Monstrueuse Féerie, de Laurent Pépin

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle fantastique assez troublante.

Monstrueuse féerie, de Laurent Pépin

Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse de l’auteur. Je remercie donc Laurent Pépin pour l’envoi de sa nouvelle.

Laurent Pépin est un auteur français né en 1980. Il exerce le métier de psychologue.

Monstrueuse Féerie, nouvelle publiée en 2020 aux éditions Flatland, est sa première publication.

En voici la quatrième de couverture :

« Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il croit d’abord que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent… Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir. »

Dans mon analyse de cette novella, je traiterai du personnage narrateur, de la non-fiabilité et de l’étrangeté de son discours.

L’Analyse


Un psychologue, des monstres et une Elfe


Monstrueuse féerie nous fait suivre un personnage qui travaille comme psychologue dans un service de patients atteints de psychoses diverses qu’il connaît grâce à ses échanges avec eux. L’une de ses patientes, Paulette, est par exemple convaincue que son corps est colonisé par des cigales, avec lesquelles elle doit apprendre à vivre en harmonie (oui oui), tandis qu’une autre, Blanche, aussi appelée Blanche Colombe, qui prétend qu’il existe plusieurs versions de Gérard Depardieu (oui oui), et fait le deuil de sa mère avec un schéma particulièrement complexe. Il appelle ses patients « les Monuments » et affirme que ce sont des poètes lorsqu’ils s’expriment lorsqu’ils sont atteints de décompensation psychotique, qu’il appelle « décompensation poétique » en raison de leur maîtrise des mots. Le narrateur essaie alors de les aider grâce à la poésie classique et contemporaine, avec des textes de Boris Vian par exemple, pour les exposer à d’autres formes poétiques que les leurs. Il apparaît donc fasciné par ses patients et animé de bonnes intentions envers eux, puisqu’il rejette l’altérisation et la marginalisation dont ils sont victimes au sein de la société. Cependant, la narration de ce personnage s’avère non-fiable.

En effet, le personnage narrateur évoque son passé dans des analepses qui retracent son enfance et son adolescence, auxquelles se juxtaposent sa relation avec une « Elfe » qu’il s’efforce de retenir avec lui alors qu’elle doit partir, supposément dans un autre monde. Le fait qu’il retienne l’Elfe créé une double aliénation, d’abord celle de sa compagne qui perd sa liberté de mouvement et sert de réceptacle à ses peurs, mais aussi la sienne, puisque seule sa conjointe peut lui permettre d’affronter son passé et les « Monstres » qui s’y cachent. Il ne peut donc plus faire face à ses troubles seul et se trouve incapable de lutter lorsqu’il se retrouve (momentanément ou définitivement) seul. Les Monstres constituent une menace à laquelle il ne peut échapper que momentanément et qui s’approche inexorablement de lui, à mesure que son Elfe s’éloigne.

Si les analepses avec le personnage de l’Elfe traitent de son rapport à l’altérité extra-familiale, celles qui relatent son enfance permettent de cerner à ses parents et les raisons pour lesquelles il les voit comme des figures monstrueuses, capables d’enfanter des Monstres dans le cas de sa mère. On peut donc affirmer que les troubles qui agitent le narrateur prennent leur source dans son enfance, mais aussi dans sa perception de celle-ci. Ainsi, il perçoit un « carcinome basocellulaire » comme un « horcruxe », ce qui constitue une référence à une certaine série dont le personnage principal est un sorcier à lunettes et montre le décalage entre les événements et sa perception.

On peut cependant noter que les événements qu’il relate sont marqués par la violence de ses relations familiales. Il met ainsi une distance entre lui et ses parents, qu’on observe notamment dans le fait qu’il les appelle « le père » et « la mère », sans jamais employer de déterminant possessif. Cela lui permet de se détacher de ses parents qui cherchent à le tuer ou le torturer.

Sans trop rentrer dans les détails, le passé du narrateur regorge de scènes d’horreur grotesques, lors desquelles sa mère naissance à une multitude de Monstres difformes et grotesques, qu’il voit comme des sources de terreur.

Je ne savais pas que les Monstres allaient grandir plus vite que les bébés humains.

Il y en avait d’autres : des nains, des siamois, une petite fille qui n’avait pas de bouche, une autre dont le cou était tordu à l’envers et qui devait marcher à reculons pour voir où elle allait. Elle me faisait très peur celle-là.

Les monstres engendrés par sa mère le poursuivent et cherchent à le détruire, mais il n’est pas plus en sécurité avec son père, qui cherche à garder ses enfants chez lui afin de les gaver grâce à des entonnoirs et toutes sortes de machines afin qu’ils restent avec lui et deviennent des « êtres-mondes » (oui oui).

Et puis un jour, le père a trouvé un système pour nous faire grossir plus vite : il nous a raccordés à tout un tas de perfusions.

Ensuite, il a eu une autre idée. Parce que le problème des perfusions, c’est que l’eau glucosée ça n’est pas assez pour se transformer en être-monde. Alors il a posé à chacun de nous des sondes pour nous nourrir par voie entérale, ça veut dire qu’il devait nous faire un trou dans le corps jusqu’à l’estomac pour y faire couler la nourriture.

Le personnage narrateur est donc hanté par ses deux figures parentales qui lui ont fait subir des tortures physiques et psychologiques, qu’il ne parvient pas à exorciser, comme en témoigne la chute de la nouvelle, que je ne vous dévoilerai pas !

Le mot de la fin


Monstrueuse féerie est une novella fantastique de Laurent Pépin qui explore les pensées et le passé d’un narrateur hanté par ses parents qui l’ont torturé physiquement et psychiquement, en enfantant des Monstres et en le gavant pour le transformer en monde vivant. Il ne peut donc plus construire de relations sans être frappé par les Monstres.

L’auteur déploie un imaginaire horrifique et grotesque pour traiter du passé douloureux et extrêmement violent d’un personnage perdu.

Si vous voulez découvrir une nouvelle plume du fantastique, je vous recommande Monstrueuse féerie !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Symphonie, Touchez mon blog monseigneur, Fourbis et têtologie, Le Chien critique

5 commentaires sur “Monstrueuse Féerie, de Laurent Pépin

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