La Métamorphose, de Franz Kafka

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une œuvre d’un auteur majeur de la littérature mondiale.

La Métamorphose, de Franz Kafka


Introduction


Franz Kafka est un auteur austro-hongrois né en 1883 et mort en 1924. Il est un auteur majeur du XXème siècle, connu pour ses romans Le Procès, Le Château, et ses nouvelles Dans la Colonie pénitentiaire et La Métamorphose, dont je vais vous parler aujourd’hui.

Mais avant toute chose, j’aimerais évoquer un état de fait qui a peut-être pu vous échapper. L’œuvre de Kafka est considérée comme canonique au sein de la littérature générale, mais elle peut également être rattachée aux classiques des littératures de l’imaginaire, et plus précisément à la Weird Fiction. Jeff et Ann Vandermeer ont ainsi intégré Dans la colonie pénitentiaire à leur gigantesque anthologie The Weird, aux côtés d’un certain Howard Philips Lovecraft, Clark Ashton Smith, Jean Ray ou Ryunosuke Akutagawa.

En France, La Métamorphose a été traduit une première fois par Alexandre Vialatte, puis par Claude David, qui a également l’édition scientifique du texte pour la collection Folio Classiques des éditions Gallimard.

Voici la quatrième de couverture de la nouvelle :

« La Métamorphose révèle une vérité méconnue, les conventions disparaissent, les masques tombent. Le récit qui porte ce titre est un des plus pathétiques et des plus violents que Kafka ait écrits ; les effets en sont soulignés à l’encre rouge, les péripéties ébranlent les nerfs du lecteur. C’est l’histoire, « excessivement répugnantge », dit l’auteur, d’un homme qui se réveille changé en cancrelat. Cette transformation est un châtiment imaginaire que Kafka s’inflige. Et son personnage est celui qui ne peut plus aimer, ni être aimé : le conflit qui se déroule dans une famille bourgeoise prend une ampleur mythique. Seuls quelques éléments comiques ou grotesques permettent de libérer de l’oppression du cauchemar. »

Mon analyse du récit traitera de la manière dont l’auteur traite de l’étrangeté.

L’Analyse


Gregor Samsa, cancrelas déshumanisé


La Métamorphose décrit la transformation (oui oui) d’un être humain banal, Gregor Samsa, soudainement transformé en « cancrelat » au réveil, alors qu’il doit se rendre au travail en train. Le personnage se voit brutalement déshumanisé par sa transformation, d’abord parce que son corps devient celui d’un insecte avec lequel il doit se familiariser. En effet, sa manière de se mouvoir change radicalement, puisqu’il a six pattes, une tête plus large que celle d’un être humain. La déshumanisation apparaît également par sa voix, qui devient méconnaissable à cause d’un brouillage qui s’opère lorsqu’il prend la parole.

Il est donc déshumanisé au sens littéral, puisque sa transformation lui retire son appartenance à l’espèce humaine en termes d’apparence, mais aussi par le comportement que les autres humains adoptent avec lui, à commencer par sa famille, composée de ses parents et de sa sœur.

Mais ensuite les choses se gâtèrent, surtout à cause de sa largeur insolite. Il aurait fallu s’aider des bras et des mains pour se redresser ; mais il n’avait que de petites pattes qui n’arrêtaient pas de remuer dans tous les sens et sur lesquelles il n’avait aucun moyen d’action. S’il voulait plier l’une d’entre elles, elle commençait par s’allonger ; et s’il parvenait enfin à faire faire à cette patte ce qu’il voulait, toutes les autres, abandonnées à elles-mêmes, se livraient aussitôt à une vive agitation des plus pénibles.

La déshumanisation du personnage passe par la reconfiguration de son corps, qui est d’une « largeur insolite » et dispose de « petites pattes » sur lesquelles il n’a « aucun moyen d’action », qui apparaissent en antithèse à « des bras et des mains » qu’il n’a plus. Il apparaît alors impuissant à contrôler son nouveau corps, ce qui l’empêche de se déplacer, mais aussi d’affronter la violence du monde qui l’entoure.

En effet, Franz Kafka décrit la cruauté brutale du monde extérieur qui s’abat sur Gregor Samsa, reclus dans sa chambre et repoussé lorsqu’il en sort. Sa famille le traite en animal, en intrus, en paria, parce qu’il n’a plus aucune utilité sociale sous sa forme de cancrelat, puisqu’il ne plus travailler, comme le montre la perte de son emploi après la visite du « fondé de pouvoir » au domicile familial. Sa perte d’utilité sociale s’accompagne alors de la perte de l’amour et de la considération des membres de sa famille, puisqu’il provoque le malaise de sa mère, la peur de sa sœur et la colère de son père, qui va jusqu’à le frapper pour le blesser.

L’exclusion sociale et familiale de Gregor Samsa, relégué dans sa chambre et sans emploi, constitue une inversion totale, puisque c’est lui qui faisait vivre sa famille grâce à son travail. Les analepses décrivant les accomplissements passés du personnage et un climat familial plus apaisé, contrastent fortement avec le rejet de plus en plus violent de sa famille. Ainsi, il est enfermé dans sa propre chambre et nourri par sa sœur comme s’il était un animal sauvage et dangereux, ce qu’on remarque lorsqu’elle le fuit alors qu’elle le voit bouger. L’étrangeté que représente la métamorphose du personnage se trouve alors mêlée à une forme de réalisme social brutal, puisque Gregor subit des violences de la part de sa famille et du monde du travail, représenté par le « fondé de pouvoir ».

L’inversion totale de la vie du personnage et la démonstration de sa métamorphose passent également par la nourriture, puisqu’il ne peut plus manger des aliments sains, et est au contraire attiré par la nourriture avariée, ce qu’il observe lui-même lorsqu’il remarque qu’il n’a « aucun goût pour les nourritures fraîches », dont il ne peut « même pas supporter l’odeur ». Ce passage trouvera des échos explicites dans le premier volume du manga Tokyo Ghoul de Sui Ishida, lorsque le personnage principal, Ken Kaneki, compare sa transformation en Goule et son dégoût de la nourriture humaine avec la métamorphose de Samsa en cancrelas. Le roman Within Without de Jeff Noon mentionne aussi la nouvelle en tant qu’objet littéraire dans le cadre diégétique, mais il mobilise aussi le personnage de Gregor Samsa, qui peut pleinement faire partie de l’identité de certains individus. En effet, dans la ville d’Escher, les personnages de fiction surgissent dans les esprits. Ainsi, l’enquêteur John Nyquist, lors de sa visite d’Escher, découvre que son « alter » fictionnel est Gregor Samsa, qui peut se métamorphoser en insecte à l’intérieur même de son esprit (oui oui).

Gregor Samsa devient donc une forme d’altérité radicale, qui ne parvient pas à se faire comprendre du reste de l’humanité ou à interagir avec elle, ce qu’on observe dans e fait que toutes les tentatives de communication entre le personnage et sa famille échouent. Il constitue donc une source d’horreur pour les humains, mais n’en tire aucune fierté, aucune ambition, contrairement aux hybrides d’êtres humains et de créatures cosmiques que décrit Lovecraft dans L’Abomination de Dunwich et Le Cauchemar d’Innsmouth, qui cherchent à écraser l’humanité pour la dominer.L’altérité de Samsa apparaît alors comme un fardeau, qui pèse sur son identité et sur famille.


Le mot de la fin


La Métamorphose est une nouvelle de Franz Kafka, dans laquelle l’auteur décrit la cruauté que subit Gregor Samsa, un homme qui se réveille transformé en cancrelat.

Cette cruauté passe par son isolement des milieux social et familial, qui exercent leur violence verbalement et physiquement contre lui, alors qu’il est devenu une forme d’altérite radicale et effrayante pour les humains qui l’entourent.

Si vous vous intéressez à la plume de Franz Kafka, ou à la Weird Fiction, je vous recommande la lecture de cette nouvelle !

4 commentaires sur “La Métamorphose, de Franz Kafka

      1. Oui, une œuvre de fantastique peut être aussi du weird, puisque le weird est par définition une fusion des différents genres de l’Imaginaire… Mais en quoi « La Métamorphose » est-elle plus que du fantastique, sauf si on se fonde sur la définition todorovienne (« le fantastique repose toujours sur l’hésitation ») ? Cela dit, on peut effectivement relier ce texte également à l’horreur, comme tu le relèves assez bien dans ta chronique en décrivant le cauchemar de Gregor Samsa.

        Aimé par 1 personne

      2. Le Weird ne fusionne pas forcément des genres de l’imaginaire, mais pour te répondre, l’étrangeté du texte et son aspect grotesque font qu’on peut le rattacher au Weird. De manière générale, des auteurs et théoriciens comme Jeff Vandermeer rattachent Kafka à la Weird Fiction. Si jamais ça t’intéresse, je crois qu’il en parle dans la préface de l’anthologie The Weird et sur le site Weird Fiction Review.

        Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s