L’Examen, de Richard Matheson

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle qui traite du statut des personnes âgées.

 

L’Examen, de Richard Matheson

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions du Passager Clandestin, que je remercie pour l’envoi de cette nouvelle !

Richard Matheson est un écrivain américain né en 1926 et mort en 2013. Ses récits s’inscrivent majoritairement dans les genres de la science-fiction et de l’horreur. Certains de ses romans ont été adaptés au cinéma, notamment Je suis une légende, paru en 1954, qui a donné plusieurs films, en 1964 par Ubaldo Ragona et Sidney Salkow, puis 1971 par Boris Sagal, et enfin 2007 par Francis Lawrence.

Il est l’auteur de plus d’une centaine de nouvelles qui s’inscrivent surtout dans le fantastique, avec des incursions en science-fiction.

La nouvelle dont je vais vous parler aujourd’hui, L’Examen, a été originellement publiée en 1954 dans The Magazine of Fantasy and Science-Fiction, puis traduite en français en 1957 dans la revue Fiction par Roger Durand. Cette traduction a été révisée par Jacques Chambon pour la collection « Dyschroniques » des éditions du Passager Clandestin, qui a republié cette nouvelle en Novembre 2019.

La collection Dyschroniques se spécialise d’ailleurs dans la republication de récits courts qui interrogent l’avenir politique et sociétal et s’inscrivent encore aujourd’hui dans l’actualité.

Voici la quatrième de couverture de cette nouvelle :

« Que diriez-vous si votre père, comme toutes les personnes de plus de 60 ans, devait passer régulièrement un test qui détermine si sa vie offre encore quelque intérêt pour la communauté ? En 2003, dans une société régie par la productivité, les personnes âgées ne peuvent être un « poids » pour les actifs. Aussi, passé un certain âge, chacun est contraint par la loi de passer un examen pour évaluer ses aptitudes intellectuelles et physiques et dont le résultat déterminera la suite de son existence… À l’heure où nos sociétés occidentales contemporaines sont confrontées au vieillissement de la population et à la « gestion » des personnes non autonomes, il est urgent de relire Richard Matheson et sa vision des dérives d’une société gouvernée par l’utilitarisme économique qui peine de plus en plus à cohabiter avec ses aînés. »

Mon analyse du récit traitera de la souffrance engendrée par l’examen chez les personnages du récit.

 

L’Analyse

 

Dystopie utilitariste

 

L’Examen nous fait suivre la famille de Tom, une personne âgée de 80 ans, qui doit passer « l’examen », pour la troisième fois et qui vit avec la famille que forment son fils, Les, sa belle-fille Terry et leurs enfants. Richard Matheson insiste sur l’âge du personnage, en décrivant son corps usé, et la manière dont son esprit et ses sens fonctionnent, c’est-à-dire au ralenti, avec beaucoup de lacunes. L’affaiblissement de Tom s’observe aussi dans les perceptions de Les, qui constate le déclin intellectuel et physique de son père lorsqu’il échange avec lui ou quand il le voit se déplacer et interagir avec son environnement. Les relève ainsi les erreurs de son père, qui entend mal, fait tomber des objets, et les reçoit comme preuves cruelles de l’affaiblissement dû à l’âge de son père. La nouvelle traite de la vieillesse, mais sous un angle dystopique.

En effet, « l’examen » qui donne son titre au récit de Richard Matheson s’avère être un test des aptitudes physiques et mentale des personnes âgées et qui les condamne à mort par injection létale si elles échouent. L’auteur décrit donc une sélection arbitraire et discriminante dans la population qui s’opère par l’évaluation des capacités d’une catégorie sociale. Cela ancre le récit dans une ambiance dystopique, parce qu’une partie de la population est discriminée pour résoudre les problèmes de surpopulation. La mort des personnages âgées qui apparaît de façon froide et dépossédée de son aspect violent et discriminatoire, au travers de la manière dont elle s’opère, mais aussi dans la manière dont elle est justifiée par la loi et rendue naturelle pour la population. L’examen n’en est cependant pas moins cruel, dans la manière dont il épie les personnes âgées et les problèmes dont elles peuvent souffrir, ce qui confère une grande violence à la manière dont il s’opère et altère la perception des personnes âgées.

Cette altération de la façon dont les personnes âgées sont perçues s’observe chez Les, qui souhaite que son père meure pour ne plus l’avoir à sa charge parce qu’il le considère comme un poids. Il est cependant tiraillé entre la réalité de l’état son père, qui ne peut pas réussir l’examen et qui par conséquent est considéré comme un poids pour la société et pour sa famille, le respect qu’il éprouve pour lui, et la manière dont son pays peut traiter les personnes âgées comme des objets dont il est possible de se débarrasser une fois qu’elles sont devenues inutiles. La nouvelle interroge alors les rapports de l’état aux personnes âgées, à travers les descriptions de l’examen, mais aussi les rapports des enfants à leurs parents, qui ne meurent plus de manière naturelle, mais sont tués par un pouvoir étatique, dans un 21ème siècle au sein duquel l’utilitarisme domine.

 

Le mot de la fin

 

L’Examen est une nouvelle de Richard Matheson originellement publiée en 1954, mais dont l’actualité résonne encore aujourd’hui.

L’auteur aborde ainsi la manière dont une société peut chercher à se débarrasser des personnes âgées, jugées « aptes » ou « inaptes » à vivre grâce à une batterie de tests physiques et intellectuels, et examine l’impact de cet « examen » sur la vie des familles.

Vous pouvez également consulter les chroniques de FeydRautha, Dionysos, Gromovar

9 commentaires sur “L’Examen, de Richard Matheson

  1. Ça n’a rien à voir mais cela m’a fait penser au Jubilé du Pharaon dans l’ancienne Égypte. Il s’agissait d’une course rituelle autour d’un temple si mes souvenirs sont bons, afin de prouver qu’il avait encore les capacités physiques de régner. Ce jubilé avait lieu après 20 ou 30 ans de régne, je crois puis à intervalle plus courte. Sinon, j’ai bien envie de lire ce texte.

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