Siffle et je viendrai, de M. R. James

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle de Weird Fiction dont la lecture m’a été recommandée par Sabrina Calvo. Je la remercie infiniment pour ce conseil de lecture !

Siffle et je viendrai, de M. R. James


Introduction


Montague Rhodes James, ou M. R. James est un auteur britannique né en 1862 et mort en 1936. Il a été principal du King’s College de Cambridge, puis du Eton College, et était spécialiste de littérature médiévale et passionné d’archéologie. On retrouve ces deux thématiques dans ses écrits, qui relèvent d’un fantastique qui s’éloigne des histoires de fantômes traditionnelles et se rapprochent de ce que l’on appellera plus tard la Weird Fiction.

Ainsi, un certain Howard Philips Lovecraft le cite comme l’un des grands maîtres de l’horreur moderne dans Épouvante et surnaturel en littérature, aux côtés d’Algernon Blackwood, Lord Dunsany et Arthur Machen.

Dans le même essai, Lovecraft mentionne d’ailleurs la nouvelle dont je vais vous parler aujourd’hui, Siffle et je viendrai, qui est parue en 1904 dans le recueil Ghost Stories of an Antiquary. Son titre en langue originale, Oh, Whistle, and I’ll Come to You, My Lad, renvoie au poème du même nom de Robert Burns. Michael Moorcock, dans l’avant-propos (appelé Foreweird) de l’anthologie The Weird de Jeff et Ann Vandermeer, mentionne cette nouvelle comme un exemple de récit « qui vous laisse avec plus de questions que de réponses », ce qui d’après lui, « est la marque d’une « fiction supérieure ». Pour Michael Moorcock, « le classique de M. R. James, Siffle et je viendrai, fait confiance au lecteur pour être l’ultime interprète ».

Petit aparté personnel, je suis particulièrement fasciné par le fait que cette nouvelle puisse être recommandée, à plusieurs générations et décennies d’intervalles, par des auteurs que j’admire énormément, avec d’abord Lovecraft, puis Michael Moorcock, puis Sabrina Calvo.

En français, les récits fantastiques de M. R. James ont été traduits par Xavier Perret et Jacques Fuentealba et réunis dans un recueil, Une plaisante terreur, disponible en version publique dans le cadre du projet Exoglyphes depuis 2021.

Siffle et je viendrai traite de l’histoire d’un archéologue, Parkins, qui découvre un sifflet dans des ruines qui lui permettent d’appeler une créature mystérieuse et monstrueuse. 

Dans mon analyse du récit, je traiterai de la manière dont M. R. James fait émerger l’horreur et l’étrangeté.

L’Analyse


L’appel du revenant


La nouvelle de M. R. James nous fait suivre un personnage de professeur, Parkins, qui part à Burnstow, sur la côte est, afin de s’adonner au golf (oui oui) avec ses amis. L’une de ses collègues, archéologue amateur, lui demande d’examiner un site particulier, celui d’une ancienne commanderie templière. Cette demande est montrée par le narrateur au cours d’un prologue particulièrement métaleptique, comme le montrent certains énoncés.

Son interlocuteur était, ainsi que vous pouvez le déduire, un archéologue amateur, mais, étant donné qu’elle n’apparaît que dans ce prologue, il est inutile de préciser ses habilitations.

En reproduisant le dialogue ci-dessus, j’ai essayé de rendre l’impression qui fut la mienne, à savoir que Parkins était une sorte de vieille femme – qui rappellerait la poule, peut-être, avec ses petites manières – totalement démunie, hélas ! du moindre sens de l’humour, mais dans le même temps déterminé et sincère au niveau de ses convictions, un homme digne du plus grand respect. Que le lecteur ait décelé ou non dans cette introduction tous ces traits de caractère, voilà quelle était la personnalité de Parkins.

Pour rappel, la métalepse est, d’après Gérard Genette, « le fait qu’un récit s’interrompre pur mettre en scène le narrateur et/ou le lecteur » (Lexique des termes littéraires).

Ces deux métalepses ont chacun une fonction différente. La première permet de montrer le rôle que va jouer l’archéologie dans le récit, tandis que la seconde explicite la fonction du prologue de la nouvelle, qui est de caractériser le personnage de Parkins, qui apparaît comme un homme de science respectable, qui ne croit pas au surnaturel mais que son expérience de l’étrange va marquer et changer.

Cet usage de la métalepse sera par la suite fréquemment utilisé par H. P. Lovecraft, notamment dans les nouvelles dont les narrateurs autodiégétiques prennent du recul sur ce qu’ils ont vécu pour tenter de le transmettre du mieux qu’ils le peuvent, avec par exemple L’Appel de Cthulhu, Les Montagnes hallucinées, ou encore Dagon.

En fouillant dans des ruines de templiers, Perkins met au jour un mystérieux sifflet qui comporte des inscriptions que le narrateur reproduit. M. R. James use ainsi d’une forme de polytextualité pour montrer les formules qui s’y trouvent, telles que « FLA FUR FLE BIS ». Cette formule peut rappeler le « fe fi fo fum » mobilisé à de nombreuses reprises par Sabrina Calvo dans La Nuit des labyrinthes pour marquer des passages assez étranges ou violents.

Dans la nouvelle de M. R. James, le sifflet semble affecter les éléments, puisqu’une tempête se déclenche lorsque Perkins souffle dedans, mais aussi les rêves et le psychisme de son détenteur. Ainsi, Perkins rêve d’un paysage au sein duquel un individu semble être poursuivi par une créature mystérieuse. M. R. James mobilise ainsi ce qui semble être un topos de la Weird Fiction, la contamination, puisque le personnage voit son espace mental envahi par des forces extérieures et surnaturelles. Là encore, ce topos sera repris par Lovecraft dans sa fiction, et notamment dans L’Appel de Cthulhu, qui montre une créature capable d’influer sur les rêves de ses victimes alors qu’elle se trouve enfouie et endormie dans l’Océan Pacifique.

Le sifflet permet aussi d’appeler une créature monstrueuse, immatérielle mais capable de prendre forme, mais je ne vous en dirai pas plus. On remarque en revanche que le titre de la nouvelle, en plus de constituer une référence intertextuelle, annonce l’effet du sifflet et contribue au mystère du récit. En effet, comme le dit Michael Moorcock dans The Weird, c’est au lecteur d’interpréter le récit, non dans la véracité de son aspect surnaturel, mais sa signification.

Le mot de la fin


Siffle et je viendrai est une nouvelle de Weird Fiction de M. R. James qui relate l’histoire de Parkins, un professeur rationnel confronté au surnaturel à travers un sifflet retrouvé dans des ruines médiévales. Cette nouvelle et l’étrangeté qu’elle met en scène laissent des questions en suspens pour le lecteur.

Je remercie infiniment Sabrina Calvo de m’avoir conseillé sa lecture, et j’ai hâte de découvrir le reste de l’œuvre de M. R. James.

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