Tamanoir, de Jean-Luc A. d’Asciano

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman qui mêle intrigue policière et surnaturel pulp.

 

Tamanoir, de Jean-Luc A. d’Asciano

auxforges079-2020

 

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Aux Forges de Vulcain, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Jean-Luc A. d’Asciano est un auteur français. Il est titulaire d’un doctorat en littérature française, et a écrit des articles sur le roman noir, l’art et le cinéma. Son premier roman, Souviens-toi des monstres, est paru en 2019 aux Forges de Vulcain, qui accueillent également Tamanoir, son deuxième roman, publié en Mars 2020.

En voici la quatrième de couverture :

« Dans le cimetière du Père Lachaise, au petit matin, trois meurtres. Non : deux. Car une des victimes se relève, prend son chat sous le bras et s’enfuit. Quand il apprend ces meurtres dans le journal, Nathanaël Tamanoir, un privé anarchiste et volontiers querelleur, se dit qu’il faut qu’il fouine. Il va fouiner, mais à sa manière. En créant le maximum de chaos possible. »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont la narration établie par l’auteur s’avère volontiers moqueuse et farcesque, mais également de son aspect pulp.

 

L’Analyse

 

Enquête farcesque et pulp

 

Le ton du roman est assez farcesque, c’est-à-dire qu’il mobilise le grotesque et l’absurde, avec des personnages et des situations délirantes, telles que l’échec de l’infiltration d’un bar à cause d’une envie pressante (oui oui), ou la métamorphose d’un chat en créature démoniaque (re oui oui), par exemple.  L’aspect farcesque du roman s’observe également dans le fait que l’auteur mobilise un lexique familier, et des tournures assez moqueuses dans sa voix narrative, qui se trouve décalée et comporte des jeux de mots. Ce ton farcesque, bourré de comique graveleux, potache ou plus subtil, donne un éclaircissement sur le sous-titre du roman, à savoir « Farce policière », qui permet de saisir que le roman de Jean-Luc A d’Asciano s’ancre dans une veine loufoque de l’enquête policière, dont il détourne les codes et certains stéréotypes. Le Tamanoir est donc loin d’être un privé classique, et ses adversaires s’avèrent être des mafieux assez exubérants et amateurs de clichés cinématographiques.

Tamanoir est donc un récit d’enquête menée par un privé. Nathanël, dit le Tamanoir, détective privé anarchiste, se charge de résoudre un double meurtre ayant eu lieu au Père Lachaise dans des circonstances douteuses. Ce double meurtre est lié à une sombre histoire de détournements de fonds et de pensions de la part d’une association caritative, les Anges du sous-sol, qui est liée aux machinations d’une mafia, mais aussi à Ishmaël, mystérieux SDF vivant au Père Lachaise et ayant survécu à son propre meurtre (oui oui). Le Tamanoir doit alors enquêter pour découvrir les coupables du meurtre, clarifier les machinations des criminels derrière les Anges du Sous-Sol, mais également la manière dont le surnaturel s’imbrique dans cette affaire, notamment avec Ishmaël, qui semble bien plus vieux qu’il n’en a l’air. Le Tamanoir apparaît alors comme un détective de l’étrange, confronté au surnaturel de manière inattendue alors qu’il est loin d’appartenir au standard de l’humanité.

Jean-Luc A. d’Asciano donne un ton moqueur au narrateur de son roman. Ce ton s’observe dans les commentaires qu’il dresse des situations, mais aussi dans l’œil aiguisé et railleur du Tamanoir. Cela permet à l’auteur de dresser un portrait plus ou moins satirique des habitants de Paris et ses environs, quelle que soit leur classe sociale, sans blâme, mais sans concession, en reproduisant le parler et les préoccupations de la galerie de personnages plus ou moins barrés rencontrés par le détective. On trouve donc beaucoup d’idiolectes, de sociolectes et d’argots différents dans Tamanoir, celui des cafés populaires parisiens, celui des employés, des aristocrates et bourgeois, le français écorché par les mafieux qui malmènent des locutions figées au point de dire « droit caniveau » au lieu de « droit chemin », ou « faire gazouiller » au lieu « faire chanter ». Cette multitude de parlers confère au roman une oralité marquée, notamment dans les dialogues, qui lui donnent un côté comique au roman. Ce comique, tout comme les fusillades et les divers combats plus ou moins surnaturels auxquels le Tamanoir prend part, donnent au roman un aspect très pulp, que personnellement j’apprécie beaucoup.

Le Tamanoir est un personnage très singulier. C’est un détective privé vivant à la fois de manière décente, grâce à un compte bancaire suisse qui s’alimente automatiquement, mais marginale, à la fois parce qu’il est anarchiste, mais aussi parce qu’il n’occupe pas de place précise, spatialement, ce qu’on observe dans le fait qu’il n’a pas de véritable domicile et dort à l’hôtel, comme socialement. Son anarchisme le pousse à vouloir semer le chaos dans toutes les affaires qu’il mène pour qu’elles se résolvent d’elles-mêmes, ce qui est une méthode pour le moins particulière. On observe qu’il a des fréquentations douteuses, notamment un cambrioleur obsédé sexuel (oui oui), mais aussi Malscazoni, un vieil italien qui vend des armes et l’épaule dans ses affaires. Nathanaël apparaît donc comme un personnage singulier, qui évolue aux marges de la légalité lors de ses enquêtes, puisqu’on observe qu’il entre par effraction chez des personnes qu’il veut interroger, il s’invente des fausses identités, et il n’hésite pas non plus à tuer. Il est donc moralement ambigu, parce qu’il cherche avant tout à résoudre ses enquêtes, sans se soucier des dommages collatéraux.

L’auteur mobilise des références cinématographiques, qui vont des films de Coppola (Le Parrain en tête) à 007 en passant par Disney. Ces références au 7ème art servent souvent à rendre hommage aux films de gangsters en les détournant un peu au passage, à travers les personnages mafieux, dont l’attitude comiquement théâtrale contraste avec les crimes qu’ils perpètrent. Jean-Luc A. d’Asciano cite également l’épisode historique de la révolte des Cabochiens, sorte de Commune de Paris en 1413, qui permet de mieux situer le personnage d’Ishmaël et ses pouvoirs surnaturels. Tamanoir fait aussi un clin d’œil à un certain H. P. L., notamment lorsqu’il évoque des démons et des créatures surnaturelles grotesques, dont l’aspect est « cthulhuesque », mais aussi des incantations évoquant « Yog-Sothoth » et « Azatoth ».

Le personnage Ishmael amène le surnaturel. En effet, c’est un SDF qui semble immortel et venir d’un autre temps, puisqu’il semble avoir connu un grand nombre de guerres, de l’antiquité aux Guerres Mondiales, en passant par le 15ème siècle. Le surnaturel est également présent dans l’évocation de diverses divinités, mais aussi dans le surréalisme et le grotesque des images convoquées par l’auteur, sur fond de rêves et d’hallucinations, qui rapprochent le roman et les images qu’il convoque de la Weird Fiction, notamment lors des passages où le Tamanoir est forcé d’ingurgiter des substances psychotropes, par exemple.

Le roman de Jean-Luc A d’Asciano n’est pas non plus avare en thématiques sérieuses. En effet, à travers Ishmael et l’enquête du Tamanoir, traite de la façon dont les révoltes naissent, et surtout des raisons qui les façonnent, en les liant à ce qui sépare les individus, notamment dans la notion de propriété, dans la manière dans la non-accession à celle-ci peut marginaliser à l’extrême des couches sociales, dont le sort finit par de moins en moins importer. L’auteur traite ainsi du sort des SDF et de la vision que notre société a d’eux pour témoigner de l’aliénation qu’ils subissent. Ce traitement des couches marginalisées de la société, couplé à l’aspect pulp du roman, peut rapprocher Tamanoir de Hante Voltige de Nelly Chadour, où l’autrice aborde les violences policières et l’écartement social des personnes d’origine maghrébine dans le Paris des années 1980.

 

Le mot de la fin

 

Tamanoir est un roman qui met en scène l’enquête de Nathanaël, un détective privé anarchiste chargé de trouver les coupables d’un double meurtre au Père Lachaise. L’enquête du Tamanoir l’amène à rencontrer des mafieux pour le moins fantasques, mais aussi à croiser la route d’Ishmaël, un SDF doté d’une longévité surnaturelle. À travers un récit policier pulp et décalé, Jean-Luc A. d’Asciano interroge la marginalisation de couches entières de notre société.

J’ai découvert la plume de l’auteur avec ce roman, et je compte bien lire ses autres œuvres !

2 commentaires sur “Tamanoir, de Jean-Luc A. d’Asciano

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s