Interview de VanRah

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de te proposer une interview de VanRah, mangaka française à l’origine des séries Stray Dog, Mortician, Ayakashi, et NeverenD publiées aux éditions Glénat Manga !

Je vous rappelle que vous pouvez retrouver toutes les interviews d’auteurs grâce au tag « Interview », ou dans le menu du blog.

Je remercie chaleureusement VanRah pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !

 

Interview de VanRah

 

Marc : Pourrais-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

VanRah : Bonjour, je suis VanRah. Je suis dessinatrice et illustratrice, auteure de plusieurs séries dont les dernières en date, Stray Dog, MortiCian, Ayakashi et NeverenD sont éditées en France par le label Glénat Manga et au Japon pour ce qui concerne le titre RED par le magazine Shonen Jump +.

Enfin, je suis également ostéopathe professionnelle, spécialisée dans les pathologies et les déformations du squelette chez l’enfant.

 

Marc : Quel a été ton parcours avant de devenir mangaka ?

VanRah : Mon parcours a été plus scientifique qu’artistique je dois dire puisque mon premier métier a été celui de praticien médical. Si j’ai toujours dessiné, cela restait pour moi plus une passion que réellement un objectif professionnel à atteindre.

En effet, je viens d’une famille qui aime la BD et les arts, mais qui ne considère pas ça comme un « vrai » métier. Difficile du coup lorsqu’en plus on a de l’avance sur le cursus scolaire et qu’on doit se décider très jeune sur ce que l’on va faire plus tard.

Si j’ai tout de suite évoqué l’envie de faire une filière artistique, pour ma famille, il en était absolument hors de question ou alors, ça aurait été sans le soutien de mes proches.

Par chance, il y a énormément de sujets qui m’intéressent, tant dans le littéraire, l’artistique que dans le scientifique. Je pouvais choisir donc tout ce que je voulais comme cursus. Enfin… Tout sauf celui artistique.

A l’époque, je montais beaucoup à cheval et mon cheval s’était fait mal en reprise, devant alors rester au box car raide boiteux. Le vétérinaire réglait ça à coup d’injections d’antalgiques et d’anti-inflammatoires car rien de cassé, donc rien à opérer. Il fallait attendre. Ça a duré des semaines jusqu’à ce que le père d’une collègue, venue la voir au club, ne voit mon cheval et me dise « tu ne veux pas que j’arrange ça ? Il a l’air pas dans son assiette, ton cheval ».
J’étais très sceptique mais ma collègue m’a dit que son père était ostéopathe équin. Je ne connaissais pas du tout cette profession, mais le vétérinaire soulageait mon cheval sans pour autant parvenir à régler le problème, problème qui s’installait donc pourquoi pas.

En une heure et demie et sans douleur, le problème a été résolu. Magique !

Je venais de découvrir une médecine non agressive, non invasive, qui pouvait soulager durablement et régler en douceur pas mal de problèmes inhérents au fonctionnement du corps en général (l’ostéopathie signifie « soigner la structure » – « osteo » ne voulant pas dire « os » mais « structure »- structure tant viscérale, qu’ostéo-articulaire, que musculaire voire neurologique) tant que cela n’entre pas dans la pathologie pure et dure.

J’ai trouvé ça génial.

Moi qui cherchais une filière, j’en avais trouvé une et une des plus intéressantes. J’ai donc embrayé sur une filière scientifique, passé mon bac S (mention TB) et j’ai commencé mes études médicales dans le but de devenir ostéopathe… Equin. Sauf que pour en devenir un, il faut, paradoxalement, faire d’abord le cursus sur les humains avant de pouvoir faire sur les animaux. ! Au fur et à mesure des années d’études, c’est un métier qui m’a vraiment passionnée de par le challenge que chacune des consultations représente : on doit diagnostiquer le problème mais sans avoir le support des médicaments pour régler ça, comme on peut l’avoir en médecine allopathique. Quand un patient vient nous voir, il faut tester les tissus, les articulations, les ligaments, les micros mouvements des viscères sur les phases respiratoires pour déceler là où ça ne va pas et là où il faut corriger, là où on donnerait juste un anti-inflammatoires ou un pansement gastriques sans pour autant que cela règle le problème sur la durée car on ne soulage alors que le symptôme, et non la cause.

De fil en aiguille je me suis spécialisée en petite pédiatrie car, avec les animaux, ils représentent un challenge plus grand étant donné qu’ils sont fragiles et qu’ils ne parlent pas, ils sont incapables de mettre des mots sur leurs symptômes.

Et je suis quelqu’un qui aime et marche aux challenges.

Plus on me dit que c’est impossible, plus je vais m’évertuer à tenter le coup pour montrer que non, impossible, ça ne l’est pas.

Et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai continué à persévérer en dessin !

Normalement, à mon époque tout du moins, un scientifique ne pouvait pas faire de l’artistique ou comprendre quoi que ce soit dans le domaine littéraire. Inversement, un littéraire/artiste n’avait pas sa place en scientifique car de toute façon, on partait du principe qu’il n’avait pas assez de logique ou de raisonnement pour ce type de filière.

C’était même très mal vu que de prétendre faire les deux donc de mon côté, ayant pris une filière scientifique, je continuais quand même à dessiner mais en cachette et par pur plaisir.

Je faisais déjà des petites BD mais sans prétention et ce, depuis le collège. C’était plus des sortes de journaux de bord dans lesquels je relatais les éléments qui m’avaient marquée et un moyen d’expression pour évacuer tout ce qui n’allait pas aussi, car dans un cursus hyper compétitif, et parler de ses états d’âme était un signe de faiblesse.

C’est plus mes amis qui m’ont poussé à les montrer à des tierces personnes, autres que celles de mon entourage, à les peaufiner pour les proposer à la lecture vis-à-vis d’inconnus, ce que j’ai fait et si mon style graphique n’était pas génial, j’ai commencé à les proposer lors de conventions de bds (festival de la bd de Sollies-Ville, Cartoonist de Toulon, et… Premières Japan Expo…), sans trop y croire car je n’avais pas de formation artistique et puis je ne faisais que retranscrire des éléments de mon quotidien.

Mais en fait, cela a très bien marché et ce, quasi tout de suite. Si mes dessins étaient horribles, les gens appréciaient ce qu’ils prenaient pour des histoires créées de toutes pièces, l’humour des personnages inclus dedans.

A partir de là, j’ai cherché à m’améliorer, à progresser en dessin, en mise en page surtout par respect pour les lecteurs qui commençaient à suivre mon travail en tant qu’artiste amateur, pour que les dessins ne soient plus aussi repoussants et pour que leur lecture ne soit plus aussi pénible.

Et en cherchant à progresser, je me suis reposée et j’ai pris pour exemple ce que je lisais le plus alors, à savoir des comics (surtout Batman et les X-men). Et un jour, alors que je butais sur l’encrage d’une de mes scènes, j’ai remarqué que sur les issues que j’avais (les comics sont peu édités en nombre comme c’est le cas aux USA, je les prenais souvent en VO afin d’avoir accès aux épisodes – issues – qui restaient malheureusement inédits en France), parfois, les dessinateurs, encreurs et coloristes mettaient leur adresse MSN pour les contacter.

C’est ce que j’ai fait. J’ai contacté un encreur dont j’admirais beaucoup le travail pour lui demander comment il s’y prenait pour réaliser l’effet que je recherchais. Je m’attendais, là encore, à une absence de suite mais à nouveau, cela a porté ses fruits puisque l’encreur m’a répondu, et m’a proposé de me montrer comment faire un peu en masterclass privées.

On a commencé à échanger via MSN assez régulièrement, lui ayant la grande patience et gentillesse de finalement me « prendre en charge » d’un point de vue formation et moi, pour lui montrer mes avancements. Et un jour qu’il était en retard dans ses propres rendus, je lui ai proposé de me confier une partie des planches qu’il lui restait à faire car avec Internet, on peut facilement se transmettre le support de travail en version numérique.

Une fois son travail rendu, j’ai eu la surprise d’avoir un retour de l’éditeur car en plus d’être patient et abordable avec les rookies, l’encreur avait dit à l’éditeur qu’il avait pris un assistant et que c’était moi qui avait fait une partie de l’encrage sur l’issue.

Franchement, je n’en revenais pas ! Un vrai « sensei », avec tout ce qui va avec ! On ne voit pas ça ailleurs que dans le comics où les projets sont le fruit d’un travail collectif et où chaque maillon de la chaîne a son importance, que ce soit le scénariste, le dessinateur, l’encreur, le coloriste, le lettreur… Ainsi, il n’y a jamais qu’un seul nom de mis sur une couverture, on en a plein car chacun est traité sur un pied d’égalité, chose que l’on ne retrouve pas dans les autres types de BD !

Mais c’est comme ça que j’ai vraiment fait mes débuts de professionnelle, professionnelle artiste oui, mais en tant qu’encreuse et dans le comics US.

Rien à voir avec le manga, mais vous comprenez pourquoi mes encrages sont ainsi faits, et pourquoi sous certains angles, Ishtar a des airs de Chicago version steampunk, car ayant bossé pas mal sur des issues de Batman, je dirais… Qu’on ne ressort jamais de Gotham City sans que cette dernière ne vous laisse un fort souvenir (Gotham City a été visuellement créée à partir de quartiers du vieux Chicago, pour mention).

Mais travailler pour des licences de ce style, c’est très bien. Le souci, c’est qu’au final, on reste au service du personnage et surtout du scénario que l’on se doit d’illustrer et ce, selon la volonté du scénariste. On n’a pas la liberté de faire comme on le souhaite, si le scénariste a décidé que telle action serait comme ça, alors elle devra être comme ça, que ça soit logique ou pas (l’assentiment est donné par la maison mère et une fois le scénario signé, ensuite, l’équipe des dessinateurs/encreurs/coloristes sont des exécutants).

Et ça, ce n’était pas spécialement ce que je voulais. Je voulais moi être libre de créer les choses comme je l’entendais. Donc j’ai décidé de me mettre à mon propre compte afin de réaliser moi-même mes séries mais sur des scénarios que j’aurais imaginés.

Sauf que là, nouvelle barrière : celle du carcan de la mise en page assez statique du comics, genre de BD vers lequel je m’étais naturellement tournée, y ayant fait mes premières armes.

Idem, même carcan en Franco-Belge.

Moi, ce que je voulais, c’est faire des scénarios qui pourraient être illustrés d’une manière dynamique, que la lecture soit fluide, les personnages vivants et proches du lecteur.

Et ça, dans la BD Franco-belge ou dans le Comics, ce n’est pas possible.

J’étais bloquée, jusqu’à ce que je tombe chez une amie sur une bd d’un format nouveau, tout petit, qui tient dans la poche. Je ne connaissais pas spécialement le genre manga mais quand j’ai ouvert le tome, quelle claque ! Une mise en page dynamique, très dynamique, des personnages au cœur de l’histoire qui les mettait en avant à chaque instant…  C’était ce format-là qu’il me fallait !

J’ai donc réorienté ma façon de faire vers le manga car c’est le support qui me paraissait le plus à même de m’offrir la liberté d’expression dont j’avais besoin pour mes histoires.

J’ai donc lu énormément de mangas en peu de temps, avec un œil à la fois du lecteur amis aussi du professionnel avide de se former et de progresser, car je n’y connaissais rien dans ce style de Bd et si je voulais opérer sur ce support, il fallait que j’en apprenne les codes et le faire très rapidement.

Je suis repartie donc de zéro, redevenant artiste amateur mais cette fois-ci, en manga. A partir de là, j’ai mis 3 ans) à décrocher mes premiers contrats d’édition, mon tout premier ayant été pour la série NeverenD, puis le second pour Stray Dog, les deux aux USA. Et puis encore deux ans pour que Stray Dog soit pris en édition manga, mais en France cette fois-ci.

 

Marc : Comment as-tu appris à dessiner et à storyboarder ?

VanRah : J’ai appris sur le tas, je suis entièrement autodidacte car comme je l’ai dit plus haut, je n’ai jamais eu la chance de bénéficier d’une formation artistique classique.

De plus, mes storyboards sont plus des brouillons que de réels storyboards classiques : quelle que soit la série sur laquelle je travaille, j’ai mon scénario de déterminé quasi de bout en bout avant de commencer. Je sais où je vais, les principaux éléments et évènements qui vont se produire au fil de la série, le point de départ et le devenir des personnages.

Ainsi, j’ai en tête la quasi-totalité du « film ».

Je dois juste ensuite découper cela en plans et « screenshots », c’est cela que je place en très très vague sur mes storyboards qui me servent plus à déterminer les éléments qui vont se trouver sur la planche, comment je vais les placer et à quel rythme.

Une fois que c’est fait et que je vois quelle place prendra tel ou tel éléments, j’attaque le sketch qui lui-même est très souvent assez brouillon car lui-même qu’à placer les différents éléments d’une case dans cette dernière.

En fait, là où le réel travail de dessinateur commence pour moi, ce sera lorsque je vais encrer mes planches où là, je vais créer pour de bon les dessins et en même temps mettre les reliefs et ombrages.

En gros, tout ce qui se passe avant l’encrage reste pour moi plus un travail de mise en page et mise en place de ce que je compte mettre dans mes planches. Le travail minutieux commence dès que je passe au noir.

Tout cela explique pourquoi mes tomes ont très souvent une forte pagination (pagination = nombre de pages par tome).

Comme je l’ai dit, j’ai le film de ma série qui se projette dans ma tête et c’est ce film que je séquence et découpe pour ensuite en mettre les captures d’écran sur mes planches. Aussi, je ne prends aucun raccourci : chaque case est séquence et un plan de vue différent du film principal.

Mes tomes ont certes pas mal de pages, mais ils se lisent du coup très vite car les scènes s’enchainent sans pause. Le rythme de lecture est ensuite déterminé par les passages d’action ou ceux plus calmes, mais comme je mets toujours pas mal d’action dans mes tomes, le lecteur les termine assez vite.

Marc : Est-ce que tu as toujours voulu devenir autrice de manga ?

VanRah : Je préfère « auteure » que « autrice ».

Je n’aime pas cette différenciation de par le genre d’un métier que j’exerce au même titre et au même degré de difficultés que mes confrères hommes.

Et puis je travaille exclusivement sur des séries seinen et shonen. Je ne veux pas justement que l’on juge mon travail avant de l’avoir lu via des stéréotypes et des raccourcis, ce qui pourrait être le cas si on annonce d’office que je suis une femme (dans la tête de beaucoup, une dessinatrice fera sans aucun doute des « BD girly, de fille, romantiques et autres trucs mignons à paillettes ») qui bosse dans un registre à tendance tourné vers l’action, les batailles, le psychologique voire le noir. Or, mon style graphique est ce qu’il est, mes BD contiennent surtout des monstres, sont bourrées d’affrontement et de personnages assez sombres, rien à voir. (Je pense que le jour où je dessinerai quelque chose dans le registre shojo, je prendrai un autre pseudonyme auteur, d’ailleurs. mais ce n’est pas demain la veille).

Cela mis à part, honnêtement, pas le moins du monde.

Je n’ai pas spécialement de préférence pour un style de BD ou un autre (je rappelle que le manga est un style de BD, au même titre que la BD dite classique ou Franco-Belge, ou la BD type comics, chaque style possède des codes inhérents à chacun d’entre eux et qui déterminent si on fait tel ou tel style de BD).

La seule chose que je voulais, c’est créer des histoires et pouvoir mettre en scènes des personnages de ma création, le support est vraiment secondaire.

 

Marc : Pourquoi avoir choisi le manga plutôt que le format BD ou comics ?

VanRah : C’est le format qui m’offrait le plus de libertés tant en mise en page qu’en pagination.

À la base, j’avais commencé mes premiers travaux sur un format comics pir et dur. Venant effectivement du comics en tant qu’encreuse, c’était évident pour moi que de commencer sur ce format-là en tant qu’auteur cette fois-ci, et de continuer ainsi dans le registre avec lequel j’avais débuté et « appris à faire de la BD ».

Cependant, très vite, je me suis heurtée à plusieurs problèmes :

La mise en page du comics, comme celui de la Franco-Belge, est plus contemplative/statique que dynamique. On peut avoir des scènes de combat, mais cela se résume en doubles-pages et donc en « résumés » d’une bataille.

On a rarement un grand nombre de planches par batailles. Les planches sont vouées surtout à faire avancer au plus vite le scénario et à juste titre car on travaille sur des formats limités en paginations et dans lesquels les personnages sont au service du scénario : qu’on les aime ou pas, qu’on s’y identifie ou pas en tant que lecteur, peu importe ! Ce qui prime, c’est la complexité du scénario, celle de l’intrigue et pouvoir tout faire tenir en un nombre réduit de pages (chaque tome est une aventure qui doit y trouver son développement et arriver à sa conclusion.)

De ce fait, la mise en page est réglementée, les images contenues dans des cases bien rectangulaires… tout est fait pour que la lecture soit claire, méthodique et donc, pour que le lecteur reste focalisé sur l’avancée du scénario. Il reste spectateur du film et extérieur à l’histoire.

La pagination assez réduite, sauf exceptions lors des éditions library, fait que trop souvent, l’affectif reste peu voire pas développé : encore une fois, ce qui prime ce sera le scénario. Les personnages jouent leur rôle mais à aucun moment ils ne partagent avec le lecteur leur ressenti face à telle ou telle situation et c’est ce qui empêche aussi l’identification du lecteur par rapport à eux.

On a plaisir à suivre les aventures de Batman. Mais à aucun moment on sait réellement ce que celui-ci pense face à la situation à laquelle il est confrontée. Lorsque Jason Todd, le second Robin, est tué par le Joker, on voit Bruce Wayne très affecté, mais son deuil ne durera que quelques cases, bien que par la suite, son envie de le venger motivera bon nombre de ses agissements.

Mais cela ayant été traité avec une telle rapidité que l’on éprouvera que peu de compassion ou d’affect envers Jason ou même envers Bruce Wayne. On n’aura qu’une envie, c’est aille botter les fesses du Joker en retour car pas un seul instant on aura partagé la douleur d’avoir perdu un être cher, on comprendra ainsi pas spécialement pourquoi Batman va filer ensuite un mauvais coton en commettant des actes d’une grande violence – alors que c’est lié directement à sa période d’un deuil qu’il n’arrive pas à gérer  –  justement parce que cette mort aura été traitée avec non pas légèreté, mais une trop grande rapidité d’un point de vue place que cela occupe dans l’univers Batman.

Pour ces deux raisons, je me suis rapidement rendue compte que le format comics et même franco-belge ne me convenaient pas. Ce n’était pas ça que je cherchais comme support d’expression car je voulais tout l’inverse : un support qui me permettait de mettre en avant l’émotionnel – faire partager aux lecteurs le point de vue, le ressenti des personnages et ce, dans chacune des situations auxquelles ils seraient confrontés, permettre ainsi de s’y identifier, de les apprécier comme des amis ou bien de les détester comme de vrais ennemis-, la place pour le faire dans la taille des livres et la possibilité de le faire d’un point de vue non plus contemplatif, avec un lecteur extérieur à l’histoire mais immersif, avec un lecteur qui fait partie intégrante du film.

Pour cela, il me fallait du coup une mise en page qui puisse être flexible à l’extrême, que je n’aie pas à rentrer mes dessins dans des cases mais que les cases, les plans de vue, s’adaptent à ce que j’avais besoin de montrer.

Et ça, il n’y a que le manga qui le permette.

Si ça avait été permis par un autre style de BD, alors j’aurais choisi l’autre style.

Mais il n’y a que le manga qui puisse offrir une telle liberté, en compensation du fait de rajouter une difficulté énorme, à savoir que tout se ferait sur petit format (donc il fallait que tout soit précis et se voit bien pour que une fois le livre en main, le lecteur puisse discerner la totalité de ce que l’on veut montrer), et le fait que ça soit en noir et blanc ce qui, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, n’est pas plus facile et moins exigeant niveau travail que le comics ou la Franco-Belge car ici, on doit faire imaginer à chaque case la couleur des éléments, des cheveux, des vêtements, qu’avec pour palette des niveaux de gris. Là où quand on veut qu’un personnage ait des vêtements rouges, on colore en rouge ces derniers dans les autres registres avec tout de suite, les choses bien fixées.

Ici, on s’adresse au lecteur et on lui demande un effort d’imagination que l’on doit guider par des trames de gris et de noirs. L’exercice est assez fastidieux, d’autant plus qu’on doit le faire sur un grand nombre de pages.

 

Marc : Quels sont tes mangas préférés ?

VanRah : DOGS/DOGS : Bullets & Carnage, Rainbow/Bestiarius, Bleach, Noragami, Blue Exorcist, Letter Bee (Tegami Bachi), La Cité Saturne et Blame.

Après, j’ai parfois des coups de cœur, mais ces titres-là restent pour le moment mes favoris car ils cumulent un excellent scénario et un coup de crayon génial de la part de leurs auteurs.

 

Marc : Quels auteurs t’inspirent le plus ?

VanRah : Jim Lee, Miwa Shirow, Ivan Reis, Hiroyuki Asada, Tsutomu Nihei, Marcus To, Inkist, Clamp, Yone Kazuki sont pour moi des inspirations tant scénaristiques que graphiques.

Et comme vous pouvez le voir, ça reste fidèle à mon style hybride en tant que dessinatrice, à la fois comics et manga.

 

Marc : Quelles sont les dernières nouveautés qui t’ont marquée ?

VanRah : La sortie du tome 8 de DOGS : Bullets & Carnage chez Panini Manga.

7 ans qu’on attendait la parution de la suite de la série !! 7 ANS !! Et je précise que la série est en cours au Japon et que le rythme de parution FR n’a pas rattrapé celui au Japon, donc, pourquoi est-ce que l’éditeur a mis autant de temps pour sortir la suite, qui plus est au rabais  – bien qu’au même prix que les versions abouties des tomes précédents  –  car plus de sur-jaquette amovible, non, il n’y a juste que celle cartonnée, qualité du papier amoindrie (on dirait presque la prépublication d’un bouquin prohibé qu’on se passerait sous le manteau au coin d’une ruelle sombre), à part ça, je vois pas.

Mais d’un coup, lorsque j’ai vu apparaître le tome 8 dans le tableau des sorties du mois, comme ça, sans annonce au préalable, sans prévenir…. Franchement, j’ai cru avoir vu le messie.

 

Marc : Comment répartis-tu ton travail entre tes différentes séries (Stray Dog, Ayakashi, Mortician…) ?

VanRah : Ça dépend des fois mais en général, j’alterne. Je travaille sur un tome d’une série, puis quand ce dernier est bouclé, j’attaque le suivant d’une autre en passant tour à tour sur Stray Dog, Ayakashi, MortiCian et bientôt NeverenD. Parfois, il m’arrive de travailler sur deux tomes en même temps mais toujours, en alternance : une semaine pleine par exemple sur Stray Dog, une semaine pleine sur Ayakashi et ainsi de suite jusqu’à ce que les tomes soient bouclés.

Comme je travaille seule et sans assistant, je réalise tout de A à Z (scénarios, dialogues, dessins, encrages, tramages, illustrations couleurs également, je fais tout, y compris les logos de mes séries ainsi que les polices de titres).

Tout ça me prend énormément de temps, d’autant plus que je mette toujours énormément de détails dans mes dessins afin qu’ils soient le plus réalistes possibles. Et puis je réalise à 99% mes décors de bout en bout. A part parfois quelques trames de posées pour les renforcer, la presque quasi-totalité des décors (plans de vue de ville, décombres, ports… pour Stray Dog/MortiCian, temples, statues antiques, cités japonaises typiques, forêts… pour Ayakashi), chaque détail est fait à la main, rajouté avec soin pour créer ainsi les univers dans lesquels mes séries se déroulent.

Ainsi, une planche peut me prendre entre 8 et 15 heures de travail, et quand on voit la pagination de chacun de mes tomes qui fait pratiquement le double voire presque le triple d’une pagination classique d’un manga, vous comprenez pourquoi les opus sortent malheureusement un peu moins vite que ceux d’un auteur qui sera assisté et/ou qui aura moins de pages, voire moins d’exigence dans le contenu de ses planches.

 

Marc : De manière générale, comment se déroule ton processus de création pour tes mangas ?

VanRah : Je pars toujours de mes personnages et des thèmes que je voudrais placer dans mon intrigue pour créer mes histoires.

Pour moi, les personnages sont la colonne vertébrale d’une histoire.

Stéphane Ferrand, l’ancien directeur éditorial du pôle manga chez Glénat qui avait signé mes premières séries en France, m’avait dit « On s’intéresse à une histoire et on la lit pour son pitch. On continuera une série pour ses personnages ».

Je lui donne à 200% raison, si je peux me permettre de dire ça et c’est un mode de création que j’ai toujours observé pour la création de mes séries.

Une fois que j’ai posé les principaux traits de caractère des personnages de premier plan, je leur attribue des thèmes majeurs qui vont les définir (par exemple, pour Toru de Stray Dog, la mort, le deuil, la culpabilité et la rédemption, pour Hiro de Ayakashi ce sera le handicap, le lien père-fils, le dépassement de soi) et qui vont déterminer leur rôle dans l’histoire et je peaufine leur histoire personnelle, les liens qu’ils pourront avoir, positifs ou négatifs, entre eux et avec leur entourage.

Tout cela mis bout à bout me donne une image de ce à quoi ils pourraient ressembler, et j’attaque ainsi leur concept visuel.

Si on reprend Toru, les thèmes qui lui ont été associés m’ont donné l’idée d’une personne avec des cheveux sombres, une peau très blanche (la version humaine de la grande faucheuse en somme), un caractère assez dur et implacable comme peut l’être le deuil pour celui qui le vit, mais en même temps une certaine mélancolie voire résignation ( ce qui, toujours, est affilié aux étapes de gestion du deuil), mais en même temps des yeux rouges complétant son côté effrayant mais en même temps, cette couleur étant celle du courage et de la persévérance, son regard, au premier abord monstrueux, symbolise en quelques sortes sont envie de changer, le fait que ce sera un personnage qui se battra jusqu’au bout pour ses idéaux.

Si Toru est ce qu’il est, visuellement parlant, c’est parce qu’il personnifie entièrement les thèmes que je souhaitais qu’il porte, annonce et dénonce.

Ensuite, une fois mes personnages principaux créés, je fais la même chose avec les personnages secondaires.

Une fois que mes figurants sont sur scène, je créée alors une histoire pour eux, une histoire qui les mettra le plus possible en valeur.

En fait, je réalise mes histoires comme une spirale dont le point de départ est les personnages autour desquels va prendre forme et s’articuler l’histoire.

 

Marc : As-tu des anecdotes à partager ?

VanRah : Sur la création en elle-même des séries ou bien de manière générale ?

Je ne sais pas si cela répondra vraiment à votre question, mais en effet, j’ai un sacré panel d’anecdotes. En fait, vous pouvez en retrouver une très grande partie dans mes séries en elles-mêmes car je base une grosse partie de ce qui s’y passe sur ma vie personnelle.

Je suis quelqu’un qui possède un karma assez pourri, et quand je dis pourri, c’est juste un très très gros euphémisme. Quand j’ai regardé le film La Chèvre, avec Pierre Richard, je trouvais les mésaventures de François Perrin très drôles, mais totalement plausibles puisque c’était à peu près la même chose chez moi, donc…

Du coup, je n’ai pas trop besoin de chercher bien loin pour certains éléments scénaristiques, notamment pour les scènes humoristiques. J’ai qu’à piocher dans le très grand nombre de casseroles que j’ai en réserve – c’est quasi du quotidien – et hop ! Le tour est joué.

Par contre, quand on me demande d’où me vient l’inspiration pour ce types de passages dans mes BD et que j’explique que c’est du vécu, bizarrement, on ne me croit jamais… Mais restez quelques heures dans mon périmètre et vous verrez par vous-même (oui, parce que j’ai oublié de dire mais mon karma n’est pas avare, il se communique facilement…).
Quand je suis amenée à prendre l’avion, je laisse toujours sur une feuille mes dernières volontés bien en évidence sur mon bureau ainsi que le résumé de ce que je comptais mettre dans les prochains tomes de mes séries. Véridique. Les premières pour ma famille et le résumé pour mon éditeur pour qu’il puisse continuer et terminer les séries via un autre dessinateur que j’ai choisi et mentionné pour prendre la relève.

Je détruis tout ça en rentrant chez moi ensuite, car c’est morbide et puis… je suis la seule à savoir ce qu’il va se passer dans la suite de mes séries, même mes éditeurs n’en ont pas été informés.

Vous voyez le genre ?

De toute façon, j’évite au maximum de prendre l’avion.

Autant ne pas non plus tenter le Diable, surtout quand on est pourvu d’une méga poisse au naturel.

 

Marc : Comment se déroule le processus éditorial de tes mangas ?

VanRah : C’est-à-dire ? (c’est quoi pour vous, un « processus  éditorial » ?)

Si je remonte le fil de vos questions, je crois que vous voulez parler de ce qu’il se passe durant la création des tomes, c’est ça ?

En ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir des éditeurs qui me laissent entièrement carte blanche. Lorsque j’ai un projet assez abouti pour que je me dise qu’il pourrait passer au niveau supérieur, je le présente à mes éditeurs via une petite maquette (bien souvent, ce sera le premier chapitre entièrement fait) et tout ce qui va avec (pitch, résumé, personnages)…

En général, comme je travaille et retravaille mes séries en gestation durant des mois voire des années avant de les proposer, lorsque je les présente, mes éditeurs ont déjà un bon peu niveau extraits et matériel à compulser.

Ensuite, si le projet leur plaît, on définit ensemble les modalités du contrat d’édition comprenant par ailleurs le nombre de tomes approximatif que la série va comprendre et l’épaisseur des tomes. C’est ce qui va définir le prix de vente : un tome très dense comme le sont ceux de Stray Dog se vendra plus cher qu’un tome plus fin d’Ayakashi, mais c’est normal car un tome de Stray Dog fait en moyenne entre 350 et 450 pages, alors qu’un tome d’Ayakashi par exemple compte entre 220 et 250 pages), ainsi que le registre (shojo, shonen, seinen).

Le registre va entrer en compte également dans le prix de vente du livre car un format seinen ne sera pas le même qu’un shonen ou qu’un shojo : il sera un peu plus grand, car le seinen est sensé relater des éléments plus travaillés, que ce soit dans le scénario et/ou dans les dessins, qu’un shonen. En effet, le public seinen étant plus âgé que celui shonen, il est plus exigeant.

Une fois que tout cela est fixé, on bloque une date de parution (lancement de la série) et donc une date de rendu du tome.

Et à partie de là, c’est à moi de jouer.

Mes éditeurs vont pour ainsi dire découvrir le résultat final au rendu de tome même si ça m’arrive de leur montrer des extraits de temps en temps.

Une fois le tome rendu, il passe directement au lettreur qui va changer la police de caractère de chaque dialogue pour mettre ces derniers avec les polices propres de l’éditeur. Chaque éditeur, si vous regardez bien, à ses propres panels de polices de caractères. On peut pratiquement déterminer quel est l’éditeur rien qu’en observant les polices mises dans les bulles de texte.

Lorsque le relettrage des dialogues a été fait, mes éditeurs vont alors travailler sur le tome et passer à la phase de correction de ceux-ci. Le but est alors, de lire le tome avec un regard neuf, celui d’un simple lecteur, et de reformuler certains dialogues si ces derniers sont peu ou pas assez bien expliqués, corriger les fautes etc…

Quand cette phase est finie, on envoie toutes les modifications de texte au lettreur afin qu’il les rentre dans les bulles qui ont besoin d’être corrigées. Le lettreur génère un PDF d’édition (une sorte de maquette) qu’il nous renvoie et qu’on va relire et vérifier pour être sûrs que toutes les modifications demandées ont bien été saisies.

Après cette phase, on envoie le PDF d’édition final à l’imprimeur et c’est dans la boite.

Il y a aussi tout le côté mise en place des livres dans les librairies, les réunions d’office avec les commerciaux mais ça, même si ça rentre en un sens dans le processus de placement et vente d’un livre, ça n’est plus ma partie mais plus celle commerciale de l’éditeur.

 

Marc : As-tu des deadlines à respecter ?

VanRah : Oh que oui…. D’un côté malheureusement car ça me met toujours une pression terrible et c’est plus ou moins dur à gérer selon l’éditeur : certains vont encourager, faciliter les choses. D’autres au contraire sont persuadés que mettre la pression va faire avancer plus vite les choses (mails répétitifs plusieurs fois par semaine pour demander où ça en est, s’il va avoir les planches rapidement, rappels que la date limite est pour bientôt…).
Bref, ça dépend des éditeurs.

D’un autre côté, les deadlines m’obligent à un moment arrêter. J’entends par là que étant autodidacte, je ne suis jamais sûre de moi et je ne suis jamais satisfaite de la qualité de mes travaux. Ça m’oblige à toujours chercher à m’améliorer et à progresser le plus possible afin de rendre un travail le plus abouti possible, ne serait-ce que par respect pour les lecteurs qui auront ensuite le livre entre les mains.

Mais d’un autre côté, ce degré d’exigence fait que je vais travailler, retravailler, corriger, recorriger mes planches encore et toujours, jusqu’au moment où la deadline est là et que ça m’oblige à rendre le tome une bonne fois pour toutes et passer au suivant. Sans les deadlines et cette obligation de rendu, je crois que je pourrai peaufiner mes tomes jusqu’à ce que mort s’en suive.

 

Marc : Est-ce que ce processus est différent de celui du Japon ? Pourquoi ?

VanRah : Le processus de général de travail va se différencier d’une part sur le fait que les mangakas Japonais travaillent rarement seuls et réalisent très rarement l’intégralité de leurs planches.

En effet, ils ont le soutien de un ou de plusieurs assistants, souvent « fournis » par leur éditeur afin de les aider à réaliser leur planche et ainsi à avoir un rythme de parution rapide.

Un assistant pose les trames, un autre encre, parfois même, certains dessinent les décors ou les personnages secondaires. On voit beaucoup cela par exemple dans les mangas de Yuu Watase, c’est assez flagrant car l’auteure a un style qui se reconnaît et si on voit bien que les personnages principaux sont dessinés avec sa patte, les personnages secondaires ont, quant à eux, des styles très différents et on comprend bien que ça n’a pas été réalisé par l’auteure principale.

Du coup, effectivement, le travail avance très vite puisque chacun a une partie de travail à faire mais presque jamais tout à faire.

Il arrive aussi très souvent que les scénarios, s’ils ont été inventés au départ par l’auteur, sont aiguillés par les éditeurs dont les choix peuvent voire vont faire pencher la balance vers une direction donnée.

Les auteurs suivent ces directives qui peuvent être des contraintes, mais aussi des aides de réflexion et de construction. Ils ne sont pas laissés seuls devant leur page blanche avec pour seule directive « vas-y, invente-nous un truc ».

La différence première sera donc le fait que les auteurs sont rarement laissés seuls pour faire leur série et ce partage de travail fait qu’ils peuvent faire avancer plus vite leur série, là où moi, par exemple, faisant tout toute seule, y compris les scénarios, je suis limitée à mes propres capacités physiques niveau rythme de parution : bien que travaillant entre 12 et 15h en moyenne par jour, souvent plus en périodes de rendus, 7/7 et sans jamais prendre de vacances, je ne peux malheureusement pas avancer aussi vite qu’un auteur qui aura quelqu’un qui va lui faire son encrage, et/ou quelqu’un qui va lui faire ses décors, son tramage, et qui peut éventuellement compter sur son éditeur/assistants pour réfléchir à son scénario.

Pour le coup, j’ai le même processus qu’un auteur de BD Franco-Belge (bien qu’il est également très rare qu’un dessinateur de Franco-Belge fasse tout, souvent, les colorisations de planches sont faites par un coloriste et non par le dessinateur, et le scénario est fait par un scénariste et non par le dessinateur), mais avec un support qui contient 100 voire 200 pages de plus en moyenne qu’une BD Franco-Belge, et un lectorat qui, habitué aux rythmes de parution Japonaise, ne comprend pas pourquoi « c’est si long pour un auteur Européen » et va souvent nous reprocher cette lenteur.

(Amis lecteurs, vous avez donc l’explication).

D’autre part, niveau différences, je dirais la participation de l’éditeur au travail et bien-être de l’auteur.

Au Japon, les éditeurs sont très impliqués dans le processus créatif d’une série. En premier lieu, comme je l’ai dit plus haut, parce qu’ils interviennent souvent dans l’élaboration du scénario. Ensuite, parce que ce sont eux qui, bien souvent, attribue des assistants aux auteurs afin de les aider dans leur travail.

Enfin, les directeurs éditoriaux rattachent à chaque auteur un éditeur pour que celui-ci s’assure de la bonne avancée du travail, mais aussi pour chaperonner l’auteur et s’assurer de la bonne santé de ce dernier car le rythme de travail des mangakas, même assistés, reste assez extrême (avoir des assistants permet d’avancer plus vite dans la réalisation des planches et des séries mais ça ne réduit pas les temps de travail qui sont à peu près les mêmes que ceux que j’ai actuellement) et fait que les auteurs n’ont pas le temps de sortir, parfois pas le temps de se préparer à manger, de dormir, d’aller faire leur courses, d’aller chez le médecin….

Les éditeurs rattachés aux auteurs s’assurent que ces dérives arrivent le moins possible, vont parfois même jusqu’à faire les courses des auteurs et via les assistants, s’assurent que les auteurs ne restent pas isolés.

J’avoue que c’est mon cas : je comptabilise tout niveau temps que me prendra telle ou telle chose car chaque heure passée à faire mes courses par exemple est une heure de moins que je vais avoir pour boucler mon quota de pages à faire de la journée si je veux pouvoir rendre mon tome à temps et respecter la deadline.

Du coup, pas de sorties ou presque, les repas sont assez souvent sautés, les nuits-blanches s’enchainent, les rendez-vous médicaux pris après un rendu de livre si jamais j’ai un souci qui se déclare durant une période de bouclage… C’est hard. Souvent je dis « j’ai pas intérêt à tomber malade, parce que de toute façon, j’ai pas le temps pour ça ». Et c’est vrai.

C’est une réalité.

Beaucoup (la plupart des gens en fait) pensent que c’est un métier facile, qu’on a qu’à s’assoir et dessiner, que ça se fait tout seul. Egalement, beaucoup sont persuadés que c’est pépère, que l’on passe nos journées à jouer à la console, à regarder la télé, ou à dormir.

Mais en réalité, c’est très dur, tant physiquement que moralement car pour ce dernier côté, il faut créer, créer, encore et toujours, non-stop, tous les jours et si j’ai la chance d’avoir encore pas mal d’imagination en stock, ce devoir de réflexion est intense. Imaginez-vous devoir faire un commentaire composé durant 12h, et ceci, tous les jours, je vous garantis que à un moment donné, ça épuise.

Au Japon, les éditeurs font d’office attention à tout ça et prennent les devants.

En France, les éditeurs sont à notre écoute (du moins, les miens le sont), mais c’est vrai qu’il n’y a pas cette initiative d’aide qui nous est proposée, que ce soit via des assistants ou via des visites à domicile/téléphone pour s’assurer que tout va bien. C’est déjà tellement dur pour qu’un projet soit passé en édition alors on prend sur nous et on se plaint le moins possible, bien conscients qu’on n’est pas irremplaçable, que les places sont très chères et très prisées.

 

Marc : Comment t’est venue l’idée de Stray Dog ?

VanRah : En fait, l’idée est partie d’un pitch très simple… Pour un projet très simple : je voulais faire une histoire assez légère, plutôt romantique, avec un fond fantastique, dont les deux protagonistes principaux seraient une fille avec un prénom masculin, et un garçon avec un prénom de fille. Une histoire indépendante de celle de MortiCian en somme.

Mais comme ça disait dans la pub, « ça, c’était avant ! ».

Au final, c’est une histoire avec bien un personnage principal féminin avec un prénom masculin, un personnage principal masculin qui porte bien un prénom plutôt féminin, avec un fond fantastique (donc ça, sur le cahier des charges de base, c’est bon, on y est), mais niveau légèreté et romantique, on repassera car Stray Dog est une histoire très sombre, complexe, où le romantique n’est plus du tout sa base principale et si on met de côté les éléments fantastiques, se base sur des faits réels tout en dépeignant voire dénonçant pas mal de travers de notre propre société actuelle (racisme, intolérance, exclusion, ségrégation, harcèlement scolaire, trafic « humain » – je le mets entre guillemets car cela est montré au travers des histoires de Toru et de Kira mais si on veut rester fidèle à l’histoire, ces derniers n’appartiennent pas à proprement parlé à la race des humains, bien qu’ils en ont l’apparence, parlent, pensent  et ressentent, ce qui, ironiquement, sont les traits de caractères qui définissent… L’humanité- la lutte des classes, la question de l’euthanasie ou le droit à choisir sa propre fin pour un patient atteint d’une maladie que l’on sait incurable, la souffrance animale…).

Stray Dog n’est en rien un plaidoyer militant car j’essaie toujours de garder mes opinions pour moi, de rester le plus neutre possible pour exposer sans filtre des faits que je n’édulcore ou ne temporise pas. De même, j’essaie toujours de proposer différents points de vue face à un même sujet, points de vue exprimés/ressentis par mes personnages de par leur histoire personnelle. Mon but est plus de faire réfléchir le lecteur sur des questions actuelles et de société qui me touchent moi, que ce devoir de réflexion l’amène à se forger sa propre opinion plutôt qu’à suivre celles qui sont émises par des tiers (médias, amis, parents et même milieu social, époque…)

 

Marc : Stray Dog est un manga qui mêle des éléments de Fantasy, avec des créatures surnaturelles telles que les Karats et leurs pouvoirs, et des éléments technologiques, avec les sceaux utilisés pour contenir les démons des Karats, ou les analyses génétiques opérées sur Toru dans le premier volume. Pourquoi avoir mêlé surnaturel et technologie ?

VanRah : En fait, de technologie, je dirais plus que j’ai fait le choix de baser le côté fantastique dans un contexte actuel et réel. Mon but, toujours, est de rendre mes personnages le plus crédibles possibles, le plus proche possible des lecteurs afin que ces derniers puissent s’y identifier sans problème. Cela passe aussi par leur manière de parler, mais aussi par le contexte dans lequel prend place l’histoire.

Stray Dog et MortiCian sont deux séries qui traitent de thèmes et de problèmes très actuels. Pour moi, il était donc normal voire nécessaire d’ancrer ces deux histoires dans un monde fictif certes, mais le plus possible reflet de celui que l’on connaît aujourd’hui.

Après, le côté je dirais fantastique plus que surnaturel me permet de mettre en scènes des personnages dont les traits de caractères peuvent être poussés à l’extrême. Mon but cette fois-ci, est de faire réagir les lecteurs par rapport justement aux thèmes que représentent, portent, ou défendent les personnages.

Enfin, le côté fantastique est quelque chose que je mets à peu près toujours dans mes séries car je suis fan de mythes et légendes de toutes origines, et le folklore, quand on y pense, est quelque chose qui finalement a façonné la société telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec ses clivages sociaux ou culturels, avec son Histoire et ses paysages. Beaucoup de légendes ont par ailleurs eu un fond de vérité, une vérité qui s’est vraiment passée en réalité.

Finalement, mêler les deux, fantastique et actualité, ne permettrait-il pas de rendre un récit encore plus réaliste ?

 

Marc : Stray Dog traite des questions de racisme et d’intolérance à travers les relations parfois extrêmement houleuses entre les Karats et les humains. En quoi ces thématiques te semblent-elles importantes, et pourquoi les aborder à travers le manga ?

VanRah : Je dirais « pourquoi pas » ?

Le racisme et l’intolérance sont des fléaux qui ont toujours gangréné l’Histoire de l’être humain. Aujourd’hui, malgré toute notre avancée scientifique, toute notre réflexion et les faits passés, notre espèce reste la seule à continuer de propager ces calamités qui sont encore et toujours d’actualité.

Ce sont des choses qui me touchent personnellement, et les dénoncer au travers de mes livres car si vous regardez bien, ces deux thèmes sont présents à chaque fois, à tous mes tomes, dans toutes mes séries, c’est ma manière à moi de militer contre ça.

Et si de par mes personnages, les lecteurs qui suivent mon travail peuvent être amenés à réfléchir là-dessus, peut-être pourquoi à regarder sous un nouveau prisme la manière dont ils conçoivent les choses et le monde qui les entoure, alors j’aurais gagné mon pari.

 

Marc : On trouve aussi dans Stray Dog beaucoup de scènes humoristiques, qui reposent sur les échanges très vifs et les disputes entre tes personnages, Tarot, Toru et Aki en tête. Comment conçois-tu tes gags et les répliques que s’échangent tes personnages ?

VanRah : Comme je l’ai dit plus haut, tout ce que je mets ou presque dans mes histoires est directement inspiré de ce que je vis moi au quotidien, ne serait-ce que parce que les personnages eux-mêmes ont des traits de caractère que je prends sur les gens de mon entourage afin de les rendre le plus « humain » possible.

Du coup, les répliques sont du dit ou de l’entendu dans la vie réelle, les expressions, façons de parler, réactions sont directement transposées du réel au papier.

Je n’ai pas besoin de chercher bien loin, j’ai, en permanence ou presque, les « vrais » personnages de mes séries « en live » dans ma propre vie.

 

Marc : L’exploration des relations entre les personnages constitue aussi l’un des points clé du manga, surtout celle d’Aki et de Toru, qui comporte des pans tragiques. Pourquoi avoir choisi de montrer l’humanité de tes personnages, avec toutes les nuances que cela comporte ?

VanRah : Je crois que vous avez-vous-même formulé la raison dans le libellé de votre question.

Si j’ai choisi de traiter mes personnages de cette manière, en les décortiquant au maximum, que ce soit au niveau de leur histoire comme au niveau de leur caractère, c’est vraiment pour rendre ces derniers le plus humains possible, mais aussi, le plus plausibles possible.

Personne ne fonctionne selon un seul trait de caractère. Dans la vraie vie, ça n’existe pas. De même, personne n’agira avec une seule ligne de conduite ou selon un seul et même but.  Même la plus louable des personnes n’aura jamais été toute blanche dans sa vie et ces défauts, ces imperfections, ces erreurs, c’est tout ça qui fait de nous ce que nous sommes.

Il me paraissait inconcevable de créer des personnages qui pourraient être rangés soit dans la catégorie des héros (du Bien) soit dans la catégorie des vilains (du Mal). Des personnages comme ça resteraient purement fictionnels et bloqueraient en un sens l’identification des lecteurs vis-à-vis d’eux.

C’est parce que nous sommes nous-mêmes bourrés de défauts, de failles, que l’on apprécie souvent les personnages secondaires au personnage principal qui lui, est stéréotypé.

C’était quelque chose que je ne voulais pas. Je souhaitais que chaque lecteur puisse au final se retrouver dans l’un des personnages et qu’ils puissent, via ce personnage, réfléchir lui aussi sur la portée des choses, de ses actions en général, pour qu’ils puissent ensuite appliquer ça dans la vraie vie et peut-être changer les choses. C’est beaucoup le cas en ce qui concerne les thèmes que je dénonce, via par exemple les personnages de Aki qui hait au départ une certaine catégorie de personnes sans même les connaître alors que petit à petit, à force de côtoyer Toru et par son biais, d’autres Karats, elle en vient à changer, à changer sa manière de voir les choses pour finir par trouver en Toru un allié et un soutien indispensable à sa reconstruction.

Je crois que le message n’aurait pas été le même ni perçu pareil si mes personnages avaient été tout noirs ou tout blancs.

Parce que nous-mêmes nous ne le sommes pas.

Enfin, étant donné que mes personnages sont calqués sur leurs modèles réels, existants, si je voulais ne pas trahir mes modèles, je devais quand même rester fidèle à leurs traits de caractère et ne pas les rendre lisses.

 

Marc : Tarot, Lycan Oméga et ancien exorciste qui travaille pour le BIRD, fait aussi partie des personnages les plus mémorables de Stray Dog. Comment t’es venue l’idée de le créer ?

VanRah : Tous mes personnages, à de très rares exceptions, sont basés sur des personnes réelles, que je côtoie au quotidien et/ou que j’ai côtoyées à un moment donné.

Prendre un modèle « réel » me permet ainsi de fixer au mieux les traits de caractère de chacun des personnages que je mets en scènes et de pouvoir les rendre le plus « humains » possible, que ce soit au niveau de leur comportement, de leurs réactions ou de leurs actions. Ceci, toujours dans l’objectif de permettre le plus possible l’identification du lecteur vis-à-vis d’eux, mais aussi de rendre ces personnages plausibles et réels, malgré le fait que cela soit fictionnel.

Je souhaitais que les lecteurs qui viendraient à suivre leurs (més)aventures puissent les voir comme des amis ou des ennemis, des alliés ou des adversaires qu’ils pourraient eux-mêmes avoir dans leur quotidien.

Pour en revenir à Tarot, j’ai fixé son personnage en prenant ma petite sœur pour modèle.

Comme lui, elle est grande, super « bien foutue », avec un très bon fond mais avec un caractère en acier trempé et une « grande gueule » qui détonnent. Elle a les cheveux noirs et courts, porte des lunettes/lentilles de contact pour des problèmes de vue.

Toutes les expressions et réactions que Tarot a sont basées sur celles de ma sœur.

Du coup, Tarot existe bel et bien, en chair et en os et comme lui, ma sœur est un crack en pâtisserie. Vous le verrez plus tard mais Tarot, quand il est très motivé, fait des crêpes plus vite que son ombre et touche sa bille en pâtisserie… ce qui tranche avec tout le reste mais après tout, n’est-il pas « spécial » de manière générale ?) car elle est cheffe pâtissière (imaginez donc Tarot, en version féminine, qui a le même franc-parler et la même capacité à « rentrer dedans » que lui, et qui d’en coup vous crée des trucs trop mignons et méga bons avec une facilité…. déconcertante, voire consternante. Et bien voilà, vous y êtes.

 

Marc : L’un des personnages principaux de Stray Dog, Toru, est assimilé à la mythique Bête du Gévaudan. Pourquoi avoir choisi de faire référence à cette légende ?

VanRah : Je mets toujours une part de folklore dans mes récits.

Ici, le choix s’est porté, entre autres, sur la Bête du Gévaudan car c’est non pas une légende mais une énigme judiciaire, à l’instar de Jack l’Eventreur, qui s’est réellement passé, ici, en France, dont on possède de nombreux témoignages encore aujourd’hui consultables dans les mairies et préfectures de Lozère et pour laquelle on n’a jamais trouvé d’explication ferme et définitive.

En réalité, on n’a jamais cherché à élucider cette affaire, contrairement à l’énigme Jack l’Eventreur alors que les victimes officiellement recensées se comptent par centaines – donc on est là sur un très grand nombre de meurtres –, alors que l’on possède quand même de nombreux écrits de l’époque, des témoignages recueillis et encore aujourd’hui existants, alors que cette affaire a, à l’époque, remis en question la monarchie française, sans parler du fait que les nombreuses battues organisées par les notables et mandatées par le Roi pour lever et abattre la Bête se sont soldées par l’extermination et la disparition du loup en France sans pour autant mettre la main sur la Bête puisque les meurtres ont continué après les battues.

Et malgré tout ça, on n’a quasiment personne qui s’est penché sur la question pour faire la lumière sur ce qui est devenu une vraie légende urbaine.

Essayez de compter le nombre d’écrits sur la Bête du Gévaudan, sur le nombre de réelles enquêtes qui se sont organisées à l’époque ou de nos jours pour élucider ce mystère. Vous n’en trouverez que très peu, excessivement peu comparé au nombre de victimes qu’il y a eues, sans compter sur celles qui ne figurent pas dans les décomptes car les attaques touchaient essentiellement des gens pauvres, des paysans. Et le sort des paysans n’avait d’importance à l’époque que parce que c’est sur eux que pesaient les taxes mais dans l’absolu, si je peux dire ça cyniquement, un de plus ou un de moins, ce n’était pas ça qui changeait grand-chose.

Malgré tout, l’ombre de la Bête du Gévaudan plane encore sur les terres de Lozère. Elle est entrée dans le folklore de cette région où on trouve encore des vestiges de son passage, prouvant qu’elle a bien existé : des calvaires de l’époque, frappés du sceau de la Bête, des statues, des stèles en mémoire aux victimes… tout ça est bien réel. Il s’est passé quelque chose là-bas, quelque chose d’épouvantable qui a marqué de manière indélébile toute une région.

Tout était présent pour faire un très bon scénario, d’autant plus que si on n’a jamais résolu cette affaire, plusieurs hypothèses ont été soulevées pour l’expliquer.

J’en ai pris une, celle qui me semblait la plus plausible – à savoir que les actes de la Bête était commis par certes un animal féroce mais une bête qui était contrôlée par un esprit humain qui lui donnerait l’ordre de tuer. Les attaques de l’animal étaient ordonnées par un être humain.

J’en ai fait une relecture via Toru qui est à la fois l’esprit humain et la Bête sous sa forme animale, mais je voulais garder ce fil conducteur que les meurtres étaient le fait d’un humain contrôlant une bête dressée à tuer.

 

Marc : Les Karats les plus puissants, appelés Alphas, doivent lutter avec une part démoniaque qui risque de les ronger ou de prendre l’ascendant sur eux, ce qu’on voit de manière tragique avec Toru. Pourquoi avoir choisi de mettre en scène cette lutte entre un individu et ses ténèbres intérieures ?

VanRah : En réalité, cette dualité n’est pas présente dans toutes les races de Karats. Beaucoup d’Alphas n’ont aucun problème avec la gestion de leurs pouvoirs.

Par contre, il y a certains types de Karats qui, effectivement, ont plus de mal à rester maîtres d’eux-mêmes. Cela concerne bien souvent ceux qui sont le plus émotifs et c’est, encore une fois, quelque chose que j’ai voulu coller à la réalité.

Les écorchés vifs, ceux qui sont à fleur de peau, sont des personnes qui, dans notre réalité, ont du mal à s’intégrer, à fonctionner dans une société où la compétitivité est de plus en plus féroce et où le sentiment est jugé presque inutile, voire risible car c’est une preuve de faiblesse. Les personnes émotives, si elles n’arrivent pas à trouver leur place et sont en perpétuel malaise face à une réalité qu’elles ne parviennent pas à gérer selon des normes établies mais qui ne sont pas les leurs, sont perçues comme des inadaptés sociaux, voire parfois, des personnes hystériques (donc en un mot, on les catégorise, dans cet extrême, comme des fous).

Si on regarde bien comment fonctionnent les Alphas qui déclenchent un problème avec leur partie démoniaque, déjà, on découvre presque toujours, derrière l’image de celui qui peut tout détruire par un coup de sang, un individu sensible, ironiquement d’une presque trop grande humanité pour faire face au monde qui l’entoure mais pourvu d’un pouvoir qui l’ostracise, qui l’isole encore plus et qui renforce son isolement. Sous le vernis du titre et du danger qu’ils représentent et le fait qu’ils puissent perturber la « bonne marche » de la société, on découvre très souvent des personnes attachantes, voire même très attachantes.

Ce serait, en un sens, la version fantastique de l’émotivité avec un grand E dans notre vie réelle.

Ensuite, j’ai mis en place cette confrontation entre la conscience « humaine » et celle démoniaque uniquement pour symboliser la conscience de la morale que chacun de nous peut avoir. Ces deux instances sont en général en « pourparlers » perpétuels et le résultat de ce débat de chaque instant détermine la portée de nos actes et de nos paroles.

Il en va de même chez les « Alphas à problèmes », sauf que pour eux, ces deux instances peuvent parfaitement se matérialiser au grand jour, physiquement et mentalement : par exemple, Toru, chez qui ces deux instances sont tellement en conflits, aura un comportement et une apparence très différente en fonction de laquelle des deux est à la barre. Idem pour Tarot alors que KiRah qui gère mieux ses émotions n’aura pas sans cesse ce combat interne à mener pour rester maître de lui-même. Son apparence reste la même, qu’il fasse appel à ses pouvoirs ou non.

En fait, chaque personnage de mon panel possède une part d’ombre plus ou moins grande et contre laquelle il doit lutter ou avec laquelle il doit composer pour pouvoir avancer.

Le fait que cette part d’ombre vienne à prendre plus de place chez certains va de pair avec le pouvoir qu’ils possèdent et la possibilité qu’ils ont de faire le mal avec mais aussi, avec le fait de cautionner ou pas les mauvaises actions qui peuvent en découler/qu’ils peuvent commettre.

Pour moi, c’était un moyen de mettre l’accent sur l’importance de réfléchir aux actions que l’on fait, à la portée de nos actes et aux conséquences qu’ils peuvent avoir. De même, je voulais montrer l’importance que doit revêtir la morale dans le monde d’aujourd’hui où il y a beaucoup de violence gratuite et où tout s’embrase pour n’importe quoi, même des choses futiles.

 

Marc : Quel est le personnage de Stray Dog que tu préfères dessiner et mettre en scène ? Lequel te donne le plus de mal ?

VanRah : A vrai dire, à part de très rares exceptions, les personnages que je mets en scène dans mes séries sont tous mes « bébés ». Et telle une maman, je suis heureuse de pouvoir les retrouver.

Après, je le dis souvent car votre question est un classique que l’on me pose depuis la parution de mes premiers tomes en édition professionnelle : je les aime presque tous, mais il y a effectivement un top 10 de ceux pour qui j’ai, en plus de les adorer, une sympathique toute particulière pour leur personnage, la manière dont ils interagissent, se comportent, réagissent par rapport aux épreuves que finalement je leur impose.

Dedans sont présents pas mal de personnages de Stray Dog/MortiCian car ces deux séries vont de pair, et ce sont des séries dures, qui les malmènent pas mal et les poussent vraiment dans leurs retranchements.

Et dans le top 10, il y a le top du top, mes gros bébés, mes chouchous et dedans, il y a Senri, Toru, Iruu, KiRah et Tarot.

Ceux-là sont vraiment spéciaux, de par leur histoire, les épreuves qu’ils doivent surmonter ou qu’ils ont dû subir, et puis spéciaux de par leur caractère, leur façon de parler…

Souvent d’ailleurs, étant donné que mes personnages ont tous été calqués sur des personnes de mon entourage, « bizarrement », ceux qui ont servi de modèles à mes chouchous sont des personnes que j’apprécie énormément.

Après, étant entièrement autodidacte dans mes dessins, il n’y a aucun personnage qui soit facile à faire pour moi, graphiquement parlant j’entends. Ils y en a qui me demandent plus de travail (Toru, Tarot, KiRah sont bardés de tatouages, piercings, ont souvent des vêtements assez complexes, idem pour Hiro et Yué de Ayakashi, Senri et Kazuhiro sont compliqués aussi mais plus par leurs attitudes respectives…), mais ça, je ne peux pas spécialement le prévoir à l’avance.

 

Marc : Mortician est présenté comme un spin-off et un préquel à Stray Dog. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette série ?

VanRah : A la base, MortiCian a été créée avant Stray Dog. Dans sa version originale, la série comportait 5 gros, très très très gros tomes, chacun étant centré sur l’un des protagonistes principaux de la série (KiRah, Tarot, Iruu, les jumeaux Kazuro et Kazan et Miru).

Ces personnages ont été créés il y a très longtemps, ce fut mes toutes premières créations d’ailleurs.

Stray Dog n’est arrivé en projet que plus tard, car une fois MortiCian achevé, un peu par envie de ma part de revoir des personnages au rythme desquels et avec lesquels j’avais vécu durant longtemps, mais aussi par demande des lecteurs qui suivaient mon travail en tant qu’auteure amateure. Il serait donc plus juste de dire que Stray Dog est une suite et un sequel de MortiCian que l’inverse.

Au départ, Stray Dog ne devait d’ailleurs être qu’un one-shot ciblé sur le personnage qui a fait la fermeture de l’histoire de MortiCian, à savoir Toru, dans le but d’apporter des réponses aux quelques points qui étaient simplement mentionnés dans les passés de KiRah et de Tarot qui eux, ne devaient apparaître que très succinctement.

En effet, si Toru était un personnage juste mentionné, le fait d’avoir croisé l’implacable Alpha Noir  avait atteint et changés KiRah et Tarot de manière irrémédiable.

Mais lorsque j’ai sorti les premiers chapitres de la série, toujours en tant qu’amateure et en autopublication, l’engouement des lecteurs a été immédiat et, à ma grande surprise, non pas uniquement parce qu’il s’agissait d’une Bd liée à MortiCian mais parce que Toru a fait plus que l’unanimité et ce, dès les premiers chapitres et alors que dans MortiCian il n’était montré réellement que dans quelques cases, à la toute fin du dernier tome, ce qui laissait très très peu de place pour découvrir et connaitre son personnage.

Les gens appréciaient Stray Dog non pas par son lien avec MortiCian, mais parce qu’ils appréciaient le personnage de Toru.

J’ai donc décidé de pousser plus loin le projet et d’en faire une vraie série ainsi que non plus un spin-off de MortiCian mais une suite officielle.

Après, l’histoire veut que Stray Dog fut passé en édition pro avant MortiCian mais ça, c’est parce que j’ai présenté le projet avant celui de MortiCian : étant autodidacte, si mes scénarios ont toujours été très travaillés, au début, mon style de dessin souffrait grandement du manque d’expérience, de cours, de pratique, de bases.

Montrer MortiCian en premier aurait desservi la série car les dessins étaient vraiment vieux et horribles.

Stray Dog ayant été par la suite travaillé comme une vraie série à part entière, j’ai donc proposé en premier celle-ci car plus récente, avec des dessins moins hideux.

La parution des premiers tomes de Stray Dog m’a permis de faire un reboot de MortiCian avec cette fois-ci des dessins entièrement refaits, des scènes et un scénario retravaillés entièrement. Même si pour les puristes, le caractère, l’histoire générale et des personnages principaux n’ont pas bougés et restent fidèles à ce qu’ils ont connu dans les livrets de la première heure.

Après, cette refonte ne me prend pas moins de temps, au contraire. Maintenant que j’ai fait level up niveau dessin et scénario, maintenant que la machine Stray Dog est passée avant, l’exigence que j’ai vis-à-vis de cette série est poussée à l’extrême.

Ensuite, j’ajouterai que si Stray Dog et MortiCian sont intimement liés, les deux séries fonctionnent à la fois en inter et en indépendance. J’entends par là que chacun a ses propres thèmes, ses propres règles et sa propre manière de traiter les personnages.de même, les histoires sont racontées d’une manière différente (pour Stray Dog, l’histoire est vue au travers du regard de Toru alors que MortiCian est montrée selon un point de vue narratif extérieur). Si les deux se complètent, j’ai fait en sorte que chacune puisse être lue sans avoir la nécessité de devoir lire l’autre pour la comprendre.

Ainsi, Stray Dog a ses fans, MortiCian a son public qui lui est propre, et ça, c’est quelque chose d’important, que je voulais absolument.

Ayant travaillé un moment dans le comics, j’ai été aussi lectrice assidue de comics. Et on retrouve très souvent des histoires qui se croisent mais avec l’obligation, pour avoir tous les épisodes, parfois, de devoir se procurer beaucoup d’issues pour savoir ce qui s’est passé : par exemple, vous êtes un lecteur de Batman, vous n’achetez donc que les issus de Batman. Sauf qu’à un moment donné, Batman part en mission à Starling City, en compagnie de Green Arrow et l’issue d’après, on a un Batman qui est de retour de sa mission avec des séquelles dont on ne saura jamais l’origine si on ne prend que les issues de Batman. Pour savoir, il faudra aller acheter les issues de Green Arrow pour savoir ce qu’il s’est passé.

Donc outre le fait d’obliger le lecteur à aller chercher lui-même des infos alors que normalement, quand il suit une série, il est censé les avoir dans la série et ne pas devoir s‘escrimer à aller les glaner lui-même, économiquement, cela revient cher car on se retrouve obligé, durant un temps tout du moins, de devoir acheter deux séries au lieu d’une pour avoir le fin mot de l’histoire.

C’est une technique commerciale qui ne m’a jamais plu, en plus d’être fastidieuse de par l’effort que ça représente pour le lecteur pour se renseigner et savoir dans quel recueil sortira la partie de l’histoire qui lui manque pour combler les trous dans celle qu’il suivait à la base.

Je ne voulais surtout pas ce type de système pour mes séries qui seraient des cross-over.

Cela me demande donc pas mal d’efforts pour boucler mes scénarios afin que les séries inter liées puissent être lues indépendamment les unes des autres. Mais au final, c’est une question de respect pour les lecteurs, en plus d’être de véritables défis pour moi, et… j’aime les défis, je pense que j’ai déjà dû le dire.

C’est aussi pour ça que MortiCian est présenté plus comme un spin-off que comme un préquel pour Stray Dog, afin de bien signifier aux lecteurs qu’ils ne seront absolument pas obligés de lire l’une ou l’autre des deux séries pour comprendre la seconde.

Enfin, que ce soit pour Stray Dog ou MortiCian, j’ai beaucoup de plaisir à dessiner les deux car dedans se trouvent des personnages qui représentent pour moi des amis de très très longue date.

 

Marc : Il me semble que Tarot y est présent ?

VanRah : Encore Tarot ? Vous avez un faible pour la girafe acariâtre ? (selon Aki, mais je crois que cet avis est quand même partagé par un trèèès grand nombre de personnages, notamment ceux qui ont la « chance » de le côtoyer).*rire*

MortiCian étant le spin-off de Stray Dog, on suit le parcourt de pas mal de personnages que l’on retrouve, quelques années après d’un point de vue scénaristique, dans Stray Dog.

C’est le cas, entre autres, de Tarot, de KiRah, de Miru, de Aki, Senri, Kazuhiro, Iruu et même de Toru.

 

Marc : Quelles sont les scènes qui te demandent le plus de travail ?

VanRah : En fait, il n’y a pas de constance. Ça va dépendre du contenu de la planche : une double page avec beaucoup de décor va d’emblée demander plus de travail qu’une page simple dans laquelle si les décors sont présents, l’accent et l’importance seront mis sur les personnages qui vont occuper le premier plan.

Mais parfois, il est plus facile pour moi de dessiner un décor complexe, même si ce-dernier s’étale sur une double page, que de réaliser une page simple mais dans laquelle les personnages sont censés faire passer beaucoup d’émotionnel et où je dois travailler énormément sur les mimiques des visages, la gestuelles, les dialogues afin d’essayer de transcrire au plus juste les émotions de chaque protagoniste et tenter de faire passer cela au lecteur.

Je dirais que c’est ce type de planches que je retravaille le plus, donc au final, qui me demandent le plus de réflexion et de précision.

 

Marc : Peux-tu nous en dire sur les prochains arcs de Stray Dog ?

C’est difficile pour moi de le faire, car ce serait spoiler l’histoire.

Mais ce que je peux dire, c’est qu’à l’issue du premier arc de la série, pratiquement tous les protagonistes principaux sont à présent sur l’échiquier. Mais beaucoup d’entre eux, Toru le premier, ne nous ont encore révélé qu’une petite partie de ce qui compose leur personnage et encore bien des secrets restent à être découverts ou révélés.

Ce qui est sûr c’est que si le premier arc de Stray Dog a été assez mouvementé, il fait office d’introduction et reste malgré tout assez « lumineux ». Les suivants seront plus sombres, au fur et à mesure que seront creusés à la fois les histoires de chacun des personnages mais aussi que seront exhumés les secrets d’Ishtar, tant dans sa population que dans ses fondations.

 

Marc : Quels conseils donnerais-tu à de jeunes auteurs de manga ?

VanRah : Honnêtement, de ne pas se mettre la barrière et/ou la lubie de se dire « je vais faire du manga » parce que c’est ce qu’ils lisent et parce qu’ils trouvent ça vendeur.

C’est la pire chose que l’on peut voir actuellement (du moins, de mon point de vue) car parce que le secteur du manga « marche », on a des auteurs, jeunes ou pas, confirmés ou débutants, qui veulent faire du manga sans pour autant, au final, vraiment en faire, et ça porte préjudice à la fois au registre du genre, à ceux qui sont réellement auteurs de ce style et au final, à ceux qui veulent renier le lecteur pour essayer d’en faire alors qu’à la base, ils n’en maîtrisent pas les codes.

En effet, toujours parce que le marché du manga se porte plutôt pas mal, beaucoup de personnes vont s’y essayer mais sans pour autant avoir bien identifié au préalable ce qui fait les règles de ce type de BD (entre autres mise en page dynamique, noir et blanc la plupart du temps, une pagination d’un minimum de 140 pages, un petit format là aussi la plupart du temps, une histoire centrée sur les personnages auxquels doivent s’identifier le lecteur donc un registre plus porté sur l’émotionnel…).

On retrouve donc beaucoup, au final, de BD de type Franco-belge voire comics mais sur un petit format, ce qui n’est en rien du manga, avec des styles de mises en page plutôt « bâtardes » avec un coup des passages de style Franco-Belges/Comics alternant avec quelques pages en style manga, le tout, avec des scènes non dynamiques dans leur mise en place et qui n’appartiennent au final à aucun style de BD. En gros, on a droit à des BD mutantes qui ne sont référençables nulle part, on ne sait pas comment les aborder, si ce n’est en les mettant dans le registre « graphic novels » où là, justement tous les styles, autres que ceux bien définis – Franco-Belges, Comics ou Manga -, même les plus expérimentaux, sont permis.

Egalement, bien souvent, ceux qui font de telles BD se revendiquent auteurs de mangas et pour peu qu’ils trouvent un éditeur qui ne connaisse pas trop le genre (peut-être parce que pour lui, le manga c’est juste du petit format à l’intérieur en noir et blanc), leurs créations, aussi qualitatives soient-elles, vont alors être référencées sous le label « manga » alors que ça n’en sont pas et ça met le wai ensuite dans les librairies et auprès des lecteurs qui ne savent même pas comment les aborder car ne retrouvant pas dedans ce qu’ils étaient venu chercher dans un manga (mise en avant des personnages, dynamisme des scènes, immersion du lecteur etc).

C’est en partie à cause de ce phénomène que, pour s’y retrouver, a émergé dans les esprits une nouvelle appellation pour définir ça, à savoir « le manga européen » ou « Global Manga » voire « Manfra » et autres termes peu élogieux, ce qui est absolument aberrant en plus d’être péjoratif pour les auteurs de manière générale, pour peu qu’ils soient d’origine européenne, qu’ils soient de vrais mangakas ou des dessinateurs de Franco-Belge/comics qui ont voulu s’y essayer.

Le manga, c’est du manga. Il y a des règles, des codes qui régissent ce style de BD, comme il y en a qui régissent le comics ou la Franco-Belge. A partir du moment où vous travaillez en observant les règles définissant le style Comics, vous faites du comics. Si vous travaillez en observant les règles définissant le style Franco-Belge, vous faites de la Franco-Belge. Et si vous travaillez selon les codes encadrant le style manga, vous faites du manga. Point.

La nationalité de l’auteur ne devrait même intervenir ni compter là-dedans.

Mais c’est à cause de toutes ses dérives que maintenant, ceux qui travaillent réellement dans le registre manga mais qui ne sont pas d’origine Japonaise doivent presque prouver leur légitimité à pouvoir travailler dans ce registre, démontrer que ce qu’ils font est « lisible », que cela respecte bien les codes du genre, que ce n’est pas parce que « ce n’est pas japonais que c’est nul », au contraire.

On n’a que dans ce type de Bd que l’on a cette aberrance. La nationalité des auteurs ne rentre jamais en compte pour tous les autres styles de BD, et ça, parce que à la base, certains veulent absolument y bosser sans en maitriser les codes.

On voit ainsi beaucoup d’auteurs de BD Franco-Belge qui d’un coup « font du manga » avec pour résultat une vraie BD Franco-belge, mais en petit format et en noir et blanc. Rien à voir, sauf que comme je l’ai dit, s’ils arrivent à se faire éditer avec ce type de projet et ce, par un éditeur qui à la base, ne fait pas de manga (souvent leur propre éditeur de Franco-Belge qui veut lui aussi surfer sur la vague manga sans pour autant voir autre chose dans le manga que des bd petit format et noir et blanc), cela se retrouvera alors sous le label manga ( la catégorie d’un livre est déterminée/annoncée par l’éditeur) alors que ça n’en est pas un, vendu au même titre que les mangas classiques et cela participera au délitement du regard que portent les lecteurs sur les mangas dessinés par des auteurs autres que Japonais car le lecteur attend de retrouver les codes auxquels il est habitué quand il achète une BD. Si on lui vend un livre comme un manga, qu’il l’ouvre et qu’il ne retrouve rien de ce qui fait un manga, en un sens, il ne va pas apprécier sa lecture et l’amalgame que l’on entend souvent « oui mais c’est pas du vrai manga, l’auteur n’est pas japonais » vient facilement, ce qui au final porte préjudice aux mangakas qui ne sont pas d’origine japonaise.

Enfin, le fait de vouloir travailler mordicus dans un style de Bd qui ne correspond pas à ce que l’auteur a besoin comme support va, c’est mon avis, altérer ses capacités d’expression.

la Bd est une voie d’expression pour les auteurs. On raconte une histoire et le support (le style de Bd) est le vecteur pour nous de nous exprimer.

Ainsi, on ne formate pas notre manière de nous exprimer en fonction du fait que telle manière est en vogue ou vendeuse. On choisit un style de BD parce que celui-ci est celui qui nous convient le mieux et nous permet de nous exprimer le mieux, nuance.

C’est aussi pour ça que je dis toujours « faites la BD qui vous ressemble, comme vous le voulez. Mais ne faites pas de la Franco-Belge parce que vous êtes fan d’Astérix et des beaux albums couleur, surtout si vous avez envie d’avoir une lecture dynamique et des personnages auxquels vous voulez que l’on s’identifie. Idem, ne faites pas du manga parce que vous êtes fan de Naruto, parce que L’Attaque des Titans s’est vendu à tant d’exemplaires si vous aimez la mise en page bien calée dans les cases rectangulaires et si vous avez envie que le scénario passe avant tout le reste et que vos personnages sont voués à mettre en avant votre scénario et non un scénario qui met en scène vos personnages. »

Le style de l’auteur n’a absolument aucune importance. On peut faire du manga avec un style réaliste, on peut faire de la Franco-belge avec un style un poil manga. Ce n’est pas ça qui est important.

Ce qui importe c’est de faire votre BD comme vous la sentez, une BD qui vous ressemble et qui sera votre moyen d’expression à vous.

Et si au final ça donne du comics, et alors ? C’est très bien le comics ! Vous ferez partie du clan de Batman, des Avengers ou du corps des Green Lantern.

Si au final, votre bd à vous fait partie de la Franco-Belge, félicitations ! Bienvenue dans l’un des styles qui a fait ses émules dans le monde entier.

Si votre projet se retrouve sous la forme de manga, et bien bravo à vous ! C’est formidable, vous pourrez dire, si votre projet passe au niveau supérieur, qu’en un sens, Masashi Kishimoto est un « confrère » de profession.

Enfin, si votre projet prend la forme d’un graphic novel car inclassable ailleurs, mais c’est top ! Vous avez une originalité qui vous met à part, et beaucoup de graphics novels ont fini en films ou films d’animation. Alors, est-ce si mal que ça, d’être en dehors des clous ?

 

Marc : Quelles sont tes prochaines dates de dédicace ?

VanRah : Hum, difficile à dire dans la situation actuelle.

J’avais beaucoup de dates en 2020, de février à Juillet (quasi deux dates par mois, y compris le salon du Livre Paris, le festival d’animation d’Annecy et Japan Expo Paris).

Là, avec le Covd-19, tout a été annulé, on va voir si les 48h de la Bd début Juillet pourra être maintenu, sinon, ce sera à voir à partir de Septembre 2020 si les dates sont conservées.

de toute façon, j’annonce toujours cela sur les réseaux sociaux quand une date est sûres, validée et conservée.^^

Finalement, les 48h de la Bd sont maintenus, ma prochaine dédicace se fera à la librairie Tribulles de Mulhouse, le samedi 4 Juillet 2020 avec en prime, en plus des dédicaces classiques, une session de dédicaces encrées, en nombre limité.

2 commentaires sur “Interview de VanRah

  1. J’aime toujours autant les interviews de ton blog ! Tes questions sont toujours pertinentes et les « invités » de choix. Je suis sûre que ça fait beaucoup de bien aux aspirants auteurs de BD, tout autant que, d’habitude, aux écrivains qui débutent ! ^^

    Aimé par 2 personnes

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s