Le Royaume de Dieu, de Damon Knight

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je poursuis mon exploration de la collection Dyschroniques avec

Le Royaume de Dieu de Damon Knight

passagerclandestin003-2014

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions du Passager Clandestin, que je remercie pour l’envoi de cette novella !

Damon Knight est un écrivain et critique américain de science-fiction né en 1920 et mort en 2002. Il a fait partie du groupe de Futurians, une communauté de fans, d’éditeurs et d’auteurs de science-fiction qui comptait notamment Isaac Asimov, James Blish (Semailles humaines) ou encore Frederik Pohl (Planète à gogos, coécrit avec Cyril M. Kornbluth), et a été le premier président de l’organisation Science Fiction and Fantasy Writers of America, qu’il a fondée. Il est également le créateur du prix Nebula, considéré comme l’un des prix les plus prestigieux du monde de l’imaginaire anglophone, avec le Locus et le Hugo.

Il a donc eu une grande influence sur la communauté des littératures de l’imaginaire anglophone.

Le Royaume de Dieu est une novella parue à l’origine dans la revue Science Fiction Adventures en 1954. Elle a été traduite en 1980 par Nathalie Duon pour l’anthologie La 3ème guerre mondiale n’aura pas lieu de la collection du Livre d’or de la science-fiction. Les éditions du Passager Clandestin ont repris cette traduction pour la collection Dyschroniques, spécialisée dans la republication de récits courts qui interrogent l’avenir politique et sociétal et s’inscrivent encore aujourd’hui dans l’actualité malgré leur ancienneté.

Voici la quatrième de couverture de la novella :

« « À Kansas City, un jeune homme armé d’un 22 long rifle tua un de ses camarades de classe d’un coup de feu tiré en pleine poitrine, et tomba aussitôt, mort. Arrêt du cœur. […] À Saint Louis, un policier abattit un braqueur de banque et s’effondra aussitôt. Le voleur mourut ; l’état du policier fut déclaré critique ». Du simple fait divers à l’épidémie mondiale d’auto-extermination, il n’y a qu’un pas que le journaliste M. Dahl va franchir en compagnie d’Aza-Kra, indescriptible créature extraterrestre venue sur Terre pour nous guider sur le chemin de l’empathie. Mais à quel prix !

     Cette cruelle utopie apocalyptique signée Damon Knight, mêlant récit de fin du monde, conte initiatique et rencontre du troisième type est certes un écho des tensions de la « Guerre froide », mais elle est surtout une subtile réflexion sur les ressorts de la violence et de la peur, et sur la résistance qu’elles offrent au sursaut des consciences dont notre monde a pourtant plus que jamais besoin. »

Mon analyse du récit s’intéressera à la manière dont l’auteur interroge les actes de violence et l’empathie dans notre société.

 

L’Analyse

 

Aza-Kra, sauveur de l’humanité ?

 

Le Royaume de Dieu est narré à la première personne et au passé par un journaliste américain, Robert James Dahl, qui a publié une enquête qui révèle que le gouvernement américain prépare supposément quelque chose d’ultra secret dans la base militaire de Chillicothe.

La novella traite du déroulement du séjour de Dahl dans ladite base militaire, des découvertes qu’il y fait mais qu’il ne peut pas révéler sous peine de mort, puis de son voyage à travers le monde en compagnie d’Aza-Kra.

À travers le choix d’un personnage de journaliste qui tente d’établir une vérité cachée par un gouvernement en pleine Guerre Froide (les guerres d’Indochine et du Vietnam sont explicitement mentionnées), Damon Knight traite de la manière dont l’information peut être filtrée ou rendu erronée par des biais, puisque les changements sociaux induits par le voyage de Dahl et de l’alien Aza-Kra sont perçus selon le prisme religieux, avec une recrudescence de la foi dans le retour du Christ, ou paranoïaque, puisque le gouvernement américain et le personnage principal du récit sont persuadés que l’alien prépare une invasion de la Terre.

En effet, sur le site de Chillicothe, Dahl fait la rencontre d’un extraterrestre, Aza-Kra, venu d’une étoile de la constellation du Verseau pour littéralement apporter la paix à l’Humanité afin de l’intégrer à une communauté d’espèces ayant développé le voyage spatial. Néanmoins, le gouvernement américain, méfiant, le garde prisonnier pour connaître ses supposées véritables intentions et capacités, ce qui apparaît de manière ironique puisque la paix est véritablement le but d’Aza-Kra.

Dahl, malgré sa méfiance envers l’alien, cherche alors à faire éclater la vérité sur Chillicothe et Aza-Kra, et voyage alors avec lui à travers le monde pour échapper à des poursuivants qui veulent les tuer. La présence d’Aza-Kra modifie considérablement la société humaine et les comportements.

Aza-Kra apparaît alors comme une sorte d’être supérieur, capable de mieux se déplacer de voir que les humains grâce à ses trois bras, jambes et yeux capables de fonctionner par paires ou de manière complètement autonome, mais surtout, de forcer l’empathie des êtres humains envers leurs semblables et leur environnement, afin de leur apporter la paix.

La novella de Damon Knight mobilise alors le trope du premier contact pour interroger notre rapport à la violence, et la manière dont une société peut la justifier et la rendre nécessaire pour préserver un système et des rapports de domination, ou maintenir la cohésion d’une structure gouvernementale.

Aza-Kra constitue ainsi une source de crainte pour Dahl, mais également une source d’espoir, parce qu’il fait cesser la guerre du Vietnam et les conflits religieux grâce à ses capacités. Aza-Kra apparaît aussi comme une énigme. Serait-il un menteur qui prépare une invasion grâce à ses pouvoirs qui empêchent les Hommes d’adopter des comportements violents ? Un messie venu instaurer une ère de paix ?

Les pouvoirs d’Aza-Kra peuvent en effet être perçus comme divins. En effet le narrateur décrit au lecteur des situations où ceux qui commettent des actes de violence les subissent aussi, avec divers exemples, tels qu’une mère qui subit des brûlures en tentant de brûler sa vie, un homme qui tue quelqu’un par balles meurt sur le coup également, des employés d’abattoirs qui tombent malades, mais aussi des crises d’empathie qui font que les directeurs de prison démissionnent. Aza-Kra fait ainsi peser sur les individus coupables de violences le poids de leur culpabilité en appliquant de manière littérale une sorte de Loi du Talion sur eux.  Ce retournement de la violence vers celui qui l’adopte peut apparaître comme un mal nécessaire à l’éradication de la violence dans la société, malgré le fait qu’il engendre des morts et des blessés, avec des actes de pillage par exemple. Le Royaume de Dieu pose alors une question assez brutale : est-il possible pour une société de vivre sans jamais tuer ?

Le récit s’inscrit également dans le contexte de la Guerre Froide et de la peur de l’escalade de la violence de tous les instants qu’elle constituait lorsqu’elle battait son plein.

 

Le mot de la fin

 

Le Royaume de Dieu interroge, à travers le trope d’un premier contact entre l’Humanité et une espèce extraterrestre, la nécessité de la violence et la notion d’empathie dans notre société.

Damon Knight dépeint ainsi le voyage d’un alien, Aza-Kra, capable de forcer l’empathie des individus en leur faisant subir les actes de violences qu’ils commettent, pour apporter la paix aux humains, malgré leur méfiance de tous les instants.

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