Interview de Fabien Cerutti

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’honneur et le plaisir de te présenter une interview de Fabien Cerutti, l’auteur de la série Bâtard de Kosigan, quadrilogie d’uchronie de Fantasy disponible aux éditions Mnémos, et dont les trois premiers volumes sont également parus au format poche dans la collection FolioSF de Gallimard.

Je vous rappelle aussi que vous pouvez retrouver toutes les autres interviews en suivant ce tag, mais aussi dans la catégorie « Interview » dans le menu du blog !

Je remercie chaleureusement Fabien Cerutti pour ses réponses détaillées et extrêmement intéressantes, et je lui laisse la parole !

G01820

 

Interview de Fabien Cerutti

 

Marc : Pourrais-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Fabien Cerutti : Je crois que je suis une sorte de voyageur temporel qui tente de faire émerger la vérité sur l’histoire incomplète de notre monde, de la plus haute antiquité jusqu’à nos jours. Comme l’entreprise est dangereuse, je me fais passer pour un professeur agrégé d’histoire, romancier à ses heures. Et… J’ai le sentiment que je vais réussir. 🙂

 

Marc : As-tu toujours voulu devenir auteur ?

Fabien Cerutti : Non, je voulais être pilote de chasse, mais j’ai quand même commencé à écrire de petits textes et des poèmes assez tôt (pour essayer de me rapprocher de certaines filles qui appréciaient la littérature… avec des résultats, disons, variables).

 

Marc : Quelles sont tes principales références en termes de littérature, d’imaginaire, et de manière plus générale ? Es-tu rôliste ?

Fabien Cerutti : J’ai découvert le jeu de rôle à peu près en même temps que la littérature imaginaire. J’ai commencé avec les débuts du JDR en France ; j’ai connu les traductions pirates de Donjons et Dragons et les premiers pas de Casus Belli (et de Rune). Côté livre, c’est A.E Van Vogt et sa Faune de l’espace qui a eu la primeur ; j’ai ensuite lu tous les livres de cet auteur ; puis ceux de Tolkien, de Jack Vance ; j’ai adoré certains Philip José Farmer, certains Zelazny, Ursula Le Guin, Gene Wolfe ; j’adore Anne Rice ; je suis fan de Miles Vorkosigan (dans ma tête le bâtard est son lointain ancêtre, même si évidemment Mac Master Bujold n’est pas (encore) au courant) ; j’ai lu du Conan, du Elric, du Hawkmoon ; du Weiss et Hickman (que j’apprécie énormément) ; et je ne parle même pas des BD (de l’Incal à Lanfeust en passant par L’oiseau du temps, Le Chinkel, XIII, Largo Winch ou De Cape et de crocs) ; des comics ; des films ; des séries…

Depuis que j’écris, je lis beaucoup moins, mais j’essaie de me rattraper un peu en termes de littérature imaginaire francophone : j’ai été scotché par l’immense Gagner la Guerre du machiavélique Jean-Philippe Jaworski ; j’ai lu quelques livres de Stefan Platteau (auteur de la série du Sentier des Astres), Nabil Ouali (auteur de la trilogie La Voix de l’Empereur), Gabriel Katz (auteur de La Maîtresse de guerre), Jean-Luc Marcastel (auteur de Frankia), Adrien Tomas (auteur de la trilogie du Chant des Épines, de La Geste du Sixième Royaume…), Thibaud Latil-Nicolas (auteur de Chevauche-Brumes).

 

Marc : Tu as déjà déclaré qu’à l’origine, Le Bâtard de Kosigan était un scénario pour le MMORPG Neverwinter Nights. Pourquoi avoir choisi de passer du scénario au roman ? Est-ce que ce passage a été difficile pour toi ?

Fabien Cerutti : Parce que les jeux informatiques sont éphémères : 6 ans de boulot allaient tout simplement disparaître en fumée (cela dit, le modules ont été traduits en anglais par des fans et aujourd’hui encore, je sais que certains se battent pour les remettre au goût du jour et permettre à d’autres de continuer à y jouer ; je leur tire d’ailleurs mon chapeau ! 🙂 Bref, j’ai d’abord fait une tentative presque réussie en BD (contrat signé, scénario prêt mais dessinateur avec un long poil dans ses deux mains gauches qui réalise 10 planches en 2 ans !). Après quoi, sur le point d’abandonner, je me suis dit qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même, et je me suis lancé dans l’écriture du roman.

Si le passage a été difficile ? Un peu oui, parce que ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout, la même manière de raconter les histoires, et j’ai dû me démener comme un beau diable pour que la complexité de mon scénario n’étouffe pas complètement la trame narrative qui devait rester agréable et enlevée. Au final, je suis très satisfait du résultat : l’ambiance reste assez proche de celles des modules avec un héros habile et rusé à la moralité fluctuante ; des intrigues politiques et personnelles, de l’espionnage, un contenu adulte, de la profondeur, etc.

 

Marc : La première série du Bâtard de Kosigan est désormais terminée, cinq ans après la parution du premier volume. Comment as-tu vécu la rédaction et la parution de tes romans, et comment la vois-tu rétrospectivement ? As-tu des anecdotes sur l’écriture des récits du Bâtard ? Quels sont tes meilleurs et tes pires souvenirs de rédaction ?

Fabien Cerutti : La rédaction du premier roman était agréable, je prenais une peu cela comme un défi, j’écrivais pour qu’il reste quelque chose des aventures que j’avais inventée. J’espérais que mes enfants le liraient un jour et je n’espérais que modérément être publié. C’était encore vraiment un loisir. La publication a été une grande joie, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était que le début, si je voulais avoir une chance de mettre réellement le pied à l’étrier en tant que romancier. S’en est suivi une période assez intense où j’ai essayé de contacter moi-même tout un tas de librairies, de journaux, et autres afin de faire parler du roman.

L’écriture du tome deux (en un an, avec pour objectif de fidéliser mes lecteurs… ou au moins d’essayer) a été épuisante. Quand on a un travail à côté et, comme tout le monde, une famille (voire deux), des tas d’amis et plein d’autres activité, le vase déborde rapidement, et on le paye cash. Le Fou prend le roi est donc le tome qui a été le moins retouché et retravaillé et qui a été le plus éreintant à écrire.

Cela dit le 3 et le 4 m’ont également donné du fil à retordre parce qu’il fallait retomber sur ses pieds et donner des explications complètes et un peu malignes et ficeler le tout avec du rythme et de la tension. Un sacré challenge.

Bref, je suis sorti de cette aventure sur les genoux ! 🙂

 

Marc : L’univers du Bâtard se situe à l’époque médiévale, au XIVème siècle, et même s’il s’agit d’une uchronie de Fantasy, tu retranscris tout de même des événements réels du Moyen-âge (les tensions entre le Royaume de France et le duché de Bourgogne, les débuts de la guerre de Cent Ans…). Pourquoi avoir choisi de prendre l’Histoire réelle comme matériau principal ?

Fabien Cerutti : L’histoire est un merveilleux terrain de jeu, beaucoup plus riche et complexe que tout ce que l’on peut imaginer. Travailler dans ce labyrinthe est un plaisir permanent, surtout quand on peut le manipuler et le déformer à sa guise. Jouer à cache-cache entre le vrai et le faux me procure toujours autant d’amusement. Et cela donne une profondeur inégalée à l’ensemble.

 

Marc : Est-ce que tes connaissances de professeur d’Histoire t’ont servi lors de ta rédaction ?

Fabien Cerutti : Évidemment mes connaissances en histoire représentent une base incroyablement utile pour y loger mes intrigues (merci à Colette Beaune et à ses cours passionnants du temps de mes études sur la vie quotidienne au Moyen-âge), mais je fais sans cesse des recherches sur tel ou tel point de détail, ou tel ou tel complément d’information. Ça prend du temps, mais j’apprécie de le faire. Je crois bien que j’aime l’histoire. Et les histoires. Ce qui est tant mieux puisqu’aujourd’hui, c’est doublement mon métier.

 

Marc : Quels personnages et scènes as-tu préféré écrire ?

Fabien Cerutti : J’adore Pierre Cordwain de Kosigan, mais je m’amuse beaucoup à écrire les passages concernant Dùn (la changesang qui lui tient lieu de lieutenant). Ceux de Gunthar von Weisshaupt le chevalier à tête de lion également. Et mention spéciale pour une lettre écrite par la reine mère d’Angleterre à son amour d’enfance dans le tome 2. Ah, en y réfléchissant, il y a aussi les manuscrits de l’Inquisiteur Lucas Sinodeo dans le tome 3 ; le repas où Kosigan provoque le comte von Hardevyst en courtisant sa femme sous son nez au château des Hohenstaufen ; et le combat final du tome 4, bien sûr, démesuré, intense, phénoménal au milieu de la lave, des sorcières et des démons … Sans compter tous les autres…

 

Marc : Lesquels t’ont posé le plus de mal ?

Fabien Cerutti : Tous les passages me posent des problèmes. Toujours. En permanence. La pensée va à la vitesse de l’éclair, les idées fusent et l’inspiration est presque toujours assise à la même table que moi… En revanche, lorsqu’il s’agit de retranscrire tout ça sous forme écrite, lorsque le Verbe doit s’incarner dans le langage, c’est une autre paire de manches. Il faut relire sans arrêt, réécrire, modifier, reprendre, changer les mots, les ponctuations, être attentif au rythme, aux ambiances sonores des phrases, à l’équilibre des paragraphes etc. C’est épuisant parce que ça n’avance pas. On met des heures et des heures à obtenir un résultat correct pour un passage relativement simple. Un roman demande mille à deux milles heures de travail. Un vrai travail de forçat volontaire ! 🙂

 

Marc : Ce premier cycle du Bâtard comporte quatre volumes et suivent une trame dans laquelle un certain nombre de questions importantes sont résolues, ou restent en suspens. Pendant la rédaction, as-tu eu peur des incohérences ?

Fabien Cerutti : En permanence. Comme je le disais, il fallait retomber sur ses pieds de manière cohérente et crédible, sinon tout s’effondrait…

 

Marc : Comment as-tu fait pour garder une vision d’ensemble de ton histoire ?

Fabien Cerutti : Dès que j’essaie de prendre des notes et de faire un plan, je me rends compte que mon inspiration m’en fait dévier en moins de deux pages… Je suis donc obligé de tout avoir en tête en permanence. Il me faudrait un disque dur externe pour mon cerveau, mais pour l’instant il paraît qu’il y a une liste d’attente…

 

Marc : As-tu fait des changements par rapport aux scénarios de Neverwinter Nights ?

Fabien Cerutti : 80% de changements environ sur chaque scénario, dont énormément de personnages secondaires et de scènes ajoutées. Mais de toute façon, encore une fois, ce n’est vraiment pas la même manière de raconter, donc les éléments qui se retrouvent ne posent pas du tout problème.

 

Marc : Le nom du personnage principal de la série, Pierre Cordwain de Kosigan, peut rappeler celui du personnage principal des Princes d’Ambre de Roger Zelazny, Corwin d’Ambre. Est-ce un clin d’œil ?

Fabien Cerutti : Alors oui, Corwin étant mon héros de littérature préféré ; mais j’ai pensé aussi à Cordwainer Smith, l’auteur des Seigneurs de l’instrumentalité ; et également, tout simplement, au fait que la mère du Bâtard a travaillé comme artisane du cuir en Angleterre avant de venir s’installer en Bourgogne.

 

Marc : Comment te sont venus les noms et surnoms des personnages de la compagnie du Bâtard (Qu’un Coup, Parleur, Janvier…) ?

Fabien Cerutti : Pour Janvier, j’avais revu La Traversée de Paris avec mes fistons, et la scène où Jean Gabin crie ce nom est sympa. Pour Qu’un Coup, c’est en hommage à mon père adoptif qui disait souvent pour plaisanter « on m’appelle Frappe qu’un coup ! ». Pour les autres, c’est comme ça vient. 🙂

 

Marc : Sans trop spoiler, le quatrième tome, Le Testament d’involution, rend hommage d’une manière très particulière aux premiers auteurs de Fantasy (Edgar Rice Burroughs, Abraham Merritt, Lord Dunsany, puis Tolkien, Michael Moorcock, Roger Zelazny…). Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à le faire ? Es-tu attaché à l’histoire de la Fantasy ?

Fabien Cerutti : Oui, je suis attaché à l’histoire du médiéval fantastique (je n’aime pas le terme fantasy qui sonne affreusement en Français). Mais la vraie raison qui m’a poussé à le faire, c’est que c’était la meilleure manière de proposer des réponses intéressantes, originales et (presque) plausibles, aux mystères historiques que j’avais mis en place.

 

Marc : Toujours sans trop spoiler, on trouve des thèmes habituellement science-fictifs dans tes romans, tels que le clonage ou les manipulations génétiques. As-tu eu des difficultés à mettre en scène ces éléments ? Que penses-tu de l’importation de codes et de thématiques SF en Fantasy (le robot Aevar du Sixième Royaume d’Adrien Tomas, les artefacts technologiques des Livres de la Terre Fracturée…) ?

Fabien Cerutti : Pour moi il n’est pas question d’importation. Je comprends pour quelle raison on fait une nuance entre ces deux genres (science-fiction et médiéval fantastique), mais dans mon esprit et dans mon cœur, je les ai toujours associés : c’est de l’imaginaire ; de la littérature de distraction et d’aventure comme je l’aime. Mes sagas préférées sont celles qui mélangent ces genres avec brio (Les princes d’Ambre ; la Saga des hommes dieux ; beaucoup de livres de Jack Vance). En conséquence je n’ai eu aucun mal à les mettre en scène et (sans trop spoiler), c’est loin d’être fini 🙂 (Je conseille d’ailleurs à ce titre la lecture de ma nouvelle « Légende du Premier monde » parue dans l’anthologie des Imaginales 2018)).

 

Marc : Les trois premiers volumes de la série ont été réédités en poche dans la collection FolioSF de Gallimard. Qu’as-tu ressenti quand tu as appris que ce serait le cas ?

Fabien Cerutti : J’ai été positivement ravi. FolioSF, c’est la grande classe. Aux côtés de Jean-Philippe Jaworski, Pierre Pevel, Estelle Faye et de tant d’autres ! Sans compter que j’ai toujours lu des poches moi-même et ce n’est qu’à partir du moment où j’ai eu mon premier roman dans ce format dans les mains que j’ai vraiment pris conscience que j’étais réellement un auteur. En plus je trouve leur charte graphique et leur typo très classe.

 

Marc : Tu m’avais dit au Salon du Livre de Paris que tu avais eu ton mot à dire sur les couvertures d’Alain Brion, est-ce que tu pourrais parler de leur processus de création ?

Fabien Cerutti : Je réfléchis à l’image qui me paraîtrait représentative de l’histoire ; je la décris et je prépare un « brief » avec de multiples images existantes qui permettent de déterminer chaque élément dans sa composition, ses couleurs, certains détails ; par contre il faut le talent extra-ordinaire d’Alain Brion pour transformer tout cela en couverture splendide comme il le fait.

 

Marc : Chez FolioSF, on trouve d’ailleurs une série d’uchronie de Fantasy, Le Livre de cendres, de Mary Gentle, qui raconte simultanément l’histoire d’une femme mercenaire légendaire du XVème siècle, parallèlement au fait qu’un historien du XIXème siècle tente de découvrir la vérité sur ce personnage. Tu m’avais dit que tu n’avais jamais entendu parler de cette série avant d’en entendre parler pour les similitudes narratives entre Le Bâtard de Kosigan. Comment as-tu découvert cette série et comment as-tu réagi à cette découverte ?

Fabien Cerutti : En 2015, c’est Pascal Godbillon de FolioSF qui m’en a parlé au moment où il a voulu prendre le Bâtard dans sa collection. J’étais complètement ébahi de la similitude. Moi qui étais persuadé avoir inventé un truc unique… Au final, il semble que le traitement soit profondément différent et que j’ai bel et bien dégoté un truc unique quand même. Du coup je pense que c’est Marie Gentle qui m’a copié sans le savoir 🙂 Mais en réalité je ne suis sûr de rien car je n’ai pas encore eu l’occasion d’acheter et de lire la série.

 

Marc : Peux-tu nous en dire plus sur le prochain cycle du Bâtard ?

Fabien Cerutti : C’est faisable. 🙂 Ça se passera d’abord dans le comté de Kosigan, où le héros a quelques comptes à régler et quelques réponses à obtenir de la part de ses proches. Politique, grand bal, missions diplomatique, rapt de haute volée, duel avec une assassine italienne, sur fond de guerre contre le royaume de France.

Quant au dernier tome, la dernière histoire, l’ultime final, il prendra place en Italie et s’achèvera à Rome, car, c’est connu, tous les chemins y mènent.

 

Marc : Quels conseils aurais-tu à donner aux jeunes auteurs ?

Fabien Cerutti :

  1. Ecrivez votre livre en entier avant de le présenter à qui que ce soit.
  2. Ecrivez pour vous (ou éventuellement pour vos proches) pour qu’ils aient quelque chose à lire de vous. Et après vous verrez bien si vous pouvez en faire autre chose.
  3. Acceptez tous les conseils et toutes les critiques. Avalez la couleuvre puis réfléchissez : s’il y a une part de vérité dans ce qu’on vous a reproché, essayez objectivement de voir si vous pouvez y faire quelque chose.
  4. Vous vous plaignez que ce que vous écrivez ne vous convient pas, que ce n’est pas suffisamment bien ? C’est normal, il faut relire et retoucher encore et encore. Même quand vous mettrez le point final, vous devrez encore parfois reprendre des éléments du chapitre 1… Cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage, qu’ils disaient… et ils avaient salement raison !

 

Marc : Quelles sont tes prochaines dates de dédicace ?

Fabien Cerutti :  En mai aux Imaginales ! Venez nombreux !

17 commentaires sur “Interview de Fabien Cerutti

      1. Pourquoi compliqué ? Personnellement, je préfère en tête à tête même si comme tu dis, c’est plus pratique par mail (distance,…), mais rien ne vaut une bonne vieille interview avec un verre à la main en face à face ^^

        Aimé par 1 personne

Répondre à Lutin82 Annuler la réponse.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s