Délius, une chanson d’été, de Sabrina Calvo

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Fantasy écrit par une autrice que j’apprécie beaucoup,

 

Délius, une chanson d’été, de Sabrina Calvo

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Introduction

 

Avant de commencer, je tiens à préciser que cette chronique émane d’un service de presse de la part des éditions Mnémos, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Sabrina Calvo est une autrice française de science-fiction, de fantasy et de fantastique née en 1974. Elle est également dessinatrice, scénariste, et travaille dans le domaine du jeu-vidéo, notamment dans le game-design.

Ses œuvres mêlent souvent science-fiction, fantastique et réalisme magique, genre se différencie du fantastique par son aspect plus onirique et moins effrayant ou problématique. Elle a reçu le prix Julia Verlanger en 2002 pour Wonderful, et le prix Bob Morane en 2016 pour Sous la Colline, avant de remporter le Grand Prix de l’imaginaire et le prix Rosny Aîné pour Toxoplasma. Ses trois derniers romans, Elliot du Néant (2012), la Colline (2015) et Toxoplasma (2017), sont disponibles chez La Volte.

Délius, une chanson d’été est le premier roman de Sabrina Calvo. Il a été publié pour la première fois en 1997 dans la collection « Surnaturel » des toutes jeunes éditions Mnémos, dans un contexte où la Fantasy française émergeait à peine.

En effet, à la fin des années 1990, la Fantasy française était loin d’être présente et diffusée, et seuls quelques auteurs dans les années 1980 s’y étaient intéressés, Francis Berthelot avec Khanaor d’un côté, Bruno Lecigne et Sylviane Corgiat de l’autre avec Le Jeu de la trame par exemple. L’un des paris de Mnémos lors de sa création a donc été de miser sur des plumes françaises, avec Fabrice Colin et Arcadia, Mathieu Gaborit et Les Crépusculaires, Laurent Kloetzer avec Mémoire vagabonde et Sabrina Calvo avec Délius, qui font donc partie des premiers romans de Fantasy française à s’assumer en tant que telle.

22 ans après sa parution initiale, Délius, une chanson d’été a été réédité en grand format par Mnémos, avec quelques corrections de l’autrice.

En voici la quatrième de couverture :

« XIXe siècle. Un poète assassin sème la terreur autour du monde, ses victimes sacrifiées aux cours d’horribles rituels floraux. Sur ses traces, Bertrand Lacejambe, un botaniste excentrique et son fidèle Fenby, elficologue amateur. Aux portes de la folie et de la magie, ils vont devoir braver les dangers de Féerie pour dévoiler la terrible menace que fait peser le Diadème sur nos rêves.

Déliusune chanson d’été nous plonge dans une fantasy victorienne étourdissante, dans un univers merveilleux et effroyable, au cœur d’une enquête délirante sur un ton souvent décalé. »

Dans mon analyse du roman, je m’intéresserai d’abord à l’univers du roman, marqué par son appartenance à la Fantasy victorienne, puis je traiterai de la narration et des personnages.

 

L’Analyse

 

Fantasy Victorienne

 

Délius, une chanson d’été se situe dans un 19ème siècle fantasmé proche du nôtre, alors qu’une enquête policière a lieu pour débusquer un tueur sévissant d’abord en Angleterre, avec une référence explicite aux meurtres de Jack l’Éventreur, puis dans le reste du monde, en France et aux États-Unis notamment. On remarque donc que l’autrice mêle Fantasy et roman policier à travers l’utilisation et la mise en scène du merveilleux, et le topos de l’enquête. La mobilisation des ressorts du roman policier s’affirme également par l’intertexte explicite avec Arthur Conan Doyle, l’auteur de Sherlock Holmes, qui apparaît dans le récit, et les personnages de Bertrand Lacejambe et Fenby, qui font figure de détectives lancés sur la piste du tueur.. Celle du merveilleux propre à la Fantasy s’observe dans le fait que Lacejambe a un lien très particulier avec les fleurs qui va bien au-delà de sa profession de botaniste, puisqu’il les entend « chanter », la femme de Conan Doyle, « Touie », voit des fantômes, certains personnages passent de leur monde à celui des fées, ainsi que l’apparition de créatures surnaturelles. Le roman se déroule véritablement à la fin du 19ème siècle proche de celle que l’on a connue, et pas dans un univers steampunk ou de Gaslamp Fantasy puisque Sabrina Calvo ne met pas en scène de science rétrofuturiste ou de cadre uchronique et met en scène des inventions réelles de cette époque, telles que le paquebot, les trains à vapeur, ou encore le télégramme. Ces inventions réelles, ainsi que l’intervention de personnages historiques permettent d’ancrer le récit dans un décor, au sein duquel va se déployer une part de merveilleux.

Cette part de merveilleux est notamment portée par les fées, qui ont été bannies du monde des humains, à cause du côté rationnel de l’Humanité. Sabrina Calvo oppose donc rationnel et surnaturel, en montrant que l’ère du rationnel humain est advenue et a mis à l’ère des fées et de la magie. Cependant, elles conservent une certaine vitalité, et puisqu’elles appartiennent au domaine de l’irrationnel, elles sont capables de voyager à travers les rêves des Hommes, qui peuvent les faire survivre grâce à la part de magie qu’ils contiennent et leur capacité à décrypter les symboles féériques, qui dénotent de la capacité du merveilleux à se cacher dans le monde tangible sous des formes diverses et variées qui peuvent interagir avec leur environnement. Ainsi, Délius traite de la survivance des fées et de ses conséquences sur les Hommes et sur le monde de manière générale.

Le roman de Sabrina Calvo comporte également des références artistiques qui permettent au lecteur de situer le contexte culturel de l’époque à laquelle se déroule le récit, mais aussi les hommages que l’autrice adresse à des artistes et une époque qu’elle apprécie (elle a en effet déclaré lors d’une interview qu’elle apprécie beaucoup le 19ème siècle littéraire). Certaines de ces références sont évidentes, puisqu’elles sont directement convoquées et nommées, à l’instar du compositeur Frédérick Délius qui donne son nom au roman et qui en est l’un des personnages clés, l’écrivain Arthur Conan Doyle qui prend directement part à l’intrigue, notamment de par son rapport avec le spiritisme et sa fascination pour les fées, la poétesse P. D. Finn, ou encore la chanteuse Kate Bush, autrice d’un morceau intitulé « Delius, a summer song ».

D’autres références sont plus subtiles et se situent par exemple dans les intitulés de chapitres.  « Le Vent dans les ormes » s’avère ainsi être un clin d’œil au roman de Fantasy animalière Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame.

La Fantasy mise en scène dans Délius, une chanson d’été porte également la marque surréalist ainsi que l’utilisation de l’humour absurde de son autrice, notamment dans certaines situations, avec les manières de passer dans le monde des fées qui reposent autant sur l’alcool que sur des messages laissés par des mouettes, ou encore les dialogues et interactions entre les personnages, Lacejambe et Fenby en tête, mais aussi la scène où des policiers vont chez Arthur Conan Doyle pour lui demander… les moyens de contacter Sherlock Holmes. Ainsi, dès son premier roman, Sabrina Calvo manie l’humour et la mise en scène surréaliste que l’on retrouve dans beaucoup de ses récits, avec une maîtrise du langage qui joue sur la polysémie de certains verbes et expressions pour les faire sortir du sens qu’on leur attribue habituellement.

 

Narration et personnages

 

L’autrice mobilise du comique et de l’absurde, tout en mêlant à l’intrigue policière, qui se teinte parfois d’une dose d’horreur, puisqu’on suit les crimes d’un tueur en série qui éventre ses victimes pour ensuite les remplir de fleurs. Le « Fleuriste » sévit ainsi en plusieurs endroits du monde et personne ne sait qui il est ni quels sont ses motifs. Devant l’impossibilité de contacter Sherlock Holmes (puisqu’il n’existe… pas), la police se fie à Bertrand Lacejambe.

Bertrand Lacejambe est un botaniste marseillais passionné par les fleurs et les plantes en tous genres, à partir desquelles il fabrique diverses potions aux effets plus ou moins désirables, telles que la « super potion pour super pousses poussives ». Lacejambe s’avère être un personnage fantasque, aux cheveux qui changent de couleur en fonction de ses humeurs, il possède un koala de compagnie appelé Geoffrey Cook, un chien appelé Bubastis et un mainate, François, qui vivent avec lui. Malgré son excentricité, il est considéré comme quelqu’un de brillant, puisque ses potions et son nom sont reconnus. Lacejambe est également un homme d’action, capable d’utiliser ses potions et décoctions à base de plantes pour faciliter ses enquêtes, avec des sortes de sérum de vérité, ou pour se défendre d’agressions avec des mélanges de « ronces, d’épines de rose, d’orties et de champignons vénéneux »

Lacejambe est accompagné de Fenby, un elficologue qui croit en l’existence des fées, qu’il a supposément croisées par le passé. Les deux personnages s’opposent ainsi d’une certaine manière, puisque le botaniste est rationnel et réfute totalement l’existence des fées, tandis que Fenby affirme qu’elles existent et cherchent à prouver leur existence. Cela constitue un paradoxe, puisque Lacejambe est en contact à une forme de surnaturel à travers son étude des fleurs et refuse de l’admettre. On remarque Bertrand Lacejambe apparaît comme une sorte de Sherlock Holmes pour certains personnages qu’il croise, les inspecteurs de police et Fenby (qui lui-même constitue un équivalent à Watson) en tête, ce qui fait qu’il se substitue malgré lui au célèbre enquêteur fictif, alors qu’il déteste la « littérature populaire », ce qui peut sembler être encore un paradoxe, puisque son excentricité et les aventures qu’il vit peuvent être qualifiées de « littérature populaire » (notez que je ne fais aucun jugement valeur ici). Bertrand Lacejambe s’inscrit donc dans une posture qu’il prétend sérieuse et rationnelle, qui va être ébranlée par les événements du récit.

La rationalité de Lacejambe s’intègre parfois dans une ironie dramatique qui fait que le lecteur connaît certaines pistes avant lui, puisque le botaniste se heurte au surnaturel sans le comprendre, ce qui fait qu’il se trouve bloqué, contrairement au lecteur, qui dispose également du point de vue d’autres personnages.

En effet, la narration de Délius nous donne le point de vue de plusieurs personnages, à commencer par ceux de Lacejambe et de Fenby, mais aussi ceux, entre autres, d’Arthur Conan Doyle, sa femme surnommée « Touie », Frédérick Délius, Lady Rachel, une mystérieuse aristocrate, un bois entier (oui oui), ainsi que le tueur lui-même. Cette narration avec une multitude de points de vue pourra vous sembler décousue de prime abord, mais les fils de l’intrigue se resserrent peu à peu et se rejoignent, d’abord aux yeux du lecteur, qui dispose de tous les points de vue, puis à ceux des enquêteurs. Comme dit plus haut, le lecteur dispose également du point de vue du tueur (je ne m’étendrai volontairement pas dessus), ce qui accentue l’effet d’ironie dramatique du roman, puisque le lecteur connaît l’identité du tueur, mais ne sait pas comment sa route va croiser celle de Lacejambe et de Fenby. Je peux en revanche vous dire que le Fleuriste est un personnage profondément tragique et plus nuancé qu’il n’y paraît.

Je terminerai sur le fait que la botanique est très importante dans le récit, puisque Lacejambe est botaniste et qu’il s’oppose à un tueur remplit ses victimes de fleurs, et elle est rattachée à la musique par une « théorie des Miroirs », qui dit que tout objet possède un double qui interagit avec elle. Par conséquent, la musique, mais aussi la poésie vont également avoir une grande importance dans l’intrigue. Ainsi, les avancées dans l’enquête se font notamment grâce aux découvertes de Lacejambe sur la « fleur des cadavres », qui sont à la fois rattachées à la poésie et à la féérie, et ce de manière parfois dangereuse;

 

Le mot de la fin

 

Délius, une chanson d’été fut une très bonne découverte pour moi !

Sabrina Calvo met en scène une enquête policière dans un 19ème siècle teinté par une touche de merveilleux qui fait la part belle aux fées et aux situations surréalistes. L’autrice nous fait suivre le botaniste Bertrand Lacejambe et son fidèle acolyte elficologue Fenby dans leur poursuite du Fleuriste, un tueur qui éventre ses victimes pour ensuite les remplir de fleurs. Elle multiplie les points de vue pour nuancer ses personnages et construire un fil narratif qui se resserre de plus à mesure que le lecteur et les personnages se rapprochent du Fleuriste, avec une langue riche et poétique.

Je ne peux que remercier les éditions Mnémos d’avoir réédité ce roman, qui m’a découvrir le volet Fantasy de l’œuvre d’une autrice que j’apprécie toujours autant lire !

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Ombrebones, Boudicca, Fantasy à la carte

2 commentaires sur “Délius, une chanson d’été, de Sabrina Calvo

  1. Merci pour le lien 🙂 Ravie de lire que tu as apprécié ce roman ! Et je trouve ça chouette que tu le replaces dans son contexte éditorial, je m’étais posée beaucoup de questions là dessus du coup j’avais cherché par moi même pour en apprendre plus !

    Aimé par 1 personne

    1. De rien pour le lien 🙂 !
      En fait j’adore les romans de cette autrice, donc je savais déjà que j’apprécierais 🙂 .
      Et effectivement, ça me semblait important de le replacer dans son contexte, pour que les lecteurs comprennent que la Fantasy française n’a pas toujours été là, et aussi parce que j’aime l’histoire de ce genre 🙂 !

      Aimé par 1 personne

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