Le Crépuscule de Briareus, de Richard Cowper

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une œuvre que j’ai découverte grâce à sa toute récente réédition !

Le Crépuscule de Briareus, de Richard Cowper


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Argyll, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Richard Cowper, nom de plume de John Middleton Mury Jr., est un auteur britannique de littérature dite générale et de science-fiction né en 1926 et mort en 2002. Ses romans de littérature générale ont été écrits sous le pseudonyme de Colin Murry, tandis que son œuvre de SF est placée sous celui de Richard Cowper.

Le Crépuscule de Briareus, dont je vais vous parler aujourd’hui, est originellement paru en 1974, et été traduit par Claude Saunier. Cette traduction a été publiée en 1976 dans la collection Présences du futur de Denoël. Les éditions Argyll, récemment fondées par Simon Pinel et Xavier Dollo, ont réédité ce roman en Mars 2021, avec une traduction révisée par Pierre-Paul Durastanti, avec une postface de Christopher Priest suivi d’une interview de l’auteur.

En voici la quatrième de couverture :

« Les étoiles meurent aussi…

Suite à l’explosion de la supernova Briareus Delta, située à 132 années-lumière, la vie est complètement chamboulée sur Terre. Alors que se succèdent tempêtes et typhons, prémices d’une nouvelle ère glaciaire, l’humanité se découvre soudain stérile. Les unes après les autres, les sociétés humaines s’écroulent, victimes de dérives autoritaires autant que d’un effondrement philosophique… Car que faire dans un monde sans avenir, vidé du rire des enfants ?

Réfugiés dans le sud de l’Angleterre, Margaret et Calvin survivent tant bien que mal. Jusqu’au jour où ils découvrent une petite communauté isolée où vit Elizabeth, étrange jeune femme issue de la Génération du Crépuscule. Dans cet enfer blanc, vierge de tout espoir, serait-elle la clef de la survie ? »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont l’auteur met en scène un récit postapocalyptique qui reconfigure le champ social.

L’Analyse


Postapocalypse, pouvoirs psychiques, aliens ?


L’intrigue du Crépuscule de Briareus se déroule au sein d’un monde postapocalyptique. La Terre a été ravagée par un changement climatique brutal, et l’espèce humaine est en voie d’extinction à cause de la stérilité qui frappe la quasi-totalité de la population. Calvin Johnson, dit Cal, et Margaret Hardy, surnommée Skeet, explorent une Angleterre soumise à un froid polaire et envahie par des bêtes sauvages et rencontrent Elizabeth, une jeune femme qui vit dans une ferme très fournie en vivres et denrées qui leur permettent de vivre avec elle. Le chalet d’Elisabeth constitue alors l’un des cadres du récit, au sens narratif, mais aussi énonciatif. En effet, c’est dans ce chalet que Cal écrit la majeure partie de sa vie, et raconte alors comment le monde s’est transformé.

À travers la plume de son personnage écrivain, Richard Cowper revient donc sur l’origine des catastrophes qui ont frappé l’humanité en mettant en scène la composition du manuscrit de Cal, qui relate sa vie au cours de la toute fin du vingtième siècle, de 1983 aux environs de l’an 2000. Le caractère rétrospectif du récit apparaît donc dans les interventions de Cal, qui juge ses propres actions et pensées lorsqu’il écrit « c’est être sage après coup », ou qui semble s’exprimer sur son manuscrit lorsqu’il déclare « j’ignorais que certaines histoires n’ont pas de fil conducteur ».  On peut néanmoins remarquer que le manuscrit de Cal apparaît inachevé au niveau métadiégétique, puisque les derniers chapitres comprennent des « notes de l’éditeur » (fictif) du manuscrit (tout aussi fictif) et même une postface (encore plus… vous avez compris). Richard Cowper fait donc intervenir un personnage éditeur pour commenter le manuscrit composé par un personnage écrivain, ce qui permet d’en montrer les failles, comme les passages manquants, mais aussi le caractère authentique dans le monde fictionnel. Ada Palmer utilisera la même technique (méta)narrative dans Trop Semblable à l’éclair, Sept Redditions et La Volonté de se battre. Cependant, à la différence de Mycroft Canner, Cal ne prend pas son lecteur à parti, mais de la même manière qu’Ada Palmer, Richard Cowper déploie une forme de polytextualité en reproduisant des coupures de presse et des échanges télévisés. 

Le regard et la plume de Cal nous plongent donc aux origines de la fin du monde, dans une analepse qui prend place alors qu’il enseigne l’anglais dans le collège de Strapham au Royaume-Uni, au cours de la deuxième moitié du XXème siècle. Cette analepse sert de stratégie didactique à l’auteur pour expliquer l’étrangeté du monde postapocalyptique dans lequel vivent les personnages, mais aussi les capacités surnaturelles dont ils disposent. Cal évoque ainsi la manière dont un évènement cosmique, à savoir l’explosion de l’étoile Briareus Delta en supernova, située à 150 années lumières de la Terre, bouleverse son quotidien et celui de toute la planète. En effet, la perte de fertilité de l’espèce humaine et les changements climatiques sont dues à l’explosion de Briareus Delta. L’apocalypse est donc déclenchée par une catastrophe d’ordre cosmique, et non par l’action humaine. Cal le relève avec amertume puisque cela veut dire que l’humanité ne peut pas désigner de coupables tels que les industries polluantes ou les superpuissances qui détiennent l’arme nucléaire. Greg Egan mobilisera lui aussi une catastrophe cosmique comme source de destruction de sa posthumanité dans Diaspora, avec la collision de deux étoiles à neutrons. C’est aussi une catastrophe cosmique que Mary Robinette Kowal mobilise dans son roman Vers les étoiles, qui décrit l’urgence de la conquête spatiale après la chute d’un météore sur Terre.

Cependant, malgré (ou grâce à) l’absence de coupables, l’espèce humaine entière semble pouvoir s’unir pour trouver des solutions à la stérilité, ainsi qu’au changement climatique ce qui peut même interrompre la Guerre Froide (oui oui). L’absence de responsables semble ainsi permettre à l’humanité d’accomplir le meilleur, mais aussi le pire, puisqu’elle met en œuvre un véritable génocide, celui des individus Zêtas (génocides des Zêtas).

Les Zêtas sont des êtres humains particuliers, beaucoup de femmes et peu d’hommes, dont le câblage cérébral diffère de l’humanité standard. Ils sont en effet capables de voir l’avenir et de se connecter les uns aux autres pour entreprendre des « voyages » spirituels. On peut donc assimiler leurs capacités à des pouvoirs psychiques, qui les séparent de l’humanité standard, et les désignent alors comme des sortes de boucs émissaires ou des potentiels sauveurs de l’humanité. Les autorités les traquent et les fichent, et les internent dans de véritables camps de reproduction, où les Zêtas sont forcés de se reproduire entre eux. Les femmes sont inséminées de force pour tenter de donner naissance à des enfants sains, perdent la raison, et finissent par mourir. Leur sacrifice se trouve légitimé et justifier par le fait que leur sacrifice peut supposément sauver l’humanité., ce qui constitue un argument pragmatique, « la fin justifie les moyens », appliqués à la déshumanisation totale d’une partie de la population pour sauver l’autre.

Les Zêtas sont alors victimes d’un gigantesque génocide silencieux que les autorités cherchent à masquer et que la population semble accepter, malgré les efforts d’un scientifique, Angus McHarty, pour sauver les Zêtas et raisonner les instigateurs de ces meurtres de masse légitimé par d’autres instances scientifiques. Richard Cowper met donc les tenants de la science face à sa responsabilité face à ses erreurs meurtrières et son manque d’éthique.

Les Zêtas qu’il décrit ne sont pas des surhommes et la science de l’humanité ne peut pas forcément la sauver d’elle-même.  Cela rattache son roman à la New Wave de la science-fiction, un courant des années 1960-1970 auquel on peut rattacher des auteurs comme Norman Spinrad, Brian Aldiss, J. G. Ballard, Michael Moorcock, Samuel Delany ou Ursula Le Guin, dont les textes rompent avec la SF de l’âge d’or par des thématiques plus sociales, un cassage des codes, mais aussi d’expérimenter de nouvelles formes de récits.

Cal, qui échappe de peu au génocide, s’avère être un diplomutant, c’est-à-dire un être singulier, même parmi les Zêtas, et dont les pouvoirs s’avèrent différents, puisqu’il est capable de traiter avec l’espèce extraterrestre qui a tenté d’entrer en contact avec l’humanité grâce à l’explosion de Briareus Delta. Le personnage narrateur du Crépuscule de Briareus se trouve singularisé par ses capacités, mais aussi par son rôle d’agent du premier contact. Sans rentrer dans les détails, on note d’ailleurs que ce topos classique de la science-fiction est traité de manière pacifiste, puisque les « Briaréens » ne cherchent pas à éliminer les humains par la violence mais à les « intégrer » (je ne vous en dirai pas plus). Calvin Johnson porte alors la lourde responsabilité de montrer aux aliens que l’humanité souhaite rester libre de ses choix. Le parcours de Cal correspond alors à une sorte de voyage initiatique qui transforme considérablement sa vie et son rapport aux autres, ce qu’on observe dans les relations qu’il noue avec Margaret, puis Elizabeth, mais je ne peux pas vous en dire plus !

Le mot de la fin


Le Crépuscule de Briareus est un roman de science-fiction postapocalyptique écrit par Richard Cowper et tout récemment réédité par les éditions Argyll.

L’auteur met en scène, à travers le manuscrit inachevé de Calvin Johnson, un personnage écrivain, une Terre en proie à un changement climatique intense et une espèce humaine frappée par la stérilité à cause des radiations émises par l’explosion de l’étoile Briareus Delta. Le parcours de Cal montre comment la société se reconfigure, pour le meilleur comme pour le pire, puisque les autorités tuent de manière systématique les individus Zêtas, des êtres humains dotés de pouvoirs psychiques, qui s’avèrent pourtant la clé de la survie de l’espèce humaine.

J’ai beaucoup aimé ce roman, et si vous vous intéressez au genre postapocalyptique, aux pouvoirs psychiques et aux personnages écrivains, je vous le recommande !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Laird Fumble, Lune, Zoé prend la plume, Le Nocher des livres, Le Chien critique

5 commentaires sur “Le Crépuscule de Briareus, de Richard Cowper

  1. Bonsoir j ai lu ce roman il y a longtemps du temps de présence du futur et d’autres de cet auteur et
    comme vous le dites auteur contemporain de ces auteurs anglais de romans « catastrophe » on ne parlait pas de post-apo, maitres en la matière, voir les premiers romans du grand JG Ballard (john christopher aussi oublié)
    bref tout un retour nostalgique de lectures qui nous faisait nous recroqueviller dans un fauteuil et vivre une fin de monde dans notre confort de lecture. Je ne ressens pas la pandémie actuelle pareille, du à l’âge probablement, je devrais lire « les somnambules » de Wendig…

    Aimé par 1 personne

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