Anergique, de Célia Flaux

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Fantasy victorienne.

Anergique, de Célia Flaux


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions ActuSF, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Célia Flaux est une autrice française de science-fiction et de fantasy née en 1981.

Son roman Anergique est paru en Janvier 2021 dans la collection Naos des Indés de l’imaginaire, centrée sur le Young Adult.

En voici la quatrième de couverture :

« Angleterre XIXe siècle. Lady Liliana Mayfair est une garde royale, mais aussi une lyne capable de manipuler la magie. Elle et son compagnon Clement partent en Inde sur les traces d’une violeuse d’énergie. Leur unique piste : Amiya, la seule victime à avoir survécu à la tueuse.

De Surat à Londres, la traque commence. Mais qui sont véritablement les proies ? »

Dans mon analyse du roman, je traiterai des rapports sociaux décrits par l’autrice et de leur lien avec le système de magie qu’elle met en scène. Comme il s’agit d’un roman qui repose sur une enquête et des révélations, je vais faire de mon mieux pour ne pas vous spoiler.

L’Analyse


Fantasy victorienne, rapports de classe, rapports magiques


Célia Flaux décrit un univers de Fantasy victorienne, au même titre que Délius, une chanson d’étéde Sabrina Calvo, c’est-à-dire que son intrigue se déroule au 19ème siècle, en Inde, alors colonie britannique, et sur le territoire britannique, dirigé par la reine Victoria. Il ne s’agit donc pas de Gaslamp Fantasy, puisque si on peut observer des technologies telles que les dirigeables et d’armes à feu, l’autrice ne décrit pas d’éléments Steampunk qui pourraient se mêler au surnaturel magique. Anergique est donc un roman de Fantasy qui se déroule dans un cadre victorien. L’Inde et l’Angleterre constituent ainsi les deux lieux principaux de l’intrigue du roman, qui met en scène la recherche de la violeuse d’énergie. Cette enquête est menée par Lilliana Mayfair, une garde royale, c’est-à-dire une mage au service de la reine chargée de faire régner l’ordre et la justice, à la première personne et au présent, accompagnée de Clement Oxford, son fiancé, et Amiya Southall, unique survivant des attaques de la violeuse d’énergie.

Le cadre social victorien permet à l’autrice de décrire une société marquée par des rapports de domination parfois assez violents. En effet, si le roman montre des unions homosexuelles plutôt acceptées socialement, entre Sir Leicester et Sir John, deux gardes royaux plutôt efficaces par exemple, on remarque que certaines familles aristocratiques sont particulièrement réactionnaires, avec notamment Lord Mayfair, le père de Lilliana. À travers ce personnage, Célia Flaux met en évidence la violence de l’intolérance présente dans la société victorienne, puisque Lord Mayfair fait preuve de racisme à l’égard des Indiens, notamment Amiya, qui épaule pourtant sa fille et lui sauve la vie, de mépris de classe à l’égard des non-nobles, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, puisqu’il refuse que sa fille fréquente son fiancé, Clement, au motif qu’il avilirait le sang noble des Mayfair. On peut également noter que son fils, Neil, lui cache son homosexualité, de peur de s’attirer sa colère et son rejet. Il s’agit donc d’un personnage particulièrement abject, qui adopte un comportement toxique et dangereux, obnubilé par sa famille et l’image de ses membres, ainsi que sa propre réputation. Lilliana s’efforce donc d’échapper à l’emprise de son père, d’abord par son travail de garde royale, mais aussi en choisissant un partenaire amoureux qui lui plaît, et non un noble qu’on lui impose.

L’autrice montre également le colonialisme à l’œuvre dans la société qu’elle décrit, puisque certains personnages britanniques méprisent les Indiens, ce qu’on observe dans l’attitude de certains domestiques de Mme Bloomsbury vis-à-vis d’Amiya, ou même de Thomas Whitechapel, recueilli par Lilliana pour obtenir des informations sur Diane, la violeuse d’énergie.

Les rapports sociaux sont également influencés par le système de magie décrit par l’autrice. L’énergie magique est répartie entre deux catégories d’individus, les dena, capables de la produire et de la transmettre sans pouvoir s’en servir, et les lyne, qui s’abreuvent de l’énergie des dena et y puisent pour lancer des sortilèges. Les lynes peuvent ainsi décharger des vagues d’énergies, ou bâtir des champs de force qui leur permettent d’arrêter des balles (oui oui), par exemple. Parce qu’ils sont les seuls à pouvoir exploiter la magie, les lynes dominent les denas socialement et les méprisent, alors qu’ils leur sont nécessaires, puisqu’un lyne qui n’absorbe pas d’énergie souffre d’une soif qui peut le tuer, tandis qu’un dena qui ne donne pas de magie souffre du trop plein de ressources. Leur relation devrait par conséquent être symbiotique et égalitaire, mais ce n’est pas toujours le cas, comme le montrent l’exemple de Lord Mayfair, qui épuise sa femme en lui prenant énormément d’énergie, ou de Diane, qui aspire l’énergie de ses victimes jusqu’à ce qu’elles meurent.  On remarque également que des comportements stéréotypés sont assignés aux lynes comme au denas, les uns étant supposément plus portés sur le raisonnement, tandis que les autres ne réagiraient qu’en fonction de leurs sentiments. Les dena sont également poussés à trouver un lyne à qui donner de l’énergie, parce que garder leur énergie pour eux, ou pire, pour des plantes, constitue un acte d’égoïsme, voire une violation de lois sociales. Le statut social subalterne des dena s’observe également dans le fait que certains d’entre eux prostituent leur énergie pour survivre.

La postface du roman montre d’ailleurs que ces stéréotypes sur les dena et les lyne peuvent se rapprocher des stéréotypes de genre assignés aux hommes et aux femmes. L’injonction faite aux denas de trouver un lyne pourrait alors correspondre aux injonctions sociales faites aux femmes sans partenaire amoureux. Cependant, les liens qui se développent entre Lilliana et Amiya tendant parfois à battre en brèche ces stéréotypes. On peut aussi noter que le système de magie de Célia Flaux s’inspire du chakra dans les théories de la circulation des énergies de la médecine orientale, puisque les personnages évoquent explicitement leur « chakra » et ses différents points de circulation, comme celui du cœur, dont se sert la violeuse d’énergie pour absorber la magie de ses victimes.

Ce système de magie peut être comparé à la figure du vampire, puisque les lynes remplissent leurs réserves de magie en « buvant » aux sources de magie des dena, parfois en les mordant, comme le fait Diane, la tueuse. Diane peut alors être  comparée à un véritable vampire, parce qu’elle vide littéralement ses victimes et les tue, souvent de manière violente, puisqu’elle est par exemple capable d’égorger des dizaines de personnes en une seule nuit pour échapper aux autorités. On peut également la comparer à Jack l’éventreur, puisqu’elle sévit dans les quartiers populaires de Londres à l’époque victorienne, ses crimes sont décrits de manière violente, et surtout, son demi-frère s’appelle Whitechapel, qui est le quartier où les meurtres de l’éventreur ont eu lieu. Le système de magie des lyne et des dena et les rapports parfois toxiques qu’ils introduisent dans la société, mais aussi ce parallèle entre Diane, les vampires et la figure de Jack l’éventreur contribuent à rendre l’antagoniste du récit monstrueux. La monstruosité de Diane apparaît également lors de ses confrontations avec Lilliana, particulièrement violentes et sanglantes, et qui donnent lieu à des scènes d’action explosives, mais aussi dans la terreur qu’elle suscite chez les personnages, notamment quand elle attaque Lilianna dans une résidence de Surat.

Les atrocités commises par Diane permettent à l’autrice de traiter de thématiques particulièrement dures (je ne rentrerai volontairement pas dans le détails pour ne pas trop spoiler), telles que la perte de l’être aimé, et le traumatisme engendré par le viol d’énergie, qu’on observe dans le personnage d’Amiya, qui ne peut plus donner son énergie à cause des dommages psychiques causés par sa confrontation avec la tueuse. La narration à la première personne et au présent donne accès à l’intériorité immédiate des personnages, et donc à leurs blessures psychiques, qu’ils tentent tant bien que mal de soulager et surmonter.

Le mot de la fin


Anergique est un roman de Fantasy victorienne de Célia Flaux, qui met en scène une société influencée par la répartition de la magie, entre les dena qui produisent de l’énergie, et les lyne, qui l’absorbent et l’exploitent. La hiérarchisation et les stéréotypes assignés à ces deux catégories s’ajoutent à une structure sociale marquée par des rapports de domination assez violents que l’autrice montre à travers les discriminations subies par les personnages Indiens, comme Amiya, mais aussi par Lilliana Mayfair, malgré sa position de garde royale.

Lilliana est chargée de traquer Diane, une violeuse d’énergie, qui vide ses victimes de leur magie avant de les tuer. Les différentes confrontations entre les deux personnages, de l’Inde colonisée au Royaume-Uni, montrent toute la violence sociale subie par les dena et perpétrée par les lynes, qu’ils soient des tueurs monstrueux, ou des pères de famille réactionnaires et conservateurs.

Si vous vous intéressez à l’époque victorienne et à la Fantasy, et si la violence ne vous dérange pas, je vous recommande Anergique !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Livropathe, Encres et Calames, Tasse de thé et pile de livres, Dreambookeuse, Zoé prend la plume

7 commentaires sur “Anergique, de Célia Flaux

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