Toute entrée est définitive, de Vincent Mondiot

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman des Saisons de l’étrange, dont les prochains romans arrivent bientôt !

Toute entrée est définitive, de Vincent Mondiot


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse de la part de l’auteur, qui m’a envoyé un exemplaire dédicacé du roman ! Ensuite, les Saisons de l’étrange ont lancé un financement participatif via Ulule, du 15 Février au 15 Mars, je vous invite à y participer si les projets pulp vous intéressent !

Vincent Mondiot est un auteur français né en 1984. En parallèle de sa vie d’auteur, il a exercé les métiers de professeur de langue et de réceptionniste de nuit. Il écrit majoritairement des romans pour la jeunesse ou pour les adolescents, publiés chez Actes Sud Junior, tels que Rattrapages, Nightwork, et dernièrement Les derniers des branleurs. Il est également auteur de Fantasy, avec Les Mondes-miroirset L’Ombre des arches, publiés chez Mnémos. Il tient également un blog, que je vous invite à consulter si vous aimez découvrir des artistes musicaux !

Toute entrée est définitive, dont je vais vous parler aujourd’hui, est paru en 2020, dans la collection Les Saisons de l’étrange de l’éditeur Moltinus.

En voici la quatrième de couverture :

« On ne part pas de la colonie, ses frontières sont des barreaux, ses demeures, des cellules, et ses habitants, des prisonniers. Alors quand la promesse d’un vaisseau prêt au départ vibre aux oreilles des incarcérés, pas étonnant qu’elle remue les cœurs. Parmi les fuyards, un adolescent a pris la poudre d’escampette, abandonnant sa mère éplorée ; et c’est Guillermo Ortiz, le plus mauvais modérateur de la cité, qui est chargé de récupérer le gamin, aidé de Soraya, son « assistante ». Cet incompétent notoire sera-t-il capable de tirer son enquête de l’impasse ? Rien de moins sûr, car Kitej ne possède aucun détour, seulement des voies sans issue. »

Dans mon analyse du roman, je traiterai de la société spatiale et cyberpunk décrite par l’auteur et des personnages justiciers qu’elle abrite.

L’Analyse


Kitej, huis-clos cyberpunk et corrompu


Le roman de Vincent Mondiot se déroule sur Kitej, une planète colonisée par l’humanité dans le but de donner une « Deuxième chance » à l’humanité dans le cadre d’un programme de conquête qui porte ce nom, alors qu’elle a presque détruit la Terre. Ce topos assez classique de l’humanité qui cherche à se reconstruire sur une autre planète que la sienne peut également s’observer dans Semiosisde Sue Burke, par exemple. Cependant, si la colonisation s’avère effective sur Kitej, elle échoue socialement, parce que les passagers du vaisseau spatial embarqué vers la planète étaient des criminels et des repris de justice désireux de faire disparaître leur casier judiciaire. La terraformation de la planète, pourtant prévue, a donc été abandonnée, à cause de la corruption presque totale de la société, puisque les pouvoirs publics ferment les yeux sur les exactions et les trafics des criminels et que la plupart des habitants de la colonie vivent d’expédients ou dans la misère. On peut également noter que la colonie de Kitej comporte plusieurs « niveaux », dans lesquels la population est répartie en fonction de son statut social. Les plus riches sont situés dans les plus hauts niveaux, tandis que les plus pauvres se trouvent dans les bas niveaux, ce qu’on observe dans le fait que Soraya et Guillermo vivent au niveau 0 de la colonie, qui comporte également un niveau -1, où se trouvent des dealers, des trafiquants d’armes et d’autres activités illégales. La colonie est protégée par un Cube qui fournit une atmosphère respirable aux habitants de Kitej et filtre les radiations présentes dans les autres écosystèmes de la planète et provoquent les mutations chez les laissés pour compte qui vivent en dehors de la colonie, ce qu’on observe chez le criminel MacBeth, qui a trois mains (oui oui).

La répartition sociale verticale est un topos courant de la SF, qu’on observe dans Les Monades urbaines de Robert Silverberg, et plus récemment dans Le Goût de l’immortalitéde Catherine Dufour et Upside Down de Richard Canal et permet de marquer spatialement l’opposition entre classes dominants et dominés. À travers la mise en scène d’un monde corrompu et inégalitaire, Vincent Mondiot montre la réussite d’un programme de conquête spatiale, mais l’échec de ses visées sociales. La surpopulation menace la colonie, sans que la terraformation puisse permettre d’aménager de nouveaux territoires, et la violence est omniprésente au sein de Kitej, ce qu’on observe chez les figures de gangsters, tels que MacBeth et son associée, Madame Azul, dont la passion est « de tirer sur des trucs » (oui oui) pour les faire exploser et d’asseoir leur domination sur Kitej. L’auteur aborde également le rapport des habitants de la colonie de Kitej à la Terre, qu’ils n’ont jamais connue, mais dont certains sont pourtant nostalgiques. Cette nostalgie se remarque dans le langage des personnages, où on trouve certaines expressions animalières qui mobilisent des espèces qui n’existent pas sur Kitej (et sans doute plus sur Terre), mais dans les descriptions des prénoms et des physiques des personnages, qui renvoient à des cultures qu’ils ne peuvent pas connaître. Pourtant, une partie de l’humanité de Kitej regrette la Terre, qui apparaît alors comme un paradis perdu. La fugue de Palerme, l’enfant recherché par Guillermo et Soraya, est par exemple motivée par le désir trouver un vaisseau en partance pour la Terre, qui serait supposément « forcément mieux » que Kitej.

Face à cette violence et à la corruption des pouvoirs publics, des instances de justice sociale se sont formées en parallèle des forces de police de Kitej, avec les figures de modérateurs, qui sont des sortes de détectives privés justiciers plus ou moins armés. Les modérateurs sont sollicités par des particuliers pour mener à bien des enquêtes dont la police ne se charge pas. Vincent Mondiot décrit deux figures de modérateurs, l’une idéalisée par la population car performante, Angel Zéro, suréquipé de technologie, et l’autre inconnu et médiocre en la personne de Guillermo, dont le désir de justice semble inversement proportionnel à ses compétences réelles, ce qui ne l’empêche pas de se vanter. Guillermo est accompagné de Soraya, une jeune adolescente dont il s’occupe parce qu’il en a fait la promesse à son père. Soraya épaule Guillermo au cours de ses enquêtes grâce à ses talents de hacker, qui lui permettent de résoudre certaines affaires. Les deux personnages cherchent à survivre au sein de la société de Kitej. Le duo qu’ils forment est plutôt attachant, et leurs liens affectifs s’observent notamment en situation de crise, puisqu’ils échangent des plaisanteries et des insultes assez senties lorsque tout va bien. Ils veillent cependant l’un sur l’autre, chacun à leur manière, même si la maturité et la réflexion ne se situent pas forcément là où les attend, puisque Soraya apparaît bien plus à même d’enquêter que Guillermo, qui ment et grille très souvent ses couvertures.

Toute entrée est définitive décrit un univers Cyberpunk, où la publicité est omniprésente, de la même façon que les technologies cybernétiques, ce qu’on observe par exemple avec le bras mécanique de la gérante du bar Budokai (un clin d’œil à ce jeu ?), ou le hacking, que Soraya maîtrise et dont elle se sert pour localiser Guillermo pour le surveiller. La société du roman, urbaine et en proie à la violence et à la corruption, par la guerre des gangs, mais aussi sa mise en scène de détectives privés à travers les figures de modérateurs, accentue également l’aspect Cyberpunk du roman. En effet, les enquêtes des modérateurs, qui fréquentent les marges de la société, font entrer le récit dans le registre du roman noir, ou hardboiled, qui est présent dans certaines œuvres rattachées au Cyberpunk, avec en tête de liste le Blade Runner de Ridley Scott, et plus récemment le jeu-vidéo Katana Zero du studio Askiisoft. Les modérateurs doivent ainsi affronter des situations explosives, avec des fusillades et des tirs de lance-roquettes lorsqu’ils sont confrontés (parfois au gré de circonstances étranges) à des gangs. Cependant, malgré cette ambiance noir et violente, le roman de Vincent Mondiot fait la part belle à des valeurs de tolérance, puisque les comportements discriminants sont montrés pour ce qu’ils sont, puisque certains personnages qui tiennent des propos odieux sont sévèrement et violemment punis. Le genre et l’ambiance du récit, ainsi que sa narration efficace, lui confèrent un aspect pulp qu’on retrouve dans d’autres romans des Saisons de l’étrange, à l’instar de Hante Voltige de Nelly Chadour, La Conjuration des fous de Cat Merry Lishi, ou encore Les Atlantes sont parmi nous de Nicolas Texier, dont je vous parlerai prochainement. Le côté pulp du récit est également porté par Dame Azul et MacBeth et les actions violentes qu’ils mènent tous deux pour le plaisir de l’adrénaline et du crime. La figure de Dame Azul apparaît à ce titre particulièrement ambivalent et intéressant, mais je ne peux malheureusement vous dire pourquoi sans spoiler !

Cet aspect pulp s’observe aussi dans la mention d’une créature indicible et tentaculaire qui vit dans les profondeurs de Kitej et fait l’objet d’un culte. Ce monstre, appelé « Grand Œil », et cherche à se réveiller et se libérer de sa prison de pierre en influençant les êtres humains plus ou moins mutants qui l’entourent, ce qui le rapproche d’un certain Cthulhu. La secte du Grand Œil s’avère particulièrement dangereuse et capable de perpétrer des sacrifices humains après avoir réduit certains de leurs croyants en esclavage.

Le mot de la fin


Toute entrée est définitive est un court roman de Vincent Mondiot qui met en scène une planète colonisée par l’humanité, Kitej. La société de cette planète est cependant rongée par la corruption et la criminalité qui règnent au sein de la colonie protégée par un cube, ce qui empêche les travaux de terraformation. Les pouvoirs publics détournent alors le regard devant les exactions des gangs qui se disputent le contrôle de Kitej. Les seuls personnages soucieux de la justice sont les modérateurs, des détectives privés qui tentent de faire régner l’ordre du mieux qu’ils le peuvent. Kitej est également marquée par son esthétique Cyberpunk, à travers les personnages de hacker, les implants cybernétiques et les marges de la société que l’auteur décrit.

Parmi ces modérateurs, on trouve Guillermo et sa jeune assistante, Soraya, chargés de retrouver Palerme, un adolescent qui a fugué pour un vaisseau en partance de la Terre.

L’enquête des deux personnages permet à l’auteur de montrer toute la violence de son monde, mais aussi les liens filiaux qui les unissent, tout en tissant une intrigue efficace et remplie d’action !

Si vous aimez la plume de Vincent Mondiot, le Cyberpunk, ou les Saisons de l’étrange, je vous recommande Toute entrée est définitive !

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Ombrebones

5 commentaires sur “Toute entrée est définitive, de Vincent Mondiot

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