isola est paru dans la collection « Indies » d’Urban Comics en Février 2019, avec une postface des auteurs et un prologue à la série, appelé Motor Crush.

Voici la quatrième de couverture de ce comics :

« Rook, le capitaine de la garde royale, a fui la capitale avec la reine Olwyn, en proie à un étrange maléfice.

Pour lui permettre de reprendre sa place sur le trône et ainsi sauver le royaume de Marr d’une guerre imminente, il leur faudra atteindre une île mystérieuse à l’autre bout du monde, un lieu dont parle les légendes sous le nom d’Isola, la terre des morts. »

Mon analyse évoquera dans un premier temps le dessin de Karl Kerschl, mais également la colorisation de MSassyK, avant d’ensuite aborder la narration. Je tiens à signaler que je prendrai garde à ne pas spoiler certains éléments importants de la narration.

 

L’Analyse

 

Un trait onirique et épuré

 

Le dessin de Karl Kerschl dépeint en majorité des environnements naturels tels que des forêts, des vallées, et des ruines sur lesquelles la Nature commence à reprendre ses droits. Ces environnements et surtout les forêts sont marqués par l’onirisme qui se dégage à travers les brumes qui les parsèment. L’utilisation de tons et de couleurs bleutés permet renforce également cet onirisme en ancrant le voyage de Rook et Olwyn dans une atmosphère nocturne et envoûtante qui contraste avec les passages qui se déroulent à la lumière du jour ou à la lueur d’un feu, chez les Moros par exemple. Les tons majoritairement bleus sont également contrebalancés par le sang des blessures des personnages, qui ressort plus vivement, mais également par les personnages humains, qui deviennent plus repérables par les créatures qui peuplent cet univers. On peut aussi noter qu’Olwyn, sous sa forme de tigre noir à rayures bleu turquoises, se fond bien mieux dans le décor que les personnages humains tels que Rook, qui apparaît rejetée par le monde dans lequel elle voyage avec sa reine.

Les animaux et les créatures qui peuplent le monde d’Isola sont quant à eux à la fois familiers et étranges au lecteur, à travers des détails dans leur design qui laisse entrevoir une composante Fantasy, avec par exemple des lapins à trois oreilles, des insectes géants, ou encore le fait que les yeux des créatures n’aient pas de pupille et envoie une lueur blanche. L’aspect éthéré et onirique du dessin, tout comme le design des animaux, donnent à voir une sorte de monde spirituel qui déborde sur celui des Hommes, qui finissent par devoir s’y confronter, qu’ils le veuillent ou non.

Quant aux personnages, leurs designs respectifs sont soignés, puisque chacun d’entre eux possède une identité visuelle propre, rendue par l’aspect parfois épuré des lines leurs corps qui mettent en valeur leurs éléments distinctifs. Le peuple des Moros et leurs coutumes tribales et chamaniques sont également bien campés grâce au trait de Karl Kerschl.

 

Narration et personnages

 

Ce premier tome d’Isola raconte l’histoire de la soldate Rook, qui accompagne la reine Olwyn, transformée en tigresse noire aux rayures turquoise par un mystérieux maléfice. Les deux personnages ont donc fui le royaume de Maar pour tenter de sauver Olwyn du sortilège. Le lecteur comprendra assez vite que les deux femmes possèdent un lien bien plus fort et complexe que celui qui unit une reine à sa subordonnée, malgré le fait que Rook tente de garder les apparences du mieux qu’elle peut, ce qui rend les personnages attachants et leur voyage d’autant plus intéressant.

La relation entre Olwyn et Rook est également particulière au sein de la diégèse tout comme dans la perception du lecteur, puisque les rapports de force entre les deux personnages s’inversent, avec le fait que la reine, en devenant un animal et en fuyant son royaume, a perdu tout son pouvoir et est littéralement déshumanisée par la plupart des personnages et par le récit, qui ne la voient souvent que comme un simple tigre. Cette déshumanisation dans la perception passe également dans la perception de Rook, qui voit souvent Olwyn comme sa reine et non comme une personne qui peut avoir besoin de se reposer. Les rapports de force entre la reine et la soldate tendent donc à parfois s’inverser, lorsque Rook hurle sur Olwyn pour se reprendre et s’excuser immédiatement après par exemple. Olywn, quant à elle, passe du sommet de l’échelle sociale, puisqu’elle est une reine qui possède le pouvoir (encore que, certains éléments tendant à rendre cette affirmation discutable…) qui devient un animal que beaucoup cherchent à tuer, notamment les chasseurs et certains ennemis de la couronne de Maar.

La particularité d’Olwyn et de son traitement en tant que personnage réside également dans le mutisme. En effet, sous sa forme de tigre, que l’on observe pendant la majeure partie du comics, mis à part lors de flashbacks et d’événements pour le moins particuliers, Olwyn est totalement muette. Les auteurs ne passent donc pas par les mots pour transmettre ses émotions au lecteur et aux personnages, et choisissent de jouer sur l’interprétation de son discours par ses interlocuteurs (qui ne sont pas toujours justes et sujettes à l’incompréhension), mais également sur les mouvements de son corps et ses expressions faciales, qui sont parfois bien plus éloquentes que des lignes de dialogue ! Le lecteur peut donc sans mal discerner la pensée de la reine, tout comme ses états d’âme, grâce au travail de Karl Kerscl qui rend intelligibles les pensées du personnage à travers ses dessins. Olywn devient ainsi un personnage qui oscille entre l’humanité et l’animalité, et on peut observer la manière dont elle perçoit le monde en tant que tigresse dans certains passages. Cette dualité est assez énigmatique et est sujette à beaucoup d’interrogations dans la diégèse, avec par exemple le peuple des Moros, qui possède des coutumes chamaniques liées aux animaux, aux esprits et à la Nature avec laquelle ils vivent en harmonie, et qui semble s’intéresser à elle.

Je terminerai sur le fait que le lecteur ne détient pas toutes les clés de lecture, puisque les auteurs distillent en filigrane et à travers des flashbacks des informations sur un monde de Fantasy en proie à des tensions entre les royaumes de Maar, que dirigeait Olywn et de Roc-Palagrin, qui risquent de déboucher sur un conflit ouvert à cause d’assassinats. Les auteurs évoquent également des créatures immortelles volant en meutes qui auront sans doute leur mot à jouer, tandis qu’on commence à peine à cerner la véritable nature de l’île d’Isola. Ne vous attendez donc pas à tout comprendre à la fin, parce qu’il s’agit d’un tome introductif qui donne les grandes lignes d’un univers qui sera développé dans les chapitres (et les volumes suivants) !

 

Le mot de la fin

 

Ce premier volume d’Isola plonge le lecteur dans une atmosphère onirique et mystique, qui rejaillit dans le trait bleuté et épuré de Karl Kerschl, au sein d’un univers de Fantasy aux accents mystiques, dans lequel deux personnages doivent trouver le moyen de conjurer un maléfice qui a transformé l’un d’entre eux en tigre, ce qui présage d’une aventure à la fois épique et profondément humaine.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s