The Old Guard (tome 1), de Greg Rucka, Léandro Fernandez, et Daniela Miwa

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un comics qui mêle personnages immortels et action bourrine.

 

The Old Guard (Tome 1), de Greg Rucka, Léandro Fernandez et Daniela Miwa

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Introduction

 

Greg Rucka est un scénariste et romancier américain né en 1969. Il est entre autres l’auteur de la série de romans Atticus Kodiak, des thrillers mettant en scène un garde du corps. Dans le milieu des comics, il a travaillé avec DC et Marvel, pour des séries telles que Batman, Detective Comics, Wonderwoman, Punisher, ou encore Black Widow. Il a également travaillé sur la série Black Magick.

Léandro Fernandez est un dessinateur argentin qui a travaillé sur des séries Marvel comme Hulk ou Punisher : Max. Il avait déjà collaboré avec Greg Rucka sur une partie la série Queen and Country avant de créer The Old Guard avec Daniela Miwa, une coloriste brésilienne ayant œuvré pour Shaft et Doc Savage.

En version originale, The Old Guard a été publié par Image Comics depuis 2017, puis a été traduit et publié chez Glénat Comics dans un recueil contenant les cinq premiers chapitres de la série, qui forment son premier arc narratif.

En voici la quatrième de couverture :

« Quand on est immortel, on a tout le temps d’apprendre qu’il existe pire que la mort…

Depuis des siècles, Andromache de Scythie – « Andy » pour les intimes – et sa bande de guerriers immortels œuvrent dans l’ombre, proposant leurs services à ceux et qui peuvent se les offrir. Mais à l’ère d’internet où l’information circule tous azimuts, l’immortalité devient un secret difficile à garder. Et la routine immémoriale d’Andy et des siens bascule le jour où ils rencontrent une de leur semblable servant dans les Marines et que la vérité à propos de leur identité risque d’être révélée.

Greg Rucka (LazarusBlack Magick) s’associe au talent de Leandro Fernandez pour nous livrer une geste furieuse à travers le temps et les âges, où le tranchant des lames répond aux claquement des fusils. Une histoire d’êtres brisés par la lutte et les regrets éternels, où l’immortalité n’est plus un don, mais une malédiction. »

Dans mon analyse, je vous parlerai d’abord du dessin, puis de la narration et des personnages.

 

L’Analyse

 

Violence graphique

 

Vous le remarquerez rapidement à la lecture, le dessin de Léandro Fernandez souligne et met en avant les scènes d’action violentes du comics. Beaucoup de sang coule lors des combats, le bruit des armes à feu est omniprésent de par son occupation de l’espace sur les planches, ce qui témoigne de l’intensité des fusillades. Léandro Fernandez n’hésite pas non plus à amocher les personnages en les montrant démembrés, ou avec le visage en morceaux. Tout cette violence sur les personnages principaux est permise par le fait qu’ils soient immortels, mais aussi parce qu’ils sont très endurcis. À ce titre, les scènes d’action prennent leur intérêt non pas parce que le lecteur se demande si les personnages vont se tirer d’un mauvais pas, puisqu’ils sont immortels et qu’ils vont forcément s’en sortir, mais parce que lecteur attendra de voir comment ils vont se tirer d’affaire, et c’est ce qui rend les combats plutôt jouissifs. On voit par exemple Andy et ses compagnons se défenestrer pour s’enfuir, ou se moquer des tirs qu’ils encaissent en divers endroits du corps, avant de répliquer alors qu’ils sont couverts de sang.

La colorisation de Daniela Miwa joue énormément avec la lumière et les ombres pour donner des planches dotées de teintes parfois assez réalistes, ce qui crée un contraste entre une ambiance ancrée dans le monde contemporain, et des personnages complètement surnaturels !

 

 

Narration et personnages

 

The Old Guard met en scène le groupe de mercenaires d’Andy, qui partagent tous la particularité d’être âgés d’au moins plusieurs siècles en raison de leur immortalité. Ainsi, le plus jeune membre de la bande d’Andy est Booker, qui est vieux de « seulement 200 ans », et qui a connu la campagne napoléonienne de Russie, tandis que Nicky (qui s’appelait à l’origine Nicolo) et Joe ont combattu pendant la Première Croisade et par conséquent, « ils viennent de dépasser le millier », et Andy, à l’origine appelée Andromaque de Scythie, affirme avoir plus de 6000 ans. Ces personnages ne savent pas pourquoi ils sont immortels, mais savent qu’ils finiront tout de même par mourir, puisqu’Andy a déjà vu certains de ses compagnons tomber au combat. Ils font aussi des rêves mystérieux qui leur permettent de se rassembler lorsque l’un d’entre eux apparaît, et c’est pour cette raison qu’ils forment une équipe, recrutée par diverses agences pour combattre et mener des opérations en terrain hostile. Cependant, Andy et son groupe doivent préserver leur secret et garder une certaine discrétion quant à leur immortalité, mais avec l’arrivée des nouvelles technologies (les caméras, internet, les retransmissions en direct…), qu’ils ne maîtrisent pas forcément, ils ont de plus en plus de mal à ne pas se faire repérer, au point qu’ils finissent par se faire doubler par l’un de leurs employeurs en se faisant filmer, ce qui fait qu’ils sont pourchassés par un milliardaire avide de découvrir leur secret. Le comics présente donc des personnages très âgés se faisant dépasser et piéger par le progrès. Les auteurs mettent l’accent sur le passé d’Andy et de son groupe à travers des flashbacks figurant les époques dont ils sont originaires ou qu’ils ont traversées, en les montrant avec des uniformes antiques, napoléoniens, ou encore des armures de croisés, ainsi que la manière dont ils ont découvert ou exploité leur immortalité.

Le comics dépeint aussi les relations entre les personnages de la troupe de mercenaires d’Andy, qui sont très intéressantes. On observe que les personnages se connaissent tous très bien, et que leurs rapports sont marqués par l’intensité, dépassant largement l’amour ou l’amitié, parce qu’ils se connaissent depuis des siècles, et c’est ce que l’on peut voir dans la relation entre Nicky et Joe, par exemple. Le regard de Nile, jeune immortelle recueillie par le groupe (je ne vous dirai pas comment), permet de découvrir le fonctionnement du groupe d’Andy, avec la manière dont ils se cachent ou leurs différentes planques. Les relations entre les personnages sont sujettes à des réflexions assez profondes sur l’immortalité (j’y reviendrai), mais les auteurs glissent aussi des traits d’humour dans les dialogues, notamment avec le fait qu’Andy ne sache pas utiliser la technologie de l’époque contemporaine tels que les téléphones portables, parce qu’elle ne la comprend absolument pas, des plaisanteries sur l’armée française en présence de Booker, ou encore des gags de circonstances sur l’immortalité des personnages, notamment lorsqu’ils se défenestrent pour fuir.

Les relations entre les personnages et l’introduction de Nile au groupe d’Andy permettent également de développer une interrogation sur l’immortalité et son impact. En effet, Nile, qui vient à peine de découvrir sa capacité, se voit forcée par ses compagnons de couper les ponts avec sa famille et l’Humanité standard, pour éviter de déclencher l’incompréhension, la jalousie, ou encore la haine, que Booker a par exemple déjà expérimenté avec sa propre famille, qui lui a laissé des souvenirs pour le moins glaçants. Pour les personnages de The Old Guard, l’immortalité n’apparaît donc pas véritablement comme un cadeau ou un don, mais plutôt comme une condition qu’il leur faut supporter ou traverser. Certains d’entre eux pensent même qu’il faudrait trouver des moyens d’arrêter leur immortalité pour enfin mourir, à cause des souffrances qu’elle engendre, à l’image de Brook, tandis que d’autres cherchent simplement à donner du sens aux millénaires qu’ils ont vécus, à l’instar d’Andy, qui apparaît bien plus cynique et distante que ses compagnons, alors qu’elle est très attachée à eux. On observe également que les mercenaires vivent très mal les séparations, si bien que c’est l’une des punitions qu’ils peuvent s’infliger. Cela montre que leur isolement de l’Humanité standard ne fait pas d’eux des surhommes sur le plan psychologique, et qu’ils ont besoin de contact humain, et de créer une sorte de cercle familial. À ce titre, certaines scènes sont véritablement touchantes, notamment lorsqu’Andy conseille à Nile de garder des photos de ses proches, parce que cela n’a été possible pour aucun de ses compagnons.

The Old Guard propose également une réflexion sur la place du surnaturel dans un monde rationnel et technologique, à travers le personnage de l’antagoniste milliardaire, qui cherche à faire d’eux des cobayes pour percer le secret de leur immortalité, parce qu’il n’admet pas que celle-ci soit inexplicable lorsqu’il s’aperçoit que les mercenaires sont tout à fait banals sur le plan biologique et génétique.

 

Le mot de la fin

 

Le premier volume de The Old Guard dépeint des personnages de mercenaires immortels dans un monde contemporain, en mettant l’accent sur leurs difficultés à rester discrets à cause des nouvelles technologies. L’immortalité d’Andy et de ses compagnons permet aux auteurs de mettre en scène des combats et des fusillades jouissives et surprenantes, mais également de montrer qu’une grande longévité et une apparente invincibilité ne font pas de leurs personnages des surhommes dénues de sentiments. Ainsi, les liens entre les personnages sont profondément explorés, et donnent à voir des immortels complexes, qui s’interrogent sur le sens de leur si longue vie.

J’attends le prochain volume avec impatience !

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