Les Secrets d’Éole, de Claire Krust

Salutations, lecteur. Je t’ai parlé il y a quelques temps de L’Envolée des Enges de Claire Krust, premier volume d’un dyptique de Fantasy. Aujourd’hui, je vais te parler de sa suite,

 

Les Secrets d’Éole

 

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions ActuSF, que je remercie chaleureusement pour leur envoi ! Je tiens également à dire que cette chronique traite d’un tome 2. Par conséquent, vous risquez de vous faire spoiler le premier tome si vous la lisez sans en avoir connaissance. Je vous suggère donc d’au moins lire ma chronique de L’Envolée des Enges si vous souhaitez prendre connaissance de l’univers du récit.

Claire Krust est une autrice française, passionnée depuis longtemps par l’écriture et les littératures de l’imaginaire. En parallèle de sa carrière d’écrivain, elle exerce le métier de rédactrice Web. Son premier roman, Les Neiges de l’éternel est paru en 2015 chez ActuSF et est disponible au format poche, dans la collection Hélios des Indés de l’Imaginaire.

Les Secrets d’Éole est son troisième roman. Il fait suite à L’Envolée des Enges, paru en 2018 pour la Rentrée de la Fantasy française, et clôt le dyptique initié par celui-ci.

En voici la quatrième de couverture :

« Le Raniarque, qui avait ordonné le génocide des Enges, est mort. C’est à son petit-fils Hélias, né de l’union d’un humain et d’une Elbe, que revient la charge. Céléno, Sujin et les leurs y voient là la possibilité d’écrire une nouvelle page de leur histoire et de sauver ceux qui peuvent encore l’être : pour la première fois en un siècle, les enfants d’Hélias décident d’unir leurs efforts pour reconquérir leurs droits bafoués. Mais si le jeune Raniarque est sensible à leur cause, ce n’est pas au goût de tous. Les massacres dans Rania se multiplient et les nobles voient d’un mauvais œil cette politique qui les prive peu à peu de pouvoir.

L’avenir des enfants d’Hélias semble bien incertain. D’autant que les secrets sur l’origine du cataclysme découverts sur le pilier où Céléno a grandi pourrait bien redistribuer les cartes et changer leur destin à tous… L’histoire est-elle vouée à se répéter ? »

Mon analyse s’intéressera d’abord à l’univers développé par l’autrice, puis aux thématiques et aux personnages du roman.

 

L’Analyse

 

Un univers de Fantasy en pleine évolution

 

Le monde dépeint par Claire Krust s’avère paradoxalement assez vaste, alors qu’il se cantonne une ville, Rania, et ses alentours. L’étendue de l’univers de l’autrice s’observe dans le fait que le fait que la « péninsule » dans laquelle se situe Rania est une enclave cernée qui ne peut que difficilement communiquer avec l’extérieur, malgré l’invention et l’utilisation de « carrosses volants » qui permettent des échanges avec le pays des « Fens ». Rania, malgré son statut de ville faisant partie d’une enclave, est ainsi dépeinte comme une sorte de carrefour politique et culturel, qui permet au lecteur d’observer que la ville fait partie d’un monde plutôt vaste.

Les Secrets d’Éole creuse également les différentes peuples surnaturels mises en scène dans L’Envolée des Enges, avec les Enfants d’Hélias, c’est-à-dire les Enges, les Elbes, les Êtres de l’eau, mais également le mystérieux peuple des « Quatrièmes », les métamorphes, qui sont également appelés « les créatures mythiques », mais également les prêtres d’Hélias. Chacun de ces peuples surnaturels est porteur de son propre système social et d’un rapport avec l’Humanité unique. En effet, les prêtres d’Hélias vivent isolés de la société humaine et interagissent peu avec elle, les métamorphes vivent en secret parmi les Humains et forment une communauté soudée qui n’interfère pas avec eux mais ne subissent pas de discriminations, tandis que les Enfants d’Hélias, qui ont été les victimes de discriminations et d’une oppression systémique qui ont causé le génocide des Enges, cherchent à pleinement faire partie de l’Humanité et à être reconnus comme des êtres humains à part entière (j’y reviendrai plus bas). Les différences entre ces peuples se situent également dans la manière dont l’Humanité standard les perçoit, puisque les métamorphes ne sont pas considérés comme dangereux en raison du fait que leur existence n’apparaît que comme hypothétique aux yeux des humains, qui ignorent la nature de leurs pouvoirs, la métamorphose et « l’empathie » (la lecture et la projection d’émotions sur autrui) à l’inverse des Enfants d’Hélias, qui sont perçus comme un danger à cause de leurs pouvoirs, qui leur permettent entre autres de manipuler la Nature et de déchaîner des cataclysmes, puisque les Enges contrôlent le vent et peuvent déclencher des tornades, par exemple.

Les causes de la peur des Enfants d’Hélias et de leurs pouvoirs sont d’ailleurs données et détaillées, ce qui permet à l’autrice de la lier avec le « Cataclysme » déclenché un siècle auparavant. Les causes de ce dernier, ainsi que ses conséquences sur l’Humanité et les Enfants d’Hélias sont également largement explorées. Claire Krust développe ainsi son univers et renforce sa cohérence en donnant des détails sur l’histoire de celui-ci, tout en l’associant aux différents pouvoirs des peuples surnaturels qu’elle développe.

Le roman met aussi en scène la transition d’une époque qu’on peut qualifier de médiévale à un moment où l’industrie est émergente, avec l’apparition des « carrosses volants » et de machines produites en série par les « Quatrièmes » sous la contrainte des magistrats de Rania, qui possèdent le pouvoir de manipuler le « métal rouge », qui est néfaste pour les autres enfants d’Hélias et les rend incapables d’utiliser leurs pouvoirs. L’émergence de l’industrie dans le monde de l’autrice montre donc d’une part l’aliénation d’un peuple qui fabrique des machines à l’aide du métal, et d’autre part un conflit entre la technologie, incarnée par le métal rouge et son utilisation, et le surnaturel, incarnés entre autres par les Enfants d’Hélias.

 

Racisme et bouleversements sociaux

 

Les Secrets d’Éole interroge les conséquences des actes du Raniarque Erini, qui a orchestré le génocide des Enges et l’oppression systémique des autres enfants d’Hélias, les Elbes, les Êtres de l’eau, mais aussi les Quatrième, bien que cette oppression soit d’une nature différente. Après l’assassinat d’Erini par Céléno, les Enfants d’Hélias vont chercher à gagner des droits et à devenir les égaux de l’Humanité aux yeux de la société et de la loi, mais leurs combats s’avèrent longs et inscrits dans des machinations politiques de plus grande envergure (je ne peux pas vous en dire plus). Le combat des Enfants d’Hélias pour leurs droits prend alors deux voies plus ou moins distinctes l’une de l’autre, qui désignent des approches et des attitudes différentes vis-à-vis de l’Humanité. Ainsi, l’une de ces approches, menées entre autres par Sujin, l’Être de l’eau conseiller du nouveau Raniarque, Hélias, prône le pacifisme, le pardon et la diplomatie pour obtenir la paix des peuples, tandis que l’autre, portée par Egil, cherche la vengeance pour toutes les discriminations infligées aux Enfants d’Hélias. Ces deux approches sont ainsi mises en scène et explorées par l’autrice, qui montre d’une certaine façon qu’elles ne peuvent jamais complètement s’exclure, notamment à travers le personnage de Céléno, qui fait office de charnière entre le pacifisme et la violence grâce à la connaissance qu’elle acquiert du passé de son peuple et du Cataclysme. Cette connaissance va lui permettre de réfléchir à propos du conflit qui oppose les Enfants d’Hélias à l’Humanité pour tenter d’éviter de répéter les erreurs commises par le passé.

Le combat des Enfants d’Hélias pour leurs droits apparaît en tout cas tout à fait légitime à l’aune du racisme systémique qu’ils subissent, puisqu’on observe que certaines professions leurs sont interdites, qu’ils paient plus de taxes que les humains, ils sont parfois traités comme des esclaves, les agressions qui les visent restent souvent impunies par la loi, des humains les enlèvent pour faire des expérimentations mortelles sur eux , et de manière générale, les habitants de Rania et de la péninsule les considèrent de manière tout à fait naturelle comme des inférieurs à l’Humanité. Toutes ces discriminations, dépeintes par Claire Krust dans toute leur violence, avec l’incompréhension et l’horreur qu’elles suscitent aux personnages qui les subissent, permettent de rendre légitimes les combats des Enfants d’Hélias, et d’ainsi aborder leur conflit avec l’Humanité à la fois sous l’angle de la vengeance et du pardon, qui sont montrées comme deux attitudes possibles vis-à-vis de l’Humanité. J’ajouterai que l’utilisation des changements de points de vue lors de certains passages clés donne parfois de la nuance aux agissements de certains personnages. À l’inverse, certains points de vue internes en dépeignent d’autres sous un jour particulièrement détestable, ce qui rend leurs agissements absolument impardonnables.

Il va donc appartenir à Hélias, petit-fils d’Erini, demi-Elbe, et nouveau Raniarque d’établir le dialogue avec les Enfants d’Hélias, en composant avec les rivalités politiques entre les grandes familles nobles, les « neuf » et les bourgeois, ainsi que d’autre conflits larvaires. Les nobles souhaitent en effet garder leurs privilèges et leur immunité aux yeux de la loi, qui sont profondément remis en question par la pensée politique d’Hélias, qui se veut égalitaire, et voient d’un très mauvais œil le combat des Enfants d’Hélias pour leurs droits, ce qui les conduit à s’opposer à lui. On observe donc des bouleversements sociaux à Rania, qui impliquent la remise en question des privilèges de l’aristocratie et l’intégration d’un peuple opprimé dans le champ social, qui s’opère dans un climat plus ou moins violent et troublé. Sans rentrer dans les détails qui pourraient trop vous spoiler, Hélias devra faire face à son double héritage, celui de son grand-père et de ses actions contre les Enfants d’Hélias, et celui de sa nature de demi-Elbe, qui s’illustre dans ses rapports avec Sujin, qui a été son précepteur et lui a enseigné la tolérance et la véritable histoire de son peuple, et Med, un jeune Enge avec qui il a grandi. En tant qu’enfant métis, Hélias est dépeint à la fois comme un pivot capable de faire changer la société et les mentalités des Humains, mais également comme la cible de la colère des deux peuples qu’il cherche à réconcilier, ce qui va faire de lui l’un des moteurs du récit.

 

Le mot de la fin

 

Claire Krust interroge dans Les Secrets d’Éole les conséquences des actes de racisme et d’intolérance des Humains sur les Enfants d’Hélias, incarnés par le génocide des Enges dépeint dans L’Envolée des Enges, ainsi que d’autres violences et discriminations, et explore les différentes manières dont deux peuples peuvent se réconcilier, alors que d’autres conflits sont en germe à Rania.

À travers une exploration et un développement de son univers, mais également de ses personnages, l’autrice dépeint un monde alternatif qui évolue vers plus de tolérance, après de nombreuses violences.

Vous pouvez également consulter les chroniques de Rose, Dreambookeuse

4 commentaires sur “Les Secrets d’Éole, de Claire Krust

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