Nécropolitains, de Rodolphe Casso

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman qui traite d’un Paris envahi par les zombies.

Nécropolitains, de Rodolphe Casso

 

critic133-2019

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Critic, que je remercie pour l’envoi du roman !

Rodolphe Casso est un auteur qui exerce la profession de journaliste à la radio (RockOne.fr, Radio Néo), et dans la presse écrite (Rock First, Maximal, Rolling Stone, Newlook…). En tant qu’écrivain, il a publié PariZ en 2016 aux éditions Critic.

Ce roman précède Nécropolitains, publié en octobre 2019, également chez Critic et dont je vais vous parler aujourd’hui. Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir lu PariZ pour comprendre Nécropolitains.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Paris, un an après l’apocalypse zombie.Depuis la base souterraine de Taverny, où vit reclus et impuissant ce qui reste de l’armée régulière, le capitaine Franck Masson est envoyé en mission diplomatique au coeur de la capitale pour établir le contact avec plusieurs poches de survivants.Dans une ville lumière en lambeaux, investie par les morts-vivants et les bêtes sauvages, le soldat part en quête des derniers sursauts de l’humanité,de Dieu et de la France. De buttes en îles, de parcs en souterrains, de chemins de fer en canaux, sa traversée lui apprendra par dessus tout que l’homme, même après la fin du monde, demeure un spécimen bien difficile à cerner.

Coulé dans le béton parisien en l’an punk 1977, Rodolphe Casso a débuté dans la presse rock avant d’écrire aussi sur les jeux vidéo, la télévision ou le cinéma. Il a également monté plusieurs projets musicaux en tant qu’auteur-compositeur-interprète et s’est produit sur de nombreuses scènes parisiennes. »

Mon analyse du roman traitera d’abord du personnage de Franck Masson, puis j’évoquerai le Paris post-apocalyptique et l’humanité tragique dépeints par Rodolphe Casso.

 

L’Analyse

Franck Masson dans la tourmente

 

Nécropolitains nous fait suivre Franck Masson, capitaine parachutiste de l’armée française qui se retrouve en mission dans un Paris post apocalyptique, un an après une invasion zombie qui a dévasté la France, et le monde, désormais majoritairement peuplé de morts-vivants. Au départ, Massson se trouve avec des soldats dans une base militaire du Val d’Oise, la seule encore en activité de la région parisienne, et probablement de la France entière. Les hommes qui s’y trouvent ont perdu tout espoir de survie, se morfondent et s’ennuient. Il se voit alors confier une mission par le général Thomann, celle d’établir le contact avec des communautés de survivants établies dans Paris, au sein de la butte Montmartre, aux Buttes Chaumont, et sur l’île de la Cité. Franck Masson doit alors rencontrer ces communautés pour rétablir une forme de communication et leur proposer un soutien mutuel, malgré la méfiance que l’armée peut susciter, ou celle qu’il peut lui-même ressentir envers certains individus.

Ainsi, Masson apparaît comme le seul espoir de sa base, mais aussi comme celui qui peut ramener à la vie une Histoire, au sens de récit fondateur, parce que celle de son monde est détruite par l’invasion zombie, qui a réduit à néant toute la civilisation et ses fondations, ce qui détruit le moral des soldats, et de tous les survivants de manière générale. Le militaire apparaît alors comme le témoin de la survie plus ou moins heureuse de l’Humanité, mais aussi comme celui qui peut raconter la manière dont chaque communauté survit, à travers le journal qu’il est chargé d’écrire par son général. Rodolphe Casso décrit alors la manière dont son personnage documente sa propre histoire et montre le processus créatif du militaire, qui devient témoin et commentateur de son époque par le biais de l’écrit. Le journal de Franck montre également la manière dont les us et les coutumes sociaux, aussi horribles soient-ils (j’y reviendrai plus bas) peuvent cimenter une société. Il témoigne également du fait que l’art, dans la formation et la préservation d’une société, s’avère fondamental.

Franck est donc une sorte de héros malgré lui, non pas parce qu’il peut sauver Paris et les survivants de l’invasion zombie, puisque l’invasion est présentée par l’auteur comme impossible à arrêter, mais parce qu’il représente une forme de lien entre les individus, à travers son carnet et son périple dans Paris. Il possède également une part de tragique, parce qu’il doit faire face à toute la violence de ce Paris post-apocalyptique et affronter les drames humains qui s’y jouent.

Le roman de Rodolphe Casso prend donc le parti de décrire non pas une invasion de zombies, mais les conséquences de celle-ci sur les rares poches de survivants de Paris. On pourrait s’attendre à un récit de survie, dans lequel les personnages luttent contre les morts-vivants et les affrontent dans des scènes horrifiques, mais l’horreur décrite par l’auteur se situe davantage dans les comportements humains que dans les combats contre les zombies. Nécropolitains constitue alors un récit qui montre que même lorsqu’elle se trouve au bord de l’extinction, l’Humanité est capable des pires atrocités.

 

Paris post-apocalyptique et tragique de l’Humanité

 

Structurellement, le roman est divisé en trois parties, une par communauté rencontrée par Franck Masson, qui se rend successivement à Montmartre, puis aux Buttes Chaumont, et enfin sur l’Île de la Cité. À travers les yeux de Franck Masson, l’auteur décrit chacun des groupes de survivants, en montrant leurs modes de fonctionnement, leurs aspirations, et surtout, leurs travers respectifs. L’auteur décrit le paysage de Paris, radicalement transformé par l’invasion zombie, au travers du personnage de Franck et des très bons souvenirs qu’il a de la capitale française, qui contrastent très largement avec les dégâts irrémédiables causés par la présence des morts-vivants.

Ainsi, on découvre la Communauté de de la République de Montmartre, dirigée par un certain J. C., un ancien chauffeur de salle et animateur d’émission télévisuelle. Cette République s’est formée pour lutter contre les zombies. Ses membres survivent en chassant des rongeurs, des pigeons et des chats, mais vivent sous le joug de l’égocentrique J. C., qui mobilise néanmoins un maximum de divertissements plus ou moins affreux impliquant autant des blindtest que des zombies, pour ne pas que les habitants perdent le moral. Cependant, JC possède une part extrêmement sombre (je ne peux pas vous en dire plus), et Franck en fera les frais. La communauté de Montmartre témoigne d’une sorte de nombrilisme et de la manière dont les individus peuvent survivre aux dépends des autres, qui sont humiliés, moqués, forcés à commettre des horreurs, par leur leader.

Franck Masson se rend ensuite dans la communauté des Buttes Chaumont, qui s’organise autour de la transmission des savoirs, la paysannerie et la discipline, avec une interdiction de tuer les animaux de ferme, puisque la nourriture s’obtient majoritairement grâce à l’agriculture. Au sein des Buttes Chaumont, on observe un rejet de la hiérarchie, pour appliquer des principes plus démocratiques, avec un « conseil » constitué de plusieurs personnages qui débattent et votent des décisions. On y trouve Camel, avec qui Franck va siphonner des réservoirs d’essence dans un Paris désert pour alimenter les réserves d’électricité de la communauté, un ancien pilote de ligne qui réalise des prédictions météorologiques en se fiant à ses observations du ciel, un ingénieur en agroécologie qui a organisé les cultures dans le parc, et Stan, un hacker qui manie des drones et des fréquences sonores pour créer un bouclier sonore anti zombies à base de remix des Daft Punk (oui oui), ainsi un armurier qui fabrique des trébuchets à excréments, mais aussi et surtout Marianne, une femme enceinte, qui va se lier au militaire. Le parc est toutefois assailli par des enfants sauvages, contre lesquels la communauté doit lutter pour assurer sa survie. On peut également noter que les habitants de cette communauté qui cherchent à préserver la musique en apprenant des chansons par cœur afin de devenir de véritables juke-box humains. Le système des Buttes-Chaumont apparaît ainsi comme la plus utopique des trois communautés rencontrées par Franck Masson, de par son système d’autogestion, sa bienveillance, et son égalitarisme. Ce système incarne donc l’espoir d’une civilisation et d’une société face à sa propre destruction.

La dernière des micro-sociétés dépeintes par Rodolphe Casso se trouve sur l’île de la Cité. Elle est dirigée par d’anciens citoyens laïcs ou issus de diverses religions devenus moines-soldats catholiques plus ou moins intégristes, qui veulent convertir les rares survivants de Paris, menés par l’archevêque de Paris. Ce dernier cherche d’ailleurs à relancer les croisades pour détruire les zombies, en allant même jusqu’à faire sanctifier les armes à feu dont il dispose et recopier la Bible sur tous les supports possibles. L’imposition de la foi catholique sur la communauté, ainsi que le comportement du préfet de police et de l’archevêque illustrent les dérives théocratiques entraînées par l’Apocalypse, ici interprétée au sens biblique par les croyants, qui cherchent dès lors à montrer leur foi d’une manière qui rappelle cruellement les pires atrocités commises par l’Inquisition.

Franck Masson doit donc davantage faire face aux horreurs perpétrées par les survivants humains qu’aux morts-vivants dans le récit, ce qui montre que le roman de Rodolphe Casso s’intéresse davantage à la survie de la civilisation qu’à sa confrontation avec ce qui a causé sa chute. Le récit est également bourré d’humour plus ou moins noir, qu’on observe dans les répliques de Masson et dans ses interactions avec les autres personnages.

 

Le mot de la fin

 

Nécropolitains est un roman dans lequel Rodolphe Casso décrit les conséquences d’une invasion zombie dans un Paris complètement dévasté. L’auteur nous fait suivre le militaire Franck Masson, chargé par son général de rencontrer et d’établir une communication avec les différentes poches de survivants de la capitale. À travers les yeux du soldat, le lecteur découvre que ces communautés, vivant respectivement à Montmartre, aux Buttes-Chaumont et sur l’île de la Cité, sont représentatives à la fois du meilleur et du pire de notre civilisation.

Le roman, à travers le motif de l’invasion zombie qui force l’émergence de communautés autonomes interroge ainsi la manière dont la société peut perdurer en période de crise intense et prolongée. Rodolphe Casso montre également la portée fondatrice que les récits et les arts peuvent avoir au sein d’une société, à travers le journal tenu par son personnage et les nombreuses scènes de chants et de concerts.

Nécropolitains fut une bonne découverte, et je vous recommande sa lecture !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Just A Word, Dup, Laird Fumble, Dionysos

6 commentaires sur “Nécropolitains, de Rodolphe Casso

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