Comte Zéro, de William Gibson

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler de l’œuvre qui fait suite à Neuromancien.

Comte Zéro, de William Gibson


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Au Diable Vauvert. Je remercie chaleureusement Nathalie Paino pour l’envoi du roman !

William Gibson est un auteur américain et canadien de science-fiction et de littérature générale américain né en 1948. Il est rattaché à ce que la critique américaine, avec d’abord Gardner Dozois, puis des auteurs comme Norman Spinrad dans son essai « Neuromantiques », ont appelé le Cyberpunk. Dans le même temps, le Cyberpunk est devenu un sous-genre à part entière de la science-fiction, et une sorte de mouvement littéraire sous l’impulsion de Bruce Sterling, auteur de Schismatrice + et anthologiste de Mozart en verres-miroirs, dont la préface constitue une sorte de manifeste du Cyberpunk et en donne les caractéristiques.

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Comte Zéro, est originellement paru en 1985 et est paru en VF la même année dans une traduction de Jean Bonnefoy aux éditions La Découverte. Laurent Queyssi a réalisé une nouvelle traduction du roman, parue en 2021 Au Diable Vauvert, et c’est sur cette dernière que va s’appuyer ma chronique.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Turner est le meilleur dans sa partie, les opérations d’exfiltration. Le dernier casse informatique de Bobby, jeune et intrépide hacker new-yorkais surnommé Comte Zéro, a mal tourné et le système qu’il croyait pirater est en train de le tuer. »

Dans mon analyse du récit, je traiterai de la manière dont l’auteur dépeint des personnages et un monde dans lequel les biotechnologies semblent en passe de remplacer la cybernétique, mais aussi son traitement des IA.

L’Analyse


Un mercenaire, un apprenti hacker, une galeriste, des cyberloa


La narration de Comte Zéro est portée par unepluralité de personnages point de vue, qui sont au nombre de trois, et alternent à chaque chapitre. On suit d’abord Turner, un mercenaire chargé d’exfiltrer des employés de firmes prestigieuses pour le compte d’autres mégacorporations et expert en la matière. Ensuite, le roman nous présente Marly, ancienne galeriste d’art, lancée sur la piste d’œuvres d’art, à savoir des boîtes contenant des objets provenant de diverses époques, collés et juxtaposés, laissées par un auteur inconnu qu’elle doit identifier et retrouver, pour le compte de Josef Virek, un multimilliardaire conservé dans une cuve qui fait des apparitions virtuelles (j’y reviens plus bas). Enfin, le dernier personnage dont on dispose du point de vue est Bobby, dit Comte Zéro (et qui donne son titre au roman, oui oui), un jeune cow-boy du cyberespace qui a encore tout à apprendre et tente de s’extirper de la banlieue dans laquelle il vit. Si des liens entre les intrigues de Turner et Bobby apparaissent au fil du récit, celle de Marly est quasiment autonome et ne croise jamais les deux autres protagonistes, qui influencent pourtant sa recherche, d’une certaine manière. Cette distance de Marly avec les deux autres personnages peut s’expliquer par le fait qu’elle est moins directement confrontée au cyberespace et aux technologies de pointe mises en scène dans le roman, la fin et ses contacts fréquents avec Virek mis à part.

Les technologies dépeintes par William Gibson apparaissent dès l’incipit du roman, que j’ai personnellement trouvé incroyable, parce qu’il les met parfaitement en scène, en plus d’introduire leurs rapports avec certains individus. Ainsi, le monstrueux incipit de Comte Zéro montre des technologies de reconstruction, mais aussi des armes programmées pour détruire des individus particuliers en fonction de leurs hormones.

À New Delhi, Turner se retrouva poursuivi par un limier-explosif réglé sur ses phéromones et sa couleur de cheveux. L’engin le rattrapa dans une rue nommée Chandni Chowk et se rua sur sa BMW de location à travers une forêt de jambes nues brunes et de pneus de cyclo-pousse. […]
Comme il avait un bon agent, il avait un bon contrat. Comme il avait un bon contrat, il fut évacué vers Singapour une heure après l’explosion. Dans sa presque totalité, en tout cas. […]
Il fallut trois mois au Hollandais et à son équipe pour réassembler Turner. Ils lui clonèrent un mètre carré de peau qu’ils firent pousser sur des plaques de collagène et de polysaccharides de cartilages de requin. Ils achetèrent des yeux et des organes génitaux sur le marché noir. Des yeux verts.
Il passa la quasi-totalité de ces trois mois dans la reconstruction simstim en ROM d’une enfance idéalisée dans la Nouvelle-Angleterre du siècle précédent.

Les premiers paragraphes du roman montrent donc la quasi-destruction, puis la reconstruction de l’un de ses personnages principaux (oui oui), grâce à son statut de mercenaire, qui transparaît par un enchaînement logique déductif. On peut donc déjà observer que c’est son statut social, mais surtout son utilité aux yeux de ses employeurs, qui lui sauve la vie, ce qui témoigne de l’utilitarisme qui règne dans les relations humaines. Cet utilitarisme trouve par ailleurs un versant particulièrement cruel et cynique dans le fait qu’on puisse acheter « des yeux et des organes génitaux sur le marché noir », d’une part parce que cela réifie et déshumanise les individus qui en sont dépossédés, mais aussi ceux qui les reçoivent, à qui l’on donne donc des fragments d’une identité autre. Ensuite, ils montrent la puissance des technologies de destruction, que l’on peut paramétrer pour cibler des individus précis, et de celles qui reconstruisent, puisqu’il est possible de cloner et cultiver des cellules de peau, par exemple. Le corps humain devient alors un matériau comme un autre, que l’on peut désassembler ou « réassembler » à loisir. Cet incipit montre par ailleurs l’importance de la réalité virtuelle, ou « simstim », qui permet de maintenir le corps physique d’un patient dans le coma pendant que son esprit se trouve dans un univers virtuel. Cependant, cet usage peut être détourné pour manipuler ses souvenirs.

L’incipit du point de vue de Turner montre ainsi une grande partie des enjeux et des technologies à l’œuvre dans le roman. Le point de vue de Marly montre quant à lui la manière dont la réalité virtuelle peut être utilisée par les plus riches, comme le montre sa première rencontre avec Virek, tandis que celui de Bobby montre les jeunes cow-boys hackers sont instrumentalisés par ceux qui se prétendent leurs mentors pour tester du matériel, ce qu’on remarque lorsque le « brise-glace », c’est-à-dire le logiciel créé pour casser les protections informatiques des banques de données, qu’il teste pour entrer par effraction dans une base, lui fait défaut et qu’il manque de mourir. Les technologies, qu’elles soient mises en place au sein de la matrice ou dans le réel, peuvent donc permettre des simulacres de résurrection, comme dans le cas de Turner et de Virek, mais elles peuvent dans le même temps tuer, Bobby et Turner en font les frais, mais aussi aliéner les individus. La mère de Bobby est ainsi addict aux séries diffusées en réalité virtuelle, et ne quitte donc jamais les simulations. William Gibson décrit donc des individus prisonniers d’une société du spectacle, comme le feront plus tard Richard Canal dans Upside Downet Jean Baret dans VieTM.

Comme dans Neuromancien, l’auteur met en scène des Intelligences Artificielles. Il est d’ailleurs sous-entendu qu’elles descendent de Wintermute et Neuromancien. Cependant, les IA de Comte Zéro différent de celles du roman précédent, parce qu’elles se présentent comme des sortes des dieux, à savoir les loa, tels que Legba, le Baron Samedi, Ougou Feray, ou encore Damballa, qui choisissent des « montures » dans le monde physique pour interagir avec des humains qui les déifient. Turner est ainsi confronte à Angie, la fille de Christopher Mitchell, qu’il devait exfiltrer de Maas Biolabs, et qui semble investie par ces IA loas, tandis que Bobby semble sauvé par l’une d’entre elles et se retrouve projeté au milieu de hackers devenus des houngans ou frayant avec eux.

William Gibson combine deux formes de mythes, anciens et modernes, en mobilisant d’abord la religion vaudou, ses loas, ainsi que son langage, qui transparaît dans l’utilisation de créole, avec « Vyèj Mirak », par exemple, pour ensuite la câbler (sans mauvais jeu de mots) aux technologies du cyberespace et aux IA, qui constituent des mythes contemporains, dont il mobilise également la langue. L’argot des cow-boys de la matrice et le créole vaudou se mêle dans la langue des houngans que côtoie Bobby.

—Laisse tomber la métaphore, alors. Lorsque Beauvoir ou moi te parlons des loas et de leurs montures, comme nous appelons ceux que les loas choisissent de chevaucher, il faut que tu imagines que nous parlons deux langues à la fois. La première, tu la comprends déjà. C’est celle de la technologie artisanale, comme tu l’appelles. Nous utilisons peut-être d’autres mots, mais il s’agit bien de techno. Peut-être que ce que tu nommes un brise-glace est pour nous Ougou Feray, tu piges ? Mais en même temps, avec les mêmes mots, nous parlons d’autres choses que tu ne captes pas. Et qu’il est inutile que tu comprennes. »
— Si tu veux. Dis-toi que Jackie est une interface, Bobby, une interface de cyberespace très jolie, avec des chevilles magnifiques. » […] « Et imagine que Damballa, que certains appellent le serpent, est un programme. Un brise-glace, disons. Damballa se branche sur l’interface Jackie et Jackie s’attaque à la glace. C’est tout.

Cependant, si les langages du vaudou et de la technologie se mêlent, on peut observer que cette forme de divinisation des IA peut souligner leur aspect incompréhensible (ou difficilement compréhensible), puisque personne ou presque ne comprend que est leur but, malgré le fait qu’elles disposent de porte-paroles, dont elles peuvent d’ailleurs posséder les corps. La possession vaudou s’articule alors avec le topos de « l’invasion cérébrale » donné comme l’un des thèmes fondamentaux du Cyberpunk par Bruce Sterling dans la préface de Mozart en verres-miroirs. Les « possessions » de Comte Zéro marquent alors une réification totale de l’individu face à la machine, qui prend le contrôle de son corps sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit, qui s’articule à un aspect mystique, puisqu’il devient la « monture » d’une créature perçue comme divine. L’incompréhension que suscitent décrites William Gibson peut se rapprocher de celle des créatures issues de récits fantastiques (Qui a dit Cthulhu ?), qui ne peuvent pas être appréhendées par les êtres humains. Cela est d’ailleurs souligné par leur mode d’apparition, au sein de l’« hallucination consensuelle » qu’est la matrice, ou même dans le monde physique, rejoint alors celui des fantômes et créatures spirites dans les récits fantastiques, parce que les personnages non-initiés qui les observent, comme Turner ou Bobby, sont désemparés, voire effrayés.

On remarque que par la suite, d’autres auteurs de SF ont mobilisé ce type de de liens, avec par exemple Rita Indiana, qui a intégré le culte de la Santeria dans son (excellent) roman Les Tentacules.

Comte Zéro montre l’emploi croissant de biotechnologies, qui préfigurent donc le Biopunk, d’une certaine façon, avec les « bio-puces » et les « bio-logiciels » de Maas Biolabs, créés par Christopher Mitchell. Ces logiciels permettent d’obtenir et mobiliser des informations de manière extrêmement rapide, comme utiliser (et non apprendre) une langue, ce qu’on observe lorsque Turner s’insère un logiciel pour parler espagnol, ou obtenir des informations à propos d’un individu. Ainsi, pour en savoir plus sur Christopher Mitchell, Turner se branche un « bio-logiciel » qui contient sa vie. Sa conscience se trouve alors contaminée par les souvenirs de Mitchell, mais je ne vous en dirai pas plus.

Les implants biotechnologiques peuvent aussi servir l’aliénation des employés (non, pas ceux-là) et leur subordination à leurs supérieurs hiérarchiques.

— Nous allons le scanner pour voir s’il possède des implants potentiellement mortels, dit l’homme au gilet.
— Des explosifs intracrâniens, ce genre de trucs ?
— M’étonnerait que nous trouvions des choses aussi rudimentaires, dit l’autre homme, mais oui, nous allons partir en chasse du moindre équipement mortel. […]
— La dernière mode est d’équiper les cadres importants de pompes à insuline modifiées sous la peau, intervint son collègue. Le système du sujet peut ainsi être rendu dépendant à certains analogues d’enzymes synthétiques. Si la pompe n’est pas rechargée à intervalles réguliers, l’éloignement de la source – en l’occurrence l’employeur – peut causer des dégâts.

William Gibson décrit donc une aliénation au travail qui passe donc par une dépendance biologique à l’employeur (oui oui). On note alors que les implants cybernétiques comme les explosifs intracrâniens, déjà porteurs d’une violence inouïe passent pour « rudimentaires » et laisse place à une forme de violence bien plus pernicieuse, l’addiction, ce qui montre le degré d’évolution technologique du roman, mais aussi la manière dont le progrès technique ne se coordonne pas avec le progrès social, dans un monde dans lequel les biotechnologies vont surpasser les implants mécaniques.

Si les biotechnologies permettent d’asservir les dominés, elles conservent par ailleurs les dominants, ce qu’on observe dans le cas du milliardaire Josef Virek, dont le corps rongé par la maladie est préservé dans une « cuve » mais dont l’esprit numérisé envahit le cyberespace et le monde (ce qui peut rappeler un certain Mr. House dans le jeu Fallout 3). Il apparaît alors tout aussi inhumain que les Tessier-Ashpool de Neuromancien, puisqu’il s’hybride et se conserve grâce aux machines pour rester en vie et étendre sa dominations sur le monde.

« Je vous en prie. » Il tapota le banc et sa mosaïque aléatoire composée d’éclats de faïence d’une main fine. « Veuillez m’excuser d’être ainsi dépendant de la technologie. Je suis confiné depuis plus d’une décennie dans une cuve. Dans une affreuse banlieue industrielle de Stockholm. Ou peut-être en enfer. Je ne suis pas au mieux, Marly. Venez-vous asseoir. »
« Herr Virek, dit-elle. J’ai vu une de vos conférences à Munich, il y a deux ans. Une critique de Faessler et de son Autistiches Theater. Vous aviez l’air en forme…
— Faessler ? » Le front bronzé de Virek se plissa. « Vous avez vu un double. Un hologramme peut-être. On fait tout un tas de choses en mon nom, Marly. Certaines parties de ma fortune sont devenues autonomes, peu à peu ; il leur arrive parfois même de s’affronter. Ou de se révolter face aux extrémités fiscales. Toutefois, pour des raisons si complexes qu’elles demeurent cachées, ma maladie n’a jamais été rendue publique. »

Cependant, Virek semble dépassé par sa propre conservation, puisque certaines parties de son capital, gérées par des IA, sont ainsi devenues autonomes, mais prennent son apparence. Il utilise des clones et des hologrammes dans le monde physique, ce qui le rapproche d’une IA qui cherche à atteindre la matérialité, mais il cherche à reconquérir un corps physique, ce que parviennent à faire les IA loas grâce à leurs montures.

Comte Zéro peut être perçu comme unroman initiatique pour Bobby, mais pas pour les deux autres personnages. En effet, contrairement à Turner et Marly, Bobby est un personnage jeune, marqué par une certaine innocence et un désir de s’élever socialement pour quitter sa mère dépendante aux séries virtuelles et sortir de sa banlieue. Cependant, Bobby, tout comme Turner et Marly, est le jouet de puissances qui le dépassent et le voient comme un moyen de parvenir à leurs fins. Le jeune hacker et le mercenaire sont les jouets des IA et des mégacorporations, tandis que Marly est le pion de Virek. L’initiation de Bobby s’accompagne alors d’une perte de cette innocence et de ses illusions lorsqu’il se rend compte de la brutalité bien réelle du monde virtuel.

Comte Zéro reprend le personnage du Finnois, déjà apparu dans Neuromancien,  mentionne « Dixie Tracé Plat », le cow-boy conservé sur une cartouche de mémoire morte dans le premier roman, le destin funeste des Tessier-Ashpool et de leur domaine supposément investi par une IA, ce qui montre les liens de continuité entre les deux romans. Cependant, d’après Istvan Cicsery-Ronay Jr. dans son article « Antimancer: Cybernetics and Art in Gibson’s Count Zero », Comte Zéro fonctionnerait, au moins en partie, comme une forme d’antithèse à Neuromancien, sur le plan narratif d’abord, avec une « dispersion », une « fragmentation » et des « épiphanie privées », là où Neuromancien fonctionne sur la « convergence de points narratifs ». Comte Zéro mobilise trois points de vue juxtaposés et « semi-autonomes », alors que Neuromancien s’appuie sur une narration qui mobilise le discours indirect libre. Ensuite, les deux romans, toujours selon Istvan Cicsery-Ronay Jr, ne montrent pas non plus les mêmes visions de l’art, puisque Comte Zéro tend à redonner une autonomie à l’art, contrairement à Neuromancien qui le subordonne à la technologie. De manière générale, cet article est extrêmement intéressant si vous souhaitez comprendre en détail les relations entre Neuromancien et Comte Zéro et la manière dont il est possible de les opposer. L’article met aussi en évidence les liens entre Comte Zéro et la pratique surréaliste du collage, esthétique que William Gibson mobilise dans son roman et mentionne explicitement en comparant les boîtes que cherche Virek aux assemblages de Joseph Cornell, influencé par un certain Max Ernst. Sans rentrer dans les détails, le roman explore la possibilité d’IA artistes, capables de créer des œuvres, et non des simulacres d’art, mais dont les intentions artistiques resteraient plus ou moins floues.

Le mot de la fin


Comte Zéro est un roman de science-fiction Cyberpunk de William Gibson. L’auteur y explore, à travers trois personnages point de vue, un mercenaire, un jeune cow-boy de la matrice, et une ancienne galeriste, un monde dans lequel les IA deviennent des artistes ou des loas vaudous, les milliardaires des entités numériques omniprésentes et avides de contrôle, et les mégacorporations rendent leurs employés chimiquement dépendants pour les contrôler.

Les personnages principaux du roman se trouvent alors confrontés à toute la violence de leur société et tentent tant bien que mal d’obtenir (ou réobtenir) un statut social qui leur permet d’être en sécurité.

J’ai beaucoup aimé ce roman, et je vous le recommande chaudement !

4 commentaires sur “Comte Zéro, de William Gibson

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s