Interview Olivier Gechter

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de te proposer une interview d’Olivier Gechter, auteur du Baron Noir et d’Evariste aux éditions Mnémos. Il est également anthologiste pour Marmites et micro-ondes, actuellement en financement sur Ulule et dont je vous ai récemment parlé.

Vous pouvez retrouver toutes les interviews du blog dans la catégorie dédiée, ainsi que grâce au Tag « Interview ».

Je remercie chaleureusement Olivier Gechter pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !

Interview d’Olivier Gechter

Marc : Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Olivier Gechter : Olivier Gechter, 47 ans, auteur, ingénieur entre autres. J’ai commencé à écrire des nouvelles en 2001, avant de passer aux romans dix ans plus tard (Le Baron Noir, Evariste aux éditions Mnémos). J’ai aussi un lourd passif de gastronome, ce qui m’a valu d’être régulièrement invité au festival des Utopiales pour parler alimentation et imaginaire.

Marc : As-tu toujours voulu être auteur ? Qu’est-ce qui t’a amené à l’écriture, et aux genres de l’imaginaire en particulier ?

Olivier Gechter : En fait, je me suis mis à l’écriture sur le tard. J’ai toujours été un très gros lecteur, j’avais bricolé des scénarios de jeux de rôle quand j’étais ado, des petits essais en école d’ingénieur, mais jamais plus. En fait, mes passions, c’était les arts martiaux et la cuisine. Après un accident, j’ai dû arrêter longtemps les arts martiaux. J’ai commencé à écrire des petits trucs pour m’occuper et pour me prouver que je pouvais le faire, mais je n’en faisais rien. Et un certain Vincent Corlaix m’a proposé un jour de participer à un concours de nouvelles… que j’ai gagné. Donc j’ai continué à écrire.

Marc : Tu es l’auteur de Baron Noir et d’Évariste. Comment les idées de ces récits te sont-elles venues ?

Olivier Gechter : Évariste, c’est venu au boulot. On fabriquait une machine pharmaceutique et rien ne se passait comme prévu. En plus de ça, le client (une boîte indienne) avait exigé qu’un brahmane vienne bénir la machine avant de l’envoyer. Pour rigoler, j’ai dit à des collègues qu’on pourrait monter une boîte d’exorcismes industriels après une expérience pareille. L’idée est restée à mûrir dans un coin de ma tête pendant quelques années jusqu’à ce qu’elle fasse tilt et que je commence à écrire.

Pour le Baron, à la base, c’est une commande pour les éditions Céléphaïs. J’étais avec l’éditeur au salon du livre de Paris. Au détour d’une conversation, Laurent Girardon m’avait demandé si je n’avais pas une novella steampunk sous le coude. « Il me la faudrait dans trois mois. C’est pressé.

– Bien sûr, que je réponds. Pas de problème. Trois mois, c’est juste le temps qu’il me faut pour relire mon premier jet. »

On tope-là et je cours chez moi (j’habitais à 500 mètres du Salon, c’était pratique) et je me suis mis à chercher une idée exploitable en 3 mois (oui, c’est pas beau de mentir). J’ai assemblé une histoire de superhéros, j’ai ajouté Clément Ader que je connais bien pour avoir travaillé sur son avion à l’école d’ingénieur, j’ai tué Napoléon à Austerlitz et c’est parti. Je livrais 100 pages 3 mois plus tard (mon record). J’ai eu droit à 3 nominations à des prix et on m’a commandé deux suites.

Marc : Comment se sont déroulées les rédactions des récits qui composent le recueil Baron Noir : Année 1864 et celle d’Évariste ? Y a-t-il eu une différence dans ta manière d’appréhender ces récits ? As-tu des anecdotes à partager à ce sujet ?

Olivier Gechter : Pour Évariste, j’ai eu besoin de plusieurs années pour collecter toutes les anecdotes incongrues qui devaient émailler le bouquin. Je voulais que tous les lieux fantastiques, mais aussi tous les personnages et tous les faits fantastiques soient inspirés de faits, de lieux et de personnages réels. Je voulais juste déformer un peu la réalité et intégrer tout ça dans la vie de mon consultant en occultisme industriel, le seul à voir que la réalité n’est pas ce qu’on croit. L’intrigue est venue d’un coup pendant une pause-café au boulot. Tilt ! Tout s’est mis en place. J’ai écrit le premier chapitre que quelques minutes. J’ai mis plus de temps à écrire tout le reste !

Pour le Baron, comme je l’ai dit plus haut, j’ai commencé par une novella calquée sur les super-héros, avec des personnages historiques que je connaissais bien, en choisissant une année particulièrement riche en évènements de toute sorte : 1864. Ça m’a permis d’aller très vite. La suite, Bel Ange m’a demandé un peu de recherche sur l’opéra Pelletier. Je voulais une histoire qui se passait pendant son incendie (un incendie uchronique). Tant qu’à jouer aux incendiaires, je me suis dit que ce serait une bonne idée de mettre le feu à d’autres bâtiments de Paris. J’ai donc étudié des tas de cartes anciennes de la ville, jusqu’à décider de bruler le palais de l’industrie, qui était à l’emplacement du Grand Palais. J’ai ajouté un Louis Guillaume Perrault, un inventeur de génie dont on ne sait pas grand-chose (inventeur de la motocyclette entre autres), Victor Hugo, Bakounine. Secouez, servez frappé ! La troisième partie a été plus longue. C’était une demande de Mnémos qui voulait éditer trois histoires dans le même livre. Je voulais donner de l’ampleur aux personnages, trouver une intrigue plus ambitieuse, développer le côté steampunk. Là encore, j’ai regardé des cartes, et j’ai étudié tout ce qui s’est passé en 1864. C’est là que j’ai découvert qu’il y avait eu un combat naval entre un navire nordiste et un navire sudiste, en pleine rade de Cherbourg ! Plus qu’à trouver un complot, des sous-marins, des ornithoptères, des dirigeables partout et d’inventer la Tour Eiffel.

Marc : Comment s’est déroulé le processus éditorial de ces récits ?

Olivier Gechter : Pour Évariste, mon premier éditeur (de sinistre mémoire) a fait un travail de cochon. Même pas une correction (alors que je suis dysorthographique. Vous imaginez le désastre). Mnémos a repris le flambeau quelques années plus tard. Là, j’ai eu droit à une passe de commentaires et de recommandations sérieuses qui ont vraiment amélioré le livre.

Quant au Baron Noir, Mnémos a fait du bon boulot. Le directeur littéraire ne m’a pas raté : 3500 commentaires sur un bouquin de moins de 400 pages… Certains m’ont conduit à reprendre des chapitres entiers ! Mais même si ce n’est pas très agréable, les commentaires de l’éditeur sont importants. Pour moi, un livre réussi, ça passe par une vraie implication de l’éditeur.

Marc : L’univers du Baron Noir constitue une uchronie steampunk dans laquelle Napoléon III est Président de la République française en 1864. Cette République française est d’ailleurs portée par le progrès scientifique, rattaché à la vapeur. Pourquoi avoir choisi l’uchronie et le steampunk comme ressorts de ton récit ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans ces deux genres ?

Olivier Gechter : Depuis L’Automate Mangeur d’Opium de Mathieu Gaborit, j’adore l’esthétique steampunk. Mon côté ingénieur mécanicien n’arrange rien : étudiant, j’étais membre du l’Institut d’Archéologie Industrielle. J’ai écrit un mémoire sur l’Avion III de Clément Ader, dont j’ai réalisé une maquette numérique (pourrie d’un point de vue mathématique). J’ai aussi contribué à construire une réplique de la première voiture à avoir dépassé les 100 km/h.

Par contre, je n’avais pas l’intention d’écrire quelque chose sur le sujet avant qu’un éditeur ne m’en parle. Mes idées viennent souvent comme ça. Rien ne vaut une idée imposée !

Marc : Le 19ème siècle que tu dépeins est donc très différent de celui que l’on connaît, puisque la France reste une République sous Napoléon, Victor Hugo n’est pas en exil, et la France est parcourue par des dirigeables. Pourquoi avoir mis en scène ces divergences historiques précises ?

Olivier Gechter : Je suis parti de 2 faits divergents : Louis XIV n’était pas bigot, mais fou de science (postulat purement gratuit de ma part), ce qui permet à Denis Papin de développer son moteur avec l’aide d’un puissant mécène (Papin avait réellement esquissé un moteur dans un de ses manuscrits, mais il était ruiné et en exil à cause de l’abrogation de l’Edit de Nantes. Il ne l’a jamais réalisé). Seconde divergence : Napoléon Bonaparte reçoit une balle perdue pendant la bataille d’Austerlitz. Il meurt, mais la France est position de force et Talleyrand peut prendre les commandes et empocher la mise. Arago, le président scientifique vient apporter encore plus de brillant à tout ce contexte.

On se retrouve donc avec une France qui mène les sciences et l’industrie depuis Louis XIV, qui n’a pas perdu son énergie en guerres stupides, et qui domine politiquement l’Europe. Pas d’empereur Napoléon Ier ? Pas de Napoléon III : Louis Napoléon était en réalité républicain et n’a pris le titre d’Empereur que pour d’image.

Tout le reste du roman découle de tout ça.

Marc : Les récits du Baron Noir évoquent à plusieurs reprises des notions scientifiques, à travers les personnages de Louis-Guillaume Perreaux et Clément Ader, un scientifique et un aviateur qui évoquent des engins « submersibles » et « plus lourds que l’air ». Pourquoi traiter de ces notions scientifiques ? Pourquoi avoir dépeint des personnages historiques rattachés aux progrès de l’ingénierie dans ton roman ? Tu dis dans la postface de Baron Noir que tu ne voulais pas d’un point de divergence purement technologique, comme le font Bruce Sterling et William Gibson dans La Machine à différences. Pourquoi ?

Olivier Gechter : Je suis ingénieur et j’adore l’histoire des sciences. Les ingénieurs et les savants du XIXe étaient de grands aventuriers. La jeunesse de François Arago mériterait un film. L’histoire du calcul du méridien de Paris est une épopée passionnante. La disparition et le sauvetage de Jussieu, les études secrètes de Clément Ader sur le plus lourd que l’air, tout ça est passionnant. Et ces gens-là ont découvert tout ce qui a bâti le XXe siècle, pour le meilleur et pour le pire.

Et c’est pour ça que je ne voulais pas d’une machine merveilleuse qui transforme le monde. Ce ne sont pas les machines qui transforment le monde. C’est l’homme. Les machines ne sont que les extensions de ses membres. Pour moi, le point de divergence ne pouvait être qu’humain.

Et puis honnêtement… les points de divergence purement technologiques que j’ai pu lire ont toujours doucement fait ricaner mon côté ingénieur. Ils sont trop naïfs pour être crédibles, comme les inventions de la science-fiction des années 60.

Marc : Le Baron Noir qui donne son nom aux récits est une sorte de super-héros, qui combat le crime avec de nombreux instruments, notamment une armure fonctionnant grâce à de l’air comprimé qui augmente ses capacités physiques de manière drastique. Pourquoi mettre en scène un personnage super-héroïque ? Pour le faire dans le cadre d’un récit steampunk ?

Olivier Gechter : Comme je l’ai dit plus haut, j’avais très très très peu de temps pour écrire la novella et je partais de rien. Comme je suis fan de Comics, j’ai customisé un héros, je lui ai ajouté un majordome, je lui ai trouvé un méchant (inspiré de mon cordonnier) et j’ai utilisé mes connaissances de pneumatique et voilà !

Rapide, facile, et dans le Paris de 1864 ça en jette carrément.

Marc : Cependant, le Baron Noir n’est qu’une identité secrète, car l’homme derrière le super-héros s’avère être Antoine Lefort, un riche industriel aidé par son majordome Albert. On peut voir un parallèle entre ton personnage et Batman, le super-héros de DC Comics. Est-ce que tu avais Batman en tête en créant Antoine Lefort et son alter ego ? Quel est ton rapport à Batman ?

Olivier Gechter : Alors là, raté. Je n’ai aucun rapport avec Batman. Je n’ai jamais lu un seul comics de ce personnage et j’ai vu un film, il y a longtemps. Je crois que c’est la série moisie des années 60 qui m’a dégoûté. Du coup, j’ai choisi Iron Man. Tony/Antoine Stark /Lefort. Personne ne l’a trouvé pourtant je croyais que c’était évident (rire). Alors évidemment, le majordome brouille un peu les cartes. Mais le but n’était pas de pomper Marvel. Juste gagner du temps avec la création de personnages. Et comme d’habitude, le personnage prend très vite ses aises et développe une personnalité propre.

Marc : Le Baron Noir affronte d’ailleurs des super-vilains, tels que Stanislas l’Oiseleur et ses oiseaux mécaniques. Pourquoi avoir créé de tels ennemis pour ton personnage ?

Olivier Gechter : Un héros ne brille que parce qu’il a des ennemis brillants. Je voulais un méchant sympathique, avec du panache, du mystère et une technologie anormalement avancée dans mon univers (qui reste le plus fidèle à la mécanique possible).

Mon cordonnier avait du panache, de la gouaille, une tenue extravagante. Pour les oiseaux, je ne sais plus comment c’est venu. Ma fascination pour les corneilles peut-être.

Marc : Peux-tu nous en dire plus sur la suite des aventures du Baron Noir ? Et celles d’Évariste ?

Olivier Gechter : Évariste 2 est très très avancé. Plus qu’à finaliser le dernier chapitre (j’ai encore modifié de petites choses… l’intrigue est complexe à boucler) et c’est bon.

Pour le Baron, j’ai quelques bonnes idées en tête et notamment, un fil conducteur qui me mène jusqu’au super méchant final (un personnage historique, bien évidemment). Mais tout reste à faire. Je commencerai le travail dès qu’Évariste sera parti chez l’éditeur.

Marc : En dehors de ton activité d’auteur, tu es également éditeur et anthologiste. En quoi consiste le travail de l’anthologiste ? Comment est-ce que tu le perçois ? Qu’est-ce qui t’a amené à le devenir ?

Olivier Gechter : Pour moi, l’éditeur doit être un partenaire de l’écrivain. J’aime quand un éditeur me propose des thèmes à explorer ou qu’il challenge mon travail. Évidemment, il doit assurer également dans le marketing et le commercial. C’est très varié comme métier et tous les éditeurs ne sont pas bons dans tous les domaines.

L’anthologiste, c’est une sorte de fleuriste spécialisé dans les compositions florales. Il doit choisir (ou faire écrire) des textes qu’il travaillera éventuellement avec les auteurs, et trouver un agencement, une ligne directrice à tout ça. Pour cela, il lui faut un bon carnet d’adresses, une bonne connaissance du sujet qu’il veut mettre en valeur.

Marc : Tu es anthologiste sur Marmites et micro-ondes, un recueil de nouvelles de littératures de l’imaginaire centré sur la nourriture. Peux-tu nous en dire plus sur cette anthologie ?

Olivier Gechter : Il s’agit d’un hommage au fanzine éponyme, créé par Philippe Heurtel et qui a publié 25 numéros entre 2000 et 2010. C’était le seul fanzine au monde à ne publier que des nouvelles relevant à la fois des genres de l’imaginaire et de l’alimentation. Étant fan des deux, j’ai envoyé des textes à Philippe dès que j’ai découvert sa revue et je n’en ratais aucun numéro.

Je l’ai co-dirigée 2 ans de 2008 à 2010 avec Vincent Corlaix.

Ce zine a publié des auteurs reconnus maintenant dans le milieu (Karim Berrouka, Thomas Geha, Ketty Steward, Romain Lucazeau…) ou qui l’était déjà à l’époque (Philippe Curval, Philippe Ward, Sylvie Miller…) et on a trouvé que ça valait le coup de rendre hommage à cette revue pour les 20 ans de sa création. Beaucoup d’auteurs « historiques » nous ont suivi.

Marc : Comment s’est déroulée la sélection des textes ? Est-ce que vous avez reçu beaucoup de propositions ?

Nous avons d’abord invité quelques auteurs de notre connaissance (souvent des anciens de Marmite) avant de lancer un appel à textes. Nous avons reçu 130 textes environ.

Marc : Marmites et micro-ondes est financé par crowdfunding sur Ulule. Pourquoi ce choix de financement ?

Olivier Gechter : Au départ, nous devions être publiés par Rivière Blanche. Malheureusement, l’éditeur a décidé de cesser les anthologies pour des raisons financières. Il faut être clair : les anthologies sont toujours des petits tirages et jamais des succès de librairies. C’est un boulot de passionnés, mais la passion ne fait pas bouillir la marmite.

J’ai donc proposé le projet à Géphyre, qui a dit oui aussitôt. Mais le problème du financement se posait pour une petite structure dont le calendrier de publication est déjà plein. On a donc tenté le financement participatif. On cherche 5500€ pour le tirage initial et 500€ de plus pour la rémunération des auteurs. L’idéal serait palier 3 (8500€) car il permettrait de publier un second volume avec des textes supplémentaires et un meilleur contenu éditorial,

Marc : Sur quels projets d’écriture travailles-tu actuellement ?

Olivier Gechter : Je travaille avec Vincent Corlaix et Dimitri Régnier sur une nouvelle saison de notre Podcast « Les Archives de l’Insondable » et sur des tas de trucs autour de cet univers absurde.

J’ai aussi un 3e roman avancé au 2 tiers. Un polar noir fantastique dont une partie est parue en 2018 comme nouvelle dans l’anthologie Etrange Détective, aux éditions Rivière Blanche.

Et toujours mon livre de cuisine post-apo, avec le chercheur Christophe Lavelle.

Marc : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs, en tant qu’auteur et éditeur ?

Olivier Gechter : Soyez exigeants envers vous-mêmes. N’hésitez pas à choisir un auteur que vous aimez, et tentez de faire mieux que lui. Même si vous n’y arrivez pas, vous progresserez.

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