Interview de Saïd

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de te proposer une interview de Saïd, auteur et membre du podcast Mana et Plasma, avec qui j’ai discuté de son dernier projet en date, L’Humain outresolaire en affiches, impriméen risographie !

Je vous rappelle que vous pouvez retrouver toutes les interviews grâce au tag dédié et dans le menu du blog.

Je remercie Saïd pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !


Interview de Saïd


Marc : Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Saïd : On m’appelle Saïd. Je suis auteur, majoritairement de nouvelles de science-fiction. J’écris depuis 2014 et essaie, au fil du temps, d’exploiter de plus en plus les possibilités qu’offre l’autoédition. J’en suis venu à m’intéresser à la reliure, à différentes techniques d’impression, au design graphique. Aujourd’hui, je propose des livres en séries limitées que je fabrique à la main.


Marc : As-tu toujours voulu devenir écrivain ? Qu’est-ce qui t’a amené à l’écriture, et aux genres de l’imaginaire en particulier ?

Saïd : J’ai toujours aimé lire et inventer des histoires. À 15 ans, j’ai commencé à participer à des concours de nouvelles et à nourrir l’envie de continuer à écrire, quoi qu’il arrive. La littérature de l’imaginaire m’est rapidement apparue comme plus dépaysante, source de plus d’inventivité. Le côté « laboratoire » du genre m’a attiré, j’avais l’impression qu’il y a plus de choses à y découvrir et à y créer.


Marc : Les nouvelles de tes recueils Horizons Parallèles ont été écrites en un an, dans le cadre, du défi de Ray Bradbury, qui consiste à écrire une nouvelle par semaine pendant une année. Comment as-tu entendu parler de ce défi ? Pourquoi as-tu décidé de le relever ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Saïd : Un jour, j’ai entendu un critique littéraire belge parler d’un certain Neil Jomunsi, auteur français qui s’était mis en tête d’écrire une nouvelle par semaine pendant un an. C’est avec cet auteur que j’ai découvert le « Bradbury challenge » ou « Projet Bradbury » pour la version Jomunsi. J’ai trouvé ça fou, inconcevable… mais l’idée était séduisante, et pleine de l’humour de Bradbury : mieux vaut écrire une nouvelle par semaine pendant un an que d’écrire un roman, car un roman peut s’avérer mauvais (et on aura perdu une année) alors qu’il est statistiquement impossible d’écrire 52 mauvaises nouvelles d’affilée !

Quelques années plus tard, j’ai été confronté à ma tendance à écrire peu, à tomber dans le « piège » que connaissent beaucoup d’auteurs et autrices, surtout dans l’autoédition : je passais plus de temps à promouvoir mes écrits qu’à écrire véritablement. Pour sortir de ce cercle vicieux, j’ai repensé au challenge Bradbury, et aux nombreuses personnes qui l’avaient relevé, en France et surtout dans les pays anglo-saxons. J’ai décidé de franchir le pas, de me lancer. Et je ne le regrette pas une seule seconde !


Marc : Tu écris des récits, dont tu assures non seulement la publication et la diffusion, mais aussi l’impression et la fabrication, en réalisant toi-même le façonnage, le choix du papier, et la reliure de tes recueils, ou de L’humain outresolaire en affiches. Pourquoi adopter cette démarche totale ? Comment as-tu appris l’impression et la reliure ?

Saïd : À partir du moment où j’ai choisi l’autoédition, j’ai voulu réfléchir à la meilleure manière d’exploiter ce mode de publication, de le pousser dans ses retranchements. La question qui me guide, c’est : qu’est-ce que je peux faire en autoédition et qui serait impossible en maison d’édition ? C’est pour répondre à cette question que j’ai publié énormément de textes gratuitement, que j’ai utilisé des licences libres, que j’ai tenté de réduire le laps de temps entre l’écriture et la publication… Imiter l’édition en maison ne m’intéresse pas… et imiter ce qui est devenu « l’autoédition traditionnelle » non plus. Tant qu’à créer des livres papier, autant créer des objets de qualité : série limitée, livres numérotés, jolis papiers… J’ai donc appris différentes techniques d’impression (la sérigraphie d’abord, et plus récemment la risographie), et appris la reliure grâce à des livres sur le sujet et à des vidéos.


Marc : D’ailleurs, tes nouvelles du projet Horizons Parallèles sont aussi disponibles au format numérique sous licence Creative Commons. Est-ce que tu es un adepte du libre, de la même façon que pour les logiciels informatiques ? Est-ce que c’est pour que ton travail soit plus accessible ?

Saïd : Je suis impressionné depuis plusieurs années par les personnes qui font le choix d’accorder des droits d’utilisation particuliers sur leurs logiciels, photos, musiques… Pour ce qui est des logiciels, j’ai adopté assez tôt l’idée d’utiliser du libre plutôt que de craquer des programmes hors de prix. Pour l’écriture, j’ai probablement été influencé par le fait que certains concepts de science-fiction ont tendance à beaucoup se diluer dans les œuvres, au fil du temps, par le fait qu’on est peut-être plus adeptes ou plus sensibles aux suites, aux grandes licences, aux parodies, aux fan fictions… Et puis, en total inconnu au départ, j’ai eu très envie de proposer clairement aux gens de diffuser mes histoires comme bon leur semble (ou presque !). J’espère de tout cœur voir apparaitre des versions adaptées, des suites, des œuvres annexes à mes nouvelles un jour ! L’accessibilité est aussi très importante pour moi. Je suis fier de proposer beaucoup de contenu partageable, dont beaucoup de nouvelles gratuites.


Marc : Certaines de ces nouvelles sont aussi disponibles au format audio, en podcast. Pourquoi les as-tu adaptées ?

Saïd : Pour le plaisir ! Internet est le lieu de tous les médias, j’avais vraiment envie de tester l’adaptation audio, la lecture de textes. C’est une expérience très intéressante de s’enregistrer lire à voix haute, et c’est une très bonne occasion de donner à découvrir mes créations par un autre biais que celui de la lecture.


Marc : L’humain outresolaire en affiches est un ouvrage imprimé en risographie. Comment as-tu découvert cette (formidable) technique d’impression ? Est-ce que tu l’apprécies ? Comment s’est déroulée la fabrication du livre et la préparation des fichiers pour l’impression ? Pourquoi associer risographie et science-fiction ?

Saïd : Quand tu t’intéresses aux différentes techniques d’impression et aux circuits de création de livres indépendants, tu finis assez rapidement par entendre parler de la risographie. Il est assez fou de voir comment la micro-édition s’est appropriée ces machines, initialement prévues pour concurrencer la photocopie. L’humain outresolaire est ma toute première expérience en riso, j’ai beaucoup aimé imprimer de cette manière ! J’adore particulièrement le grain si particulier et la superposition des couleurs des encres.

La préparation des fichiers est assez particulière. Pour imprimer en bichromie, il faut donner à la machine deux fichiers pdf en niveaux de gris : un pour chaque couleur. Tout ce qui est noir/gris dans le fichier sera imprimé dans la couleur choisie. Cela semble simple… mais cela signifie qu’on ne peut imprimer qu’une seule feuille de papier, sur une seule face à la fois. Si tu imprimes plusieurs pages de livre par feuille, tu dois donc te débrouiller pour faire correspondre les emplacements des rectos et des versos, et tant qu’à faire, faciliter le travail de tri qui aura lieu une fois les feuilles découpées.

En pratique, la préparation des fichiers demande donc de bien réfléchir à l’agencement des pages sur chaque feuille, et aussi de bien travailler les images auparavant, pour que leur impression en bichromie fonctionne au mieux !


Marc : Comme son titre l’indique, la narration de ton projet s’appuie sur des affiches de publicité, de propagande politique ou de prévention. Comment t’es venue l’idée d’une histoire par affiches ? Est-ce que tu voulais que le graphisme prenne part à la diégèse ?

Saïd : Je cherchais une façon originale de parler d’un futur possible pour l’humanité. Déterminé à utiliser la risographie, je cherchais aussi un moyen d’illustrer les textes. C’est en parcourant des sites dédiés à des affiches vintage, passées dans le domaine public ou exploitables sans restrictions liées aux droits d’auteur, que j’ai eu l’idée de détourner des affiches en les rendant emblématiques d’une époque future. En plus, cela collait avec le placement de mon propre livre sous licence libre ! Sans compter sur le fait qu’on peut imaginer une redécouverte du design, après des siècles sans papier, et expliquer, du coup, le côté rétrofuturiste de ces affiches conformément à l’histoire racontée.


Marc : De la même manière, l’objet livre s’intègre à la diégèse, puisque dès l’incipit, on trouve cette phrase : « félicitations, vous venez d’acquérir un livre ». Pourquoi intégrer l’objet livre à ta narration ?

Saïd : Avec le projet Horizons parallèles, je m’étais mis en tête d’explorer différents médias pour raconter les mêmes histoires : e-book, lecture en ligne, livres papier, livres audio. J’avais cette idée que le seul support fixe de l’histoire est l’esprit. Cette multiplicité des supports m’a fait me demander : serait-il possible de concevoir un livre qui ne pourrait exister que sous un seul format ? Avec L’humain outresolaire, j’ai pris cette direction. J’ai tenté de créer un livre dont l’objet lui-même est si impliqué dans la diégèse que l’envisager sous un autre support n’a pas de sens.


Marc : Comment t’es venue l’idée de ce projet ?

Saïd : L’idée m’est venue grâce à un appel à résidence aux Ateliers du Toner à Bruxelles, un lieu exceptionnel qui met à disposition des locaux et du matériel de risographie à qui le souhaite. Je n’ai pas remporté l’appel, mais y participe m’a donné le coup de fouet nécessaire pour me lancer dans un projet, apprendre la risographie, et finalement le mener à bien.


Marc : Les affiches présentes dans l’ouvrage sont issues de détournements d’affiches existantes que tu as réalisés. Comment as-tu sélectionné les affiches que tu allais modifier ? Avais-tu déjà une idée de celles que tu voulais utiliser ? Avec quels logiciels as-tu travaillé ? Pourquoi ?

Saïd : J’ai sélectionné des affiches parce qu’elles me plaisaient avant tout, et parce que leur apparence avait déjà un rendu très « science-fictionnel ». Je n’avais pas d’idée a priori, c’est vraiment en les découvrant que j’ai été inspiré pour leur donner une nouvelle signification. Pour les retravailler, j’ai utilisé le logiciel Gimp, libre et gratuit, que j’emploie depuis des années pour mes couvertures. Il concentrait toutes les fonctionnalités dont j’avais besoin pour ce détournement.


Marc : Les affiches comportent des slogans, tels que « Jamais deux cents. Trois. », « Prendre soin de ses gènes, c’est prendre soin de l’espèce. », « G pour Généreuse », « Rendez-vous dans le futur ! ». Est-ce qu’il s’agit de détournements des slogans des affiches que tu as utilisées ? Pourquoi utiliser le discours publicitaire dans un récit de SF ?

Saïd : Les slogans sont tous de ma création et n’ont pas été inspirés par le contenu originel des affiches. C’est justement ça qui me plaisait dans ce détournement : s’il est finalement anecdotique du point de vue graphique, pour certaines des affiches, il transforme véritablement le sens à accorder à l’affiche grâce au nouveau slogan. Pour ce qui est du discours publicitaire, j’aimais assez l’idée d’imaginer des tentatives d’influence dans des prises de décisions qui concernent des centaines ou des milliers d’individus. Le choix d’une planète où vivre, d’une religion à intégrer… Je trouve aussi qu’imaginer des publicités du futur conserve un côté proche des citoyens humains, des civils, alors que les histoires de conquête spatiale peuvent avoir tendance à surtout parler du côté militaire des opérations.


Marc : Ces affiches sont complétées par des commentaires historiques et iconographiques, qui les replacent dans le contexte de l’histoire du futur que tu racontes. Leur ton peut rappeler les manuels d’histoire. Est-ce que c’est pour montrer qu’il s’agit d’un documentaire ?

Saïd : Oui, je voulais vraiment que ce livre soit lu comme un faux documentaire qui aurait émergé du futur pour atterrir par miracle entre nos mains !


Marc : L’aspect historique de ton œuvre s’observe dans la progression chronologique, mais aussi dans la manière dont tu retraces les évolutions politiques, dans le rapport de l’humanité aux autres espèces intelligentes, mais aussi technologiques, des modifications génétiques aux essaims de Dyson. Pourquoi raconter de tels changements ? Est-ce que tu voulais écrire une histoire du futur ?

Saïd : Je ne voulais pas me contenter d’un agglomérat d’affiches sans lien les unes avec les autres, il aurait manqué quelque chose. J’ai choisi d’imaginer un fil rouge, comme l’auraient sans doute fait les auteurs fictifs de cette œuvre futuriste. Ce fil rouge, c’est effectivement l’évolution sensible de l’humanité, qui va rencontrer d’autres espèces intelligentes et découvrir de nouvelles technologies. J’ai voulu que le ton, le choix des affiches et leur enchaînement donnent l’impression aux lecteurs et aux lectrices de ne faire qu’effleurer la surface d’un monde et d’une époque beaucoup plus complexes… et pourquoi pas leur donner envie d’y forger leurs propres récits !


Marc : Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Saïd : Je suis en train de préparer l’impression des affiches extraites de L’humain outresolaire, au format A3, toujours en risographie. Je vais également enregistrer les deux derniers épisodes du podcast Horizons parallèles. Pour la suite, je pense que j’aurai besoin de bonnes vacances pour imaginer sereinement quel sera mon prochain projet !


Marc : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs ?

Saïd : N’oubliez pas de vous amuser.

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