La Fleur de Dieu, de Jean-Michel Ré

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du tome inaugural d’une trilogie de space-opera francophone prenant place dans un univers vaste, avec

La Fleur de Dieu, de Jean-Michel Ré

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Albin Michel Imaginaire, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Jean-Michel est un auteur français né en 1973. En parallèle de sa carrière d’écrivain, il enseigne le français comme langue étrangère et travaille sur un projet de jardin pédagogique centré sur la production de plantes médicinales et aromatiques.

La Fleur de Dieu est son premier roman et constitue le premier tome d’une trilogie de space-opera, qui comportera également Les Portes Célestes et Cosmos Incarné.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« An 10996. Dans les déserts suspendus de la planète sacrée Sor’Ivanyia, un des dix-huit mille mondes de l’Empire, pousse la Fleur de Dieu. Ce remède à de nombreux maux est aussi un vecteur privilégié pour accéder au divin. Grâce à la Fleur de Dieu, l’Homme sait désormais ce qui advient de la mémoire après la mort. Alors qu’un impitoyable seigneur de la guerre fomente un coup d’état, la formule chimique de la Fleur de Dieu est dérobée par une organisation anarchiste paradoxalement très organisée. Au même moment, l’apparition sur Sor’Ivanyia d’un enfant aux pouvoirs extraordinaires bouleverse toutes les certitudes scientifiques et religieuses de l’Empire. Qui est cet enfant ? Est-il seulement humain ? Est-il ce Messie que certaines religions ont cessé d’attendre ? »

Mon analyse se concentra d’abord sur le worldbuilding et les thématiques abordées par le roman, puis sur son intrigue et ses personnages.

 

L’Analyse

 

Worldbuilding et thématiques

 

La Fleur de Dieu prend place dans un univers très vaste, doté de plusieurs milliers de mondes, dans un lointain futur, au 11ème millénaire. L’intrigue se situe plus précisément en 10996, mais l’auteur prend tout de même le temps, à travers un glossaire extrêmement détaillé des termes propres au monde du roman, permettant au lecteur de mieux comprendre les technologies et les factions à l’œuvre, ainsi que des citations d’ouvrages historiques et d’essais fictifs qui relatent et donnent une vision critique de l’Histoire de l’Humanité pour montrer ses aspects problématiques. Ainsi, par le passé, la religion s’est substituée à l’état, pour « remplacer la solidarité par la charité ». Ce remplacement des états par les différentes religions que nous connaissons (la chrétienté, le judaïsme, l’islam, le shintoïsme…) a conduit à de grandes tensions religieuses et une augmentation du sectarisme, ce qui a abouti aux « guerres interconfessionnelles » extrêmement meurtrières pour l’Humanité. Les religions se sont par la suite unies sous de grandes bannières, les catholiques sont par exemple devenus la Nouvelle Chrétienté Universelle, les musulmans chiites et sunnites se sont unis pour former l’Ordre des Frères Musulmans… afin d’endiguer les conflits internes aux religions, tandis que les conflits externes sont évitées grâce à la constitution du « Credo », qui est constitué d’une suite de « sourates » qui visent à unifier les différentes fois afin d’éviter de diviser les communautés religieuses. À l’époque décrite dans La Fleur de Dieu, le Credo est très respecté et constitue une approche transversale des différentes religions. L’auteur a également implanté une religion scientiste, qui organise une foi et un culte autour de la science et des études scientifiques, appelée « l’Ordo », qui dispose d’une grande influence sur l’Empire et de technologies puissantes, telles que la fabrication de clone, ainsi que le monopole de la formule de la fameuse « Fleur de Dieu » de Sor’Ivanyia, qui donne son titre au roman, et dont les propriétés permettent d’avoir un accès privilégié au divin à travers les visions qu’elle procure. Ce monopole sur la Fleur de Dieu va constituer l’un des enjeux majeurs de ce roman et de la trilogie entière.

Vous l’aurez compris, la religion et la science, dans la manière dont elles permettent d’appréhender le monde, leurs enjeux, et les crises qu’elles peuvent engendrer, constituent des thèmes centraux pour le roman. On peut en effet voir que la religion possède une part très importante dans la société dépeinte par Jean-Michel Ré, puisque le Credo est cité par les personnages à de nombreuses reprises, mais aussi parce que les différents groupes religieux se réunissent au cours de « conciles œcuméniques », qui visent à donner une vision d’ensemble de l’Homme et de l’univers, en fonction des avancées et des découvertes scientifiques récentes. La religiosité de l’univers de La Fleur de Dieu s’observe aussi dans le fait que de nombreux sacrilèges religieux soient en lien avec la Fleur de Dieu ou ses effets sur le corps humain, puisqu’il est considéré comme un blasphème de la manger telle quelle, ou de tuer quelqu’un en stoppant toute son activité cérébrale, parce que cela prive l’individu de son contact avec Dieu grâce à la Fleur. La religion comme la science vont être extrêmement perturbées par l’arrivée de l’Enfant, qui va les remettre profondément en question (j’y reviendrai plus bas).

Le roman de Jean-Michel Ré s’ancre donc dans le genre du space-opera et met en scène des technologies très futuristes. Ainsi, on trouve des « biopuces », créées à partie de l’ADN des individus dans lesquelles elles sont implantées et qui leur permettent de se connecter aux « Rézo », une version considérablement améliorée (et surveillée) d’Internet, conçue pour que l’information puisse traverser les distances interstellaires, par exemple. Les biopuces permettent également à leurs porteurs d’exercer un contrôle total sur leurs corps, en augmentant leurs capacités physiques ou en envoyant des impulsions dans leurs muscles faciaux pour que leurs expressions paraissent authentiques, ou ne pas laisser transparaître l’embarras. Elles peuvent cependant être hackées et transformer leurs porteurs en marionnettes contrôlées à distance. Le degré de technologie du récit s’observe également dans les manipulations génétiques dont sont issus certains personnages, notamment l’Empereur Chayin X, ou son conseiller Taëndor, dont l’organisme a été modifié et programmé pour qu’il réagisse spécifiquement aux phéromones dégagées par l’Empereur et lui rester loyal en toutes circonstances, les « Inquisiteurs », qui sont des couples de jumeaux programmés pour effectuer des interrogatoires s’apparentant à des intrusions mentales, ou encore les « clones » employés par l’Ordo, créés pour des tâches spécifiques et qui n’ont obtenu des droits, notamment celui de vivre sans mort programmée, qu’après une rébellion. La technologie présente Dans la Fleur de Dieu cause aliène donc une grande quantité d’individus en paramétrant leurs comportements, mécaniquement, ou même génétiquement, pour les adapter aux tâches qu’ils doivent accomplir, et prend donc part à une forme avancée de déterminisme qui les aliène. Cette aliénation des individus peut être reliée au fait que l’Empire et sa société sont placés par l’auteur dans la continuité du néo-libéralisme, avec des grandes familles disposant d’empires commerciaux immenses qui s’affrontent et forment une nouvelle noblesse.

L’Empire dépeint par Jean-Michel Ré apparaît donc très policé et autoritaire, avec une surveillance accrue à travers le Rézo et l’influence de l’Ordo, mais il rencontre tout de même des opposants, qui s’incarnent notamment Fawdha Anarchia, l’organisation anarchiste qui cherche à voler la formule de la Fleur de Dieu, ou encore la Diaspora, des personnes qui voyagent à travers l’espace sans autorisation pour s’éloigner de la société impériale afin de vivre en dehors de ses standards. On peut également noter que cet Empire est marqué par le fait qu’il soit en déclin à cause de son expansion continuelle qui l’amènent à devoir composer avec des distances interstellaires de plus en plus grandes, compromettant ainsi la surveillance et la transmission des informations, même avec la possibilité du voyage supraluminique, dont le coût en énergie reste très élevé, mais aussi à cause des conflits internes, comme l’illustre le complot du Segneur de Latroce, par exemple. Cet Empire sur le déclin peut rappeler Fondation d’Isaac Asimov, mais la substance de la Fleur de Dieu et ses effets sur les individus ainsi que l’univers du roman évoquent surtout Dune, le roman de Frank Herbert, dans lequel l’Épice, une substance qui n’est trouvable que sur une seule planète de l’univers connu, est au centre de conflits d’intérêts politiques.

 

Intrigues et personnages

 

Le lecteur suit le déroulement d’un complot du Seigneur de la guerre Latroce contre l’Empereur et l’Ordo, à travers son point de vue, mais également ceux de son conseiller, Farod, et de ses lieutenants. Dans le même temps, il pourra aussi observer le déroulement du XVIIème concile œcuménique des différentes religions, avec des représentants de l’Ordo, du bouddhisme, de l’islam, le christianisme et le judaïsme, et d’autres églises, représentées par un maître shinto, mais également les manœuvres politiques de l’Empereur Chayin X pour contrer le complot de Latroce, arrêter les membres de Fawdha Anarchia, et découvrir les manigances de l’Ordo, dont les plus hautes autorités, les Technoscienseurs, tentent aussi de déjouer les manipulations du Seigneur de la guerre, des anarchistes, et flouer l’Empereur, ainsi que l’arrivée de l’Enfant, un être mystérieux doté de grands pouvoirs, aux côtés du quel va se trouver Maître Kobayashi, un shintoïste venu sur Sor’Ivanyia et embarqué malgré lui par les événements du récit. La multiplicité des points de vue et des lieux d’intrigue permet au lecteur de saisir les enjeux de la partie politique que jouent l’Ordo, l’Empire, Fawdha Anarchia, et le Seigneur de Latroce, ainsi que les objectifs de chacune de ces factions.

L’intrigue de La Fleur de Dieu est donc marquée par les jeux politiques des factions qui s’opposent de manière plus ou moins directe et franche, à travers des manœuvres visant à affaiblir l’adversaire ou à les pousser à se trahir. Les personnages emploient donc des procédés assez retors, tels que la surveillance constante, l’emploi de clones ou la provocation d’émeutes, et cherchent de manière générale à prendre le dessus les uns sur les autres. La morale est donc très peu présente chez la plupart des personnages, qui ont pour la plupart des ambitions démesurées, même dans le cas de Fawdha Anarchia, qui cherche à faire vaciller l’Empire et l’Ordo (rien que ça), malgré le fait que ses membres agissent pour des raisons morales et non par appât du gain ou volonté de domination.

L’intrigue est donc politique, et on peut aussi voir qu’elle prend en compte les technologies de l’information, avec des personnages capables de hacker des points clés du Rézo grâce à de fausses personnalités créées de toutes pièces pour semer le trouble, ou récupérer des informations sensibles. Les technologies de l’information, combinées avec la narration à points de vue multiples, permettent au lecteur d’observer comment chaque événement est perçu par les différents personnages du récit, ce qu’on observe avec les manœuvres orchestrées par le Seigneur de Latroce, mais aussi et surtout avec la venue de l’Enfant, qui apparaît comme une immense source de perturbations pour toutes les factions, qui ne savent pas comment l’appréhender.

En effet, l’Enfant dispose de capacités surnaturelles qui défient les lois de la physique, puisqu’il est capable de parcourir plusieurs dizaines de milliers de kilomètres en quelques minutes, qu’il semble capable de mobiliser de grande quantité d’énergie, et que sa forme semble changer au contact de la Fleur de Dieu. Son apparition et les observations qui vont être faites de lui vont faire de lui à la fois une sorte de messie, et une sorte d’énigme qui terrorise véritablement les tenants du pouvoir de l’Empire, à savoir l’Ordo et l’Empereur lui-même, parce que sa puissance comme ses capacités surnaturelles remettent en question des savoirs scientifiques et ébranlent les certitudes de ceux qui tentent de les rationaliser. Même les personnages qui deviendront sans doute des alliés de l’Enfant par la suite (je ne vous en dirai pas plus), à l’instar de Maître Kobayashi, sont profondément surpris d’être en contact avec lui, parce qu’il apparaît comme une forme de surnaturel quasi divine, puisqu’il surpasse même les technologies de l’Ordo. Il jouera donc très probablement un grand rôle dans les suites du roman !

 

Le mot de la fin

 

Avec la La Fleur de Dieu, Jean-Michel Ré dépeint un univers vaste et marqué par le déclin d’un Empire mis à mal par son expansion et par les conflits d’intérêts internes.

Le lecteur suit ainsi de les manigances politiques du Seigneur de Latroce, qui cherche à renverser l’Empire et l’Ordo par tous les moyens, tandis que ces derniers tentent de le compromettre, tout en essayant d’arrêter le groupe anarchiste Fawdha Anarchia, qui a volé la formule chimique de la Fleur de Dieu, un organisme à la fois végétal et minéral dont les principes actifs sont vitaux pour le pouvoir en place, alors que survient l’Enfant, un être aux pouvoirs extraordinaires, remet en question les savoirs scientifiques à cause de ses capacités.

L’auteur parvient à démontrer comment la religion, la science et la technologie peuvent s’articuler ensemble pour devenir des moyens de domination et de formatage de populations entières, tout en tissant une intrigue prenante.

J’attends la suite de la trilogie !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Fairy Stelphique, Le Chien critique, Culturez moi, Yogo, Anudar, Acaniel, Lutin, Dionysos, C’est pour ma culture

16 commentaires sur “La Fleur de Dieu, de Jean-Michel Ré

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