Chuchoteurs du dragon et autres murmures de Thomas Geha

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un recueil de nouvelles d’un auteur dont l’œuvre m’intéressait depuis un certain temps !

 

Chuchoteurs du dragon et autres murmures, de Thomas Geha

 

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse de l’auteur. Je remercie donc chaleureusement Thomas Geha de m’avoir envoyé le recueil !

Thomas Geha, nom de plume de Xavier Dollo, est un auteur français de Science-Fiction et de Fantasy né en 1976. Il est notamment connu pour ses nouvelles, forme littéraire à laquelle il accorde beaucoup d’importance, et pour ses diptyques Alone, paru chez Rivière Blanche puis en intégrale aux éditions Critic en 2014, et Le Sabre de sang, composé D’Histoire de Tiric Sherna et Histoire de Kardeji Abaskar, parus en 2009 et 2011 chez Critic et repris en poche chez Folio SF en 2014. Récemment, l’auteur a publié un roman s’inscrivant dans le genre de la Sword and Sorcery, Des sorciers et des hommes, chez Critic (il faudra d’ailleurs que je le lise, puisque vous n’êtes pas sans savoir que j’apprécie particulièrement ce genre).

Le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui, Chuchoteurs du dragon et autres murmures, est paru en Mai 2019 aux éditions Elenya. L’auteur a renoncé aux droits de ce recueil, qui seront intégralement reversés à la Ligue contre le cancer, une association qui aide au financement de la recherche contre le cancer, et qui aide les personnes malades ou leurs familles. Pour des raisons personnelles, ce geste de Thomas Geha me touche particulièrement.

Voici la quatrième de couverture du recueil :

« Royaume de l’Esflamme. Hiodes, jeune fille issue du peuple, est choisie par le dragon pour devenir la prochaine reine et ce sont leurs étranges émissaires, les redoutés Chuchoteurs, qui viennent la chercher. À son grand désespoir. Devenir reine n’est-il pourtant pas l’assurance d’un destin magnifique ?

Ainsi débute la première histoire de Chuchoteurs du dragon & autres murmures, le nouveau recueil de nouvelles de Thomas Geha. Tous les ingrédients de la fantasy y sont réunis et, entre réalisme et magie, ombre et lumière, humour et sérieux, l’auteur joue avec les nuances du genre comme le peintre de sa palette. »

Mon analyse du recueil traitera de la diversité des formes de surnaturel et de Fantasy proposées par les différentes nouvelles, puis je m’intéresserai à au rapport Homme-Merveilleux et à la réactualisation des contes et du folklore. Comme à chaque fois que je chronique un recueil de nouvelles, je n’analyserai pas chaque nouvelle une à une, mais j’essaierai plutôt de vous donner une idée générale des récits. Je précise également que je risque de spoiler un peu certains récits pour en produire une analyse que je considère comme pertinente. À noter également que le recueil est préfacé par l’auteur lui-même, qui donne son point de vue sur l’importance de la forme de la nouvelle de manière très édifiante !

 

L’Analyse

 

Fantasy et surnaturels variés

 

Certaines nouvelles de Chuchoteurs du dragon et autres murmures s’inscrivent dans différentes formes de Fantasy. Ainsi, Ainsi, l’auteur prend appui sur les légendes celtiques et le folklore arthurien dans « La Tête qui crachait des dragons », qui mettent en scène le roi Arthur, le chevalier Lancelot et Lohengrin, fils de Perceval le Gallois dans un récit qui décrit une invasion du territoire d’Albion par des dragons.

Thomas Geha mobilise également le folklore régional breton dans les trois nouvelles du « cycle loguivien », qui se déroulent à Loguivy-Plougras, une ville des Côtes-d’Armor, dans une Bretagne contemporaine. On retrouve donc dans les nouvelles « Loguivy-Plougras, terre de légendes », « La nuit du Suner-Gwad » et « La Fontaine égarée » des créatures folkloriques, telles que la Semeilh, une sorte de fantôme, des korrigans, ou encore le Suner-Gwad, un vampire. On trouve également dans le recueil des réécritures de contes avec « Trois Petits cochons », qui reprend le célèbre conte folklorique, et « Le Briquet de Noël », dans lequel l’auteur réécrit « Le Briquet » d’Andersen. Je reviendrai sur ces deux réécritures plus bas.

Certaines nouvelles dégagent une ambiance mystique dans « Tombent les plumes », qui décrit des anges et leur contact brutal avec la réalité, tandis que « Je serai Joseph » dépeint une réalité noire et crue, avec des accents cauchemardesques.

Le recueil comportet également des récits de Fantasy flirtant avec certains thèmes que l’on a l’habitude d’observer en SF, avec une histoire de premier contact entre l’Humanité et une espèce venue d’un autre monde dans « Le Guetteur de Nuages », et un récit sur l’exploitation de créatures surnaturelles dans « Chuchoteurs du dragon ».

Thomas Geha met donc en scène des formes de surnaturel très variées dans ses nouvelles.

La variété de ces formes s’observe dans les différences de cadres des récits, plus ou moins marqués par leur situation dans un monde secondaire. Les nouvelles du cycle loguivien se situent ainsi dans un cadre proche du réel contemporain, puisque les personnages conduisent des voitures par exemple, mais marqué par la résurgence du folklore breton dans le village de Loguivy-Plougras. « La Tête qui crachait des dragons » se situe en « Albion », c’est-à-dire dans une sorte d’Angleterre arthurienne celtique fantasmée, tandis que « Chuchoteurs du dragon » et « Le Guetteur de nuages » se situent dans des mondes alternatifs de Fantasy.

La tonalité des récits du recueil varie également. On retrouve par exemple de l’humour dans le cycle loguivien et dans les réécritures de contes, de la noirceur et de l’ironie tragique dans « Je serai Joseph », », qui dépeint la cruauté des enfants, à travers une histoire de jalousie tragique et de quiproquo causés par des adultes, et du tragique (mais pas que) dans « Chuchoteurs du dragons » et « Le Guetteur de nuages ».

 

Le rapport Homme-Merveilleux

 

Les récits du recueil de Thomas confrontent souvent l’espèce humaine avec le merveilleux, qui prend la forme de créatures surnaturelles, et interrogent son rapport avec lui. Ainsi, « Chuchoteurs du dragon » traite et subvertit les rapports de domination entre l’Homme et la Nature, à travers la figure du dragon, en montrant, à l’instar d’autres œuvres (Le Sang du dragon d’Anthony Ryan en tête), que cette créature, malgré sa puissance et son statut quasi-divin, peut être exploitée par l’Humanité, pour le meilleur et pour le pire.

Sans (trop) rentrer dans les détails, « Le Guetteur de Nuages » interroge les raisons qui peuvent motiver les conflits entre espèces intelligentes et montre la nécessité de la compréhension mutuelle  et de la communication dans les rapports entre l’Humanité et d’autres formes de vie.

Les nouvelles du cycle loguivien, quant à elles, réenchantent la Bretagne contemporaine en confrontant des individus humains a priori banals, tels que Gwalarig et Kristell, avec le folklore breton, avec des créatures folkloriques, telles que le Suner-Gwad ou les Korrigans, mais également des légendes dotées d’une part de vérité et d’horreur, notamment avec la fameuse « Fontaine Égarée » découverte par Kristell ou la présence de fantômes dans les forêts qui entourent Loguivy-Plougras, auxquels Gwalarig va être confronté. On remarque d’ailleurs que dans ces nouvelles, les lieux propices au merveilleux, mais aussi à l’horreur, se déploient autour des personnages et les enferment dans un monde qui possède ses propres règles. Les créatures du folklore breton qui apparaissent dans les nouvelles loguiviennes, telles que la Semeilh ou le Suner-Gwad, apparaissent comme des résurgences d’un passé mythique dans le monde contemporain, capables de nuire aux personnes qui ne disposent pas des méthodes et des savoirs pour les arrêter ou leur échapper, malgré le fait que ces derniers soient qualifiés de superstitions par des personnages rationnels tels que Gwalarig.

Les réécritures de contes sont l’occasion pour Thomas Geha de confronter le matériau folklorique ancien à l’actualité contemporaine, en convoquant par exemple des figures de présidents de la République française dans « Le Briquet de Noël », clairement identifiables par leurs descriptions respectives qui peuvent rappeler les travaux de caricaturistes, pour critiquer la cupidité des politiciens et celle des individus. La réactualisation du conte passe également par la transformation de l’or récolté par le soldat en billets de 100, de 200 et de 500€, ainsi que par l’adition d’une formule magique, qui s’avère être la devise française, « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Dans « Trois petits cochons », l’auteur oppose le mode de vie qu’on peut qualifier de pré-industriel ou capitalistique, avec deux petits cochons adultes qui vivent en harmonie avec la Nature, et celui de leur frère, marqué par la société contemporaine, qui s’endette de plus en plus pour se faire construire une belle et grande maison.

L’auteur réactualise donc le propos des contes qu’il réécrit pour les faire coller à l’actualité qu’il commente à travers sa fiction.

 

Le mot de la fin

 

Chuchoteurs du dragon et autres murmures fut mon premier contact avec la plume de Thomas Geha.

Le recueil est constitué de nouvelles de Fantasy, dotées de tonalités et de cadres variés, puisqu’elles prennent place dans des mondes complètement inventés ou proches du nôtre, ou bien dans des cadres mythiques tels que l’ancienne Angleterre, ou la ville bretonne de Loguivy-Plougras.

Les récits de Thomas Geha interroge notre rapport au merveilleux, et à travers lui, notre rapport à la Nature, aux autres espèces, ou au folklore. À travers ses réécritures de contes, il questionne l’actualité grâce au ressort du surnaturel !

Ce recueil a été une bonne découverte pour moi, et je pense lire d’autres œuvres de l’auteur !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Célindanaé, Fantasy à la carte

2 commentaires sur “Chuchoteurs du dragon et autres murmures de Thomas Geha

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