Serii, de Takehito Moriizumi

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un manga de SF assez intimiste qui réfléchit sur les relations entre l’humanité et les machines qu’elle construit.

 

Serii, de Takehito Moriizumi

serii-akatombo

 

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Akatombo, que je remercie pour leur envoi du manga !

Takehito Moriizumi est un mangaka japonais né en 1975 à Tokyo. Serii est son neuvième manga.

En voici la quatrième de couverture :

« A la suite d’une catastrophe, un jeune homme se retrouve dans un immense manoir garni de livres en tous genres, accompagné de l’androïde nommée Sérii. Ce dernier lui fait alors la lecture des ouvrages, dans lesquels son compagnon humain trouve un refuge inespéré. »

Mon analyse du manga traitera d’abord du style graphique de l’auteur, puis je m’intéresserai à l’univers, aux personnages et à la narration de Serii.

 

L’Analyse

 

Dessin

 

Le style de l’auteur est très épuré, les décors ne sont par exemple pas particulièrement détaillés, sauf dans le cas de certaines cases et planches plus larges ou de la fin du manga, que je ne dévoilerai pas. Ils apparaissent simplement esquissés pour fournir un cadre au récit, et surtout, aux interactions entre les deux personnages, à savoir l’être humain standard Kakeru et l’androïde Serii.

 

Les designs des personnages sont également très épurés, on voit que Serii est une machine parce que tout son corps est blanc, yeux et cheveux inclus, tandis que Kakeru ressemble à un homme lambda. D’ailleurs, ce qui nous informe de la nature mécanique de Serii, dans le dessin, c’est d’une part la blancheur intégrale de ses traits, mais aussi le fait que son niveau de batterie s’affiche dans sa nuque, ce qui témoigne de sa mécanicité.

 

On peut observer que la technique de l’auteur, qui consiste à appliquer de l’eau avant d’utiliser de l’encre, donne un rendu assez épuré à son style de dessin, ce qui colle avec l’ambiance de son récit, qui est intimiste, et permet donc de mettre en valeur les interactions entre les deux personnages, mais également leur isolement. Le style de l’auteur colle également aux autres mangas inclus après Serii, parce qu’il permet de rendre de manière réaliste les personnages qu’il dessine dans ses récits autobiographiques, à mon sens.

 

 

Univers, personnages et narration

 

En effet, Kakeru et Serii vivent isolés du reste du monde, vraisemblablement ravagé par un cataclysme dont on ignore la nature. Takehito Moriizumi ne se concentre pas sur le cataclysme pour montrer la manière dont il influence la vie d’un homme, Kakeru, et celui de l’androïde qui l’accompagne, Serii, avec laquelle il passe ses journées. Serii est donc un manga qui s’ancre dans le genre du postapocalyptique, mais il ne met pas en scène des séquences de survie dans un monde dévasté. L’auteur s’intéresse à la vie de ses personnages, isolés du reste du monde (ce qui résonne de manière assez étrange avec l’actualité récente), au point que Serii s’interroge sur le fait que Kakeru soit potentiellement le dernier être humain encore en vie. Le manga de Takehito Moriizumi se situe alors dans une science-fiction intimiste, qui se concentre sur les rapports entre les personnages, et le rapport entre les catégories qu’ils représentent, la machine dans le cas de Serii, l’humanité dans le cas de Kakeru.

Le manga traite donc du rapport entre l’humanité et les machines, de la manière dont une intelligence artificielle peut percevoir un être humain.  On observe ainsi que Kakeru et Serii partagent leur vie, puisqu’ils prennent des repas ensemble, se lire des œuvres, mais également dialoguer. On remarque d’ailleurs que leur cohabitation dure sans doute depuis des dizaines d’années, puisque Serii arrive lorsque Kakeru est enfant. Leur situation semble idyllique, puisque les deux personnages se connaissent très bien et éprouvent de l’affection l’un pour l’autre, ce qu’on peut voir dans le fait que Kakeru souhaite rester avec Serii, au point de ne pas vouloir la réinitialiser, pour qu’elle conserve la mémoire et qu’elle reste la même. Cette situation finit cependant par être perturbée, puisque les générateurs du manoir où se trouvent Kakeru et Serii finissent par tomber en panne, puis l’androïde elle-même est victime de dysfonctionnements. Les deux personnages s’inquiètent l’un pour l’autre, puisque Kakeru prend garde à ce que Serii ne soit pas endommagée, tandis qu’elle fait attention à la santé et au bien-être de Kakeru.

Les deux personnages se trouvent donc dans une optique de confiance et de soin mutuel. Takehito Moriizumi créé donc un huis-clos qui n’est pas angoissant, puisqu’il constitue un rempart contre les dommages qui secouent le monde, mais aussi parce que les personnages enfermés dans le manoir ne sont pas en conflit l’un avec l’autre.

On peut donc supposer que Serii subvertit les huis-clos pour en faire non pas un lieu d’angoisse, mais un lieu de bienveillance mutuelle, au sein duquel les personnages sont présents l’un pour l’autre. On observe par ailleurs que Serii n’angoisse qu’une fois qu’elle perd Kakeru, parce qu’elle se retrouve confrontée à sa propre solitude.

On peut remarquer que si Kakeru a de l’affection pour Serii, l’inverse est également vrai, puisque l’androïde se confronte à la mort de Kakeru et à la perspective de sa propre disparition avec beaucoup d’émotivité et de tragique, ce qui lui confère une grande part d’humanité. La fin du manga remet également en perspective les séparations entres les humains et les machines, en montrant de quelle manière des êtres considérés comme des machines peuvent véritablement ressentir des émotions, mais également la façon dont ils peuvent supplanter les humains pour les remplacer comme espèce dominante sur Terre (de manière plus pacifique que dans Un océan de rouille, cela dit).

 

Le manga de Takehito Moriizumi traite également du rapport que les êtres humains, mais aussi les machines, peuvent entretenir avec les arts. En effet, Kakeru et Serii se lisent un grand nombre d’œuvres, Ursula le Guin, Antoine de Saint Exupéry et May Sarton par exemple, ce qu’on observe dans le fait que l’auteur dépeint des scènes de lecture, où les personnages citent et apprécient les textes, mais également les livres en tant qu’objets. Ils se trouvent en effet dans une immense bibliothèque, à la quelle les deux personnages tiennent énormément, au point de chercher à la préserver à tout prix.

 

Le mot de la fin

 

Serii est un manga de science-fiction postapocalyptique qui traite du rapport entre l’être humain et la machine.

A travers un huis-clos intimiste, Takehito Moriizumi montre la manière dont interagissent Kakeru et l’androïde Serii, présents l’un pour l’autre et se faisant la lecture. L’auteur prête des sentiments et un goût pour l’art à Serii, qui s’anthropomorphise à travers son rapport avec l’être humain qu’elle côtoie. Le style épuré du mangaka permet alors de rendre compte avec simplicité des moments de vie partagés par Kakeru et Serii, avant que l’androïde ne soit confrontée à la fin de l’humanité.

J’ai beaucoup aimé ce manga pour son aspect intimiste et la manière dont il interroge les relations entre l’humanité et les machines !

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