En attendant l’année dernière, de Philip K. Dick

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Philip K. Dick.

En attendant l’année dernière


Introduction


Philip K. Dick est un auteur de science-fiction américain né en 1928 et mort en 1982. Il est l’auteur d’une œuvre titanesque, avec une cinquantaine de romans et plus d’une centaine de nouvelles. L’un des motifs récurrents de son œuvre questionne la notion même de réalité à travers la mise en scène d’univers truqués, ou l’humanité, avec des personnages qui redéfinissent les limites de l’humanité. Ces thématiques se retrouvent dans des œuvres comme Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?  par exemple, qui a plus tard été adapté au cinéma par Ridley Scott sous le titre Blade Runner.  

Philip K. Dick a également eu une influence sur des sous-genres comme le cyberpunk, puisque William Gibson, l’auteur de Neuromancien a confié qu’il avait été inspiré par la version cinématographique de Blade Runner, mais aussi de par les sociétés futures qu’il dépeint et l’esthétique qu’il leur donne. À noter que l’auteur connaissait, et était « l’aimable mentor », selon Le Guide Steampunk d’Étienne Barillier et Arthur Morgan, des trois précurseurs (ou ses créateurs) du steampunk, K. W. Jeter (qui est par ailleurs également un précurseur du cyberpunk, avec son roman Dr. Adder), Tim Powers et James Blaylock.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’En attendant l’année dernière, originellement paru en 1966 et traduit en français par Michel Deutsch en 1968 pour la collection « Le Club du livre d’anticipation » des éditions OPTA, qui l’ont publié dans le même volume qu’un autre roman, À Rebrousse temps, dont je vous parlerai aussi. Cette traduction a ensuite été reprise chez J’ai Lu au format poche après une révision par Nathalie Mège pour l’intégrale des romans 1965-1969 parue dans la collection Nouveaux Millénaires.

En voici la quatrième de couverture :

« Nous sommes en 2055. Gino Molinari, secrétaire des Nations unies, dirige le monde d’une main de fer dans un gant de velours. Ou plutôt l’inverse, car sous ses airs de dictateur, il prend sur lui une grande partie de la souffrance du monde, au point d’en mourir, parfois. Mais peu importe, car alors on le remplace par un autre Gino Molinari venu d’un univers parallèle. Le procédé est étrange, mais dans la guerre qui oppose les Terriens aux Lilistariens, il est essentiel de maintenir l’illusion d’une gouvernance sans faille. »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont Philip K. Dick met en scène un climat de guerre, et traite des motifs du temps et de l’illusion.

L’Analyse


Guerre, temps et illusions


En attendant l’année dernière se déroule en 2055, alors que l’humanité entière est prise en deux feux dans la guerre qui oppose deux peuples, les Lilistariens, une espèce humanoïde qui semble cynique et froide, et les Reegs, qui sont insectoïdes, mais capables de communiquer avec les humains. À cause de son alliance avec les Lilistariens, la Terre est forcée de contribuer à l’effort de guerre en fournissant du matériel, mais surtout des soldats et des ouvriers sous peine d’envahir la Terre (oui oui). L’auteur décrit donc une humanité subordonnée à une espèce extraterrestre qui la dépossède de sa population pour un conflit militaire qui se déroule à des années-lumière de sa planète. Les discussions entre les représentants de Lilistar et le secrétaire général de l’ONU, Gino Molinari (sur lequel je reviendrai) décident alors de l’avenir de la Terre et de ses habitants, pour le meilleur comme pour le pire, puisque les Lilistariens cherchent à entraîner toujours plus d’humains dans le conflit.

On suit le docteur Éric Sweetscent, spécialiste de la transplantation d’organes artificiels, aussi appelée « grefforg », qui travaille pour Virgil Ackerman, un richissime industriel terrien âgé de plus de cent-vingt ans. Il remplace ses organes dès qu’ils lâchent, ce qui fait que Virgil Ackerman est immortel, et a traversé le 20ème, puis le 21ème siècle. Éric Sweetscent, comme beaucoup de personnages de Philip K. Dick, est dominé par sa femme, Kathy, qui le manipule et se vante de gagner plus d’argent que lui, ce qui lui donne un sentiment de frustration, d’infériorité, et d’enfermement. Sweetscent apparaît alors comme un personnage passif, dominé par ceux qu’il croise, pris dans un engrenage de manipulations et d’illusions, mis en place par Kathy qui cherche à le maintenir sous son contrôle, les Lilistariens et Gino Molinari qui veulent se servir de lui, mais aussi le JJ-180, une drogue aux effets psychotropes puissants qui permet de voyager dans le temps, vers le passé ou vers l’avenir (oui oui). Le docteur Sweetscent tente de comprendre les effets du JJ-180 afin de s’en servir pour aider Gino Molinari, la Terre, mais aussi lui-même, puisqu’il veut se libérer de l’emprise de sa femme. Il est donc un personnage aux prises avec le monde dans lequel il vit et les conflits collectifs et individuels qui s’y déroulent, mais aussi avec le temps, puisqu’il doit fuir certains futurs ouverts par le JJ-180 où il est vu comme un terroriste, aidé par… lui-même (oui oui). Philip K. Dick montre également les ravages de l’addiction que provoque le JJ-180 à travers les crises de manque que subit Sweetscent, mais aussi sa femme, Kathy.

En effet (mais sans rentrer dans les détails), le lecteur dispose également du point de vue de Kathy, qui est elle-même manipulée par les Lilistariens à cause de sa consommation récréative du JJ-180 qui la ronge complètement. Son point de vue montre que les Lilistariens sont prêts à utiliser l’addiction et la dépendance comme une arme pour soumettre des populations. Malgré sa position dominante sur son mari, Kathy apparaît également comme un personnage manipulé.

Pour faire face aux Lilistariens et à la guerre contre les Reegs, la Terre est unie sous la même bannière, celle du secrétaire général de l’ONU, Gino Molinari, qui a été atteint par de nombreuses maladies mortelles, auxquelles il a miraculeusement survécu. Le docteur Sweetscent, confronté au dossier médical de Molinari, fait plusieurs suppositions sur ses maladies, qui donnent au personnage toute son ambivalence et montrent son empathie et le poids de son devoir.

— Imaginez que les facultés d’empathie de Molinari soient telles qu’il puisse manifester les troubles physiologiques que ressentent les personnes qui l’entourent. Je ne parle pas d’une simple hystérie symptomiologique mais d’affections qu’il ressent de façon authentique. De maladies réelles.

Gino Molinari flirterait ainsi avec la mort d’une part à cause de son empathie exacerbée au point qu’il est frappé par les mêmes maladies que des personnes de son entourage (oui oui), ce qui marque la manière dont son devoir lui pèse. Mais ce défi constant de la mort constitue aussi sa manière de résister aux exigences de Freneksy, le diplomate Lilistarien chargé de négocier avec lui, en retardant sans cesse le moment de conclure des accords. L’immobilisme de Molinari lui permet alors de préserver la Terre de son exploitation par Lilistar. Cependant, on peut noter que cet immobilisme est nourri par une forme de mobilité temporelle, puisque le secrétaire général apparaît immortel aux yeux de la population en recrutant d’autres Gino Molinari venus d’univers parallèles (oui oui), qui le remplacent lorsqu’il meurt. Les voyages temporels de Molinari, supposément effectués grâce au JJ-180, lui permettent alors de maintenir une forme de stabilité diplomatique pour les terriens. Ainsi, s’il est parfois perçu comme un dictateur, Gino Molinari se trouve pris entre deux feux, puisqu’il connaît supposément l’avenir du conflit (voire même les avenirs possibles) entre les Reegs et les Lilistariens, mais il doit assurer le présent de la Terre en mettant en scène son immortalité par un jeu d’illusions qui s’appuient sur le temps. L’identité et la fonction de Gino Molinari sont alors perpétuées par différents individus.

Les illusions fondées sur le temps s’appuient notamment sur le JJ-180 dans le roman, puisque la drogue permet aux personnages de voyager dans le temps et les enferme dans le passé ou le futur, tout en les rendant addicts. En attendant l’année dernière traite aussi de la volonté de maîtriser le temps et de l’altérer, à travers l’impact des voyages du docteur Sweetscent et de Gino Molinari sur le présent. Cette volonté de domination sur le temps s’observe également chez Virgil Ackerman, qui est quasiment immortel, et a fait construire Wash-35, une « bébéville », c’est-à-dire une reproduction de plus en plus exacte du Washington qu’il a connu enfant, construite grâce aux recherches historiques de Kathy et aux achats d’objets d’époque. Virgil Ackerman cherche à maîtriser le temps, en reproduisant son passé et en devenant immortel. Cette domination s’avère cependant illusoire, puisque Wash-35 est une réplique et constitue un moyen pour Virgil Ackerman de montrer son prestige social.

Le mot de la fin


En attendant l’année dernière est un roman de Philip K. Dick qui se déroule en 2055. L’auteur y décrit une humanité prise dans un conflit entre deux espèces extraterrestres, les Lilistariens, auxquels elle s’est alliée, et les Reegs. Ce conflit place l’humanité sous la coupe des Lilistariens, qui veulent qu’elle contribue à l’effort de guerre.

Cependant, Gino Molinari, secrétaire général des Nations Unies, résiste envers et contre tout aux consignes des Lilistariens, en frôlant la mort à cause de graves de problèmes médicaux, mais aussi en employant des versions de lui-même provenues d’autres univers. Il voyage donc à travers le temps et les univers parallèles, grâce à une drogue, le JJ-180.

Le chirurgien Éric Sweetscent, aux prises avec son épouse, Kathy, est également confronté à cette drogue, et s’en sert pour épauler Molinari, mais aussi pour se sortir des illusions qui l’enferment.

Si vous vous intéressez à la plume de Philip K. Dick, je vous recommande ce roman !

J’ai lu et chroniqué d’autres œuvres de l’auteur, Loterie Solaire, Blade Runner,

3 commentaires sur “En attendant l’année dernière, de Philip K. Dick

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