Cosmos incarné, de Jean-Michel Ré

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du dernier volume de la trilogie de La Fleur de Dieu.

 

Cosmos incarné, de Jean-Michel Ré

albin44238-2020

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Albin Michel Imaginaire, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman ! Ensuite, je tiens à rappeler qu’il s’agit de la chronique d’un tome 3. Vous risquez donc de vous faire spoiler les volumes précédents ou d’être perdus si vous ne les avez pas lus. Je vous conseille donc de lire mes chroniques du premier et du deuxième tomes de la trilogie.

Jean-Michel est un auteur français né en 1973. En parallèle de sa carrière d’écrivain, il enseigne le français comme langue étrangère et travaille sur un projet de jardin pédagogique centré sur la production de plantes médicinales et aromatiques.

Cosmos Incarné clôt la trilogie de La Fleur de Dieu, dont la publication a été entamée en 2019, aux éditions Albin Michel Imaginaire.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Dix jours après l’ouverture des portes du ciel, le Cosmos s’incarne aux quatre coins de l’univers.

A l’échelle des hommes, le seigneur de Latroce continue son œuvre de fureur et de chaos, animé par une colère inépuisable. Maître Kobayashi, quant à lui, arpente la voie de l’Enfant, essayant de trouver le véritable sens à son enseignement : « Semez le Chaos dans l’Harmonie, comme le projectile sème le trouble dans l’eau immobile. Répandez de l’Ordre dans le Désordre quand le Faux gagne sur le Juste. Propagez la subversion créative quand la Loi devient indigne. Cultivez le Beau et le Bon. »

A la lumière de la Fleur de Dieu, un spectaculaire dénouement se profile. »

Mon analyse du roman examinera la narration et les personnages du roman, mais aussi les thématiques politiques qu’il traite.

 

L’Analyse

 

Narration et personnages

 

Comme pour les précédents volumes de La Fleur de Dieu, Cosmos Incarné opère sa narration par des points de vue multiples. On suit donc maître Kobayashi, laissé seul par l’Enfant qui lui a enseigné la Voie, qu’il continue d’arpenter pour transcender l’Humanité, les membres de Fawdha Anarchia qui sont confrontés aux conséquences de leurs actions et se viennent mutuellement en aide pour sortir vivants des troubles qui achèvent la destruction de l’Empire, et enfin le Seigneur de Latroce, qui poursuit son œuvre de destruction méthodique des pouvoirs de l’Ordo et de Chayin X. Cette narration nous permet de disposer de la totalité des points de vue de chacune des factions et d’avoir une vision d’ensemble du conflit qui secoue l’Empire et met fin à un système de gouvernance autoritaire et aliénant.

Jean-Michel Ré opère cependant un basculement dans sa narration, puisque le roman présente parfois le point de vue de certains personnages à la première personne. L’auteur retranscrit de cette manière le point de vue de Kobayashi par exemple, d’Anatowan de Fawdha Anarchia, de L’Enfant ou du Seigneur de Latroce. Cette utilisation de la première personne peut être rattachée à l’isolement des personnages, qu’il soit littéral, spirituel ou politique. L’utilisation de la première personne permet ainsi à l’auteur de retranscrire les points de vue de personnages extrêmement singuliers, entièrement voués à leurs causes respectives, mais aussi de montrer de manière directe la manière dont ils perçoivent le monde. Je ne peux pas vous en dire plus, mais à ce titre, les points de vue du Seigneur de Latroce et celui de l’Enfant sont particulièrement intéressants, parce qu’ils témoignent du rapport extrêmement particulier qu’ils entretiennent avec le monde et la notion de pouvoir.

Ce dernier volume de La Fleur de Dieu présente encore une dimension messianique de l’Enfant, déjà présente dans les volumes précédents. Elle est toutefois accentuée dans Cosmos Incarné puisqu’il apparaît comme le rédempteur de certains personnages en leur montrant leurs crimes, leurs vertus, et la manière dont ils peuvent les dépasser pour vivre de manière saine avec le milieu qu’ils occupent. Il se pose également comme le fondateur de la civilisation des « Perles Isolées », un ensemble de civilisations planétaires (et non pas interplanétaires comme l’a été l’Empire) qui se trouvent dans des régions isolées de la galaxie, ce qui leur permet de se construire de manière autonome, en suivant la Voie, qui les invite à vivre en harmonie avec leur milieu naturel, en l’altérant le moins possible. La nature non-humaine de l’Enfant s’avère toutefois extrêmement claire, ce qui le rapproche du divin, puisqu’il dispose du don de l’omniprésence et de l’ubiquité, mais aussi de l’aberration physique et cosmique, puisqu’il semble être une sorte de trou noir conscient, qui incarnerait donc une forme de Chaos cosmique (qui a dit Nyarlatothep bienveillant ?).

Maître Kobayashi apparaît quant à lui comme un Elu, appelé par l’Enfant à devenir l’Arpenteur de l’Infini après avoir été mis en contact avec des algues conscientes capables d’augmenter de manière considérablement ses fonctions mentales et physiques, puis avec la Fleur de Dieu. Kobayashi, à travers son apprentissage de la Voie et sa fusion avec des formes de vie conscientes, transcende son humanité pour devenir une figure spirituelle. Kobayashi devient ainsi une sorte de posthumain mystique. L’auteur interroge également, à travers l’expérience de son personnage, la présence de vie extraterrestre dans l’univers, en montrant que cette vie peut être végétale plutôt qu’humanoïde, avec l’exemple des algues et de la Fleur de Dieu. Cette vie extraterrestre végétale met également en évidence notre anthropocentrisme, puisque nous avons tendance à imaginer des formes de vie conscientes proches de l’Humanité, plutôt que des formes totalement différentes de nous. Cette confrontation entre l’Humanité et une espèce extraterrestre non-humanoïde être rapprochée du roman de Hard SF Vision Aveugle de Peter Watts, dans lequel l’auteur provoque la rencontre entre un équipage de personnages posthumains et une espèce alien intelligente, mais pas consciente.

Latroce est également un plus qu’humain, dont la technologie lui permet d’égaler l’Enfant et Kobayashi tant en puissance de combat qu’en termes de présence, puisque si l’Enfant peut être omniprésent grâce à sa capacité à se jouer de l’espace-temps, le Seigneur de guerre emploie des clones. L’antagonisme parfois violent entre Latroce, Kobayashi et l’Enfant donne lieu à des scènes de combats qui témoignent de la surhumanité de chacun d’entre eux, puisqu’ils se déplacent à des vitesses vertigineuses et se donnent des coups extrêmement puissants. Ces affrontements survoltés et surhumains peuvent évoquer des mangas comme Dragon Ball d’Akira Toriyama. L

 

Thématiques

 

L’Empire, mais aussi l’Ordo, ont disparu, sous les coups du Seigneur de Latroce et des manœuvres de Fawdha Anarchia. Cette disparition de l’autorité politique dominante et de son clergé permet à Jean-Michel Ré de confronter les trois tenants d’un système politique alternatif et non autoritaires de son univers, à savoir l’Enfant et Maître Kobayashi, partisans d’une vie en harmonie avec la nature grâce à la Voie, porteuse de règles de vie et de spiritualité, Fawdha Anarchia, qui mène une révolution contre l’Empire et l’aliénation qu’il engendre, et le Seigneur de Latroce, qui cherche à détruire tout pouvoir politique de manière violente, de manière à dissuader des dictateurs de prendre le pouvoir. L’un des enjeux du récit est alors de traiter de la manière dont un pouvoir politique non-dictatorial peut se constituer, par une violence pure qui met à bas la totalité des tenants de l’autorité, par un sabotage, ou par la construction d’un autre modèle social, plus isolé et basé sur l’autogestion. Une dimension écologique et en faveur d’une politique décentralisée apparaît alors clairement dans le roman.

Ces trois pôles et leurs différentes manières d’agir interrogent alors la façon dont on peut envisager une civilisation galactique décentralisée, à travers l’opération de différents décentrements. Latroce cherche ainsi à décentrer le pouvoir politique en éliminant brutalement toute forme d’autorité, ce qui livre littéralement à eux-mêmes les anciens citoyens de l’Empire, Fawdha Anarchia sabote les technologies de communication pour que la population n’ait plus à subir la propagande de ceux qui la dirigent, tandis que l’Enfant et Maître Kobayashi créent une civilisation, celle des « Les Perles Isolées »,  qui sont fonctionnent de manière autonome, sans être soumises à une autorité interplanétaire.

Jean-Michel Ré, à travers les différentes manières d’opérer un décentrement, questionne et remet en question les méthodes d’action nécessitant la violence physique, en condamnant les crimes du Seigneur de Latroce, qui sont dépeints comme absurdes et vains, parce que la destruction pure d’un système dictatorial n’empêche pas le retour d’un pouvoir autoritaire. A l’opposé, les actions de l’Enfant et de Maître Kobayashi sont placées sous le signe de la spiritualité et de l’harmonie entre les individus et l’environnement, à travers la Voie, qui permettent aux différentes communautés créées par l’Enfant de vivre sans détruire leur environnement.

 

Le mot de la fin

 

Cosmos incarné clôt la trilogie de La Fleur de Dieu en décrivant différents modèles de gouvernance alternative après la fin de l’Empire, à travers la confrontation entre le Seigneur de Latroce, Fawdha Anarchia, et l’Enfant et Maître Kobayashi, tous tenants d’idéologies et de projets politiques différents.

Jean-Michel Ré traite ainsi de la décentralisation de la gouvernance, en opposant le modèle d’un Empire galactique qui s’effondre, à la civilisation des « Perles Isolées », créé par l’Enfant, qui regroupe des mondes autogérés et externes à une gouvernance hégémonique et galactique.

L’auteur met également en évidence la surhumanité de certains de ses personnages, qu’elle relève de la technologie pour Latroce, de la post-humanité pour Maître Kobayashi, ou d’une supposée divinité pour l’Enfant.

Je vous recommande la lecture de ce roman et de la trilogie de La Fleur de Dieu, parce qu’elle met au premier plan la spiritualité la gouvernance alternative dans un univers extrêmement technologique et autoritaire !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Yogo, Célindanaé, Acaniel, Le Chien critique

4 commentaires sur “Cosmos incarné, de Jean-Michel Ré

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