La Descente ou la Chute, de Basile Cendre

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Fantasy postapocalyptique poétique et lupin.

La Descente ou la chute, de Basile Cendre

Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Les Moutons électriques, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Basile Cendre est un auteur français. Son premier roman, Les Enfants du béton, est paru dans le cadre des Saisons de l’étrange.

La Descente ou la chute, paru en Février 2021 chez les Moutons Électriques, dans le cadre des Pépites de l’imaginaire, est son deuxième roman.

En voici la quatrième de couverture :

« Au bord du précipice, Loup hésite. Il doit choisir entre la Descente ou la Chute.

Sauter pour sombrer dans la brume ou descendre de son perchoir et dégringoler les montagnes de décombres, de ferrailles enfouies et hostiles. Peut-être atteindre les profondeurs obscures où dorment les titans, ces géants corrompus au sommeil éternel… et tourmenté. Il lui faudra éviter les chuchotements vicieux de la brume, l’étreinte froide et violente des Oubliés, et la tentation troublante du vertige. Mais Loup le sent, il y a un secret en bas, une liberté que le ciel plombé des hauteurs lui refuse. »

Dans mon analyse du roman, je traiterai d’abord de l’univers du roman, de sa question générique et de ses influences, puis je traiterai du personnage narrateur de Loup.

L’Analyse

Univers, question générique et influences ?

La Descente ou la chute appartient à la Fantasy postapocalyptique. En effet, le monde que parcourt Loup, personnage principal du récit, est un monde dévasté, où l’on trouve des ruines de bâtiments colossaux et verticaux, construits avec des matériaux modernes, tels que du métal et du verre.

Le monde que décrit Basile Cendre est post-industriel, puisque les « ferrailleurs » récupèrent des vestiges technologiques dans les ruines pour leurs communautés « perchées » au sommet de montagnes ou d’édifices afin de faciliter leur vie ou simplement leur apporter des distractions qui leur permettent d’oublier le désespoir profond qu’engendre leur situation. Certains vestiges technologiques s’avèrent cependant vitaux, avec par exemple la nourriture, ou même des prothèses mécaniques qui permettent de remplacer des membres perdus (oui oui). En effet, la catastrophe qui a détruit le monde a profondément affecté la Nature, ce qui signifie que la faune et la flore ont presque totalement disparu, ce qui rend la survie très difficile. De plus, le monde est envahi par la « brume » issue des cauchemars des Titans endormis au fond du monde. Cette brume engendre des créatures monstrueuses, à l’image de « Gueule Blême », qui tue et dévore ceux qui s’aventurent trop profond, et cherche à envahir les hauteurs.

À un souffle de son visage, Gueule blême le toise, elle darde deux yeux féroces sur lui, deux lunes, une blanche et affamée, l’autre ruinée d’une fente cruelle. Sa carcasse est un volcan de poils noirs et de plaies purulentes, un pelage parcouru de tumeurs qui éjectent des excrétions par nuages et par jets. Sa mâchoire est un portail colossal, scellé par la falaise de ses crocs derrière laquelle sifflent les gémissements des mourants et les exécrations des enragés.

On remarque que le corps de « Gueule blême » est associé à des éléments naturels par un ensemble de métaphores, ses yeux deviennent des lunes, sa carcasse un volcan, et ses crocs une falaise, mais aussi à la maladie, puisqu’elle comporte des plaies purulentes, son pelage est comparé à des tumeurs, ce qui montre sa dangerosité. Elle constitue une émanation distordue de la Nature et un principe de mort auquel Loup doit se confronter.

Cette brume s’infiltre dans la langue des humains et se retrouve dans leurs jurons, tels que « brumerde », « foutrebrume », « brumasse ». Elle infecte aussi les humains qui la respirent trop longtemps et les change en altérant leurs souvenirs jusqu’à totalement les contrôler. Ils deviennent alors des « oubliés », et peuvent se métamorphoser en monstres sanguinaires qui attaquent les explorateurs humains. La contamination décrite par l’auteur s’articule donc à une dégradation progressive de l’esprit et du corps, qui déshumanise donc totalement les victimes de la Brume. Le fait que les rêves de créatures millénaires, gigantesques et endormies contaminent et détruisent les esprits humains par des émanations de leurs rêves peut également évoquer un certain Cthulhu. Cependant, les violences que les créatures de brume commettent sont bel et bien physiques.

Dans la salle dévastée, des ombres recroquevillées le toisent sans un mot. Courbées, étreignant leurs moignons encore jaillissants, épanchant leurs plaies dégueulantes d’écarlate, et parfois gisant au sol, le torse écartelé, le visage arraché par des crocs titanesques, des lacérations qui écument de sang mêlé à la salive. Mais ce qui percute avec une violence inouïe le ferrailleur, pire que le macabre de la scène, c’est ce silence qui stagne, plein de la mémoire des cris, des souvenirs d’agonie, où résonne seulement le clapotis des blessures.

Cette description de cadavres et de blessés, dans une longue phrase nominale introduite par un adjectif épithète détachée qui qualifie un groupe nominal situé dans la phrase précédente, « des ombres recroquevillées », marque la dangerosité des créatures de brumes en montrant les conséquences physiques et sanglantes de leur violence, à travers des parties du corps associées à des blessures mortelles. Basile Cendre mobilise également le son de ce spectacle macabre, à travers une antithèse évocatrice, celle du silence qui comporte pourtant « la mémoire des cris » et le résonnement des « clapotis des blessures ».

Les survivants des hauteurs s’aventurent donc le moins possible dans les profondeurs, et seuls les Ferrailleurs disposent de l’équipement nécessaire pour y survivre. Lorsqu’ils effectuent une « descente », ils disposent en effet d’un « Fil » magique auquel ils s’arriment, tiré par l’un de leurs compagnons resté en hauteur, ce qui leur permet de rester en contact et de communiquer via les vibrations de l’instrument, mais aussi d’escalader et de descendre en sûreté dans les ruines. Ils s’éclairent à l’aide de « lucioles » rechargeables au soleil, d’explosifs, et de « jus de soleil » qui leur permet de repousser l’emprise de la brume. Ils s’arment d’une « lumelance », une lance lumineuse (oui oui) capable de percer les ombres pour les détruire. La verticalité du monde de Basile Cendre s’exprime donc lors des séquences d’exploration des ruines par Loup, qui va de plus en plus loin pour retrouver les Titans et Auria, son amie d’enfance descendue et supposément perdue.

On remarque que le roman de Basile Cendre se déroule dans un monde alternatif parce qu’il décrit des peuples et des créatures non-humains, avec d’abord les mystérieux et dangereux Titans, mais aussi les Hôtes, qui sont des sortes de géants qui vivaient et travaillaient dans la « Soufflerie », un immense bâtiment industriel. Une autre figure non-humaine rattachée au merveilleux est « Lutin », un personnage à la fois jeune et vieux, dont l’idiolecte est donc doublement marqué par l’âge. Sans rentrer dans les détails, Lutin s’avère capable de concocter des potions et de pratiquer la magie, ce qui ancre pleinement le roman de Basile Cendre dans le genre de la Fantasy.

Au-delà (ou en-dessous, plutôt) de la société des hauteurs, où vivent Loup, ses compagnons Auria, Rosemonde, Zéophie et Gaston, et les habitants de leur village, l’auteur décrit une société du bas, avec la Manufacture, toute entière consacrée au « Labeur ». Si les hauteurs se caractérisent par la survie grâce à la récupération de ressources grâce à l’exploration et le glanage des rares denrées octroyées par la nature, la Manufacture s’organise autour de la production et de la productivité, dans un rapport aliénant et vertical (sans mauvais jeu de mot) au travail. En effet, les ouvriers sont soumis aux ordres de la « Contremaîtresse », qui décide de l’organisation de leur temps de vie, et même de leur sort. La Manufacture constitue donc une reproduction du mode de vie des classes laborieuses opprimées par les classes dominantes, puisque la Contremaîtresse décide de la vie et de la mort des ouvriers. Par ailleurs, on remarque que les ouvriers qui se rendent dans les mines sont « altérés », souvent contre leur gré, pour résister à la brume, ce qui a pour effet de les déshumaniser en détruisant leur identité. Les altérés constituent un pendant utilitariste aux oubliés, qui sont des êtres humains frappés par la brume et dont la mémoire se délite. On peut aussi noter que la Contremaîtresse cherche à s’approprier le pouvoir des Titans pour asseoir sa domination sur le monde.

L’éditeur indique sur la quatrième de couverture du roman que l’univers de La Descente ou la Chute se situe à la croisée de J. G. Ballard et d’Ursula Le Guin. On peut expliquer cette présentation dans le fait que Basile Cendre met en scène un postapocalyptique, au sein duquel un élément a repris ses droits, de la même manière que dans Sécheresse, Le Monde englouti, et La Forêt de cristal de Ballard (dont je vous parlerai prochainement). Ensuite, ce monde oppose deux modèles sociaux, celui de l’égalité dans les hauteurs, et celui de la Manufacture, où une classe dominante écrase et décide de la vie des dominés, ce qu’on peut rapprocher de l’opposition entre Annares et Urras dans Les Dépossédés de Le Guin (dont je vous parlerai aussi prochainement). Les différences entre ces deux sociétés sont mises en évidence par le voyage de Loup, qui va de plus en plus bas au cours de sa Descente.

Loup

Le point de vue de Loup nous est transmis de deux manières, avec d’une part, une narration à la troisième personne en focalisation interne, et des chapitres qui relatent des rêves à la première personne. Ces rêves relatent le passé de Loup et de son entourage, avec le forgeron Gaston, Rosemonde, la dernière des Hôtes, et Auria, une Ferrailleuse. Cette alternance entre troisième et première personne, entre présent et passé, permet de cerner l’intériorité du personnage, mais aussi le poids de ses souvenirs, qui constituent la raison de son départ. Cependant, ceux-ci peuvent s’avérer fluctuants, ce qui fait qu’il affirme dès son premier rêve

Je n’ai pas une bonne mémoire. Tout ce que je raconte est sujet à douter.

La fiabilité de sa narration se trouve alors remise en question et préfigure le fait que sa mémoire peut être altérée par la brume.

Loup descend dans les profondeurs en quête de son passé, incarné par Auria, qu’il doit sauver, et de liberté. Cependant, Loup n’apparaît pas véritablement comme un sauveur, puisqu’il doit lui-même être secouru à plusieurs reprises par des âmes plus ou moins charitables, qui l’empêchent de sombrer littéralement. Il parvient toutefois à accomplir des actes de bravoure, mais je ne vous en dirai pas plus.

On peut aussi remarquer qu’il éprouve parfois des difficultés à comprendre ses interlocuteurs situés dans les profondeurs, comme le montrent certains échanges avec la Contremaîtresse.

« Mais comment vous faites ? »

« Je vous demande pardon ? »

Ce n’est pas vrai, elle ne demande rien.

Enfin, si Loup s’avère capable de lutter contre les créatures de brume et de les détruire, il ne peut pas affronter des humains, ce que l’auteur exprime dans cette phrase antithétique :

Si Loup est un loup-garou, il est herbivore, incapable de blesser un humain.

Loup apparaît alors profondément attaché à l’humanité, ce qui fait qu’il ne s’oppose pas aux humains qui cherchent à le tuer ou commettent des exactions. Il est donc un héros qui peut lutter contre des créatures monstrueuses, mais pas contre les dangers de sa propre espèce.

Le mot de la fin


La Descente ou la chute est un roman de Fantasy postapocalyptique de Basile Cendre. L’auteur y décrit un monde postindustriel, ravagé par les brumes exhalées par des Titans qui cauchemardent. Ces brumes altèrent l’identité et les souvenirs des êtres humains qui la respirent jusqu’à les transformer en oubliés, qui peuvent devenir des monstres. D’autres créatures sanguinaires nées des Titans hantent les profondeurs du monde et cherchent à remonter à la surface pour massacrer les survivants, qui se trouvent dans les hauteurs.

Loup, un Ferrailleur qui récupère des objets pour son village, entame une Descente pour découvrir le monde d’en bas et sauver Auria, son amie d’enfance, et découvre une société qui exploite ses travailleurs, une créature monstrueuse, et une fée dotée de pouvoirs merveilleux. Le personnage décrit par Basile Cendre s’avère un héros au cœur lourd de souvenirs qui le hantent, marqué par une quête de liberté et d’espoir au sein d’un monde qui en a besoin.

J’ai beaucoup aimé La Descente ou la chute, parce qu’il est porté par une plume poétique !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Yuyine, Laird Fumble, Fantasy à la carte

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