Bob, textile futé, de Luce Basseterre

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle de Luce Basseterre.

Bob, textile futé


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions 1115. Je remercie chaleureusement Thomas Fouchault pour l’envoi de la nouvelle !

Luce Basseterre est une autrice de science-fiction française née en 1957. Elle est l’une des fondatrices du Festival des Aventuriales.

Je vous avais parlé de ses romans La Débusqueuse de mondes et Le Chant des Fenjicks, que j’avais beaucoup appréciés.

Bob, textile futé est la réédition d’une nouvelle par les éditions 1115. En voici la quatrième de couverture :

« Vous pouvez changer de peau, changer de style, revoir toute votre garde-robe ou endosser de nouveaux costumes. Ou vous pouvez aussi laisser faire Bob.

Bob peut tout changer pour vous, il peut vous transformer, littéralement. Mais attention, Bob ne connaît pas ses limites.

Et si, un jour, il allait trop loin ? »

Dans mon analyse de cette nouvelle, je traiterai de la manière dont Luce Basseterre traite de la thématique de l’intelligence artificielle.

L’Analyse


Vêtu d’IA


La nouvelle de Luce Basseterre met en scène Abdel, qu’on devine être un styliste, qui a mis au point avec son associé Steve, un ingénieur, un « textile intelligent » composé de « nanobots », appelé Bob, qui donne donc son titre à la nouvelle (hé oui). Bob s’avère capable d’imiter n’importe quel textile à la perfection pour habiller son porteur.

On chuchote derrière mon dos : qui est cet inconnu ? […] Sa veste, n’est-ce pas un modèle de Giuliano ? Une pièce unique ? Mais si, très chère, elle est même déposée au musée consacré à la gloire de ce grand créateur. Une copie ? De très belle facture, alors. Non ce n’est pas possible, il n’oserait pas…

L’autrice mobilise ici le discours indirect libre pour introduire les capacités mimétiques de Bob et l’effet qu’il produit sur le public que rencontre Abdel après avoir été introduit par son amant Georges. Elle évoque en effet une pièce unique, « un modèle de Giuliano », puis la possibilité que ce soit une copie, ce qui montre la particularité de Bob dès le début du récit, de manière implicite. Cette particularité se confirme ensuite de manière explicite.

Abdel-machin-chose n’est pas qu’une jolie plante. Mes doigts caressent le vêtement, apprécient sa douceur cachemire. Une merveille. Les nanobots de notre prototype imitent à la perfection la précieuse matière. Celle-là ou une autre, au choix… Un expert s’y tromperait.

Cette capacité d’imitation peut rappeler le « complet brouillé » présent dans le roman Substance Mort d’un certain Philip K. Dick, qui permet quant à lui de rendre un individu méconnaissable en imitant une multitude de traits et de physionomies humaines. Cependant, Luce Basseterre fait de Bob une Intelligence Artificielle capable de supposément ressentir des émotions, ce qu’on voit dans le lien qu’il tisse (sans mauvais jeu de mots) avec Abdel.

Cependant, Abdel, qui constitue une figure d’artiste, se trouve en opposition avec son associé, marqué par un cynisme mercantile. Sans rentrer dans les détails, ce cynisme s’observe dans sa volonté de revendre Bob à des groupes (para)militaires. La nouvelle oppose alors deux visions de l’IA, l’une qui cherche ses applications civiles, dans le domaine de la mode, et l’autre qui veut l’appliquer à la guerre, en raison des capacités de camouflage qu’elle confère.

Cette dichotomie entre les deux personnages transparaît de manière paradoxale dans leurs apports à la création de Bob.

Steve a conçu ce chef-d’œuvre de nanotechnologie. Je ne risque pas de l’oublier, il ne cesse de me le rappeler. Pourtant sans mon aide, jamais ce textile intelligent n’aurait atteint une telle perfection. Steve est sans aucun doute un génie dans son genre, mais il est dépourvu de tout sens esthétique ou artistique.

On remarque ainsi que si Steve a conçu l’IA en tant qu’objet physique, c’est-à-dire en programmant les nanobots, Abdel lui a apporté une sorte de vision artistique qui lui faisait cruellement défaut à cause d’une lacune originellement présente chez son premier constructeur. On peut alors supposer que c’est ce mélange de programmation et de sensibilité esthétique, mais aussi son lien avec l’un de ses créateurs, qui lui donne une certaine conscience.

Sans rentrer dans les détails, cette dernière lui permet de défendre l’un de ses créateurs lors d’une agression. Bob semble donc capable d’empathie, qui le pousse à aller beaucoup trop loin, comme peut l’observer Abdel lorsqu’il est sauvé par sa création.

Luce Basseterre évoque donc l’émergence de la conscience chez une IA sous le prisme de l’empathie qu’elle pourrait ressentir pour un être humain, et non son désir de domination et d’émancipation.

Le mot de la fin


Bob, textile futé est une nouvelle de science-fiction de Luce Basseterre dans laquelle l’autrice met en scène un textile doté d’une Intelligence Artificielle capable d’imiter n’importe quel tissu, mais aussi de ressentir de l’empathie, ce que l’un de ses créateurs, Abdel, observe lorsqu’il le sauve d’une agression.

Cette nouvelle m’a de nouveau montré que j’aime beaucoup la plume de Luce Basseterre !

J’ai lu et chroniqué d’autres œuvres de l’autrice, La Débusqueuse de mondes, Le Chant des Fenjicks

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