Curse Words (tome 1), de Charles Soule et Ryan Browne

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un comics qui mêle super-héroïsme et magie impressionnante sur un fond tout de même assez sérieux.

Curse Words (tome 1), de Charles Soule et Ryan Browne

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Introduction

 

Charles Soule est un scénariste et musicien américain. Il exerce aussi en tant qu’avocat. En tant que scénariste, il a travaillé sur des séries telles que She Hulk et sur l’histoire Death of Wolverine chez Marvel Comics. Il est aussi l’auteur de sa propre série, Letter 44.

Ryan Browne est un dessinateur américain et est l’auteur de God Hates Astronauts, une série d’abord débutée sous forme de webcomic reprise par la suite par Image Comics.

Les deux auteurs sont les créateurs du comics Curse Words, publié aux États-Unis par Image Comics et traduit en version française par Glénat Comics.

Voici la quatrième de couverture du premier volume de Curse Words :

« Son meilleur tour ? Leur avoir fait croire qu’il allait sauver le monde ! Un magicien fait son apparition dans les rues de New York. Il s’appelle Wizord et prétend venir d’un autre monde pour nous sauver des forces maléfiques qui veulent notre destruction. Il serait même le plus grand magicien de tous les temps ! Ou peut-être pas… Peut-être que Wizord ment depuis le début et que c’est lui, la force maléfique. Ou peut-être qu’il est juste venu pour passer du bon temps dans notre monde, beaucoup plus agréable que le trou d’où il vient. Véritable magicien ou charlatan, où est la vérité ? Secrets, magie et koalas parlants : Curse Words est une fantaisie urbaine où, à l’instar de Fables, la magie vient s’immiscer dans le monde contemporain. »

Mon analyse traitera d’abord du dessin avant de se pencher sur la narration et les personnages. Je précise que je risque malheureusement de vous spoiler certains éléments mineurs de l’intrigue afin de pouvoir vous parler de manière détaillée de ce comics.

 

L’Analyse

 

Graphisme coloré et pulp

 

Le dessin de Ryan Browne est assez détaillé, coloré et lumineux. En effet, le trait met en évidence la puissance physique des personnages de magiciens comme Wirzord, Ruby Stitch ou même Botchko, qui ont une musculature développée et assez imposante si on les compare aux personnages du monde des humains, à l’apparence et aux physiques banals. La musculature des personnages de mages, et même leur design, avec des cheveux ou barbes blancs, et des yeux sans pupilles ainsi que les postures physiques qu’ils adoptent peuvent rappeler les comics de super-héros (je reviendrai sur les liens entre Curse Words et ce genre plus bas), mais également les personnages d’Heroic Fantasy ou de Sword and sorcery à la Conan ou Elric, par exemple. Leur équipement, un bâton de sorcier pour Wizord et une épée magique pour Ruby Stitch, tous deux infusés par la magie de leurs porteurs, rappellent également des artefacts que l’on peut trouver dans la Fantasy des pulps, ou dans les comics de super-héros (je pense par exemple au marteau de Thor). Les sorts et la magie déployés par les personnages sont surpuissants, les dessins de Ryan Browne le font sentir à grands renforts d’effet de lumière colorés, dans des tons bleus pour Wizord et rouges pour ses ennemis, de rayons d’énergie et d’éléments qui se déchaînent ou qui se transforment pendant les combats, avec un Wizord capable de contrer des raz de marée causés par ses adversaires, ou encore de transformer en métal le corps entier d’un homme. La puissance des personnages est également montrée par l’impact qu’elle a sur l’environnement humain, avec des structures urbaines endommagées ou transformées. Si par exemple, vous rêviez de voir la Tour Eiffel de Las Vegas acquérir une conscience et se battre, eh bien vous êtes au bon endroit ! Le dessin souligne donc à la fois la puissance physique et magique des personnages, qui ressemblent à des personnages super-héroïques ou pulp, ce qui leur permet de largement de se dégager de l’Humanité ordinaire de la Terre.

 

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Wizord, mage superhéroïque ?

 

Le personnage principal de Curse Words, Wizord, est arrivé dans le monde des humains, qui s’apparente à notre monde contemporain grâce à un portail magique. Il prétend et déclare être un « gentil », présent pour épauler l’humanité contre des créatures surnaturelles qui voudraient détruire le monde, le problème étant que la créature surnaturelle voulant détruire la Terre, c’était premièrement lui, mais il a choisi de ne pas le détruire. En effet, Wizord provient de « l’Antremonde », un monde parallèle doté de créatures et de personnes dotés de pouvoirs magiques, dans lequel le mystérieux personnage de Sizzajee cherche à gagner du pouvoir et de l’influence en compagnie de ses disciples, qui semblent également être ses esclaves. Wizord était apparemment l’un des disciples les plus sanguinaires de Sizzajee, et il se rend compte en arrivant sur Terre que les Hommes sont libres, ce qui le pousse à ne pas détruire le monde et à y tenter sa chance sous une nouvelle identité. Curse Words met donc en scène une quête de rédemption et de construction super-héroïque, mais avec un certain décalage. Wizord se soucie en effet beaucoup de l’image qu’il renvoie à la société humaine, ce qui l’amène parfois à des extrémités lorsqu’il constate qu’il a été vu en train de tuer violemment l’un de ses ennemis, c’est-à-dire enfermer la totalité des personnes l’ayant vu affronter l’ennemi en question, même ceux qui ont observé le combat à la télévision. Ces extrémités auxquelles il recourt pour garder une image purement positive lui donnent une image d’anti-héros malgré lui, en plus de passer pour un personnage qui a des choses à cacher auprès des autorités terriennes d’une manière qui n’est seulement qu’à moitié justifiée, puisque ses intentions sont positives de prime abord. La puissance du personnage et le fait qu’il se rende compte de l’impact que ses combats peuvent avoir sur son environnement et la population motive également son envie de bien faire, malgré les conséquences, qu’il essaie de gérer à sa manière.

Wizord apparaît ainsi en rupture avec le monde dans lequel il évolue, parce qu’il pense devoir être parfait, sans aucune part sombre ou passé tortueux pour être une figure héroïque. Une partie de l’humour du comics (et de son propos, vous l’aurez compris) découle de cet aspect du personnage, qui passe fréquemment pour ce qu’il n’est pas, ou ce qu’il a été, ce qui créé des situations assez drôles !

Le personnage devra donc protéger la Terre des sbires de Sizzajee, qui veulent la détruire pour le compte de leur maître. Le lecteur pourra donc observer les affrontements opposant Wizord et ses ennemis, avec lequel il partage un passé commun, ce qui a donné (je ne vous dirai rien) et donnera certainement lieu à des événements intéressants dans les volumes suivants, puisque le sorcier est confronté à d’anciens amis, qui lui rappellent son passé sombre et peu reluisant. Il sera également accompagné de Margaret, un koala parlant, qui fait office de conseiller et qui questionne non sans humour les agissements du mage. La présence d’un personnage faisant office de sidekick et de ce qui s’apparente à toute une bande de super-vilains à travers Sizzajee et ses disciples renforcent encore les liens de Curse Words avec les comics de super-héros.

Wizord va également devoir se confronter à une vie sans pouvoirs magiques (à cause d’un rebondissement scénaristique que je ne spoilerai pas), qu’il devra regagner au contact de la magie du monde des humains. Cette magie, c’est les arts du spectacle (la prestidigitation), le cinéma, les casinos, les monuments, ou encore la foi, qui permettront à Wizord de remplir ses réserves de pouvoir à leur contact. Ce gain de pouvoir au contact de la culture de l’Humanité montre que Wizord doit s’adapter au monde dans lequel il vit et se confronter aux illusions et aux croyances qui s’y trouvent. Le lecteur verra donc le personnage regarder Titanic et jouer dans un casino à Las Vegas, ce qui ne manque pas de piquant et permet de montrer ce que ces activités peuvent avoir d’enchanteur. À noter que les auteurs du comics mettent sur le même plan la foi en des lieux saints comme Lourdes et celles de théories concernant la Zone 51, ce qui ajoute à l’humour du comics. La foi est même définie comme une forme de magie plus facile à acquérir que celle de l’Antremonde !

On peut d’ailleurs remarquer que Sizzajee ne tient pas l’Antremonde d’une main de fer, puisque des forces semblent s’opposer à lui et attaquent les domaines de ses disciples. Il est intéressant de noter que ces forces ont une apparence d’êtres humains disposant de technologies avancées tels que des armes à feu et des tanks, par rapport à celle de l’Antremonde, qui est médiévale et se repose sur la magie, tandis que les forces de Sizzajee, qui sont des sorciers, attaquent l’Humanité qui possède des technologies. Les deux mondes voient s’opposer magie et technologie, d’une certaine façon, mais il faudra attendre les volumes suivants pour voir comment cette situation évolue.

Enfin, Curse Words aborde aussi la question de la perception du surnaturel par l’être humain, avec l’apparition de live Tweet qui commentent les combats de Wizord et qui s’extasient sur la présence (ou l’absence) de Margaret, qui devient une sorte d’icône virale, sans que personne ou presque ne se soucie véritablement des dommages infligés à l’environnement lors des affrontements, ce qui montre une certaine banalisation du surnaturel. Les combats entre Wizord et les sbires de Sizzajee deviennent alors une source de divertissement pour une partie de l’Humanité, d’une certaine façon. Le comics montre également, et de manière positive, la part d’illusion et de magie dans notre culture, à travers les arts et le divertissement, qui sont observés par l’œil naïf de Wizord.

 

Le mot de la fin

 

Ce premier volume de Curse Words emprunte graphiquement aux comics de super-héros et aux pulps. Les dessins de Ryan Browne montrent la puissance de Wizord et de ses adversaires, qui sont tous charismatiques et classes lors de leurs affrontements ! Narrativement, le comics met en scène un personnage de héros en devenir, Wizord qui cherche à se construire et à s’adapter au monde dans lequel il a choisi de vivre en liberté, mais aussi à le défendre contre ses anciens camarades et son ancien maître, en compagnie des Hommes et de leur propre forme de magie.

J’ai beaucoup apprécié Curse Words, et j’attends désormais la suite !

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