Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes, de Gilberto Villarroel

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du deuxième tome d’une série qui mêle Histoire et horreurs cosmiques.

Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes, de Gilberto Villaroel


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Aux Forges de Vulcain ! Je remercie chaleureusement Julien Guerry et David Meulemans pour l’envoi du roman.

Gilberto Villaroel est un auteur chilien né en 1964. Il est également scénariste et producteur pour le cinéma et la télévision.

Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes est originellement paru en 2018, et a été traduit par Jacques Fuentealba pour les éditions Aux Forges de Vulcain, qui ont publié la version française du roman en Février 2021.

En voici la quatrième de couverture :

« 1826, Paris. Jean-Baptiste Dallier, un bonapartiste ami des frères Champollion, est assassiné dans les catacombes. Le célèbre héros écossais Lord Cochrane arrive alors à Paris. Il y retrouve Champollion le Jeune qui possède les preuves de l’existence de Cthulhu, un monstre antédiluvien. Champollion a récupéré un manuscrit de la main de César, qui décrit comment il s’est rendu sur R’lyeh, la ville du monstre, au large du fort romain construit sur la longe de Fort Boyard. Cochrane, Champollion le Jeune et le capitaine Eonet partent aussitôt récupérer le manuscrit caché au cimetière du Montparnasse. Mais un mystérieux « Ordre des Catacombes » rôde, décidé à empêcher leur enquête ! »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont l’auteur mêle deux trames historiques pour confronter des personnages historiques à des horreurs cosmiques.

L’Analyse


Cochrane, Champollion, César, Cthulhu


Le récit prend place en 1826, onze ans après les événements de Cochrane vs Cthulhu, qui sont résumés au cours de l’intrigue. Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes peut donc être lu indépendamment, mais s’inscrit dans un cycle qui met en scène Lord Cochrane (comme les titres l’indiquent, oui oui), un lord écossais du XIXème rejeté par les autorités britanniques. Il s’est engagé dans les guerres de libération du Chili, alors dominé par l’Espagne au cours des années 1810 et dans l’insurrection en Grèce, sous contrôle ottoman, en 1827, et a également servi dans la marine brésilienne de l’empereur Pierre 1er. Les événements du roman de Gilberto Villaroel prennent donc place alors que Lord Cochrane est sur le point de partir pour la Grèce pour participer à l’insurrection, mais aussi pour échapper aux autorités britanniques qui le recherchent. L’auteur explique dans les remerciements du roman qu’il s’appuie sur des trous dans la biographie du personnage pour y insérer ses récits.

Le Lord Cochrane du roman se trouve donc dans le Paris de la Restauration de 1826, dans un monde où, comme il le sait désormais, vivent des créatures cosmiques âgées de plusieurs dizaines, voire centaines de millénaires. Il cherche donc à faire éclater la vérité à propos de Cthulhu, qu’il a affronté à Fort Boyard onze ans plus tôt, et qui s’est rendormi dans sa cité engloutie de R’lyeh. Vous l’aurez compris, l’auteur croise un contexte historique bien réel et documenté, notamment à propos de la vie de Lord Cochrane, avec un intertexte lovecraftien qui convoque les créatures et les lieux décrits dans l’œuvre d’un certain Howard Philips Lovecraft, notamment L’Appel de Cthulhu et Les Montagnes hallucinées. Le prochain volume de la série traitera d’ailleurs de l’exploration de ces dernières par Cochrane, parti explorer le continent Antarctique, un siècle avant les grandes expéditions polaires, qu’elles soient réelles, ou fictives, comme celle de la Miskatonic décrite par HPL. Le roman de Gilberto Villarroel mêle donc l’Histoire, la biographie de Cochrane et l’œuvre de Lovecraft.

Lord Cochrane ne peut cependant pas dévoiler les secrets du monde parce qu’il ne dispose pas de la légitimité nécessaire, ni de preuves pour le faire. Il cherche donc l’aide des frères Champollion, Jacques-Joseph et Jean-François, dit le Jeune, qui étaient avec lui à Fort Boyard face aux horreurs cosmiques et disposent d’une légitimité scientifique, malgré la disgrâce après la chute de Napoléon. D’autres personnages historiques interviennent au cours du récit, avec par exemple le général Bertrand, ancien maréchal d’Empire et compagnon d’exil de l’empereur à Sainte Hélène, ou encore José de San Martin, un général de la guerre d’indépendance du Chili. On remarque d’ailleurs que les guerres que Cochrane a menées en Amérique du Sud sont évoquées à plusieurs reprises, pour souligner ses faits d’armes, et ses échecs personnels, notamment sa blessure au dos, qui lui pose de nombreux problèmes au cours du récit.

Le passé du personnage est aussi mentionné pour marquer ses alliances, avec le colonel Fausto del Hoyo par exemple, ancien ennemi de Cochrane devenu son ami, ou décrire ses ennemis, comme le colonel López-Guerrero, qui fait partie des antagonistes du roman. D’autres amis de Cochrane sont présents dans le roman, tels que le lieutenant Forester, le sergent Peck et son fameux « Aye aye, sir », mais aussi le capitaine Eonet, un soldat bonapartiste avec lequel le lord écossais s’est lié d’amitié après les événements de Cochrane vs Cthulhu, puis des guerres d’indépendance. L’auteur montre toute la camaraderie qui unit ses personnages, qu’ils soient historiques ou fictifs.

Les frères Champollion disposent d’une preuve de l’existence de Cthulhu, mais ils sont en danger de mort, menacés par « l’ordre des Catacombes », un groupe de cultistes occultes. En effet, les deux scientifiques disposent d’un document qui intéresse ses membres, à savoir un manuscrit rédigé par César et rejeté de la Guerre des Gaules. Le général romain y raconte sa visite de R’lyeh, en 52 avant Jésus Christ, en compagnie de Vercingétorix, qu’il a récemment vaincu, et d’un druide (oui oui). Ce manuscrit a par la suite été récupéré par Napoléon en Égypte, mais je ne peux pas vous en dire plus. Il devient donc un enjeu du récit pour Cochrane et ses alliés, qui veulent le retrouver pour attester historiquement l’existence de créatures cosmiques venues d’outre-espace, mais aussi pour l’ordre des Catacombes, qui veut s’en emparer pour le détruire et ainsi écrire son dogme comme il le souhaite (oui oui).

En effet, l’ordre des Catacombes, aussi appelé « la confrérie de notre Seigneur de R’lyeh », perçoit Cthulhu comme une représentation du Dieu chrétien sur Terre (oui oui). Ses tenants cherchent donc à réaliser une forme de syncrétisme entre le catholicisme et les rites occultes, ce qu’on observe dans les périphrases employées par l’antagoniste du récit pour désigner Cthulhu, avec « Notre Seigneur qui Dort » par exemple. Cet antagoniste, le nonce Ennio Albizzati, également cardinal de l’église, cherche à s’approprier le manuscrit de César pour constituer un canon unique et incontestable au sein de son église.

Le christianisme est condamné à vie à la division, à la menace d’un autre schisme, à l’apparition de nouveaux documents, d’évangiles apocryphes, de parchemins et de lettres qui, ponctuellement et à toutes les époques, conduiront les dissidents à remettre en cause l’autorité du Souverain Pontife. Allons-nous permettre que la même chose se produise avec le culte de notre véritable Créateur ?

Lord Cochrane et ses alliés affrontent donc le nonce et ses alliés militaires dans la course au manuscrit de César, à travers Paris et ses catacombes, mais aussi dans les environs de Poitiers et à la Rochelle.

Le manuscrit est d’ailleurs reproduit par l’auteur grâce au topos du manuscrit retrouvé et consulté par les personnages. Lovecraft l’emploie lui-même dans « L’Appel de Cthulhu ». Le récit de César est donc enchâssé dans la trame narrative de Cochrane, ce qui nous permet de suivre les (més)aventures du général romain et de Vercingétorix dans les profondeurs de R’lyeh, avec un point de vue à la troisième personne. Cela permet de lui donner un aspect authentique, puisque la Guerre des Gaules a été rédigée à la troisième personne afin d’être considérée comme objective, ce qui est néanmoins remis en question par l’expression des pensées et des sentiments de César, complètement subjugué par sa rencontre avec Cthulhu.

Chaque fois que Cthulhu inspirait, ils entendaient un bruit qui faisait vibrer les murs, semblable au renâclement de milliers de chevaux. Et chaque fois qu’il expirait, un courant chaud et lourd parcourait l’endroit avec ses vapeurs ancestrales, si difficiles à supporter que certains soldats vomissaient quand ils les respiraient.

Enveloppé dans ses ailes gigantesques, puisque c’est à cela que ressemblaient les membranes qui recouvraient son corps, le dieu demeurait immobile, comme en attente de quelque chose. Y avait-il des bras sous ces ailes ? se demanda César. Y avait-il des jambes ? Était-il assis comme un scribe ? Comme un ascète ? Ou comme un prédateur ? Sa tête allongée était difficile à apprécier en détail, car elle se trouvait à une hauteur que les yeux des témoins étonnés atteignaient à peine. Mais ils discernaient les contours des nombreux tentacules qui en émanaient, qui se balançaient doucement comme s’il s’agissait des cent bras des enfants d’Ouranos et de Gaïa.

Sans rentrer dans les détails, l’exploration de R’lyeh par les chefs romain et gaulois montre que l’antre de Cthulhu regorge de créatures monstrueuses et plus ou moins décadentes, mais aussi de créatures merveilleuses, telles que des centaures, des sirènes, des cyclopes, des faunes, et même Pégase, conservées dans du formol et vraisemblablement fabriquées par les serviteurs du dieu cosmique. César et ceux qui l’accompagnent, mais aussi les lecteurs du manuscrit, à savoir Cochrane et ses contemporains, observent donc que l’humanité n’occupe pas une place centrale dans l’univers, que ses mythes contiennent une part de vérité, mais aussi qu’elle a vraisemblablement été engendrée par des créatures venues d’ailleurs. Gilberto Villarroel décrit donc un véritable vertige cosmique.

Le roman fait également la part belle à la technologie de la vapeur, puisqu’une scène d’action mémorable décrit Cochrane utilisant le premier véhicule automobile par Nicolas Joseph Cugnot et construit par Michel Brézin pour affronter ses ennemis (oui oui). 

Le mot de la fin


Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes est un roman de Gilberto Villarroel. L’auteur y met en scène les aventures du personnage historique Thomas Cochrane, héros des guerres d’indépendance de l’Amérique du Sud, aux prises avec un culte de Cthulhu au sein de l’église catholique.

Aidé des frères Champollion et de ses compagnons militaires, Cochrane doit affronter cette secte pour retrouver un manuscrit de César qui atteste historiquement l’existence de créatures cosmiques bien antérieures à l’humanité. Le roman décrit également la découverte de la cité engloutie de R’lyeh par César, au premier siècle avant notre ère.

J’avais beaucoup aimé Cochrane vs Cthulhu, et je trouve que ce deuxième volume est encore meilleur ! Si vous aimez les récits d’aventure et les horreurs cosmiques, je ne peux que vous recommander ce roman !

Vous pouvez également consulter les chroniques du Nocher des livres, Laird Fumble, Lhotseshar, Culturevsnews,

3 commentaires sur “Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes, de Gilberto Villarroel

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