Interview de Pascal Malosse

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de te proposer une interview de Pascal Malosse, auteur des Fenêtres de Bronze et de Soleil trompeur, disponibles aux éditions Malpertuis !

Vous pouvez retrouver toutes les autres interviews du blog dans la catégorie dédiée du menu, ou grâce au tag Interview.

Je remercie très chaleureusement Pascal Malosse pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !


Interview de Pascal Malosse


Marc : Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Pascal Malosse : Bonjour Marc, je publie depuis 2014 des nouvelles, novellas et romans en essayant d’avoir une démarche artistique cohérente. Je suis à la recherche de la beauté inattendue, fasciné par le sentiment d’étrangeté que nous rencontrons tout au long de notre vie. Le fantastique, le surréalisme, le symbolisme, le décadentisme, le récit noir, l’absurde sont autant de genres dont je me sens proche.


Marc : As-tu toujours voulu devenir auteur ? Qu’est-ce qui t’a amené à l’écriture, et plus particulièrement aux genres de l’imaginaire ?

Pascal Malosse : La fiction au sens large a dès mon plus jeune âge occupé une place essentielle. Enfant unique, j’ai autant appris des films, des BD et des livres que de mes parents ou de l’école (enfin j’espère que c’est une fausse impression, sinon je suis mal barré…). J’ai toujours voulu y participer d’une façon ou d’une autre. Un professeur de français à Bruxelles organisait des séances d’écriture libre et des « rêves éveillés ». Écrire est un moyen simple d’y accéder. Un ordinateur, un clavier et on peut voyager ! Le cinéma me paraissait trop technique. Et je n’avais pas de talent pour les autres arts comme le dessin.


Marc : Ton dernier recueil de nouvelles, Soleil trompeur, aborde le Sud de manière très large, de la Corse au Moyen-Orient, en passant par l’Espagne et l’Italie. Pourquoi avoir choisi d’aborder cette zone géographique ? Pourquoi y placer de l’étrange ?

Pascal Malosse : D’abord parce que j’ai déménagé de Varsovie à la Côte d’Azur en 2017. Un changement assez radical ! J’avais envie d’explorer cette région que je connais depuis l’enfance, une partie de ma famille venant de Montpellier et de la Corse. De nombreuses œuvres assez sombres se déroulent dans le Sud : le film « Plein soleil » adapté de Patricia Highsmith, le cinéma italien de Rossellini, de Pasolini, de Fellini, le roman « le guépard » de Tomasi di Lampedusa et mis en scène par Visconti. Je trouve le contraste entre la beauté saisissante des paysages et la noirceur des récits particulièrement attirant.


Marc : Soleil trompeur est d’ailleurs ton troisième recueil de nouvelles. Est-ce que tu dirais que tu privilégies ce format par rapport au roman ? Pourquoi ? Est-ce que c’est un format difficile à publier ?

Pascal Malosse : La nouvelle est pour moi un plaisir, car elle me permet de changer rapidement d’univers, d’expérimenter. La composition d’un recueil prend par contre beaucoup de temps, il faut savoir abandonner certains textes, se renouveler sans cesse. Le roman demande de la discipline sur la durée, un engagement plus intense et continu. J’apprécie les deux exercices qui sont très différents. Je réussis à publier mes nouvelles grâce à des petits éditeurs passionnés. Par contre les promouvoir auprès des libraires, c’est une autre histoire. C’est un format difficile à vendre en France.


Marc : Tu as également écrit un roman, Les Fenêtres de bronze. Comment as-tu eu l’idée de ce roman ?

Pascal Malosse : L’idée était de travailler sur le huis clos. Comment obtenir le maximum d’effets avec peu de moyens ? Comme un film à petit budget, j’ai voulu une structure solide, avec peu de personnages et de lieux. La trilogie des appartements de Polanski a été une inspiration. « À rebours » de Huysmans aussi. Comment créer un univers riche entre quatre murs ? Et puis, bien sûr, le pouvoir de la fiction, capable d’éduquer une personne enfermée depuis toujours, de lui procurer une vie de remplacement.


Marc : Comment s’est déroulée la rédaction des Fenêtres de bronze ? En quoi a-t-elle pu différer de l’écriture de tes nouvelles ?

Pascal Malosse : Je l’ai vécu comme une longue nouvelle en fait. Avec la même intensité, mais sur la durée. C’est sans doute pour cette raison qu’il n’y a pas de digression dans ce roman. Tous les éléments mènent au dénouement. Je ne suis pas sûr d’être capable d’écrire des « romans fleuves ».

Marc : Tu es franco-polonais. Sans rentrer dans les détails, Les Fenêtres de Bronze abordent le destin d’une famille polonaise vivant en France. Est-ce qu’il te semble important d’aborder ce pays dans tes récits ? Pourquoi ?

Pascal Malosse : La Pologne occupe une grande partie de ma vie. Ma mère a quitté son pays après ses études de médecine. J’ai vécu sept ans à Varsovie où j’ai rencontré mon épouse Anna, philologue, animatrice culturelle et qui possède une grande connaissance des auteurs polonais et slaves. Difficile d’y échapper !


Marc : Tes récits abordent également des thématiques sociales. Pourquoi aborder ce type de thématiques par le biais de l’étrange ?

Pascal Malosse : Quand je me lance dans des nouvelles ou dans un roman, j’essaye d’exprimer quelque chose d’essentiel. Quelque chose de difficile à nommer, qui doit prendre la forme d’une histoire. En prenant du recul, je constate que les thématiques sociales reviennent régulièrement. L’inégalité, la médiocrité des puissants me révoltent profondément, à toutes les époques.


Marc : Tes récits montrent en quoi l’étrange, voire même l’horreur, peuvent survenir sans le surnaturel. Pourquoi créer des récits appartenant au fantastique dépourvus de surnaturel ?

Pascal Malosse : Nous ressentons l’étrange au quotidien. Nous côtoyons l’horreur chaque jour, en écoutant les nouvelles, dans nos quartiers, parfois même dans notre entourage ! Souvent nous préférons l’ignorer ou regarder dans une autre direction. Chez les grands classiques, Conrad, Melville, Dostoïevski, les meilleurs passages déchainent notre imagination et suggèrent l’horreur sans le moindre artifice, en puisant dans une réalité sordide et proche de nous. L’imaginaire peut être très familier.


Marc : D’autres récits du recueil s’appuient de manière claire sur le surnaturel. Pourquoi juxtaposer ces deux approches de l’étrange ?

Pascal Malosse : Il s’agit de la même approche. Le surnaturel n’est pas programmé. Il survient dans mon écriture sans crier gare. Quand j’essaye d’exprimer un sentiment ou une idée de la meilleure façon possible, des monstres ou des fantômes peuvent être nécessaires, en raison de leur fonction symbolique ou de l’effet qu’ils provoquent. J’espère que le surnaturel dans mes textes demeure ambigu, notamment grâce aux tourments du narrateur.


Marc : Les nouvelles du recueil sont très souvent narrées à la première personne. Pourquoi ce choix de narration ?

Pascal Malosse : La première personne permet de plonger dans le cœur de l’action. Les débuts des nouvelles doivent emporter immédiatement le lecteur, sinon elles ne fonctionnent pas. Beaucoup de récits fantastiques sont à la première personne, avec des récits imbriqués, c’est sans doute une nécessité du genre. Le narrateur peu fiable est technique éprouvée. Enfin, en tant qu’écrivain, c’est comme pour un acteur, l’occasion d’endosser un rôle, d’explorer des choses inavouables, des facettes insoupçonnées. Une sorte d’expérience mentale qui nous conduit vers l’inconnu. 


Marc : Les Fenêtres de bronze, mais aussi les nouvelles « L’Abîme » et « La Folie d’Héraclès », ont un côté métalittéraire (et métacinématographique dans le cas de « L’Abîme »), puisque tu décris des personnages qui commentent et/ou produisent de l’art. Pourquoi ajouter cette dimension méta-artistique à tes récits ? Est-ce que c’est une manière de parler de la manière dont on peut créer ?

Pascal Malosse : Dans ces textes que tu cites, il y a un aspect « forain » et manipulateur. J’adore la sensation de vertige que peut procurer la fiction. C’est magique qu’un texte puisse vous faire perdre pied. Les mises en abîme sont un moyen d’y arriver. Il y a aussi l’idée de la puissance de la fiction, capable de tordre le réel de façon effrayante.


Marc : D’ailleurs, certains de tes récits sont très référencés. Elisa dans Les Fenêtres de bronze lit un grand nombre d’auteurs, tels qu’Agatha Christie Voltaire, Edgar Allan Poe Sienkiewicz ou encore Mickiewiecz, et ta nouvelle « La Folie d’Héraclès » traite de mythes antiques, par exemple. Pourquoi inclure ce type de références au sein de tes textes ?

Pascal Malosse : Les références ont une fonction narrative. Dans les fenêtres de bronze, Élisa se construit grâce à la littérature car elle n’a pas accès au monde extérieur. Chaque auteur et autrice lui fait découvrir un pan de notre société, naturellement déformé. J’ai choisi « La folie d’Héraclès », cette pièce d’Euripide, pour son titre et la scène clé du meurtre de la famille. Mon but était de faire monter la tension entre la répétition et la première du spectacle.


Marc : Au-delà des références artistiques, tu ancres aussi tes récits dans un contexte historique précis, à l’image de « La Portraitiste », qui se déroule pendant l’insurrection bulgare, ou « Les Fantoches », qui met en scène les fascistes italiens. Pourquoi ancrer tes récits dans ces contextes particuliers ?

Pascal Malosse : Il y a d’abord un plaisir à effectuer des recherches, à ressentir des lieux historiques et leurs fantômes. Cela permet de donner aussi une touche réaliste à mes récits, pour ensuite mieux surprendre le lecteur. D’autre part, nous n’apprenons pas grand-chose de l’Histoire. J’essaye sans doute d’exprimer une détresse, en constatant que nous sommes condamnés à répéter les mêmes erreurs. L’Histoire serait alors une sorte reflet de nos malédictions communes et persistantes.


Marc : Deux récits de Soleil trompeur, « La Cathédrale » et « Voyage organisé », semblent se dérouler dans le futur. Est-ce que c’est le cas ? Est-ce que tu les rattacherais au genre de la science-fiction ?

Pascal Malosse : Pas au moment de leur écriture. Pour « Voyage organisé », j’étais plutôt en train d’écrire une satire de nos mœurs touristiques contemporaines. Quant à « La Cathédrale », c’est la fascination pour toutes les couches de croyances de certains lieux saints qui m’a projeté vers le futur. L’inspiration vient de Sainte-Sophie et de la Mosquée-Cathédrale de Cordoue. L’aspect dystopique de ce genre de texte ne m’apparait qu’après. Ça m’est déjà arrivé sur des textes plus anciens, tel que « droit dans la brume » dans mon premier recueil.


Marc : Quels conseils aurais-tu pour les jeunes auteurs ?

Pascal Malosse : D’être le plus personnel possible. Il peut être plaisant de rendre hommage aux auteurs qu’on admire, de glisser de nombreuses références. Mais c’est en puisant en soi, en cherchant quelque chose d’essentiel, d’inexprimable autrement qu’à travers une histoire, que l’auteur forgera son « style », à force d’expérimentations. Et le style c’est primordial. Je rajouterais que la singularité a ses limites : il faut se mettre à la place du lecteur, miser sur son intelligence, en le tenant fermement par la main pour ne pas l’égarer (ou alors volontairement !). Bref, maitriser sa narration.


Marc : Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Pascal Malosse : J’ai terminé un roman plus ambitieux que le précédent, sur lequel je vais refaire un passage. Tellement personnel et bizarre qu’il risque d’être difficile à publier ! De plus, écrit avant la pandémie, il a pour contexte un couvre-feu permanent… Je travaille aussi sur trois novellas, un format que je commence à adopter et qui me plait bien.


Marc : Quelles sont tes prochaines dates de dédicace ?

Pascal Malosse : Comme les collègues, je subis de nombreuses annulations. Par exemple le salon de Mouans-Sartoux qui devait avoir lieu en octobre. Comme tous, j’espère une embellie au printemps prochain.

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