Temps de malheur, de Cyril Sche Sulken

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler de Dark Fantasy médiévale qui se déroule en Allemagne, au 13ème siècle.

Temps de malheur, de Cyril Sche Sulken

fatalis-i-le-temps-de-malheur-1233970

 

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions l’Harmattan. Merci à eux pour l’envoi du roman !

Cyril Sche Sulken est un auteur français passionné par le théâtre, l’Histoire, la littérature, et les animaux. Il est l’auteur du cycle Fatalis, dont Temps de malheur est le premier volume, publié dans la collection Miroirs du réel de l’Harmattan.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« An de disgrâce mil deux cent quarante-six.

Le nom de Hasbrin, seigneur de Pein, inspire la crainte à ceux qui le prononcent. Reclus et misanthrope, il ne quitte plus le manoir qui l’a vu naître et le verra s’éteindre. Les uns le croient mort, les autres, sénile. Or, désormais trop âgé et sans héritier, il ne reste de lui que la légende laissée dans son sillage. Victime d’une malédiction l’ayant fait vieillir prématurément et sentant sa fin approcher, le comte, frappé de déchéance et d’anathème, décide d’écrire sa vie.
Les âmes de Christof, le parricide, Franciscus, le truand, et Johannes, le déserteur, revivent par sa plume les épreuves de jadis. Des bas-fonds de Lübeck au tribunal d’inquisition, des bandes de larrons au culte des sorcières, ces tristes compagnons connurent la souffrance et la trahison, la sorcellerie et les démons, par le coup du sort funeste qui les liait.
Réprouvé par le Ciel, sombrant dans la folie, le passé resurgit et dévoile des secrets que nul ne devrait savoir. La fatalité d’un prime temps de malheur. »

Mon analyse du roman traitera de l’univers du roman et de sa narration, puis je m’intéresserai aux personnages. J’essaierai du mieux que je peux de ne pas spoiler, parce que certains éléments de l’intrigue méritent vraiment d’être découverts selon moi.

 

L’Analyse

 

Allemagne médiévale, Dark Fantasy, Lovecraft

 

Temps de malheur se déroule en Allemagne, au 13ème siècle. On suit le seigneur Hasbrin, comte de la province de Pein, qui décide de conter son histoire et celle de ses compagnons par écrit, alors que sa mort est de plus en plus proche.  En effet, si Hasbrin n’a que trente ans, il a l’apparence d’un vieillard très affaibli, à cause d’un pacte avec une entité innommable que l’on peut assimiler à la fois à une figure satanique et à une créature lovecraftienne qui a rongé sa force vitale.

Hasbrin écrit pour amener la vérité sur ses actes, qui ont supposément précipité la fin du monde, alors qu’il se trouve complètement isolé et excommunié, parce qu’il s’est opposé au pape et au trône du Saint Empire, pour ensuite s’isoler sur ses terres après avoir acquis une réputation de fou et de maudit.

Le comte Hasbrin écrit donc son histoire pour rétablir la vérité à son sujet, mais également pour avertir le reste de l’Humanité des horreurs qui l’attendent, et qui ont déjà pu la visiter. Le récit du comte est donc enchâssé et rétrospectif, puisque le seigneur Hasbrin va juger les actes de ses compagnons, et commenter leur histoire, avec par exemple de la préfiguration pour donner des indices sur la suite des événements.

L’écriture est capitale pour le personnage d’Hasbrin, puisqu’il cherche à laisser un témoignage à travers elle. Elle constitue également une libération, parce qu’elle lui permet d’expulser toutes les horreurs qu’il a commises et vécues, mais aussi une maladie pour le comte, qui ne se rend plus compte du temps qu’il passe à écrire et se renferme de plus en plus dans la construction de son texte, ce dont le lecteur se rend compte lorsque le personnage interagit avec Ludwig, son jeune intendant, qui tente de prendre de soin de son seigneur malgré sa fascination terrifiée pour Hasbrin.

L’écriture de son histoire, et surtout de celle de ses trois compagnons dans ce premier tome de Fatalis, lui est ainsi à la fois indispensable et source de douleur, mais elle lui est nécessaire pour obtenir une rédemption, qui est l’un des thèmes clés du récit, puisque les personnages dont il raconte les aventures ont tous ou presque un passé torturé, marqué par une faute qu’ils cherchent à expier.

Temps de malheur inscrit donc son personnage narrateur comme un personnage écrivant, à l’instar de Philippe Gardeval dans Sénéchal de Grégory Da Rosa, ou Pierre Cordwain de Kosigan dans Le Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti.

D’ailleurs, de la même manière que Grégory Da Rosa, Cyril Sche Sulken emploie une langue très médiévale (« quiets moi quelque tissu », « point » au lieu de « pas », « mantel », « harnois » …) en utilisant des verbes et des formes grammaticales désuètes, ce qui permet de mieux situer le récit à l’époque à laquelle il est censé se dérouler. Personnellement, j’aime beaucoup cette médiévalisation du langage, mais elle ne conviendra sans doute pas à tout le monde. La langue médiévale sert également à authentifier la voix du comte Hasbrin, qui ne peut écrire que de manière médiévale, puisqu’il est un personnage de cette époque.

Les chapitres du roman font se succéder les vies et parcours des différents compagnons du comte Hasbrin avant qu’ils ne le rencontrent, mais surtout la manière dont leurs chemins se sont croisés puis réunis, à l’image de Christof et Franciscus, deux membres de la pègre qui se sont tous deux trouvés sur les routes pour transporter un artefact occulte et mystérieux pour le compte d’employeurs peu scrupuleux et aux buts obscurs, convoité par une organisation sataniste qui souhaite invoquer un « Dieu en Blanc » à laquelle ils vont se confronter. Ainsi, Christof et Franciscus, bientôt rejoints par Johannes vont être ballotés par le destin sans jamais ou presque avoir le contrôle.

Les « trois compains » vont donc se confronter à des organisations impies en s’épaulant les uns les autres dans l’adversité. Bien que le ton du récit soit assez dur et sombre, les personnages ont une part de roublardise qui les rend attachants, aidée par leurs parcours individuels respectifs, mais également . Le trio est ainsi ballotté par les commanditaires de ses missions, mais aussi par les événements occultes qui semblent secouer le Saint Empire. On a donc un groupe de personnages qui est totalement démuni ou presque face à ce à quoi il se confronte. Les personnages finissent ainsi par devenir des jouets du destin, qui vont de ville pour accomplir des missions dont ils ne connaissent pas la finalité, comme lorsque Franciscus et Christof sont chargés de porter un mystérieux orbe dans la ville de Lübeck sans se douter que l’artefact est convoité par un grand nombre de personnes peu scrupuleuses.

Les trois personnages sont ainsi fréquemment dépassés par les événements, notamment lorsqu’ils se confrontent à l’organisation sataniste ou aux créatures démoniaques qui lui sont liées. Le trio est ainsi ballotté par les commanditaires de ses missions, mais aussi par les événements occultes qui semblent agiter le Saint Empire et qui ont de funestes conséquences au moment où Hasbrin rédige son récit.

Le comte est d’ailleurs aux prises avec un démon qui le possède et avec lequel il a pactisé, et qui est supposément plus ancien que le dieu des catholiques, et qui semble appartenir à une autre réalité, très éloignée de celle des humains.

Ce fameux démon est tout à fait assimilable à une créature lovecraftienne, et l’auteur associe volontiers les figures sataniques aux horreurs cosmiques telles que Nyarlatothep, réunies dans la figure du Dieu Noir, avec qui Hasbrin a pactisé.

Le mélange entre satanisme et l’influence lovecraftienne s’observe aussi dans la présence d’artefacts occultes, qui sèment la terreur dans l’esprit et dans le corps de ceux qui les observent. Les horreurs décrites par l’auteur cumulent donc à la fois l’imaginaire satanique de la Bible, évoqué par les pentacles, les croix inversées, les sabbats, et les noms de Satan, Lucifer, Béhémoth, et l’imaginaire cosmique d’H. P. Lovecraft, avec des créatures grotesques et titanesques parlant une langue incompréhensible, qui provoquent la folie dans le cœur des êtres humains qui entrent malheureusement en contact avec elles.

Cyril Sche Sulken déploie ainsi de nombreuses références explicites au Maître de Providence, qui se mêlent à une imagerie sataniste médiévale, avec le fait que le démon d’Hasbrin lui cite L’Apocalypse de Saint Jean, ou que des créatures grotesque soient invoquées lors de rituels ayant recours à des pentacles tracés au sol par exemple.

L’auteur n’hésite pas non plus à pasticher la célèbre formule de Lovecraft, « n’est pas mort ce qui est à jamais dort » (La Cité sans nom, 1921, et L’Appel de Cthulhu, 1928) en assimilant Lucifer à une créature d’outre-espace, en disant « Lui qui pour toujours dort, mais pour autant n’est point mort ». Le récit convoque également les formules commençant par « Ia ! », qu’il transcrit dans une forme latinisante, « Iae ». Les noms des Grands Anciens sont également latinisés, puisqu’Azatoth devient Azataros et Shub Niggurath devient Subnuguros, par exemple.

Temps de malheur appartient au genre de la Dark Fantasy médiévale, et porte une certaine gouaille, qu’on observe dans le parler des compagnons d’Hasbrin et dans leurs interactions souvent pleines d’argot et de raillerie. L’aspect « Dark » s’illustre quant à lui dans le gore des affrontements et des morts, riches en hémoglobine et autres substances, des rituels et événements vécus par les personnages, et des monstres qui hantent le récit.

Ainsi, l’auteur mêle enquête lovecraftienne, puisque les personnages luttent contre un culte rattaché à des divinités impies qui dépassent tout ce que l’humanité standard peut connaître et doivent faire face à l’horreur, et Dark Fantasy médiévale violente de par le décor, la violence, l’ambiance et le ton du récit, qui n’est pas manichéen, bien au contraire, car les personnages que l’on suit sont loin d’être exempts de tout reproche.

 

Un comte et trois compains dans la tourmente

 

Les trois personnages principaux de Temps de malheur sont Christof, Johannes, et Franciscus. Hasbrin conte leurs histoires individuelles avant de s’intéresser à leur route commune.

Christof est un jeune noble, né physiquement difforme et inapte à une carrière martiale dans une famille de beaux guerriers et d’hommes d’armes. De par son apparence androgyne, son teint pâle et sa faible constitution, Christof contrevient au cliché du preux chevalier, ce qui fait qu’il est rejeté à l’intérieur de sa propre famille, qui a honte de lui parce qu’il privilégie l’intellect au lieu de s’intéresser à la voie martiale. La honte et le ressentiment croissants de sa famille envers lui l’ont ainsi poussé à tuer son père et à fuir pour rejoindre la guilde des voleurs de Lübek, la Ribaltguilde, sous les ordres du mystérieux Dunkel, qui le conduit à effectuer la mission qui lui fait croiser la route de Franciscus, puis de Johannes.

Sans rentrer dans les détails, Christof va découvrir au cours du récit, qu’il possède des pouvoirs magiques, dont il va devoir apprendre à se servir, pour le meilleur comme pour le pire, malgré sa mésestime de lui-même. Il apparaît ainsi comme un personnage qui cherche à trouver sa place dans le monde, malgré toutes les horreurs qu’il vit et a vécues. Christof constitue la part intellectuelle du groupe.

On a ensuite Franciscus, dit Franz, un colosse qui a été un jeune orphelin recueilli par des moines, puis par des bandits, ce qui donne au personnage une certaine ferveur religieuse, ainsi qu’un sens fort de la communauté, bien qu’il paraisse très taciturne de prime abord. Ainsi, Franciscus se lie très vite d’amitié avec Christof, qu’il surnomme « le petiot » et qu’il cherche à protéger. Il constitue ainsi la part guerrière du trio.

Johannes, quant à lui, était un chevalier noble au grand cœur, tant homme d’armes que de lettres, qui a déserté l’armée parce qu’il refusait de commettre des massacres et des pillages, et qui est devenu assez cynique. À la fois guerrier et porté sur l’intellect, il tente tant bien que mal de réfléchir à long terme pour sortir ses compagnons des situations dans lesquelles ils se sont empêtrés.

 

Le mot de la fin

 

Temps de malheur mêle Dark Fantasy médiévale et imaginaire lovecraftien dans l’Allemagne du 13ème siècle.

Cyril Sche Sulken dépeint, à travers la plume du comte Hasbrin, le destin de trois personnages confrontés bien malgré eux à un culte satanique cherchant à invoquer des divinités très anciennes sur Terre, en reprenant à la fois les tropes de l’enquête lovecraftienne et l’aspect violent, gore et tragique de la Dark Fantasy. Le récit est également servi par une langue très médiévale !

Si vous aimez H. P. Lovecraft, l’imagerie satanique, et les univers sombres, je vous recommande ce roman !

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s