Le Roi des Krols, d’Olivier Martinelli

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Fantasy plutôt classique dans sa narration, mais néanmoins très efficace.

Le Roi des Krols, d’Olivier Martinelli

Introduction

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Leha. Je remercie chaleureusement Julien Guerry pour l’envoi du roman !

Olivier Martinelli est un auteur français né en 1967. Il écrit habituellement des œuvres de fiction réalistes qui s’ancrent dans l’autofiction et dans le polar, mais comme il l’indique dans les remerciements du Roi des Krols, premier volume du diptyque Le Livre des Purs, son fils l’a convaincu d’écrire de la Fantasy. Cette démarche d’aller vers la Fantasy s’observe aussi dans l’excellent Bankgreen de Thierry Di Rollo, que je vous recommande au passage.

Le Roi des Krols, paru en Septembre 2020 aux éditions Leha, est donc le premier roman de Fantasy de l’auteur.

En voici la quatrième de couverture :

« De paisibles villages perdus au bout du monde sont attaqués par une gigantesque armée venue les anéantir. Comme les jeunes de son âge, Daan (formé depuis des années au maniement de l’épée par son père) doit prendre les armes pour défendre sa vie et celle des siens.

Au cours de cette sanglante bataille, il voit son père, qu’il croyait simple charpentier, se transformer en terrible chef de guerre et roi d’un peuple éparpillé, qui se cache depuis des années d’un terrible peuple ennemi qui les a désormais retrouvés. »

Dans mon analyse du roman, je m’intéresserai d’abord à l’univers dépeint par Olivier Martinelli, puis à l’aspect initiatique du récit.


L’Analyse


Un univers martial et brutal


Olivier Martinelli décrit dans Le Roi des Krols un monde alternatif qui semble se situer à une époque médiévale, comme on peut l’observer dans le niveau technologique des civilisations qui s’opposent dans le roman, à savoir les Belecks, les Krols, les Vélins, et les Fradins, qui luttent contre l’invasion massive des Palocks, un peuple doté d’une peau blanche, de six doigts à chaque main, et de magiciens, sur lesquels je reviendrai. Tous ces peuples utilisent une technologie qui apparaît pré-industrielle, puisqu’ils se battent en utilisant des arcs, des arbalètes, des épées et des haches, les places fortes qu’ils doivent prendre ou protéger sont dotées de douves, de pont-levis et de remparts, comme des cités fortifiées ou des châteaux forts médiévaux. Les batailles décrites par l’auteur sont largement des batailles terrestres, qui mettent en jeu des forces telles que la cavalerie et l’infanterie.

Cependant, malgré le nombre très important de combats à pied, on peut noter que l’auteur fait également la part belle aux batailles navales et aériennes, à travers les créatures employées par les peuples alliés aux Belecks, mais aussi par les Palocks. Les Vélins sont en effet liés aux soulines, des oiseaux capables de transporter trois hommes. Les soulines jouent alors un rôle important lors des affrontements, parce qu’elles permettent des frappes aériennes grâce aux archers qui les montent, ainsi que des évacuations ou des arrivées éclair sur le champ de bataille. Les Fradins, quant à eux, vivent avec des animaux marins, les éolins, qui tractent leurs navires et leur permettent d’aller plus vite, ce qui leur permet de surpasser en vitesse les vaisseaux Pallocks, pourtant supposés plus rapides.

Le lien des différents peuples avec des créatures marines et aériennes montre alors la relation qu’entretiennent les peuples rattachés aux Belecks avec la Nature, par opposition aux Palocks, qui semblent soumettre la nature et compter sur leur supériorité numérique. En effet, les Palocks mobilisent également des animaux lors des combats, tels que des faucons destinés à abattre les soulines, ainsi que les fricoles, des monstrueux ours dotés de quatre bras (oui oui) et d’une queue pouvant décapiter des soldats (re oui oui). Ceux-ci apparaissent cependant soumis et entièrement dévoués à la guerre, là où ceux des Belecks et de leurs alliés existent en dehors des conflits.

On observe également une forte présence de la religion, sous la forme d’un culte polythéiste doté d’une relique sacrée, le Livre des Purs qui donne son nom au cycle d’Olivier Martinelli.  Ce Livre des Purs se trouve au centre du conflit entre les deux factions, puisque les Belecks cherchent à le conserver dans leur Temple, tandis que les Palocks cherchent à s’en emparer, de même que les territoires des Krols, des Belecks, des Vélins et des Fradins. Olivier Martinelli ajoute donc un motif religieux au conflit territorial qu’il décrit.

Le médiévalisme supposé du roman se trouve remis en question par les armes employées par les supposés mages Palocks, qui semblent être des armes à feu, semblables aux « lances à feu » présentes dans L’Empire du Léopard d’Emmanuel Chastellière. En effet, les Belecks prennent ces armes pour des prouesses surnaturelles alors qu’il s’agit en réalité de balles et de poudre à canon. Cette supposée magie se trouve alors largement démystifiée lors des batailles, qui mettent à mal les mages Palocks et leur puissance apparente, au point que leurs armes peuvent se retourner contre eux (oui oui). La supériorité technologique et numérique des Palocks se trouve alors remise en question au cours des combats (j’y reviendrai).

La narration du roman s’effectue au présent, avec des points de vue multiples. On passe d’un point de vue central à la première personne, celui de Daan, qui raconte son histoire, à d’autres points de vue transmis à la troisième personne, avec par exemple celui de sa sœur, Zila, ou de son frère, Lak, mais aussi des personnages comme Irün, forcé de trahir son peuple, ou des alliés des Belecks contre les Paloks, avec les frères Virol et Radeas qui défendent l’île de Linus. Le point de vue de Daan se distingue cependant de ceux des autres personnages parce qu’il permet un accès direct à ses pensées de manière constante.

La progression narrative du roman s’appuie parfois sur des analepses. On observe ainsi que la narration du roman n’est pas complètement linéaire, puisque l’auteur s’appuie sur des changements de personnage points de vue combinés à des analepses pour montrer d’autres évènements du conflit qui oppose les Palocks aux Belecks. Il décrit ainsi les invasions des îles de Linus et Fradeg, mais également les conflits internes au peuple des Belecks, à travers le conflit entre les partisans de Kal et ceux de Brün, un traître cruel et cynique qui cherche à devenir le roi des Krols par tous les moyens, incluant le sacrifice de sa propre famille.

De par le conflit militaire qu’il décrit, le Roi des Krols est un roman de Fantasy martiale, qui fait la part belle aux batailles, aux tactiques audacieuses, et aux exploits guerriers de ses personnages. Les affrontements de l’alliance des Belecks contre les Palocks sont mis en scène de manière très efficace. Olivier Martinelli met l’accent sur des tactiques de guérilla ou de défense qui permettent à ses personnages de compenser leurs sous-effectifs face à leurs ennemis, ce qu’on remarque notamment lorsque les Palocks prennent l’assaut de l’île de Linus et voient leur avancée stoppée par des assassinats nocturnes et du pétrole enflammé (oui oui), ainsi que d’autres pièges orchestrés par les Fradins. Les personnages ont également recours à des tactiques désespérées, telles que prendre l’ennemi à revers après avoir traversé une forêt pleine de lianes (non, pas celles de Semiosis) qui se nourrissent du sang de leurs victimes (oui oui). Les personnages du roman subissent ainsi des revers parfois meurtriers.

Un récit initiatique


Le roman d’Olivier Martinelli dispose d’un aspect initiatique pour certains de ses personnages, notamment les enfants des chefs de clan, à commencer par Daan, son frère Lak et sa sœur Zila. Les personnages sont en effet assez jeunes au début du récit et vivent de manière plutôt paisible, tout en apprenant le maniement des armes, de la même manière que les autres adolescents Belecks. A la différence près que les jeunes Belecks s’entraînent au sein d’une Académie, tandis que Daan, son frère et sa sœur sont entraînés par leur père, Kal, ce qui tend à les singulariser. 

Leur clan vit de manière enclavée, solitaire et autarcique à la suite d’une opposition entre les Belecks et les Krols. Daan et sa famille vivent ainsi au sein d’un environnement paisible et clos sur lui-même. Par conséquent, les jeunes Belecks ignorent tout ou presque du monde extérieur, auxquels ils se confrontent de manière brutale lors de l’invasion Palock. Ils vivent alors une guerre qui les endurcit et les amène à l’âge adulte, notamment en termes de responsabilités, puisqu’ils sont appelés à diriger une armée aux côtés de leur père, et à se battre contre les Palocks qui cherchent à les exterminer. La guerre amène alors Daan à l’âge adulte, mais accentue également sa singularisation, qui devient alors une héroïsation.

En effet, à mesure qu’il s’illustre sur le champ de bataille, le personnage acquiert le respect des siens et devient Daan le Rouge, un guerrier capable de prouesses martiales et de mener des soldats, comme on l’observe dans le fait qu’il dispose de son propre contingent militaire, « l’armée des cheveux courts ». Elle est composée de jeunes Krols lassés de la soumission de la génération de leurs parents face aux Palocks lors de l’invasion de l’île de Leck, et qui souhaitent donc les affronter. L’Armée des cheveux courts est un contingent de novices, dont la volonté et la force collective vont être éprouvées lors des batailles, qui lient chacun de ses membres et leur font acquérir le respect des guerriers Belecks, mais également de se démarquer de leurs parents.

Cet aspect initiatique s’applique à d’autres personnages que Daan, à commencer sa sœur Zila et son frère Lak. Ils apprennent en effet au côté de leur frère et s’illustrent également lors des combats contre les Palocks, ou lors d’actions individuelles considérables qui les singularisent et leur confèrent de la maturité et de la notoriété. On peut prendre l’exemple de Sao, jeune Krol qui a fait face, impuissant, à la capture de la cité de Leck par les Palocks. Sao intègre en effet l’armée des cheveux courts afin de prouver sa valeur et de se distinguer des autres Krols, et parvient à se hisser au rang des lieutenants de Daan grâce à sa loyauté et sa détermination. L’armée des cheveux courts permet également à d’autres personnages de s’illustrer, à l’image de Sépa, personnage manchot qui bat en brèche les préjugés de Daann sur son handicap physique grâce à ses lancers de couteaux d’une efficacité redoutable.

Les jeunes personnages Belecks, malgré leur enfermement dans le cirque de Kilos, se confrontent avec succès au monde extérieur, incarné par leurs ennemis, mais également par leurs alliés, qui sont des vétérans de guerre face auxquels ils doivent faire leurs preuves.

Par exemple, Kal, le père de Daan, Zila et Lak est un héros de guerre qui s’est illustré face aux Palocks par le passé, a même accédé au statut de Roi des Krols. Cependant, il masque ce statut de la même manière que le passé des Belecks et les raisons de leur présence dans le cirque de Kilos se trouvent occultés par les adultes du clan Beleck. Les jeunes sont alors dépossédés de l’histoire de leur clan, et n’apprennent la vérité que parce que le passé, sous la forme du conflit avec les Palocks, ressurgit. De la même manière, le statut royal de Kal et son autorité ne ressurgissent qu’avec la guerre. On observe donc un contraste entre sa position sociale dans la société recluse des Belecks, où il officie comme charpentier, et la façon dont il gouverne les peuples lors du conflit. À ce titre, Olivier Martinelli mobilise le topos du retour du roi, qui met ses sujets face à leur culpabilité et dont l’objectif est de rétablir l’ordre. Ce contraste est noté par ses enfants, qui remarquent les changements d’attitude et de perception des Belecks, et le respect des autres peuples, vis-à-vis de leur père.

Le récit, malgré son classicisme qu’on remarque dans son aspect initiatique et le monde décrit par l’auteur (il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, des romans marqués par leur classicisme peuvent être très bons, regardez Mage de Bataille de Peter Flannery) n’est donc pas complètement manichéen, puisqu’il montre que la faction des protagonistes n’est pas totalement unifiée, ce qu’on remarque dans l’opposition entre Kal et Brün, qui prend des proportions meurtrières.

Le mot de la fin


Selon moi, Olivier Martinelli a bien fait de s’essayer au genre de la Fantasy ! Le Roi des Krols, premier volume du diptyque Le Livre des Purs, décrit l’invasion de l’île de Leck par les Palocks, à laquelle les peuples Beleck, Krol, Fradin et Vélin font face au cours de batailles sanglantes et épiques, marquées par un déséquilibre des forces et les tactiques ingénieuses des belligérants.

Le roman met en scène une quête initiatique, celle de Daan, jeté dans un conflit militaire d’envergure au cours duquel il va s’illustrer par ses exploits guerriers, mais également par son talent de meneur d’hommes. D’enfant vivant dans un monde enclavé, il devient Daan le Rouge, héros de guerre célébré par ses alliés et craint par ses ennemis.

Le Roi des Krols reprend certes des éléments classiques du genre de la Fantasy, mais il les met en scène de manière efficace !

Si ce roman vous a plu, je peux vous conseiller de lire Mage de bataille de Peter Flannery, J’ai également interviewé l’auteur.

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Acaniel, Charybde, Phooka, Lutin

3 commentaires sur “Le Roi des Krols, d’Olivier Martinelli

  1. J’ai crains un moment que le roman tombe dans le Young Adult, et puis finalement en évitant une dichotomie totale, et avec quelques scénes bien senti, cette impression initiale s’est effacée.
    J’ai également bien aimé, et le classicisme en littérature n’est pas péjoratif pour moi non plus.
    Ma chronqiue paraîtra jeudi ou vendredi, mais nous partageons le même point de vue.

    Aimé par 1 personne

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