Or et nuit, de Mathieu Rivero

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Fantasy orientale qui met en scène le personnage de Shéhérazade.

Or et nuit, de Mathieu Rivero

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Introduction

 

Mathieu Rivero est un auteur français. Il étudie et pratique la traduction et enseigne également les langues.

En dehors d’Or et nuit, qui est l’un de ses premiers romans publiés, il est également l’auteur de la série Chimère Captive, qui comprend les volumes Chimère Captive (2016) et Songe suspendu (2017), publiés dans la collection Naos des Indés de l’Imaginaire. Il a aussi collaboré avec Julien Bétan et Melchior Ascaride pour le roman graphique Tout au milieu du monde (2017), paru chez les Moutons Électriques. À l’heure où j’écris ces lignes, un autre roman graphique né du travail de ces auteurs, intitulé Ce qui vient la nuit, va très prochainement paraître.

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Or et nuit, est paru pour la première fois en 2015 chez les Moutons Électriques, et a été repris en 2019 au format poche, dans la collection Hélios des Indés de l’Imaginaire, dans une version révisée par l’auteur.

En voici la quatrième de couverture :

« Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.

On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade. »

Mon analyse traitera du jeu du roman avec la narration, puis je parlerai de l’univers et des personnages. Je ne rentrerai volontairement pas dans certains détails pour ne pas spoiler.

 

L’Analyse

 

Shéhérazade, conteuse et contée

 

Or et nuit met en scène le personnage de Shéhérazade, héroïne et narratrice des contes des Milles et une nuits, après la fin de ceux-ci, alors qu’elle est enfin libre de ses mouvements et qu’elle voyage. Cependant, la reine d’Ulud se fait capturer par Tariq, un mystérieux bandit, ce qui la conduit à raconter l’histoire du prince Azi Dahaka de Yazad, petit-fils de Sawab Dahaka, qui aurait acquis des pouvoirs extraordinaires en buvant le sang d’un dragon qu’il aurait trompé, et d’Abu Bakr, jeune prince de Babylone à la main déformée, de la manière dont ils se croisent, et les alliances qu’ils vont nouer plus ou moins facilement pour affronter le Jagamantha, un roi qui règne sur son peuple par sa seule force. La trame présentant Shéhérazade captive devient alors un récit encadrant, tandis que l’histoire des princes de Yazad et de Babylone forme un récit encadré, à la manière des Milles et une nuits par exemple. Les deux trames narratives vont toutefois se croiser et avoir de l’influence l’une sur l’autre.

En effet, Shéhérazade a vécu l’histoire qu’elle conte à Tariq et a réellement rencontré Abu Balr et Azi Dahaka. Le récit va donc jouer avec les points de vue, ceux des princes, de Shéhérazade lorsqu’elle conte, et de Shéhérazade lorsqu’elle devient personnage. Mathieu Rivero met donc en scène la parole de conteuse de son personnage principal et joue avec la narration, lorsque Tariq interrompt sa captive, lorsque Shéhérazade est mécontente parce que ce n’est pas elle qui raconte des histoires, ou lorsque son auditoire lui reproche de faire des détours, en ajoutant des personnages par exemple. Or et nuit joue donc beaucoup avec la narration, mais aussi avec la question du point de vue et des pouvoirs des récits, puisque le roman joue beaucoup sur la manière dont sont dépeints et perçus les personnages du récit, ainsi que la façon dont ils sont transformés par la narration de Shéhérazade, mais aussi sur la manière dont certaines vérités peuvent être déformées par les rumeurs et les légendes.

 

Djinns et princes tragiques

 

Le monde dépeint par Mathieu Rivero ancre Or et nuit dans la Fantasy orientale, avec des noms propres à sonorité orientale (Abu Bakr, Azi Dahaka, Yazad…), des environnements désertiques et des créatures issues du folklore arabe, telles que les rakshasa, les affarit, les ghuls, les shaytan, qui appartiennent à l’espèce des djinns, qui cohabitaient avec les humains avant que les deux peuples ne soient séparés par le « Pacte de Salomon », qui rend le monde des djinns inatteignable pour celui des humains et inversement. Cette séparation matérielle de l’Homme et du surnaturel possède toutefois des limites, puisque des djinns vivent parmi les Hommes. Certains d’entre eux se sont même reproduits avec des humains, pour donner naissance à des « haavis », c’est-à-dire des métis de djinn et d’humains, qui possèdent les avantages liés aux deux espèces et qui ont été pourchassés et tués de manière systématique par les deux peuples. L’auteur transpose donc certaines questions liées au métissage et au racisme dans son univers à travers les relations entre les djinns et les Hommes.

La famille d’Azi Dahaka possède des pouvoirs surnaturels parce que le grand-père du prince, Sawab, a bu le sang d’un dragon. Cependant, ce pouvoir est considéré comme une malédiction par l’entourage du prince, notamment son vizir Kaveh ou le derviche Yussuf, qui souhaitent qu’il se tienne éloigne de son pouvoir. Azi Dahaka va donc devoir se construire en tant qu’adulte et en tant que sultan apte à régner, malgré les secrets qui planent autour de ses pouvoirs et la peur qu’ils semblent engendrer, et le fait qu’il ait été caché au reste du monde par son père et ses conseillers. Le fait que ses pouvoirs lui aient été caché va ainsi engendrer un certain nombre de conséquences funestes et tragiques, que je ne dévoilerai pas.

Les deux jeunes princes de Babylone et de Yazard, Abu Bakr et Azi Dahaka, sont de manière générale confrontés à ceux qui assurent la régence à leur place. Si le vizir d’Azi est bienveillant et fait office de figure paternelle, tout comme son général, Ashurabi, la mère d’Abu Bakr, Fitna, s’avère manipulatrice et ambitieuse. Les deux princes, qui ont grandi isolés, vont devoir apprendre à respecter l’étiquette et les convenances dans le cadre des alliances qui lient leurs deux royaumes, mais aussi composer avec les exigences des régents. Par exemple, Abu Bakr va devoir jouer les entremetteurs pour le compte de sa mère. Azi Dahaka comme Abu Bakr vont donc chercher à faire leurs preuves en tant qu’adultes et en tant que souverains, Azi par la force et la guerre avec Jagat, et Abu Bakr par l’intellect. Cette mise en avant de la force et de la guerre pour Azi passe notamment par les exploits qu’il accomplit en tant que guerrier, lorsqu’il affronte le Jagamantha ou un rakshasa notamment, ce qui lui permet de découvrir ses pouvoirs et de s’en servir.

On peut constater que les trois cités présentées par le récit portent chacune une vision du pouvoir différente, avec des problèmes liés à celle-ci. Ainsi, le pouvoir de Yazad semble muselé par la crainte des pouvoirs de la lignée des Dahaka et des conséquences que l’usage de ceux-ci peut entraîner, Babylone est rongée par le cynisme et l’ambition de Fitna, tandis qu’à Jagat, seule la force compte puisque ses dirigeants se succèdent au rythme de duels à mort. Les trois cités et leurs dirigeants sont donc propices au tragique, mais également aux récits de légendes tissé par Shéhérazade, qui apparaît comme un personnage narrateur capable de créer des contes comme de s’y intégrer, même (et surtout) après avoir gagné son indépendance et sa liberté.

 

Le mot de la fin

 

Or et nuit est un roman assez court mais plutôt intéressant, qui dépeint un monde oriental et les conflits qui s’y déroulent à travers la parole conteuse de Shéhérazade. Les personnages d’Abu Bakr et Azi Dahaka portent en eux une part de tragique liée à leurs familles respectives, contre laquelle ils essaient de lutter, sans toujours y parvenir, ce qui scelle leur destin.

Vous pouvez également lire les chroniques de BlackWolf, Aelinel, Le Comptoir de l’écureuil, Célindanaé, Joyeux Drille, Sia, Elhyandra

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6 commentaires sur “Or et nuit, de Mathieu Rivero

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