Interview de Franck Ferric

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de te présenter une interview de Franck Ferric, auteur du Chant mortel du soleil, paru en Février 2019 chez Albin Michel Imaginaire, ainsi que de Trois oboles pour Charon, publié en 2014 dans la collection Lunes d’encre de Denoël.

Je vous rappelle aussi que vous pouvez retrouver toutes les autres interviews en suivant ce tag, mais aussi dans la catégorie « Interview » dans le menu du blog !

Je remercie chaleureusement Franck Ferric pour ses réponses détaillées et extrêmement intéressantes, et sur ce, je lui laisse la parole !

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Interview de Franck Ferric

 

Marc : Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Franck Ferric : Je me nomme Franck Ferric, je suis né en 1979 à Bourges. Après des études d’Histoire et pas mal de petits boulots, je me suis installé à Orléans, où je vis toujours.

Je suis venu à l’écriture de manière assez commune : via le jeu de rôle (j’ai longtemps pratiqué les univers de Warhammer JDR, White Wolf ou INS/MV), en masterisant pour les copains. Puis au début des années 2000, je suis tombé sur un appel à textes lancé par les éditions de l’Oxymore, pour leur revue Emblèmes. J’ai tenté ma chance, soumis une nouvelle, qui a été acceptée. Comme j’ai trouvé l’expérience plutôt chouette, j’ai continué. En quinze ans, j’ai ainsi publié une quarantaine de nouvelles et cinq romans.

 

Marc : Comment t’es venue l’idée du Chant mortel du soleil et de l’univers dans lequel le roman se déroule ?

Franck Ferric : Ce roman est né d’une phase de lecture intensive, dans laquelle je me suis lancé suite aux attentats de 2015. Pour tenter d’y voir mieux au travers du sale épisode où nous plongions, j’ai mis de côté le projet sur lequel je travaillais alors (un truc qui se déroulait pendant la Commune), et pendant plusieurs mois, j’ai lu tout tout ce qui me tombait sous la main, à propos de religion, de foi, d’athéisme, de totalitarisme, à notre époque ou pas. Ces lectures ont formé une bonne part de la matière du Chant Mortel du Soleil, mais c’est la lecture du Zarathoustra de Nietzsche qui a mis le feu à la mèche, avec cette image d’un sage « plus grand que nature », qui descend de la montagne où il s’était exilé pour annoncer aux gens d’en bas que Dieu est mort. Bon, il se pourrait bien que Zarathoustra se soit grave planté dans son affirmation. Mais ça n’empêche pas qu’il m’a mis sur la piste.

 

Marc : Comment s’est déroulée la rédaction du roman ? As-tu des anecdotes à partager ? Quels sont tes meilleurs et tes pires souvenirs de rédaction ?

Franck Ferric : La rédaction fut assez laborieuse. Pas tant à cause du roman lui-même, que du contexte pendant lequel il a été écrit. Je me suis toujours beaucoup intéressé à la géopolitique, la politique, à l’évolution des idées. Mais pour le coup, le fil de l’actualité était si dur qu’il a à plusieurs reprises manqué de m’étrangler. Suivant les événements, j’ai souvent tout repris à zéro. Revu mon jugement sur certains points. Supprimé des chapitres. Cela a pris du temps.

Ceci mis à part, je n’ai aucun meilleur ou pire souvenir de rédaction. À ce niveau, je suis comme Kosum : ma mémoire est pleine de courant d’air.

 

Marc : Ton style dans Le Chant mortel du soleil est très travaillé, on y trouve beaucoup de mots rares ou désuets et un grand nombre d’images. Est-ce que tu as beaucoup réécrit certains passages ? Quels conseils donnerais-tu à de jeunes auteurs pour travailler leur style ?

Franck Ferric : Je réécris peu. Une fois la ligne noircie, je reviens rarement dessus. Par contre, j’écris lentement. Je rumine beaucoup ma phrase (quitte à la dire à voix haute pour entendre comment elle sonne) avant de la taper.

Concernant le style, je crois que c’est principalement un instantané, au moment t, de la manière qu’a un auteur d’écrire son texte, avec sa tournure d’esprit du moment. Il n’y a pas de secret : un style « mature » à la manière d’un métier d’artisan. Au début, on pastiche, on copie le maître (quel que soit celui / ceux que tu te donnes). Après, par la pratique, on trouve son rythme, son aise, on s’émancipe de ses modèles. Comme un forgeron, comme un musicien, il faut faire ses gammes. Soi-même. Personne ne peut le faire à votre place.

 

Marc : Ton roman précédent, Trois oboles pour Charon, mettait en scène le personnage Sisyphe, de la mythologie grecque. Comment as-tu ressenti le fait de t’approprier un mythe littéraire pour construire un récit, et quelle différence perçois-tu avec la création d’un monde de Fantasy ?

Franck Ferric : Trois Oboles pour Charon réemployait le mythe de Sisyphe au travers de différents épisodes historiques. Contrairement au Chant Mortel du Soleil, il ne plantait aucun « monde » de fantasy, car la manière dont je voulais aborder les thèmes que je visais ne s’y prêtait pas. Mais à dire vrai, je ne me suis pas posé davantage de questions en m’appropriant le thème de Sisyphe, qu’en développant le monde du Chant Mortel du Soleil. Que ce soit pour coller à une historicité, ou pour « inventer » un monde, je procède de la même manière : à chaque fois, il s’agit de plonger dans des sources, de lire des livres, de trier sa matière première. Et ça, c’est chouette !

 

Marc : D’ailleurs, Trois oboles pour Charon et Le Chant mortel du soleil traitent d’une certaine façon de mythologie. Est-ce que tu dirais que c’est l’un de tes thèmes de prédilection ?

Franck Ferric : J’étais tout gosse lorsque suis tombé amoureux de la mythologie. La bibliothèque familiale comptait de nombreux livres sur le sujet, et ça n’a sans doute pas été totalement été étranger à mon atterrissage en FAC d’Histoire. La mythologie a toujours constitué une part importante de mon imaginaire. Elle a cela de commun avec le genre de fantasy que j’apprécie le plus : tout en étant ouvertement fictive, métaphorique, symbolique, elle a la possibilité de questionner certaines réalités du monde, de l’époque.

 

Marc : Le monde du roman est très dur avec ses personnages. Pourquoi avoir choisi de mettre en scène ce type d’atmosphère, avec des personnages déjà très marqués par leur passé dès le début du récit ?

Franck Ferric : Mes personnages sont soit des esclaves, soit des guerriers. Les uns comme les autres connaissent la violence pour l’avoir subie et / ou pratiquée. Et ce genre de personnages engendre peu de bisounours. Je voulais aussi (c’était un de mes partis-pris, dès le départ) retrouver un peu de l’atmosphère des westerns spaghettis, avec leur galerie de personnages burinés et borderline.

Et puis, autant comme lecteur que comme auteur, j’aime bien les personnages affreux, sales et méchants. Ils sont plus intéressants à suivre. Les paladins m’emmerdent.

 

Marc : Le Chant mortel du soleil traite de religion et de croyance et tacle l’une comme l’autre parfois assez violemment, tout en montrant qu’elles sont nécessaires parfois, pour fédérer des peuples notamment. Pourquoi avoir choisi de traiter de ces thématiques ? Est-ce que la Fantasy te semble pertinente pour aborder ce genre de sujet (sans aucun jugement de valeur de ma part, bien sûr) ?

Franck Ferric : Comme je l’ai évoqué plus haut, je n’ai pas vraiment « choisi » de traiter ces thématiques, c’est la force des choses qui m’y a conduit. À ce moment de ma vie, c’est ça qui devait sortir, alors c’est sorti. Avec pour conviction que la religion est comme un mauvais chien : il faut régulièrement lui faire comprendre qu’il n’est pas le patron, sans quoi il finit par manger vos chaussons !

Je ne pense pas que la fantasy soit moins pertinente qu’un autre genre littéraire pour parler d’un sujet ou d’un autre. À moins de considérer que la fantasy n’est pas vraiment de la littérature, qu’on doive absolument la soustraire à la vie et la restreindre à des archétypes, aux elfes, aux dragons, aux jolies cartographies. Aux paladins.

Ce n’est pas mon avis.

 

Marc : Certains lecteurs ont pu penser à des univers comme celui de Conan en lisant ton roman. Robert E. Howard fait-il partie de tes références ? Pourquoi ce rapprochement s’est-il fait d’après toi ?

Franck Ferric : Je ne m’étonne pas que certains lecteurs aient fait un lien entre le monde Conan et celui de mon roman (et j’en suis fichtrement honoré !) Quand on dit « barbare », tout bon amateur de pop culture répond : « Crom ! » Et puis, il y a aussi les steppes, les cités malodorantes et des sorciers tordus. J’assume de bon cœur, car Conan fait complètement partie de mes références. Gamin, Conan the Barbarian fut mon premier contact avec la fantasy, avec des films comme Willow ou Dark Crystal. Très tôt, j’ai dévoré Howard (en même temps que Lovecraft ou Poe).

Et puis, Zarathoustra fut le point de départ de ce roman, et Conan est assurément un héros Nietzschéen. C’est d’ailleurs particulièrement marqué dans le film de Milius. En exergue, juste avant le speech d’intro prononcé par Mako (qui jouait aussi le magicien), Milius affichait cette citation du Crépuscules des Idoles : «  That which does not kill us makes us stronger. » Tout ça boucle bien.

 

Marc : Quels personnages as-tu préférés écrire ? Lesquels t’ont donné le plus de mal ?

Franck Ferric : Aucun en particulier. Je ne les laisse pas faire la loi. Avant la rédaction, chacun savait ce qu’il avait à faire, comment il allait finir. Pas d’improvisation, pas de traitement de faveur. Ça les mate.

 

Marc : Le personnage de Kosum, qui acquiert la liberté au début du roman, observe les horreurs du monde pendant son voyage avec les cavaliers-flèches, mais tente tout de même d’y survivre. Peux-tu nous en dire plus sur la création et la construction du personnage dans le récit ?

Franck Ferric : Elle est le contrepoint du Tyran. Elle est physiquement assez faible (même s’il vaut mieux ne pas trop lui chercher de noises), ne dispose d’aucun talent particulier (hormis celui de survivre), elle ne se sent concernée par aucune cause (sauf lorsqu’il s’agit de sauver sa peau). Elle ignore à peu près tout des enjeux de son temps et le devenir du monde ne lui importe pas. Contrairement à la plupart des personnages qu’elle croise, elle est dépourvue de toute volonté de dominer. Elle est pourtant celle qui se sort le mieux de cette histoire, tout en étant la clé. Pas facile d’en dire plus sur elle et ses origines sans spoiler le reste !

 

Marc : On trouve assez peu d’éléments véritablement surnaturels dans Le Chant mortel du soleil, mis à part le personnage de Kar Koshig et ses pouvoirs. Pourquoi avoir choisi de placer peu d’éléments surnaturels dans ton roman ?

Franck Ferric : Dans ce roman, la « magie » est ce que les dieux offrent en échange de la foi. Elle devait demeurer rare, inspirer la crainte. Matérialiser le pacte noué entre le dieu et le prêtre, et expliquer le pouvoir de dominer de ce dernier. Et puis, mon idée était de raconter la tentative d’un peuple de précipiter l’âge des hommes. Mes barbares n’avaient pas besoin de boules de feu ni de potion d’invisibilité pour ça. Ils n’auraient su qu’en faire.

 

Marc : Lis-tu beaucoup de Fantasy ? Que penses-tu des évolutions récentes du genre ?

Franck Ferric : Si j’ai beaucoup lu de fantasy par le passé, c’est beaucoup moins le cas moins à présent (ces temps-ci, le gros de mes lectures se compose d’essais sociologiques, de documentation historique et de vieille poésie). Je suis incapable de donner un avis sur l’évolution récente de la fantasy. J’ai néanmoins commencé à lire La Peste et la Vigne de Dewdney, et je trouve ça pour le moment excellent.

 

Marc : Peux-tu nous en dire plus sur tes prochains projets littéraires ?

Franck Ferric : Je travaille aussi sur un nouveau roman, qui ne sera pas de la fantasy. Mais il est encore raisonnablement trop tôt pour parler de tout ça.

 

Marc : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs ?

Franck Ferric : 1-Lire (pas uniquement les genres que l’on désire produire, et même si possible carrément autre chose, et encore si possible des œuvres assez puissantes pour vous laisser sur le carreau ou vous pétrifier d’admiration tout net). 2-Écrire (tous les jours, même si vous avez une gastro). 3-Relire (ce que vous avez fait la veille. Surtout si vous aviez une gastro).

 

Marc : Quelles sont tes prochaines dates de dédicace ?

Franck Ferric : Le 23 avril, avec Gilles Dumay (directeur littéraire d’Albin Michel Imaginaire), je participerai à la rencontre organisée par la Librairie Nouvelle d’Orléans autour de la collection. Je signerai à la librairie Gibier de Pithiviers le 11 mai, à l’Esperluette de Chartres le 29 juin. Et du 23 au 26 mai, je serai présent aux Imaginales d’Épinal (l’un des plus chouettes festivals de ce côté-ci de l’Univers !)

8 commentaires sur “Interview de Franck Ferric

  1. Merci pour cette très chouette interview. Ce roman est dans ma liste à lire, ses réponses à tes questions ne font que renforcer mon envie de lecture.
    J’ai adoré sa réponse à « Quels personnages as-tu préférés écrire »
    Continue tes interviews, j’adore

    Aimé par 1 personne

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