La Nuit des labyrinthes, de Sabrina Calvo

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler de la suite de Délius, une chanson d’été.

La Nuit des labyrinthes, de Sabrina Calvo


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Mnémos, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Sabrina Calvo est une autrice française de science-fiction, de fantasy et de fantastique née en 1974. Elle est également dessinatrice, scénariste, et travaille dans le domaine du jeu-vidéo, notamment dans le game-design.

Ses œuvres mêlent souvent science-fiction, fantastique et réalisme magique, genre qui se différencie du fantastique par son aspect plus onirique et moins horrifique. Elle a reçu le prix Julia Verlanger en 2002 pour Wonderful, et le prix Bob Morane en 2016 pour Sous la Colline, avant de remporter le Grand Prix de l’imaginaire et le prix Rosny Aîné pour Toxoplasma. Ses trois derniers romans, Elliot du Néant (2012), Sous la Colline (2015) et Toxoplasma (2017), sont disponibles chez La Volte. Son cycle de Fantasy Bertrand Lacejambe est en cours de réédition aux éditions Mnémos, Délius, une chanson d’étéest paruen 2019 et La Nuit des labyrinthes, dont je vais vous parler aujourd’hui, a été republié en Novembre 2020. Les Moutons électriques ont récemment réédité Sunk, coécrit avec Fabrice Colin. On peut aussi noter que le numéro 97 de la revue Bifrost est consacré à l’autrice.

La Nuit des labyrinthes fait suite à Délius, une chanson d’été, et est à l’origine paru en 2004 chez J’ai Lu, et a été réédité aux éditions Mnémos en Novembre 2020, dans une version revue et corrigée par l’autrice.

En voici la quatrième de couverture :

« Marseille, 1905. En ce soir de Noël, on inaugure le pont Transbordeur dans la fête et les feux d’artifice. Bertrand Lacejambe, botaniste aux cheveux capricieux, assisté par son ami Fenby, elficologue amateur, est chargé d’élucider la mystérieuse disparition de la plus banale espèce de fleur de la ville.

Piégés dans un labyrinthe urbain aux occultes secrets, de soirées mondaines en scènes de panique, nos deux héros vont très vite se retrouver au cœur d’une conspiration qui menace de plonger la cité phocéenne dans le chaos. Et de ressusciter l’un de ses plus terribles cauchemars. »

Mon analyse du roman s’intéressera d’abord à la manière dont Sabrina Calvo dépeint Marseille, son histoire et ses aspects occultes.

L’Analyse


Marseille, passé communard et occulte


La narration de La Nuit des labyrinthes se construit en référence aux événements de la Commune de Marseille, et toutes les morts civiles qu’elle a engendrées, mais aussi le sentiment de révolte qu’elle a nourri et les désillusions qu’elle a causées. Sabrina Calvo rattache une mémoire collective, historique et traumatique, au passé individuel de ses personnages, à commencer par Bertrand Lacejambe, le botaniste enquêteur, dont l’enfance a été profondément marquée par les événements de la Commune, puisqu’il a vécu l’insurrection dans ses moments les plus sanglants, avec notamment l’exécution de Gaston Crémieux, militant représentant du peuple. Ainsi, si l’intrigue de Délius, une chanson d’été se déroulait dans des lieux différents, en Angleterre, en France et aux États-Unis et sur un temps long, celle de La Nuit des labyrinthes se déroule durant un laps de temps beaucoup plus court, la nuit de Noël 1905, et dans un lieu plus restreint, la ville de Marseille. Ce resserrement du lieu et du temps d’action correspond à l’exploration du temps de la psyché et du passé de Bertrand, qu’on découvre lors d’analepses ou au cours de dialogues, qui montrent ses liens avec le personnage de Vivaux, un esthète désespéré et nihiliste, la Commune de Marseille, mais aussi la franc-maçonnerie, puisqu’il a en partie été élevé par une commune de francs-maçons, comme on l’observe dans sa relation avec Lionel, un maçon qu’il connaît très bien. On remarque que l’imaginaire communard est mobilisé dans un cadre contemporain par l’autrice dans Toxoplasma, qui dépeint une Commune de Montréal. La ville de Marseille est quant à elle le cadre du roman Sous la colline.

À travers les désastres qui se produisent dans Marseille et l’enquête de Bertrand Lacejambe et Femby sur la disparition de la fleur Marina Massalia, pourtant extrêmement répandue, Sabrina Calvo interroge les éléments qui fondent l’essence et l’identité de la cité phocéenne. Elle aborde ainsi sous un angle historique et documenté la Commune de Marseille et sa répression sanglante par les exactions du général général Espivent de la Villeboisnet, opposé aux idéaux de Gaston Crémieux, ou encore la haine de Léo Taxil pour les francs-maçons. Elle traite aussi de l’inauguration du pont Transbordeur, qui marque d’une certaine manière l’entrée de la ville dans l’ère industrielle, et sa rupture avec la nature, illustrée dans la disparition de la Marina Massalia, ainsi que la rivalité de Marseille avec Aix en Provence, notamment au football, ou « calcio », dont certains personnages discutent à plusieurs reprises. L’autrice montre comment cette identité peut être détruite, à travers les attentats occultes qui secouent la ville, tels que des meurtres dans un cabaret souterrain par des lampions et une compression des spectateurs, une explosion de stade, des rivières de sang, ou encore des attaques de vélo (oui oui). Au-delà de la quête de la Marina Massaslia, l’enquête de Bertrand et Femby a pour enjeu de sauver Marseille des forces occultes qui l’assaillent et cherchent à la détruire. L’aspect merveilleux du récit s’avère bien plus sombre que dans le roman précédent, parce que la magie présente dans La Nuit des labyrinthes constitue une source d’horreur, comme le montrent certaines scènes horrifiques et violentes, notamment dans le cabaret et au stade. Cet aspect violent et sombre se retrouve dans d’autres œuvres de l’autrice, à l’instar de Sunk, dont les personnages sont brisés par leur condition et les événements qu’ils vivent. Cependant, La Nuit des labyrinthes est aussi porteur d’humour, à travers certaines plaisanteries sur le football, par exemple.

Durant leur enquête, Bertrand et Femby croisent la route de plusieurs éléments merveilleux occultes liés à des sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie, les Théosophes, ou encore le groupe « Anabaï », qui organise des séances de spiritisme et détient des grimoires qui permettent de jeter des sorts et des malédictions. Ils rencontrent également des figures énigmatiques, les « Lou », êtres métamorphes, puisqu’ils peuvent prendre forme humaine ou s’incarner dans des cheminées (oui oui), qui sont porteurs de la touche de merveilleux et d’étrangeté des univers de Sabrina Calvo.

Cette touche d’étrangeté est également présente dans les deux personnages principaux du récit, Bertrand Lacejambe et Femby.

Bertrand et Femby, aimants et perdus


Le botaniste et l’elficologue ont profondément été changés huit ans auparavant, après l’affaire du Fleuriste, racontée dans Délius, une chanson d’été, parce qu’ils ont été confrontés à la mort, à l’horreur et au surnaturel lors de leur confrontation avec le tueur qui remplissait ses victimes de fleurs. Bertrand semble bien plus aigri et misanthrope qu’auparavant, puisqu’il vit presque complètement reclus et s’occupe de ses fleurs, mais aussi de Femby. En effet, ce dernier est devenu une fleur (oui oui, littéralement) après avoir été sauvé par les fées d’un bosquet magique. Son corps est donc transformé, puisqu’il « pousse » de la même manière qu’une fleur et doit être taillé par Lacejambe. Femby est donc devenu une sorte de transhumain féerique, situé entre l’humain et le végétal.

L’enquête sur la disparition de Marina Massalia permet aux deux personnages de se confronter de nouveau au surnaturel, au monde réel dont ils ont vécu isolés pendant huit ans, mais aussi (et surtout ?) à leur relation et à sa nature. Bertrand et Femby vivent ensemble, mais semblent de moins en moins se supporter, malgré les sentiments (très) forts qu’ils peuvent éprouver l’un pour l’autre.


Sans rentrer dans les détails, Sabrina Calvo traite donc de l’amour que ses personnages peuvent ressentir, en explorant l’amour que Bertrand porte à Femby (et inversement), mais aussi les sentiments que Bertrand éprouve pour Vivaux, son ami d’enfance. Ces sentiments apparaissent réciproques. Toujours sans rentrer dans les détails, on remarque que Bertrand aime les hommes qui se rapprochent des fleurs, métaphoriquement ou non.

On observe que l’enquête de Bertrand permet à l’autrice de mobiliser de l’ironie dramatique sur l’identité du coupable du chaos qui règne à Marseille. On retrouvait le même mécanisme dans Delius, qui donnait le point de vue du Fleuriste dans des chapitres qui lui étaient dédiés. La Nuit des labyrinthes apparaît plus subtil sur cet aspect, puisque le point de vue du coupable est dispersé à l’intérieur même des chapitres du roman. Il suit en effet la progression de Bertrand et Femby, et s’adresse carrément à Bertrand sous la forme de divers objets, ce qui donne lieu à des incises telles que « dit la poubelle, encombrée ». On a également des scènes de prosopopée plus improbables, avec par exemple une soupe au pistou qui dit « What da woïd ? » (oui oui). Cette phrase revient assez souvent, au même titre que l’incantation « Fe fi fo fum », qui marque des scènes assez étranges et/ou violentes. Ainsi, le coupable donne en amont un grand nombre d’éléments qui informent le lecteur sur ses objectifs, son identité, et ses relations aux enquêteurs et à la ville de Marseille, que Lacejambe et Femby ne découvrent qu’à la fin du récit. En plaçant le point de vue du coupable à l’intérieur même des chapitres qui donnent le point de vue de Bertrand, Sabrina Calvo marque l’ignorance de son personnage, mais également et surtout son incompréhension des événements qui se déroulent autour de lui.

Le mot de la fin


La Nuit des labyrinthes est un roman de Fantasy de Sabrina Calvo dont l’intrigue se déroule huit ans après les événements de Délius, une chanson d’été. À Marseille, pendant la nuit de Noël 1905, Bertrand Lacejambe et Femby enquêtent sur la disparition de la Marina Massalia, une fleur pourtant extrêmement commune, alors que des événements occultes menacent de provoquer la destruction et la ruine de la ville.

Le duo d’enquêteurs explore la cité phocéenne pour expliquer la disparition de la Marina, mais aussi afin de trouver l’individu derrière les horreurs qui se produisent dans la ville. Cela confronte Bertrand à son passé, lié à la Commune de Marseille et ses conséquences, ainsi qu’à sa relation avec Femby, devenu en partie une fleur après l’affaire du Fleuriste, qui les a profondément marqués tous les deux. Sabrina Calvo montre alors quels sentiments, parfois contradictoires, agitent ses personnages, mais aussi comment des événements historiques peuvent façonner des ambitions très différentes.

Si vous avez aimé Délius, une chanson d’été, ou si vous aimez la plume de Sabrina Calvo, je ne peux que vous recommander La Nuit des labyrinthes !

J’ai également lu et chroniqué d’autres œuvres de l’autrice, Sunk, Toxoplasma, Elliot du Néant, Délius, une chanson d’été

Vous pouvez également consulter les chroniques de Zoe prend la plume, Livraisons Littéraires

4 commentaires sur “La Nuit des labyrinthes, de Sabrina Calvo

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