Batman White Knight, de Sean Murphy

Salutations, lecteur. T’ai-je déjà dit que j’adore l’univers de Batman ? Parce qu’aujourd’hui, je vais te parler d’un comics qui explore une nouvelle facette du personnage.

Batman White Knight, de Sean Murphy

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Introduction

 

Sean Murphy est un dessinateur, encreur et scénariste américain né en 1980. Il a suivi une formation artistique académique au Massachussetts College of Art de Boston et au Savannah College of Art and Design, après avoir été formé au dessin par un illustrateur et peintre vétéran de la Deuxième Guerre mondiale Il a travaillé pour des éditeurs tels que Dark Horse ou DC Comics avant de signer un contrat d’exclusivité chez ces derniers. Il se fait ensuite connaître avec les séries Hellblazer : City of Angels, ou American Vampire publiées dans le label Vertigo de DC. Il est aussi l’auteur de Punk Rock Jesus, Off Road, et de Batman White Knight, dont je vais vous parler aujourd’hui.

Batman White Knight a d’abord été publié en huit numéros mensuels, qui ont par la suite été rassemblés en recueil, publié dans le nouveau label de DC Comics, appelé « DC Black Label », qui promet des arcs narratifs indépendants et plus orientés pour un public adulte.

En France, l’éditeur Urban Comics a repris ce label et y a publié la version française de Batman White Knight, dont voici la quatrième de couverture.

« Dans un monde où Batman est allé trop loin, le Joker doit sauver Gotham ! Le Joker, ce maniaque, ce tueur, celui que l’on surnomme le Clown Prince du Crime… si Batman, le Chevalier Noir, sombre du côté obscur, pourquoi le Joker ne pourrait-il pas sortir de sa psychose et devenir le Chevalier Blanc ? C’est ce qui arrive après qu’un traitement inédit a guéri le Joker et le fait redevenir Jack Napier : un nouveau candidat à la mairie de Gotham ! »

Mon analyse traitera davantage de la narration et des personnages que du dessin, que j’ai trouvé très bon, et sur lequel je n’ai littéralement rien à dire de plus. Je me concentrerai donc sur les personnages, leurs relations, et la narration en soulevant les points d’intérêt qu’ils peuvent avoir. Prenez toutefois garde, quelques spoils mineurs de l’intrigue peuvent s’être cachés dans cette chronique.

 

L’Analyse

 

Batman et le Joker, alliés de circonstance, ennemis mortels ?

 

Batman White Knight prend le parti de questionner la relation entre Batman et son ennemi juré, le Joker, en montrant d’une part à quel point ils peuvent être éloignés l’un de l’autre (l’un cherche à protéger Gotham City du crime, l’autre est un criminel), mais également à quel point ils peuvent se révéler proches dans leurs méthodes. Le comics met ainsi en avant leur dangerosité et leur manque de limites, à travers les actions du Joker, mais aussi le fait que Batman détruise des habitations de Gotham pour poursuivre ses ennemis, mais également leur compréhension mutuelle. Sean Murphy va même jusqu’à suggérer une homosexualité latente entre les deux personnages, ce qui est fortement suggérée par le Joker ou Jack Napier lorsqu’il dit qu’il comprend Batman mieux que personne et qu’il cherche à attirer son attention, ce qui engendre de la jalousie chez Harley Quinn, qui a l’impression que le Joker est amoureux de Batman. La complexité de la relation entre les deux personnages s’illustre dans tous les aspects de White Knight, avec les dialogues entre les deux personnages, les flashbacks, leurs combats, et même leurs alliances. Sean Murphy prend ainsi le parti d’utiliser la mort de Jason Todd, le premier Robin, comme l’un des éléments clés de cette complexité.

Mais plus que la complexité de la relation Batman-Joker, Batman White Knight explore la complexité de ces deux personnages mythiques, en montrant à la fois l’inhumanité dont peut faire preuve Batman, l’humanité qui se cache dans le Joker sous les traits de Jack Napier (cette identité étant une référence explicite au film de Tim Burton en 1989), ainsi que les problèmes qui les hantent (j’y reviendrai plus bas). Sean Murphy traite également de problèmes sociétaux très contemporains aux États-Unis et dans le monde de manière générale.

En effet, le fait que Batman dépasse les limites après avoir complètement pété les plombs et passe le Joker à tabac en direct est considéré par la population de Gotham comme un acte de violence policière, qui jette le discrédit sur Batman, mais également sur la police de Gotham, puisqu’ils sont informellement associés. Le comics traite donc des violences policières et de la manière dont elles sont perçues, et ce de manière assez iconoclaste, en dépeignant Batman comme bourreau sans limites et le Joker comme victime. La manière dont le crime est combattu est donc remise en question, puisque la violence que déploie souvent Batman lorsqu’il affronte des super-criminels, qui sont ensuite envoyés à l’asile d’Arkham et fortement déshumanisés, parce qu’on les traite comme des monstres qui ne sont que capables du pire, sans espoir de rédemption. Une fois guéri, Jack Napier va devenir une figure militante de gauche agissant contre ces violences, mais aussi contre la corruption et la défavorisation de certains quartiers de Gotham, notamment Backport, où vit la communauté noire, et fréquemment touchée par les combats de Batman, qui occasionnent des destructions matérielles.

On constate donc une inversion des rôles entre un Joker réhumanisé en la personne de Jack Napier, et un Batman perçu comme violent par la population. Le combat politique de Napier, qui cherche à défendre Gotham en devenant son Chevalier Blanc, cherche à dépasser l’antagonisme et les ravages causés par Batman, le Joker, mais aussi la police, ce qui montre que les criminels, tout comme les héros, sont mis sur le même plan. Celui qui était la Némésis de Batman est donc traité comme une figure critique du vigilantisme et de la corruption, que l’on constate par exemple dans le domaine de l’immobilier, avec des personnes riches qui rachètent les zones dans lesquelles Batman a causé des dégâts pour ensuite les revendre à prix d’or après avoir profité de fonds publics pour reconstruire. Batman, et à travers lui Bruce Wayne, est donc mis face à ses erreurs par son pire ennemi, qui lui montre qu’il a un élément de politique comme un autre, le rouage d’un système dans lequel il s’est lui-même intégré, jusqu’à l’existence d’un « Fonds de réparation Batman », supposé réparer les dégâts qu’il commet. L’inversion des rôles permet donc à Sean Murphy de dépeindre l’être humain Jack Napier affronter l’idéologie que le super-héros Batman représente, celle d’une oligarchie dont il serait l’un des garde-fous. Napier met également en évidence l’égoïsme et l’irresponsabilité de Batman, qui ne partage pas sa technologie avancée avec la police de Gotham, ce qui fait qu’elle se retrouve très souvent à affronter des super-criminels avec l’équivalent de « trois bouts de ficelle », et le fait qu’il ne suive jamais les règles qu’on lui demande de respecter. Cependant, la construction de Napier en tant que figure héroïque et militante va peu à peu être freinée par la présence du Joker, qui tend à s’affirmer de plus en plus, et ce de façon double, à l’intérieur et à l’extérieur de lui (j’y reviens plus bas), ce qui ajoute énormément en tension narrative.

Bat White Knight - Page 87

Sean Murphy apporte toutefois des nuances à Batman et à Jack Napier. Par exemple, l’ancien Joker réunit sous sa coupe (je ne vous dirai pas comment) toute une bande de super-criminels emblématiques, tels que Killer Croc, Poison Ivy, ou encore le Ventriloque pour parvenir à ses fins et lutter contre les dérapages de Batman. L’alter ego de Bruce Wayne se voit également aussi profondément nuancé par le nombre de troubles qu’il doit affronter en tant que Batman, mais également en tant qu’homme, avec l’état de santé d’Alfred qui se dégrade de plus en plus. Le lecteur pourra donc observer le rôle que joue Alfred dans la famille de Batman, qui apparaît comme une figure paternelle pour Bruce Wayne, mais aussi pour Dick Grayson (Nightwing), ou Barbara Gordon (Batgirl) qui considèrent que Bruce est une mauvaise figure parentale. Wayne va devoir aussi faire face à de sombres secrets de sa famille, en lien avec la Freeze Tech de Mr Freeze et ses aïeux. La famille et le passé apparaissent donc aussi comme des thèmes centraux du comics, et permettent de nuancer le personnage de Batman.

Batman White Knight explore la relation de Jack Napier avec Harleen Quinzel, ancienne Harley Quinn, ancienne psychiatre devenue littéralement folle amoureuse du Joker, redevenue saine d’esprit après la guérison de son compagnon, ce qui permet à Sean Murphy d’explorer l’aspect humain des deux personnages, dont on observe les souffrances qu’ils ont dû traversées lorsqu’ils étaient fous et criminels. Harleen devient alors un profond point d’ancrage pour Jack sur le plan humain, mais également une tacticienne et une conseillère hors-pair, qui va l’épauler (plus qu’on peut l’imaginer, mais je n’en rajouterai pas plus) dans ses plans. Cependant, et c’est selon moi l’un des points forts du comics de Sean Murphy, le comics distingue deux Harley Quinn différentes. L’une, Harleen Quinzel, qui est la première Harley Quinn et qui était la psychiatre du Joker à l’asile d’Arkham et qui redevient humaine lorsque le Joker est soigné, qui est représentée dans le costume qu’elle portait dans la série animée Batman diffusée de 1992-1995, qu’il distingue d’une autre Harley Quinn, qu’il baptise Marian Drews, qui porte son costume de Suicide Squad et qui est amoureuse et obsédée par le Joker. La création d’une nouvelle Harley Quinn permet à l’auteur de distinguer Harleen Quinzel de son alter ego criminel, mais aussi de différencier l’amour qu’elle porte à Jack Napier de celui que Marian Drews porte au Joker.

Ce dédoublement du personnage de Harley Quinn va également engendrer une sorte de double résurgence du Joker dans Gotham City, puisque Jack Napier va être aux prises avec le Joker, qui cherche à prendre le contrôle de son corps, mais il va également devoir composer avec Marian Drews, qui devient le « Néo-Joker », une figure antagoniste cherchant à provoquer le retour du Joker en plongeant Gotham dans le chaos, ce qui nécessite une alliance entre un Jack Napier en proie aux tensions avec le Joker, Batman, et la police de Gotham.

En dehors du renversement des rôles et des traitements de personnages qu’il implique, Batman White Knight dispose d’une intrigue intéressante, aux implications lourdes, puisqu’on observe un ancien super-criminel faire équipe avec la police de Gotham pour affronter son super-héros emblématique, Batman, devenu criminel et dont la véritable identité se retrouve est questionnée pour des nécessités politiques, mais aussi une alliance de circonstance complètement improbable entre Batman et le Joker, avec pour enjeu le sauvetage de Gotham, mais aussi d’enterrer le passé, au moins en partie. Les scènes d’action et de combat contre la Néo-Joker sont également superbement mises en scène !

 

Le mot de la fin

 

Avec Batman White Knight, Sean Murphy explore toute la complexité des relations entre le Joker et Batman, à travers un renversement des rôles qui apporte de profondes nuances aux deux icônes de DC Comics, en plus de creuser les personnages qui leurs sont associés ou leurs passés respectifs, à travers un dédoublement du personnage d’Harley Quinn et une sombre exploration du passé des Wayne. Cette inversion des rôles traditionnels de héros et d’antagoniste permettent également à Sean Murphy d’aborder des thématiques malheureusement très actuelles.

Vous pouvez également consulter les chroniques de Xapur, L’étagère Imaginaire, Oztao, Lire en bulles, 3615ptv, MartinManHunter, La Caverne de Batsi, Comics Inside,

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7 commentaires sur “Batman White Knight, de Sean Murphy

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